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Vie lycéenne en Chine - AgoraVox le média citoyen
vendredi 20 février - par George L. ZETER

Vie lycéenne en Chine

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Une lycéenne résume : « la souffrance a toujours un côté secret. » 6h30, les élèves sont déjà en classe – 7h30, les cours commencent – 5 heures de cours non-stop. Déjeuner en 10 minutes. Sieste jusqu’à 14heures. Suivent 4 heures de classe. 18h – 19h diner. Jusqu’à 21h30 études. Retour à la maison et devoirs jusqu’à minuit. Cinq jours par semaine, avec des week-ends studieux, année après année, pour arriver au but ultime, le Gaokao

Le Gaokao, ou « porte étroite ». Est un concours[i] sur plusieurs jours, à la fin de l'enseignement secondaire du lycée, qui sert d'examen d'entrée pour les études dans l'enseignement supérieur en Chine. Il concerne chaque année 13,4 millions d'adolescents et contient un examen en langues chinoise et anglaise, de mathématiques et de sciences ou sciences humaines. Après tous ces efforts, c’est le moment qui décide de la vie future de chaque élève. La règle est simple, les universités prennent ceux qui ont le meilleur score en points. Pour les autres, c’est fini… Le taux d’admission pour une université « normale » est de 40 à 50%. Donc, un apprenant sur deux est éliminé dès le départ, sans aucune chance de poursuivre des études supérieures. Puis, il y a les universités d’élite, nommées Projet 985 et Projet 211. Pour la première, c’est 1,5% de chances de pouvoir y être admis, pour la seconde, c’est 5%. Ce qui veut dire qu’il faut faire partie du 1% de sa région. Il y a une expression chinoise qui résume cette sélection drastique : « c’est comme une armée de dix mille hommes qui traverse un pont fait d’une seule planche. » Il y a une autre difficulté, en dehors de la volonté du candidat, la région où il est né. La règle est simple : plus la région est pauvre, plus la pression est grande ; pourquoi ? Parce que les jeunes des petites villes rêvent tous de partir dans une métropole pour changer leur destin. Cependant, les meilleures universités situées dans les grands centres veulent protéger leurs locaux. Ainsi, ceux de Shanghai et Pékin sont favorisés au détriment des provinciaux, surnommés, « grenouille au fond d’un puits ». Résultats, c’est une double peine, car ils ont moins de ressources et doivent en même temps avoir de meilleures notes. Pourquoi avec autant de barrières, ces jeunes continuent-ils ce parcours du combattant ? C’est une question de survie sociale, car deux forces les poussent : la société et la famille. Avec l’obtention du Gaokao, c’est une chance de changer de ville, d’avoir un vrai métier et un futur. Cet examen participe donc à la montée de l’échelle sociale pour les peuples de régions reculées. Il y a cependant une autre dimension de la société chinoise qu’il faut mentionner : la caste des riches. La règle du jeu est différente pour eux. Au départ, ils vont au lycée, passe l’examen, mais le score de Gaokao n’est pas vital, et ainsi, ils n’ont pas à se tuer à la tâche pour être dans les premiers. Ces nantis se concentrent surtout sur l’anglais, car leur plan est déjà tracé, universités en Angleterre ou aux États-Unis. Ils passent donc des années avec le petit peuple tout en achetant le droit d’échapper à cette pression incessante. Avouons pour un pays dit « communiste », cette différenciation financière de classe entre le bourgeois et le prolo fait désordre, Karl Marx doit donner des coups de pieds contre son cercueil en jurant contre tous les Confucius de la terre…

Saint Gaokao. Pendant les jours d’examen, tout s’arrête, soit un pays de 1.4 milliard qui marche sur la pointe de ses chaussons. Les petits vieux pratiquant le taïchi sont en sourdine et coupent les musiques, certains travaux publics sont à l’arrêt pour ne pas déranger les candidats, plus de klaxon, de sirène ; Si des étudiants sont en retard, la police les accompagne et ouvre la voie. Enfin, il y a la pression de la famille ! La génération de l’enfant unique n’est pas si éloignée (2015),[ii] ce qui veut dire qu’un seul descendant porte les espoirs de six adultes, les 2 parents et les quatre grands-parents. C’est une pression énorme, car tout l’argent et tout l’amour est concentré sur ce jeune en devenir. A tel point que des parents arrêtent de travailler l’année de l’examen afin de choyer et supporter le candidat rejeton. On n’étudie pas pour soi, mais pour l’honneur du clan. Pour ces pauvres jeunes gens la phrase qu’ils entendent le plus souvent est : « On s’est sacrifié pour toi, si tu échoues, comment vas-tu nous rembourser ? »… Bon, là, sans commentaire, nous ne sommes vraiment pas chez les bisounours !

