vendredi 14 novembre 2025 - par H.Ramirez

Utilisation de la guerre contre les drogues comme arme de domination économique et géopolitique par les États-Unis

La lutte contre l'usage des drogues dans les pays consommateurs actuels est un mirage, car le besoin de consommation de ces drogues est provoqué par l'abandon par l'État des secteurs défavorisés dans ces pays.

Les drogues dans les cultures anciennes

Toute civilisation, tout peuple a consommé ou utilisé des drogues hallucinogènes. Sur une tablette cunéiforme datant de 6000 ans, il est déjà mentionné qu'en Babylonie, on consommait des drogues. L'être humain est un être caractérisé par sa capacité imaginative, faculté qui le distingue des autres animaux et grâce à laquelle il peut à chaque instant s'évader et entrer dans un monde imaginaire. On pourrait même dire qu'il vit constamment dans une confrontation entre son monde imaginaire et la réalité du monde concret, entre le monde de ses désirs et les limitations de la réalité.

Les drogues permettent d'exagérer ou d'hypostasier ces capacités et ainsi de s'évader ou de se dissocier de la réalité concrète, qui est parfois pour certaines personnes, une source de souffrances, de mal-être, d'angoisse ou de douleurs insupportables.

Les guerres de l'opium et la dynamique qu'elles engendrent

Dans un passé récent, les nations européennes et en particulier l'Angleterre, connaissant ce besoin humain et les bénéfices économiques et d'influence géopolitique que le commerce de l'opium pouvait leur apporter, ont forcé la Chine à ouvrir ses frontières commerciales à cette drogue en 1839 et 1856. Cela a conduit à la soumission de la Chine à l'influence des nations occidentales, y compris des États-Unis, exportateur d'opium depuis la Turquie.

Mais ce désir de domination d'une nation par l'utilisation ou la consommation des opiacés ne se limite pas à cette drogue. Il est bien connu que les fabricants européens et américains de boissons alcoolisées, de tabac, etc., ont exercé des pressions pour que les populations entières des pays sous-développés s'ouvrent à la consommation massive de ces drogues ou produits et en subissent la dépendance.

Paradoxe du monde capitaliste du marché "libre"

Dans un monde où prime le système capitaliste du marché "libre" de l'offre et de la demande, à un moment donné cette dynamique s'inverse en raison de l'accumulation du capital. Les grands bénéfices et les capitaux concentrés dans les pays développés amènent les marchands de drogues à rechercher une rentabilité plus grande là où il y a un pouvoir d'achat plus élevé. C'est ainsi que les États-Unis et l'Europe sont aujourd'hui les meilleurs marchés pour la cocaïne, l'héroïne, la marijuana, le fentanyl, etc.

Fonctionnement des groupes et des institutions face à la drogue

S. Freud et les psychanalystes nous ont appris que les individus, tout comme les groupes et les institutions, ont des comportements ou des conduites similaires face aux problèmes de l'existence. Ces comportements ont deux formes ou causes de manifestation : une consciente et une autre cachée ou méconnue dans le cas des institutions, ou inconsciente chez l'individu.

Ainsi, on peut affirmer dès à présent que les deux principaux agents du phénomène social du trafic de drogue — le toxicomane et le criminel trafiquant d'un côté, et l'institution qui les combat de l'autre — sont tous deux pris dans ces deux besoins.

Être toxicomane n'est pas un plaisir, c'est un drame, et paradoxalement, c'est une nécessité impérieuse pour lui. Être narcotrafiquant est un métier à haut risque, dans lequel, à court ou à long terme, il perd presque toujours, à très peu d'exceptions près. Comme exemple de réussite, on peut citer la famille ou le clan Kennedy, contrebandiers de l'alcool interdit à l'époque aux États-Unis, dont les membres sont arrivés à devenir ministres ou même présidents de ce pays, mais cela reste l'exception.

L'institution qui combat ces deux éléments criminels — l'État et ses forces de répression ou forces de police — est soumise à ces deux limitations, coercitions ou besoins : l'un implicite ou caché, et l'autre explicite ou conscient.

Trump et son besoin impératif de succès

M. Trump, en tant que représentant de l'État américain, a lancé une croisade contre le narcotrafic, ce qui est son droit et pourrait même être considéré comme son devoir. Mais cette fonction ou obligation doit être régulée par la loi.

