Viktor Bout et les USA, ou Mickey dans Fantasia (14) : retour sur la filière roumaine
Et puis parfois, pendant la rédaction d’une enquête, quelqu’un nous contacte pour apporter des documents supplémentaires. Vous l’avez vécu en direct la semaine dernière avec Valentin Vasilescu que j’avais cité et qui depuis nous a donné d’excellents documents sur le rôle de Viktor Bout en Roumanie et ses liens avec les représentants gouvernementaux, au point d’affiner notre recherche justement sur cette fameuse plaque tournante roumaine. Place aux précisions supplémentaires apportées par celui qui a fait de la prison pour avoir été accusé d’avoir participé à ce trafic de cigarettes derrière lequel se cachait le trafic d’armes de Viktor Bout.
La demande de Kigali portait sur 56 tonnes d’armements, essentiellement des mitrailleuses de 12.7 mm, des AKM (la version la moins chère des Kalachnikov appelée AIM/PM-63 ou AIMS/PM-65 en Roumanie, le même modèle donné aux Contras du Nicaragua !)) de 7.62 mm et une importante quantité de chargeurs. Derrière le transfert on trouve Shimon Naor comme auteur des faux documents d’envoi. L’homme a comme contact Ivan Grigorevici Busuioc, alias Ion Busuioc, celui à la tête de la mafia Moldovane, un ancien du KGB. L’organisation qui se cache derrière est d’une incroyable complexité : Busuioc se présente comme le représentant d’une société pétrolière "Loratel”, installée à Chypre, à Limassol exactement (ou des cargos bourrés d’armes ou de poudre noire à destination de l’Iran ont été saisis), et il est aussi l’agent de la société moscovite “Kanaker Inestment and Commerce Corp” dirigée par Valeriy Shevelev. Son autre contact est Stanojevic Milutinovic Dragan, l’agent roumain des sociétés “Hastock Ltd” et “Loratel Trading Ltd.” L(’homme travaille avec son fils, Stanojevic Alecsandar surnommé Sasha. Busuioc est aussi membre "d’Armitech Company Inc” située au Panama, "d’ Armimpex Hightech Ltd.” et de “Saltech Ltd.” isntallées à Chypre (la firme a aussi une adresse en Suisse). Le dirigeant d’"Armitech Company Inc" est Ivan Turcanu, un citoyen russe. Si Bout ne possédait pas d’Antonov 124, ses Ill-76 feront le transfert à partir de cet appareil ou d’autres plus petits comme les Antonov-28.
Armitech avait été sermonné dans un rapport du 18 avril 2001 du Conseil de sécurite de l’ONU signé Richard Ryan en termes virulents. "Armitech avait joué le rôle d’intermédiaire pour les ventes d’armes entre ARSENALUL ARMATEI Romania et le Burkina Faso. Les autorités panaméennes ont également été priées de communiquer des informations sur le rôle de cette so- ciété dans la transaction susmentionnée. On attend toujours une réponse". "Les autorités chypriotes ont informé l’Instance de surveillance, à sa demande, qu’aucune société répondant au nom d’Armitech n’est enregistrée à Chypre. En revanche, les renseignements fournis par télécopie par l’Instance de surveillance le rapportent à Arminpex Hightec Ltd., société commerciale internationale enregis-trée à Chypre, qui se livre au commerce de matériel militaire. On ne sait pas à ce stade s’il existe un rapport entre Armitech et Arminpex. De 1997 à 2000, le Directeur de cette dernière société était Ivan Tsourkan, ressortissant russe qui en estaussi le principal actionnaire. Il serait actuellement domicilié à Kosmodamian Skay str 46.50, room 24, Moscou".
