mercredi 14 octobre - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

Zelensky vs Poutine : le miroir déformant de la propagande du Kremlin

Dans le grand théâtre de la désinformation, l’inversion des rôles reste l'arme favorite des spin doctors de Moscou. La rengaine la plus frénétiquement martelée par les réseaux pro-russes vise à faire passer Volodymyr Zelensky pour un "usurpateur". Son crime impardonnable ? Ne pas avoir organisé de scrutin au printemps 2024, en pleine invasion militaire et sous les bombes. Cette pitoyable manœuvre vise à fabriquer une fausse équivalence morale pour masquer une réalité dérangeante : le vrai cas d'école d'usurpation institutionnelle ne se trouve pas à Kiev, mais bien sous les dorures du Kremlin. Pendant que la diplomatie russe pointe un doigt vertueux vers l'Ukraine, Vladimir Poutine entame tranquillement son quart de siècle de règne absolu. Pour démonter cette escroquerie, observons les faits bruts et les textes juridiques, bien loin de la rhétorique de propagande.

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Le droit constitutionnel ukrainien face au choc de la guerre

Accuser le président ukrainien d'illégitimité relève d'une ignorance crasse du droit constitutionnel ou d'une mauvaise foi absolue. L'article 108 de la Constitution ukrainienne établit clairement que le chef de l'État en exercice reste pleinement investi de son mandat jusqu'à l'assermentation de son successeur démocratiquement élu. Or, la loi organique sur le régime de la loi martiale – adoptée dès 2015 sous le mandat de Petro Porochenko, bien avant l'arrivée de Zelensky en politique – interdit formellement d'organiser des élections présidentielles, législatives ou locales tant que le pays se trouve en état de guerre. Volodymyr Zelensky n'a donc rien inventé ni tordu : il applique la loi fondamentale votée par les représentants du peuple.

 

 

Organiser une élection nationale dans l'Ukraine d'aujourd'hui relèverait du pur délire logistique et du suicide sécuritaire. Comment garantir la sincérité d'un scrutin alors que près de 20 % du territoire est sous le contrôle des troupes russes, que des millions de citoyens sont réfugiés à l'étranger et que le moindre bureau de vote deviendrait une cible prioritaire pour les missiles hypersoniques de Moscou ? Ce maintien en fonction ne résulte d'aucun coup de force individuel : dès la fin de l'année 2023, l'ensemble des partis politiques de la Rada, y compris l'opposition la plus féroce à Zelensky, ont signé un mémorandum transpartisan affirmant qu'aucune élection ne se tiendrait avant le retour d'une paix durable.

 

Le mensonge de la vacance du pouvoir et la cohésion de la Rada

Pour essayer de meubler leur vide argumentaire, les relais du Kremlin tordent régulièrement le texte de l'article 112 de la Constitution ukrainienne, prétendant que la présidence aurait dû choir automatiquement dans les mains du président du Parlement, Rouslan Stefantchouk. C'est oublier un détail juridique majeur : le transfert intérimaire des pouvoirs au chef de la Rada n'intervient qu'en cas de vacance prématurée du poste. Cela concerne exclusivement une démission volontaire, un décès, une incapacité médicale grave formellement constatée ou une procédure d'impeachment menée à son terme. Aucun de ces cas de figure ne s'appliquant à la situation actuelle, la continuité républicaine est parfaitement assurée.

 

File:Ruslan Stefanchuk addressing the chamber in Strasbourg.jpg

 

Rouslan Stefantchouk lui-même a balayé ces spéculations d'un revers de main en rappelant à plusieurs reprises que Zelensky demeurait le seul président légitime jusqu'à la fin des hostilités. Les attaques récentes de Donald Trump, réclamant ouvertement un changement de président à Kiev pour obtenir un accord à tout prix, illustrent l'absurdité de ces pressions extérieures. Les sorties d'un président américain imprévisible, motivées par des postures électorales ou des tractations énergétiques opportunistes, ne reposent sur aucun fondement légal international ou constitutionnel : en démocratie, le choix du chef de l'État appartient souverainement au peuple ukrainien et non aux desideratas du bureau ovale.

