Vers l’armée de métier, Charles de Gaulle (6 mai 1934) : la voie royale de la dictature militaire (88)
Sans doute le 2 mai 1934 aura-t-il été un jour à marquer d’une pierre blanche pour André Pironneau. Le voici qui anticipe sur la publication effective du livre de son tout nouveau poulain… Quant au titre de l’article fondateur qu’il publie alors dans L’Écho de Paris, il ne peut pas être mieux choisi : Vers l’armée de métier par Charles de Gaulle…
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« Nous nous promettons de lui consacrer l’étude approfondie qu’il mérite ; en attendant, nous en détachons les pages suivantes. »
Dès les premiers mots repris du lieutenant-colonel, nous ne pouvons décidément pas nous y tromper. C’est bien toujours la même marotte… celle qui va tendre à démobiliser les masses pour favoriser une prétendue élite dont on prendra la mesure dès le mois de mai 1940 ainsi que les jours suivants…
« La notion de quantité, prise bon gré mal gré comme fondement de l’organisation et de l’art guerrier depuis la fin du XVIIIe siècle, étayée de théories politiques passionnées, consacrée par plusieurs épreuves grandioses, domine encore l’opinion et, par suite, tout le reste. »
La conscription promue par la Révolution française sort éreintée de la suite des propos de l’ami Charles :
« Par surcroît, cet impôt de temps, et éventuellement de sang, s’accordait si bien avec les tendances égalitaires du vieux monde qu’il en prenait le caractère dur et fort des principes démocratiques. « Sac au dos ! », pour les uns comme pour les autres, il y avait là de quoi flatter la passion générale de nivellement. »
« Les unités, rigides et homogènes, semblaient fort bien adaptées à une lutte dont on pensait qu’elle serait la ruée et le choc des masses. »
Mais, patience !...
« À vrai dire, cette fureur du nombre n’empêchait pas la qualité de déployer sa vertu. »
« Le service à long terme, appliqué par la France de 1818 à 1870, lui donna les meilleurs soldats qu’elle ait eus jamais. »
S’il faut en croire Charles de Gaulle, le retour de la qualité aurait donc été le fait de la loi Gouvion-Saint-Cyr du 18 mars 1818. Elle reposait tout de même sur la conscription, rétablissait donc l'appel, mais en y joignant le tirage au sort et la règle du "remplacement". Elle fixait initialement la durée de service à six ans, puis passerait à huit.
Comme on sait, elle a très mal fini en 1870… entraînant le Second Empire dans sa chute. Mais…
« Lorsque ses chefs rendirent ses armes, elle était intacte. À peine sortie des prisons de l’ennemi, elle trouvait assez de fidélité pour enlever les barricades de la Commune et sauver l’État. »
C’est tout dire de sa « qualité » en présence des « masses »… si ce n’est devant l’ennemi héréditaire venu jusqu’aux portes de Paris… De Gaulle avait donc déjà choisi son camp : celui que garantissait l’ordre prussien.
Enfin, selon lui, et s’agissant de la Première Guerre mondiale…
« Les témoins des derniers combats n’ont pas oublié ces élites lucides, hautaines, rompues à toutes les épreuves, qui dans chaque affaire menaient « l’effort principal ». »
Tout paraissait donc finir très bien…
« Cependant, quelque atténuation que tant de leçons commandassent d’apporter au principe rigide du nombre, celui-ci, la guerre terminée, reprenait son règne absolu. Justifié en gros par la victoire, commode et simple en sa brutalité, offrant par surcroît l’avantage d’avoir à la longue pénétré les habitudes, il présidait seul à la refonte de nos institutions militaires. En vertu des lois votées en la matière, les forces françaises de campagne seraient formées par rapprochement d’un outillage immense et des masses mobilisées. »
Comment remédier à cette terrible dérive ? C’était justement l’objet de la rédaction et de la publication de Vers l’armée de métier. Dans le même article, André Pironneau nous en livre la conclusion, et nous jette immédiatement dans le grand bain de la… dictature militaire ! France, voici la voie que t’ouvre Charles de Gaulle…
« Pour que naisse, demain, l’armée de métier, pour que lui soient donnés la matière et l’esprit nouveaux sans lesquels elle ne serait qu’une décevante velléité, il faut qu’un maître apparaisse, indépendant en ses jugements, irrécusable dans ses ordres, crédité par l’opinion. Serviteur du seul État, dépouillé de préjugés, dédaigneux de clientèles ; commis enfermé dans sa tâche, pénétré de longs desseins, au fait des gens et des choses du ressort ; chef faisant corps avec l’armée, dévoué à ceux qu’il commande, avide d’être responsable ; homme assez fort pour s’imposer, assez habile pour séduire, assez grand pour une grande œuvre, tel sera le ministre, soldat ou politique, à qui la patrie devra l’économie prochaine de sa force. »
Hitler, Mussolini, De Gaulle… Nous y voici aussitôt projetés ! Or, la République s’y oppose, sans parler des règles, même les plus élémentaires, de la souveraineté populaire… Le lieutenant-colonel de Gaulle ne peut manquer d’en convenir :
« À ne voir que les apparences, on pourrait penser, il est vrai, que les conditions dans lesquelles fonctionne aujourd’hui l’État ne laisseraient à personne l’autorité ni le temps de mener à bien une pareille entreprise. »
Cependant…
« Nul doute qu’à bref délai, le jeu des institutions, suivant le mouvement des besoins, n’ouvre le champ aux résolus. »
Quant à l’instrument de la mise au pas envisagée…
« Dans le dur travail qui va rajeunir la France, l’armée nouvelle servira de recours et de ferment. Car l’épée est l’axe du monde et la grandeur ne se divise pas. »
Ainsi s’achèvent les extraits choisis par André Pironneau dans le livre à paraître quatre jours plus tard. Nous sommes prévenus !
Pour en savoir plus sur le présent travail, veuillez suivre ce lien...
https://dejeanmoulinavladimirpoutin.wordpress.com/
Michel J. Cuny