Un site roumain plus curieux que les autres a fait le tour du problème en détail : "en 2008, est paru dans les centres de presse de nombreux rapports du Département top secret du Contre-espionnage militaire et de sécurité (D Gest SB) sur l’industrie de la défense roumaine et les liens entre les chefs Roumains et les officiers étrangers soupçonnés dl’espionnage. Ont été publiés les noms du général Aurel Cazacu Mason, l’ancien directeur de Romtehnica et de Romarm, le colonel Cetinoiu Constantin, et le colonel Costica Lapteş Giara, l’ancien directeur. La liste se poursuit avec Nemţeanu George, Eugen Nicolaescu, Norica Niculai, et aux Etats-Unis avec les agents Ira Quinn, Irvin Ray Dyer III, Heinrich von Habsburg-Lothringen Maximilien, Maximilien von Habsburg. Tous avaient un dénominateur commun la production d’armements et sa commercialisation".
C’est bien une organisation gouvernementale roumaine qui se charge de vendre les armes. "Ainsi, les rapports en question, nous constatons que que le Directeur Général de la Défense (DCSM)et l’ambassade US ont surveillé tous les liens d’Aurel Cazacu, de Romarm, avec la et ceux de la société Medrom avec Romtehnica - une société détenue par le ministère de la Défense. Les journalistes ont découvert étrangement que, de 2002 à 2004, Medrom Medical Systems Ltd, qui louait ses bâtiments à Medrom IFN SA (ses filiales roumaines) a reçu des dizaines de millions de commandes de l’Etat. La Direction générale du renseignement de défense (DGIA) a pris la décision de surveiller Aurel Cazacu avec ses relations avec les officiers du renseignement russe dans la région de production et du trafic d’armes". Cazacu, directeur général de l’Industrie de défense roumaine, sera obligé de démissionner en 2009 comme le reporte en août de la même année le site de l’ambassade de France en Roumanie, pour avoir mouillé le frère du président roumain dans une affaire d’armement :"Les services de renseignement ont-ils dupé Basescu ? s’interroge Romania Libera selon lequel "l’implication du frère du Président dans une société qui s’occupe d’ l’armement et son association avec des personnes liées à ce secteur portent atteinte et vulnérabilisent le chef de l’Etat ". Pour l’éditorialiste du quotidien, " l’élimination de Traian Basescu de la course présidentielle par tout moyen et à l’aide de la propagande médiatique semble être l’objectif du « système », formé « d’hommes politiques qui font des affaires profitables indifféremment du gouvernement, de hauts fonctionnaires habitués avec le trafic d’informations, des généraux en réserve qui font des affaires avec l’Etat, des officiers qui ont privatisé la Securitate et qui vivent du trafic d’informations" et qui "semblent gouverner les priorités du pays". A son avis, Traian Basescu qui provient du système "pourrait en devenir une victime pour avoir violé ses règles". Les "propriétés du pays" étant les rentrées d’argent et les principales entreprises étant Romtehnica et de Romarm...
Et comme d’habitude dans ce genre d’affaires, on retombe sur de l’enrichissement personnel. "Peut-être que la relation avec les agent de sécurité militaire a commencé quand le directeur de Romtehnica était Virgil Stanescu (aujourd’hui chef de la sécurité de Romavia). Aurel Cazacu travaillait avec Medtehnica, cabinet lié à un Hôpital Militaire. En fait, Romtehnica avait crée comme façade une petite société, Romtehnicii, pour des achats en ligne de matériel et d’appareils médicaux. Les agents du contre-espionnage a déclaré que chez Medtehnica participait activement le commandant Thomas, ancien directeur de Romtehnica. Aurel Cazacu avait pris l’habitude de manger dans un restaurant de la région de Tanase avec Dragnea Razoare l’agent de la compagnie Romtehnica. Le business entre les deux, passait par le Général Major Nicolas Tabarca récemment nommé directeur de l’état-major de l’armée, ancien leader d ’une brigade de missiles à Chitila (il dirigeait 60 lanceurs mobiles KUB et une vingtaine d’ OSA-AKM et une centaine de S-75M Volkhov). Le Général Tabarca est le frère de Mircea Mina, maire de la commune de Chiajna. Mina fait partie de l’entourage de l’ancien ministre de la Défense Teodor Melescanu, Mina et a été membre de l’APR. Il a donné des terres à Tabarca, ou le général a érigé une maison construite par sa brigage de 500 000 dollars sur trois niveaux, et a obtenu un 4x4 de luxe. Cazacu avait comme contacts d’anciens officiers du KGB et du GRU, tels qu’ Ivan Basil Grigorev, Ivan et Siminiuc Turcan Vladimir, Vladimir Mihailovici Mazin, et l’ukrainien Vladimir Basil Gondi. Cazacu avait aussi comme lien l’ancien général du KGB Andreyevich Anatol Coman (ex- responsable d’une grande loge maçonnique de la République de Moldova)"