 

File:Paris Hosted a Trilateral Meeting Between Volodymyr Zelenskyy, Emmanuel Macron and Donald Trump. (54193186749).jpg

 

Poutine et la mécanique de la présidence à vie

Le tableau prend une tournure franchement comique dès que l'on tourne les yeux vers la Fédération de Russie, où le pouvoir s'exerce par la confiscation permanente. Propulsé au sommet par la démission surprise de Boris Eltsine le 31 décembre 1999, Vladimir Poutine a passé vingt-six ans à démanteler méthodiquement le moindre contre-pouvoir constitutionnel, judiciaire ou médiatique. Pour contourner la limite initiale de deux mandats consécutifs fixée par la Constitution de 1993, il n'a pas hésité à monter le numéro de bonneteau de la "rocade" de 2008 en plaçant Dmitri Medvedev sur le fauteuil présidentiel tout en gardant les manettes au poste de Premier ministre.

 

File:Inauguration of Dmitry Medvedev, 7 May 2008-5.jpg

 

Ce braquage institutionnel s'est achevé en 2020 avec la grande mascarade de la révision constitutionnelle. Grâce à un amendement taillé sur mesure, le compteur des mandats passés de Poutine a été magiquement remis à zéro, lui offrant la possibilité légale de s'accrocher au Kremlin jusqu'en 2036. À cette date, il aura régné plus longtemps que Joseph Staline. L'homme qui fait la leçon sur la légitimité des mandats chez ses voisins est le même qui a fait réécrire la loi fondamentale de son propre pays pour se garantir un trône jusqu'à son dernier souffle.

 

La farce des scrutins russes et l'élimination des rivaux

Les élections organisées en Russie ne sont plus que des représentations théâtrales destinées à donner un vernis légal à un régime autocratique. L'opposition politique y a été purement et simplement éradiquée : Alexeï Navalny a été empoisonné puis laissé pour mort dans un bagne de l'Arctique, Vladimir Kara-Mourza et d'autres opposants ont essuyé des peines de prison écrasantes avant d'être bannis, et les contestataires anonymes risquent des années de détention pour un simple message sur les réseaux sociaux. La presse indépendante n'existe plus sur le sol russe, remplacée par une machine de propagande d'État qui matraque la parole officielle jour et nuit.

Dans un tel paysage politique, nettoyé au Kärcher de toute voix dissonante, parler d'élection relève de la farce. Accuser Volodymyr Zelensky de dérive autoritaire parce qu'il respecte la Constitution d'une nation souveraine et démocratique attaquée, tout en servant de paillasson verbal à un autocrate vieillissant qui règne sans partage depuis un quart de siècle, relève d'un aveuglement tragique. La réalité factuelle ne laisse aucune place au doute : d'un côté du Dniepr, un président gère une guerre de survie nationale dans le cadre strict de la loi ; de l'autre, un maître du Kremlin a plié tout un pays à sa volonté pour ne jamais avoir à rendre de comptes.



15 réactions


  • REMY Ronald REMY Ronald 14 octobre 13:27

    Excellent article bien détaillé et précis.

    Merci.

    NB/ Pendant la 1ère guerre mondiale, la France n’a pas eu d’élections. Idem en Grande Bretagne. Idem pendant la 2eme guerre mondiale. Les poutiniens français de droite et de gauche le savent. Les Trumpiens français (il y en a) le savent aussi. Mais ils régurgitent simplement le narratif du sanglant tyran du Kremlin. Ceux qui « savent » mais qui continuent à raconter qu’une nouvelle élection doit avoir lieu en Ukraine, sont exactement les mêmes qui répètent depuis 2022 que l’Ukraine doit cesser le combat et accepter l’amputation de son territoire. Ce sont les mêmes Munichois qui réclament la reddition et le démembrement illégal de ce pays... en opposition au droit international de l’ONU depuis 1948, au traité frontalier signé par la Russie en 1991 ainsi qu’au mémorandum frontalier (et nucléaire) également signé par la Russie en 1994. Ce sont les mêmes qui affirment, depuis presque cinq ans, que « l’Ukraine va s’effondrer le mois prochain ». Comme Trump, ils trahissent toutes les valeurs issues de la boucherie mondiale 1937-1945 (qui risque ainsi de se reproduire à cause de ces abominables et pathétiques traitres).


