vendredi 28 août - par Christophe R

Vous n’étiez pas là

Je n'ai jamais raconté cette histoire en entier. Il y a eu une décision à prendre, je l'ai prise, et j'ai vécu avec. Ce qui m'a le plus abîmé, ce n'est pas la décision : c'est ce qui est venu après, la phrase des autres, celle qui commence par « moi, à ta place ». Elle vient toujours de gens qui n'ont eu ni la nuit, ni le choix, ni les conséquences. Ce poème ne s'adresse pas au lecteur. Il s'adresse à eux.

Vous me voyez sourire.
Vous me voyez tenir la porte,
dire bonjour, plaisanter,
faire des projets pour l’été.

Vous voyez quelqu’un debout.

Alors vous savez.
Vous savez pourquoi j’ai dit non,


pourquoi je suis resté,
pourquoi j’ai laissé passer.

Vous en parlez entre vous,
tout bas :
moi, à sa place…

Vous voyez ce qui vous suffit.

Quand je vous raconte,
vous cherchez ce qui ne colle pas.
Comme s’il fallait des preuves


pour avoir vécu.

Du chemin, vous ne savez rien.

Vous n’étiez pas là.
Ni avant. Ni pendant.
Ni les nuits qui ont suivi.

Regardez, si vous voulez.
Ne me dites pas ce que vous auriez fait
à ma place.

Vous n’y avez jamais été.



3 réactions


  • ZenZoe ZenZoe 28 août 18:59

    Le pire, c’est de prendre la décision qui nous défigure, qui ne correspond pas à ce que nous sommes ou pensons être, à l’image que nous voulons renvoyer au monde. Autrement, si la décision est la bonne, si elle colle avec ce que nous sommes, on aura quand même la paix intérieure, et l’avis des autres brusquement n’aura plus beaucoup d’importance, ou ne devrait plus en avoir... et si les autres objectent, on leur dit : toi c’est toi, et moi c’est moi...

     smiley


    • ZenZoe ZenZoe 28 août 19:31

      Ah, j’oubliais, très beau poème, tout simple, c’est ce qui fait sa force.


    • Christophe R Christophe R 28 août 20:05

      @ZenZoe

      Merci ZenZoe. Vous avez bien saisi ce que je voulais laisser dans ce poème : non pas dire qu’une décision était bonne ou mauvaise, mais rappeler que celui qui la prend est aussi celui qui en connaît le chemin et qui en porte les conséquences.

      Et merci d’être revenue pour votre second message. « Tout simple, c’est ce qui fait sa force » me touche particulièrement. J’essaie justement de laisser aux mots seulement la place dont ils ont besoin.


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