Or malheureusement, dans cette lutte contre le narcotrafic menée par les Américains, l'autre dimension non avouée est la recherche d'objectifs non explicites ou inavouables publiquement et clairement. C'est pour cette raison que M. Trump a systématiquement violé le droit international. À notre manière de comprendre, il a trois objectifs : d'abord, récupérer une part de l'opinion publique qui l'abandonne actuellement. En second lieu, maintenir l'Amérique Latine comme un terrain réservé pour continuer l'exploitation de cette région au profit des États-Unis et, clairement, pour une raison stratégique immédiate, s'approprier le pétrole et les richesses vénézuéliennes à court terme.

En troisième objectif, il cherche à montrer au monde entier, et principalement à la Russie et à la Chine, avec très peu de coûts pour les États-Unis, que dans la restructuration géopolitique qui se forge actuellement, les États-Unis joueront un rôle actif et important. Pour ce faire, M. Trump et les États-Unis n'hésiteront pas, si nécessaire, à attaquer le Venezuela et la Colombie.

En outre, il y a une dimension personnelle pour M. Trump : il a échoué dans tous les objectifs qu'il s'était fixés en tant que président des États-Unis. La guerre en Europe continue, la paix au Moyen-Orient est fragile et condamnée à l'échec à long terme, ses menaces en Afrique n'ont eu aucun effet, la Chine progresse dans tous les domaines qu'il avait déclarés vouloir contenir, ses succès économiques n'apparaissent pas, et au contraire, l'inflation augmente aux États-Unis. Malheureusement, c'est en Europe qu'il a eu le plus de succès, face à une Union Européenne sous son contrôle, notamment sa présidente, Mme Ursula Von der Leyen, une personne sans charisme, sans vision et plus encore sans action géopolitique.

Quel avenir pour les pays latino-américains ? Continuer à être exploités par les Etats Unis jusqu’à l’extrême.

Pour l'Europe et sa malchance ? Participer aux côtés de la Russie dans le futur affrontement entre cette nation russe et la Chine.

Pour l'Afrique ? La mort par les conflits qui vont s'aggraver à cause de l'exploitation et de l'utilisation de ses richesses entre la Chine et la Russie.

Pour l'Inde ? Sa fragmentation en plusieurs États pour des raisons religieuses et par les forces géopolitiques en compétition entre la Russie et la Chine.

À l'Extrême-Orient ? La création d'un bloc géopolitique face à la Chine, si eux prennent conscience de la nécessité de cette action.

Pour le Moyen-Orient ? À partir de la principale leçon tirée de la guerre de Gaza, qui est qu'aucun pays ne peut exister de manière indépendante dans cette région ou ailleurs dans le monde sans posséder l'arme nucléaire, cela entraînera une prolifération nucléaire dans cette région et chaque pays cherchera à se procurer cette arme nucléaire, avec pour conséquence une menace constante de catastrophe.

Voilà le monde de demain qui se structure et dessine déjà sous nous yeux aujourd’hui.

H. Ramirez

Neuilly sur Seine le 13/11/2025



3 réactions


  • Matlemat Matlemat 17 novembre 2025 11:35

    « Pour ce faire, M. Trump et les États-Unis n’hésiteront pas, si nécessaire, à attaquer le Venezuela et la Colombie. »


    Au contraire, il hésite a relancer la guerre en Amérique du Sud, leurs moyens militaires le permettraient, mais les « Gringos » sont déjà assez mal vu dans ces pays, surtout au Venezuela, à cause des abus des multinationales américaines dans le passé soutenues par les différentes agences fédérales américaines. 


    La capacité de ces pays a faire la guérilla est connue en Colombie et difficile a évaluer au Venezuela dont au moins la moitié de la population serait opposée à une intervention militaire américaine.






  • H.Ramirez 17 novembre 2025 21:59

    Les États-Unis se trouvent dans l’obligation pressante de démontrer des réussites dans leur politique d’intimidation et de domination vis-à-vis des pays latino-américains, afin de reconquérir les faveurs de leur opinion publique. Pour ce faire, la seule issue semble être de bloquer le Venezuela par voies maritimes et aériennes, comme ils l’avaient fait lors de la crise des missiles à Cuba. Cela pourrait être accompagné de quelques bombardements sur les frontières terrestres du Venezuela, en particulier celles qu’il partage avec la Guyane, le Brésil et la Colombie. Bien entendu, ces actions seraient vouées à l’échec, car géographiquement, le Venezuela ne se trouve pas dans la même situation d’isolement que Cuba.


    • Matlemat Matlemat 18 novembre 2025 19:51

      @H.Ramirez
       « Cela pourrait être accompagné de quelques bombardements sur les frontières terrestres du Venezuela, en particulier celles qu’il partage avec la Guyane, le Brésil et la Colombie. »

      Une agression militaire resouderait encore plus le peuple vénézuélien contre l’impérialisme américain.


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