    • Bonjour @REMY Ronald,

      Un grand merci à vous pour ce commentaire extrêmement pertinent et documenté.

      Le rappel historique sur la suspension des scrutins en France et en Grande-Bretagne durant les deux guerres mondiales est impeccable. Il remet parfaitement les pendules à l’heure : aucune démocratie digne de ce nom n’organise d’élections sous un déluge de bombes ou quand une partie de son territoire et de ses citoyens est sous occupation.

      Ce parallèle avec les accords de Munich de 1938 frappe juste. On retrouve en effet cette même logique de capitulation sous couvert d’un prétendu pragmatisme, en piétinant sciemment le droit international et les engagements souscrits par Moscou à Budapest en 1994. Votre analyse met parfaitement à nu l’hypocrisie de ce double discours.

      C’est toujours un vrai plaisir de pouvoir échanger avec des lecteurs éclairés et rigoureux comme vous. Merci encore pour votre soutien et au plaisir de vous lire lors des prochains articles sur ce sujet !


  • juluch juluch 14 octobre 14:46

    Poutine a trouvé l astuce pour etre président à vie comme le gros poussah Nord Coréen.

    Je dis lui comme bien d’autres avant lui + se qui le sont encore de par le monde.....

    Le tout est de savoir si ce type de Président le reste jusqu’à leur bonne mort ou jusqu’à qu’ils soient renversé et tués !


    • Bonjour @juluch,

      C’est toujours un plaisir de vous lire ! Et vous touchez là du doigt le grand paradoxe de tous ces régimes autoritaires.

      En verrouillant le système pour s’assurer un pouvoir à vie — que ce soit par des tours de passe-passe constitutionnels comme la « remise à zéro » des mandats en Russie ou par le contrôle absolu comme en Corée du Nord —, ces dirigeants s’enferment dans un piège qu’ils ont eux-mêmes tendu. Quand un régime élimine toute possibilité d’alternance démocratique et pacifique, il ne laisse plus aucune sortie honorable à son propre chef.

      L’Histoire nous montre en effet qu’il n’y a généralement que deux portes de sortie pour ces autocrates brutaux et sanguinaires : s’éteindre au pouvoir dans un climat de paranoïa généralisée, ou finir renversés brutalement lorsque le sommet de la pyramide finit par se fissurer. Dans tous les cas, le prix à payer pour les malheureux peuples concernés est toujours tragiquement élevé.

      Merci encore pour vos réflexions toujours aussi lucides.


  • Doume65 14 octobre 17:54

    « Son crime impardonnable ? Ne pas avoir organisé de scrutin au printemps 2024, en pleine invasion militaire et sous les bombes »

    Non, son crime, si on peut l’appeler comme ça, j’y reviendrais c’est d’avoir trahi la grosse majorité des électeurs qui ont voté pour lui. Je rappelle que les deux points principaux qui l’ont fait élire étaient faire la paix et lutter contre la corruption. Il n’a pas mis en place les accords de Minsk 2 (qui rappelons-le étaient entre Kiev et les micro républiques autoproclamées du Donbass) et est autant que son entourage abondamment corrompu (en ce qui le concerne personnellement, voir les « Pandora papers »).

    Je reviens comme promis sur la qualification de « crimes ». En ce qui concerne la non mise en place des accords de Minsk, parlons plutôt de lâcheté. Il n’a pas si résister aux menaces de morts proférées jusque dans les médias nationaux s’il les respectait. Les vrais criminels sont donc les ultranationalistes reconnaissables à leurs tatouages nazis et les néocons étasuniens qui les ont utilisés dans leur volonté d’affaiblir la Russie.


    • @Doume65

      Merci pour cette formidable synthèse des meilleurs éléments de langage de Sputnik et RT. Il ne manquait plus que l’évocation des armes biologiques et du « complot des néocons » pour compléter la grille du bingo de la propagande de Moscou.