Des armes ont été livrées en Afrique mais aussi au Sri Lanka. "De Bucarest à Moscou, en passant par le Sri Lanka le Tribunal militaire de Bucarest a révélé un fichier sensible et complexe, mettant en cause l’ex-ministre de la Défense de la République de Moldavie. Il portait sur la contrebande d’avions MIG 29, de réservoirs ou de visas Schengen, mais pas sur d’autres armements. Les grands médias ont cité à ce ce sujet le nom de Cazacu dans deux entreprises de premier plan portant sur les transactions d’armes. Notammment la Société de conseil de Rosoboronexport (important opérateur de matériel militaire à Moscou et des MIgs 29). Ainsi, Cazacu pouvait être amené à mener "une action l’espionnage économique au profit d’une entreprise russe typique Rosoboronexport" ont écrit les journalistes. Pour les transactions effectuées sur des exportations d’armes anciennes, Cazacu contactait en fait George Gorincioi et Ivan Turcan, deux agents du KGB, aidés par un diplomate roumain au Sri Lanka".
Busuioc fera transférer 20 000 obus de 122mm de Tchéquie en Roumanie pour y être réexportés, sous la férule de "Deliza Ltd", une société chypriote appartenant à l’ukrainien Vladimir Mihailovici Mazin, dont le représentant à Bucarest s’appelle... Busuioc. Les obus de 122 mm étaient destinés au Yémen, et devaient y être exportés par une société appelée “LR Avionics,” dont le représentant est ....Shimon Naor. Pour y arriver, Naor avait fabriqué un faux papier d’exportation pour le Nigeria. L’affaire ne se fera pas, l’arrestation de Naor en Roumanie scellant le contrat passé. Mazin dirigeait "Ukrspetsexport” à Kievet, "Kolnet Ltd" et "Deliza." Comme autre personnage de l’organisation on a Vladimir Siminiuc, un moldave devenu roumain, ancien officier en Moldavie, dirigeant de “Willing” une société russe où l’on trouve aussi Alexandr Lebed, l’ancien commandant de la 14th Armée russe installée en Transdniestrie. Il est aussi au conseil d’administration d’"Armimpex Hightech Ltd."et de "Saltech Ltd."
Un autre homme, en Roumanie, va jouer un rôle important ; celui décrit dans le livre de l’ex-procureur Ciprian Nastasiu "La prédation de la Roumanie" . Selon lui, un troisième homme faisait partie du réseau roumain de Shimon Naor et de Victor Bout : un terroriste d`origine syrienne vivant alors depuis 10 ans a Bucarest, Omar Hayssam. Comme Naor, Hayssam est celui qui obtient les fameux "end-user certificate", ces contrats d’exportation d’armes qui se monnaient parfois des milliers de dollars. Lui, sa spécialité sera de les obtenir d’Abdul Malik al Seyani, le ministre de la Défense du Yemen de 1994 à 2004, très lié au business man local Muhammad Ali al-Rweishan. Pour cela il disposait d’appui et non des moindres, comme ceux d’Emil Constantinescu et même de Ion Iliescu, deux anciens présidents roumains. Selon l’ambassade de France toujours, "Selon Gândul, dans le livre « le pillage de la roumanie » lancé hier par Victor Gaetan, écrivain roumano-américan, et Ciprian Nastasiu, ancien procureur de la Diicot, d’une part, et le troisième enregistrement d’une conversation entre le journaliste Bogdan Chirieac et le chef de l’Ani Cătălin Macovei de l’autre, seraient des tentatives pour imposer l’idée que les candidats Traian Băsescu et Mircea Geonă seraient impliqués dans des affaires « louches ». Le livre mentionné accuse le président Băsescu d’avoir été impliqué dans l’affaire Omar Hayssam, et plusieurs politiciens d’avoir favorisé certains groupes d’intérêts économiques. de l’autre côté, selon l’enregistrement de la conversation de Bogdan Chirieac avec Cătălin Macovei, le candidat PSD aux présidentielles aurait détourné des sommes importantes destinées à sa campagne électorale".... on le voit, en Roumanie comme ailleurs, le trafic d’armes a des répercussions politiques. Et le pillage du pays dénoncé des aspects parfois cocasses.