Quel est le prix à payer ? Beaucoup de temps, beaucoup de répétitions et d’ennui. Même les week-ends sont productifs, ça se nomme « Zhou Liàn », soit l’examen de la semaine. Ce sont les deux journées de fin de semaine en non-stop pour les révisions et les contrôles. Il ne reste pour ces jeunes que le dimanche après-midi pour être enfin… Jeunes. Pas tous « profitent » de ces week-ends studieux, d’autres prennent des cours privés en toute matière, payés souvent très cher. Les parents eux, courent d’un centre de formation à l’autre, car chaque point glané rapproche du Graal. Et pour se vider la tête, seulement 15 jours de vacances en été… Chine, usine à fabriquer des bons élèves la tête pleine où la créativité, l’introspection, la découverte de soi de son corps est absent, la vie n’étant qu’un continuum productiviste, quant aux relations intimes, ce serait trouver un seul grain de riz dans une rizière débordante...

Ça tout son sens, cette surveillance organisée sous cameras, reconnaissance faciale et surtout ce crédit social soit possible au pays de l’empire céleste, car dès l’entrée dans le système scolaire, l’enfant est soumis à un tel formatage qu’il sera miracle plus tard d’y trouver des penseurs et des contestateurs, ce jeunes devra passer par un parcours épuisant, prouver qu’il fait vœux d’etre un citoyen sans reproche et puis, s’il lui prenant des velléités de révolte, les camps, la peine de mort sont là pour y remédier.

Franchement ! Le modèle chinois, ne serait-il pas un anti-modèle ?

Georges ZETER/février 2026

Vidéo : Chine, l’enfer du lycée décrypté



17 réactions


  • Gégène Gégène 20 février 13:59

    On voit là la supériorité de notre modèle :

    on prend tout le monde à l’université, on élève ces semi-débiles cinq ans en batterie pour finalement les mener à un emploi de supermarché ou de fast-food au smic (dans le meilleur des cas).

    Mais, c’est sûr, personne ne souffre en passant le bac smiley


  • SilentArrow 20 février 14:24

    @George L. ZETER

    La Chine doit encore tirer des millions de citoyens hors de la pauvreté et elle a une revanche à prendre sur l’Occident dans divers domaines,, ceci expliquant au moins en partie l’avance à marche forcée.

    Cela dit, j’ai travaillé en Chine il y a une dizaine d’année et je peux vous dire que les Chinois avec qui j’ai parlé étaient plus optimistes quant à l’avenir de leur pays et de leur condition que ne le sont les Français.


  • Decouz 20 février 15:06

    Ils trouvent ça plus ou moins normal, mais ça fait l’objet de discussions sur le web, il y a un autre aspect surtout en ce moment de la nouvelle année, la principale époque de vacances obligatoires, des millions de voyageurs, le retour au pays natal, là ils/elles se retrouvent dans les papotages/questions de la famille et du voisinage, qui tournent autour : du mariage, de l’argent qu’on gagne, des enfants qu’on a ou pas, également des discussions sur le web, car ils/elles n’aiment plus ces questions, et souvent ils/elles n’ont plus envie de se marier. L’idéal étant de « revenir au pays en habit de soie », proverbe, ce qui n’est pas toujours le cas.

    Cependant il y a un mouvement de refus, le tang ping, « se coucher à plat », il y a aussi une dimension idéologique comme on ne peut pas critiquer ouvertement, soit on utilise des biais, soit on traine des pieds, on ne marche plus dans la compétition puisqu’elle ne garantie plus le succès, on ne veut plus faire d’enfants parce que les logements sont trop chers, les femmes sont plus émancipées.

    En plus des matières obligatoires, il y avait une course aux cours supplémentaires, le gouvernement a freiné, il voulait à la fois réduire la charge de travail et les cours privés qui étaient lucratifs pour des entreprises étrangères, ce qui concernait les matières obligatoires aurait disparu, mais il reste des cours clandestins, et les cours artistiques ou sportifs, dans la mesure où ils peuvent favoriser la réussite ou le prestige social.


  • Decouz 20 février 15:18

    Même après la réforme du « double allègement » gouvernemental portant sur les matières obligatoires ( réduire le poids du travail à la maison, réduire les cours privés), la pression s’est reportée sur des activités facultatives, arts et sports, piano, calligraphie, danse, sports divers, qui restent des activités payantes, souvent coûteuses et favorisant les familles aisées.


  • jjwaDal jjwaDal 20 février 16:49

    Pour avoir écouté des chinois parler de leur système, ils semblent d’accord pour dire qu’il est fondamentalement méritocratique et aurait interdit à un bourricot comme Trump ou un jeunot inexpérimenté comme Macron d’arriver au sommet chez eux.
    Il a produit malgré les critiques occidentales une armée d’ingénieurs et scientifiques sans équivalent qui vont donner à la Chine la première place dans quasiment tous les domaines qui comptent dans les 20 prochaines années.
    Ils ont une « grosse omelette » à cuire pour nourrir une population importante qui rêve encore d’un train de vie impensable il y a 50 ans pour la plupart des chinois mais devenu réalité pour beaucoup aujourd’hui.
    On ne fait pas une telle « omelette » sans casser des œufs, malheureusement.


    • Krokodilo Krokodilo 20 février 18:19

      @jjwaDal Les oeufs étant la répression sociale et la pollution.