      Revenons deux minutes sur la réalité, puisque la fiction semble vous convenir davantage :

      1. Les accords de Minsk : Prétendre que l’Ukraine est responsable de leur échec en oubliant sciemment que la Russie — partie prenante jamais reconnue par elle-même — n’a jamais appliqué le tout premier point (le cesser-le-feu) et a continué de bombarder le Donbass via ses mercenaires dès le lendemain de la signature relève d’une amnésie bien commode. Accuser un président d’être « lâche » parce qu’il a refusé de signer la capitulation souveraine de son pays face à un voisin expansionniste est une inversion de la réalité assez fascinante.

      2. Le « procès en nazisme » : Ressortir la rengaine des « tatouages nazis » pour justifier l’invasion d’un pays souverain et la destruction de ses villes est un gimmick éculé que plus personne ne prend au sérieux hors du cercle des admirateurs de Vladimir Poutine.

      3. Les attaques ad hominem : Agiter des scandales financiers passés pour tenter de décrédibiliser la résistance d’un peuple entier sous le feu russe ne change rien au fait juridique et politique : Volodymyr Zelensky est le chef d’État élu d’une nation en guerre pour sa survie, soutenu par la très grande majorité de sa population.

      Bref, qualifier de « trahison » le refus de céder aux ultimatums d’un dictateur voisin en dit bien plus long sur votre vision de la souveraineté des peuples que sur le mandat de Zelensky. Mais merci pour ce rappel quotidien des clichés de la désinformation russe !


  • Vudenbas Vudenbas 14 octobre 19:11

    @Giuseppe di bella di Santa Sofia

    Rappeler que la Russie n’a rien d’une démocratie, c’est découvrir que l’eau mouille. La question intéressante n’est pas là.

    Vous avez raison sur un point : Volodymyr Zelensky est légalement président. L’article 108 de la Constitution le maintient en fonction jusqu’à l’investiture de son successeur [1], et la loi de 2015 sur la loi martiale interdit les élections [2]. Mais réduire tout questionnement à de la propagande étrangère empêche de voir que le débat existe d’abord en Ukraine, et que les partenaires européens de Kiev le prennent au sérieux.

    Débutons par une précision juridique. L’interdiction des élections présidentielles figure dans une loi ordinaire, pas dans la Constitution [3]. Elle peut donc être modifiée par la Rada [4]. Un groupe de travail parlementaire s’est penché sur la question depuis décembre 2025, avant de conclure à l’unanimité que voter sous loi martiale était impossible [5][6].

    La position de Zelensky lui-même a d’ailleurs varié. En décembre 2025, il s’est dit prêt à organiser une présidentielle si les partenaires internationaux garantissaient la sécurité du scrutin, et même à modifier la loi. En février 2026, il a affirmé que l’Ukraine pourrait voter en cas de cessez-le-feu de deux mois. Le mois suivant, il déclarait pourtant que les élections n’auraient lieu qu’après la guerre, pas pendant une simple trêve [7]. Ces derniers jours, en réponse à Donald Trump qui réclamait un nouveau dirigeant, il a rappelé que ce choix revenait au peuple ukrainien. Il a aussi proposé d’organiser des élections si la Russie acceptait 60 jours de cessez-le-feu total [8]. Il ne s’accroche donc pas, dans son discours, à un report indéfini. Mais ses conditions ont changé au fil des mois, et elles dépendent toutes d’un cessez-le-feu qui reste à obtenir [9].

    Ensuite, selon un sondage KIIS réalisé du 12 au 21 septembre 2026, 71 % des Ukrainiens s’opposent à des élections maintenant. Pourtant, 53 % estiment que Zelensky devrait se limiter à son mandat actuel [10]. Dans la même enquête, 72 % des sondés jugent le président responsable de la corruption de son entourage. C’est même le cas de près de la moitié de ceux qui lui font entièrement confiance. KIIS interprète cette responsabilité comme politique plutôt que comme une accusation d’implication personnelle [30].