En 2007, la collusion d’Hayssam avec les services secrets roumains éclate au grand jour : l’homme s’est échappé ! "Arrêté début avril 2005, il avait été remis en liberté conditionnelle il y a trois mois pour « raisons médicales », puis ne s’était pas présenté à plusieurs audiences de son procès. Omar Hayssam a disparu. Le ministre de l’Intérieur a laissé entendre que le Syrien avait déjà quitté la Roumanie. Le scandale est tel qu’il vient d’entraîner la démission du chef des services secrets (SRI), du responsable du Service d’informations extérieures (SIE), du directeur du renseignement du ministère de l’Intérieur et du procureur général" nous dit le Figaro. Et là, en effet, dans un scénario à la Charles Pasqua avec les faux terroristes algériens, on apprend en effet que sa "libération" était le résultat d’un deal sordide : Hayssam avait manipulé un groupe terrorriste en liaison avec les services secrets roumains voulant faire oubler l’ancienne Securitate : pour cela, il avait fait enlever trois journalistes roumains en Irak (Marie Jeanne Ion, de Prima TV ; Sorin Dumitru Miscoci et Ovidiu Ohanesian), précise le Figaro. "L’enlèvement des trois journalistes roumains aurait été organisé par Hayssam avec le concours des services roumains. L’objectif – redorer le blason d’un SRI accusé de n’avoir jamais pris ses distances avec l’ex-Securitate, l’ancienne police politique de Ceausescu – avait été atteint au-delà de toute espérance. L’opération avait permis la libération, le 22 mai, des trois otages roumains et, trois semaines plus tard, grâce à une « étroite collaboration » avec les services français, celle de Florence Aubenas. La contrepartie de ce « deal » aurait été la libération discrète d’Omar Hayssam". Son double jeu découvert, les rumeurs de participation des services secrets roumains aux vols de nuit de Viktor Bout peuvent reprendre de plus belle... mais grâce à l`avocat des espions du Mossad, Motty Tzivin et à l’intervention directe dans le dossier du secrétaire d’État a ministère des Affaires étrangères roumains,Teodor Baconschi (un ex-ambassadeur), Hayssam s’en était sorti.... "évaporé" depuis dans la nature, dans la plus pure tradition de l’espionnage. Les kidnappeurs, eux étant tous arrêtés après avoir retenu 55 jours leurs otage : tout le monde n’a pas la même chance dans ce bas monde. Les cinq avaient été condamnés à mort en octobre 2005 et leur sentence "modifiée" en 2008 par un tribunal irakien. Parmi eux, le propre frère de Mohammad Munaf, le guide irakien des trois journalistes, payé par Hayssam pour réaliser l’enlèvement !
Bref, la Roumanie, on ne peut que le constater, a bien été une plaque tournante du trafic d’armes (et l’est toujours) et il est donc logique que les avions de Viktor Bout y aient fait de nombreux séjours. Il n’y a pas que dans ce pays qu’ils ont été vus.
http://www.nytimes.com/2007/04/04/w...
http://en.wikipedia.org/wiki/Kamily...
http://www.globalpolicy.org/compone...
http://randompottins.blogspot.com/2...
Pas de nourriture, dormir à même le sol, entassée avec 22 autres femmes et enfants dans une petite cellule, etc... Des conditions qui n’ont rien à envier à la prison de Moroni. En comparaison, le CRA de Mayotte pourrait presque passer pour un 3 étoiles..." en lmage, la pièce jointe des passagers du vol immonde.


ca veut dire pas content du tout
ca veut dire y a plus de papier dans les toilettes


. Ya pas de mal à faire passer le meilleur devant...