    • Eric F Eric F 21 février 17:59

      @Krokodilo
      ...et l’omelette est qu’il ont mis un quart de siècle pour atteindre puis dépasser le savoir-faire et niveau technologique qu’on a mis un siècle et demi à atteindre.

      Bon, il est vrai qu’ils ont attiré nos entreprises et absorbé leur savoir faire, sans considération de « propriété intellectuelle », on a fermé les yeux pour « pénétrer le marché », on s’est fait évincer par leurs entreprises qui ont pris le lead mondial et prennent notre marché intérieur.
      Mais, quels bosseurs, si on s’en réfère à l’article !


    • Krokodilo Krokodilo 21 février 18:07

      @Eric F Transfert de technologie obligatoire... Et l’Inde semble réclamer pareil pour les rafales... Effectivement, ça bosse dur : dans la série que j’indique plus loin (l’Amour au rattrapage), les cours du soir de terminale semblent du niveau prépa MP... genre lycée Louis-Legrand je suppose.


    • Eric F Eric F 21 février 18:26

      @Krokodilo
      C’est le cycle des civilisations, ils sont en phase ascendante (vie austère et laborieuse, sens du devoir, état fort), nous sommes en phase déclin après l’apogée (selon Hegel, Der VolksGeist genießt sich in seiner Erfüllung und stirbt darin)


  • sylvain sylvain 20 février 16:57

    Un de ces quatre ce truc lachera en chine, et il lachera aussi vite que la chine a produit sa modernite. 

    Avec cette efficacite incroyable, elle est en train d’automatiser ses chaines de production comme aucun autre pays. Quasi 1 jeune sur cinq est au chomage. A un moment ils se poseront la question du sens de ce qu’ils font.

    Ou alors la chine entrera en guerre pour eviter ca. 


  • Krokodilo Krokodilo 20 février 18:18

    J’ai l’impression, au vu des séries télé sur Netflix, que c’est une situation commune à la Chine, à la Corée et au Japon.

    Dragon Zakura : Un lycée japonais à la ramasse recrute un avocat-prof pour créer un cours de soutien aux élèves volontaires pour tenter d’intégrer l’université de la capitale. Très bien vu sur la pédagogie (à la fois à l’ancienne et atypique), drôle, j’aime bien son discours provocateur genre« le pays n’a rien à faire de vous, il a besoin de gens qui bossent et obéissent... »

    https://www.netflix.com/fr/title/81488898

    Plusieurs séries coréennes abordent la pression scolaire : des cours de soutien le soir à l’école primaire...(un épisode de la série sur l’avocate autiste), des cours de maths par des profs vedettes avec concurrence des familles, le suicide, etc. Souvent en mélangeant les genres, selon leur technique éprouvée, mais avec lucidité.

    https://www.senscritique.com/serie/l_amour_au_rattrapage/48036060


    • amiaplacidus amiaplacidus 21 février 18:16

      @Krokodilo

      Absolument, c’est le cas dans tout l’Extrême-Orient, l’Asie « sinisée »¹, Chine, Japon, Corée du Sud (pour le Nord, je ne sais pas), Vietnam.

      C’est le confucianisme qui en donnant une grande priorité à l’instruction, conduit à cette situation.
      Jadis, dans ces pays, réussir les examens de mandarinat était tout sauf une promenade.

      Il faut bien reconnaitre que cela a des effets positifs sur l’ensemble des sociétés concernées, même si cela s’accompagne d’une très forte contrainte sociale, y compris dans un pays, le Japon, qui a importé le modèle occidental de la démocratie formelle.
      .

       1) L’Asie qui a comme fondement culturel la Chine antique. Tout comme en Europe, nous avons le fond culturel de la Grèce antique, même entre des pays aussi différents que l’Italie ou la Suède.
      Pour reconnaitre ces pays, un moyen simple, ce sont ceux qui mangent avec des baguettes.
      Le pays « indouisés », Inde, Laos, Cambodge, Birmanie, etc, de fond culturel indou, mangent avec la main ou une cuillère.


    • Eric F Eric F 21 février 18:28

      @amiaplacidus
      donc ils mangent avec des baguettes, et marchent à la baguette.


    • amiaplacidus amiaplacidus 21 février 18:58

      @Eric F
      C’est un peu cela.

      Quoique, pour le Vietnam que je connais bien, c’est sans doute plus nuancé. Ils sont, en général, très indisciplinés, il suffit de passer une minute dans une rue de Hanoï pour s’en convaincre. À se demander comment ils ont pu botter les fesses des USA.


    • amiaplacidus amiaplacidus 21 février 19:03

      @amiaplacidus

      Sur le plan politique, au Vietnam, c’est assez simple : « la politique est du ressort exclusif du PCVN (10 % de la population), en dehors de cela, faites ce que vous voulez, enrichissez-vous si possible ».


  • Robert GIL Robert GIL 24 février 08:42

    c’est sur que si Macron avait a gérer un pays grand comme la Chine avec 1,4 milliards d’habitants... ce serait un pays en faillite !


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