    Ce jugement intervient après une série d’affaires visant le premier cercle du pouvoir. Il y a eu le scandale Mindich fin 2025 [31], puis l’inculpation de l’ancien chef du bureau présidentiel Andriï Iermak en mai 2026. En août est venue l’opération «  Forrest Gump ». Elle a conduit au limogeage de la cheffe adjointe de ce bureau, Iryna Moudra, soupçonnée d’avoir participé au blanchiment de 150 millions de hryvnias destinés à la caution d’un ancien ministre [32][33]. Aucune de ces personnes n’a encore été jugée, et le président lui-même n’est visé par aucune procédure du fait de son immunité présidentielle.

    Les instituts ukrainiens convergent : Zelensky reste en tête ou à égalité dans les intentions de vote, mais plusieurs figures militaires le devancent en confiance, à commencer par Valeri Zaloujny. Selon les instituts, la confiance qu’on lui accorde varie d’environ 40 % à près de 60 % [11][12][13][14]. La demande de renouvellement touche aussi l’opposition : Porochenko et Tymochenko sont les personnalités les plus rejetées [12][13]. Soutenir le report n’est donc pas soutenir un homme, ni son opposition.

    Enfin, la guerre a restreint le pluralisme, et l’Europe comme la presse ukrainienne le disent. En 2022, onze partis accusés de liens avec la Russie, dont la principale formation d’opposition au Parlement, ont été suspendus puis interdits par les tribunaux [15][16][17]. La Commission de Venise du Conseil de l’Europe juge légitime l’objectif de protéger l’État et la démocratie. Elle a pourtant critiqué en 2023 un projet visant à exclure leurs anciens membres des élections pendant dix ans, notant qu’aucune de ces personnes n’avait été condamnée [18][19]. Petro Porochenko est visé depuis 2025 par des sanctions administratives, que les autorités justifient par une accusation de haute trahison liée à des achats de charbon en 2014-2015 [20][21]. Il la conteste, et aucun jugement n’a été rendu [22][23]. La Commission européenne salue la stabilité des institutions ukrainiennes. Elle relève cependant que les députés d’opposition subissent encore des restrictions de déplacement et des gels d’avoirs [24], et elle a critiqué le manque de pluralisme du télémarathon d’information unifiée [25].

    Les journalistes ukrainiens eux-mêmes dénoncent un accès restreint au président. Zelensky n’a plus tenu de grande conférence de presse ouverte depuis février 2025 [26]. Il privilégie les déplacements à l’étranger, les points presse avec des délégations, des rencontres officieuses avec des médias choisis et des réponses à des questions transmises à l’avance [27][28]. Une pétition réclamant une conférence de presse où les médias indépendants pourraient poser leurs questions sans validation préalable a réuni les 25 000 signatures requises, après avoir été refusée plusieurs fois à l’enregistrement. La présidence n’y a pas encore répondu [26][27][29].

    Rien de tout cela ne rend Zelensky illégitime. Mais la vraie question n’est pas de savoir s’il peut rester en fonction : la loi y répond. Elle est de savoir si le prochain scrutin, quand il aura lieu, sera véritablement pluraliste, et si le débat public peut s’exercer librement d’ici là. C’est ce que demandent aussi les partenaires européens de l’Ukraine et ses propres journalistes, et c’est d’abord aux Ukrainiens d’y répondre.

    A suivre...


    • Vudenbas Vudenbas 14 octobre 19:12

      @Vudenbas

      Les journalistes ukrainiens eux-mêmes dénoncent un accès
      restreint au président. Zelensky n’a plus tenu de grande
      conférence de presse ouverte depuis février 2025 [26]. Il
      privilégie les déplacements à l’étranger, les points presse
      avec des délégations, des rencontres officieuses avec des médias
      choisis et des réponses à des questions transmises à l’avance
      [27][28]. Une pétition réclamant une conférence de presse où les
      médias indépendants pourraient poser leurs questions sans
      validation préalable a réuni les 25 000 signatures requises, après
      avoir été refusée plusieurs fois à l’enregistrement. La
      présidence n’y a pas encore répondu [26][27][29].

      Rien de tout cela ne rend Zelensky illégitime. Mais la vraie
      question n’est pas de savoir s’il peut rester en fonction : la
      loi y répond. Elle est de savoir si le prochain scrutin, quand il
      aura lieu, sera véritablement pluraliste, et si le débat public
      peut s’exercer librement d’ici là. C’est ce que demandent
      aussi les partenaires européens de l’Ukraine et ses propres
      journalistes, et c’est d’abord aux Ukrainiens d’y répondre.

      1. Ukrainska Pravda – Stefantchouk et l’article 108
      2. Censor.net – article 19 de la loi sur la loi martiale
      3. Slovo i Dilo – analyse d’un constitutionnaliste
      4. RFE/RL – modifier la loi pour voter en guerre
      5. NV – groupe de travail de la Rada
      6. Rada – réunion du 5 mai 2026
      7. Ukrainska Pravda – positions de Zelensky (déc. 2025 – mars 2026)
      8. Euronews – réponse à Trump (octobre 2026)
      9. Yahoo / Newsweek – violation de la trêve énergétique
      10. KIIS – élections et second mandat (5 octobre 2026)
      11. PRM.ua – KIIS, intentions de vote de septembre 2026
      12. Interfax-Ukraine – Rating Group, octobre 2026
      13. Interfax-Ukraine – Future Research Foundation, septembre 2026
      14. Ukrainska Pravda – SOCIS, août 2026
      15. Ukranews – suspension des 11 partis
      16. Washington Examiner – OPZZh
      17. OPORA – interdictions judiciaires
      18. Ukrainska Pravda – avis de la Commission de Venise
      19. Kyiv Independent via Yahoo – Commission de Venise
      20. Euromaidan Press – sanctions contre Porochenko
      21. Kyiv Independent – accusation de haute trahison (2021)
      22. Kyiv Independent – décision de la Cour suprême (juillet 2026)
      23. Espreso – procès en cours
      24. Rada – résumé du rapport de la Commission européenne
      25. Berliner Zeitung – critique du télémarathon
      26. Kyiv Post – pétition des journalistes
      27. Kyiv Independent – pétition enregistrée à la 6e tentative
      28. NV – réponses audio sur questions préalables
      29. Interfax-Ukraine – 25 000 signatures
      30. KIIS – corruption et responsabilité du président (28 septembre 2026)
      31. Kyiv Independent – affaire Mindich et premier sondage KIIS (décembre 2025)
      32. Kyiv Independent – opération « Forrest Gump », Moudra, Iermak
      33. OSW – analyse du scandale d’août 2026

    • @Vudenbas

      Merci pour ce mémoire en sept volumes et cette débauche de notes de bas de page numérotées. On sent que le temps ne vous manque pas pour compiler chaque dépêche, chaque rumeur et chaque brouillon de pétition disponible sur le web.

      Au milieu de cet inventaire à la Prévert, vous finissez quand même — avec une peine visible — par concéder le point essentiel : Volodymyr Zelensky est légalement président, sa légitimité constitutionnelle est irréprochable et 71 % des Ukrainiens refusent la tenue d’un scrutin en plein conflit. Dont acte. Tout le reste n’est qu’un habile meublage pour tenter de noyer ce constat sous une avalanche de micro-débats et de conjectures post-guerre.

      Remettre en cause la hiérarchie des normes en qualifiant la loi sur la loi martiale de « simple loi ordinaire » pour laisser entendre qu’on pourrait la tricoter entre deux alertes aériennes est une acrobatie intellectuelle assez savoureuse. Dans quel monde parallèle imagine-t-on un pays en guerre totale, dont un cinquième du territoire est occupé et dont des millions de citoyens sont sous les bombes ou déplacés, s’amuser à réviser son code électoral sous prétexte d’agitation médiatique ?

      Quant à votre soudaine et poignante sollicitude pour le pluralisme politique, les conférences de presse ou le calendrier électoral de l’après-guerre : tout cela relève du débat souverain entre Ukrainiens. Pretendre faire la leçon depuis un écran d’ordinateur sur la manière dont une démocratie bombardée au quotidien devrait gérer ses points presse ou surveiller ses cinquièmes colonnes ne manque pas de sel.

      Bref, merci pour ce catalogue de coupures de presse et ces leçons de morale institutionnelle. La légalité est tranchée, le peuple ukrainien a tranché, mais nous attendons avec angoisse votre prochain rapport de cinquante pages !


    • Vudenbas Vudenbas 14 octobre 19:59

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      Merci de votre lecture. Petite correction : la légalité de Zelensky n’est pas une concession arrachée en fin de texte, c’en était la première phrase. Nous sommes d’accord là-dessus depuis le début.

      Vous demandez « dans quel monde parallèle » on envisagerait de voter en guerre. Mais c’est dans le monde de Volodymyr Zelensky. En décembre 2025, il se disait prêt à organiser une présidentielle et à modifier la loi pour cela. Il y a trois jours, il proposait encore des élections si la Russie acceptait 60 jours de cessez-le-feu total. Votre article qualifiait cette perspective de « pur délire logistique » et de «  suicide sécuritaire ». Votre désaccord est donc avec le président que vous défendez, pas avec moi.

      Sur la hiérarchie des normes, je vous retourne le compliment. C’est votre article qui qualifiait la loi de 2015 de « loi organique », une catégorie qui n’existe pas en droit ukrainien, et qui affirmait que Zelensky « applique la loi fondamentale ». Or l’interdiction des élections ne figure pas dans la Constitution, mais dans une loi ordinaire. Le rappeler, ce n’est pas proposer de la « tricoter entre deux alertes ». C’est la Rada qui a créé un groupe de travail sur le sujet. Je me suis contenté de le rapporter.

      Mais le principal problème est ailleurs. Vous dénonciez la «  fausse équivalence morale » de la propagande russe, puis consacriez la moitié de votre texte à Poutine. Que la Russie ne soit pas une démocratie ne prouve rien sur l’Ukraine : la légitimité de Zelensky tient à l’article 108, pas à la comparaison avec le Kremlin. Et en écrivant que contester cette légitimité relève «  d’une ignorance crasse » ou « d’une mauvaise foi absolue », vous fermiez le débat avant de l’ouvrir.

      Vous dites aujourd’hui que pluralisme et conférences de presse relèvent du « débat souverain entre Ukrainiens ». C’est exactement ma conclusion. Mes sources sont d’ailleurs ukrainiennes  : KIIS, des journalistes indépendants, le bureau anticorruption, l’opposition. Ce sont eux qui réclament des conférences de presse et s’inquiètent du pluralisme, pas moi. Quant aux leçons «  depuis un écran d’ordinateur », votre article en donnait à Moscou comme au « bureau ovale ». C’est le principe d’une tribune, et je ne vous le reproche pas.

      Et si vos « cinquièmes colonnes » désignent l’opposition ou la presse indépendante, c’est précisément ce glissement qui inquiète les partenaires européens de l’Ukraine.

      Une dernière chose : dans le même sondage où 71 % des Ukrainiens refusent un scrutin maintenant, 53 % souhaitent que Zelensky se limite à un mandat, et 72 % le jugent responsable de la corruption de son entourage. Le peuple ukrainien a tranché sur le calendrier, pas sur tout le reste.

      Et pour finir, j’adore mettre des liens, car contrairement aux votres et je l’ai démontré maintes fois, les miens sont en rapport avec l’article.

      Cordialement.


    • @Vudenbas

      Merci pour ce nouveau chapitre de vos mémoires. Votre obstination à vouloir donner des leçons de droit depuis votre fauteuil en devient presque fascinante.

      Reprenons deux ou trois petites choses avant que vous ne rédigiez votre prochain tome :

      1. Sur l’exégèse des déclarations de Zelensky : Faire semblant de ne pas comprendre la différence entre des déclarations diplomatiques tactiques — posant des conditions sciemment inacceptables pour Moscou (un cessez-le-feu total de 60 jours) afin de renvoyer la balle dans le camp du Kremlin — et une réelle faisabilité électorale sous un déluge de missiles relève de la naïveté pure ou de la mauvaise foi caractérisée. Ce n’est pas un « désaccord » avec le président ukrainien, c’est simplement savoir lire une ligne politique au-delà du premier degré.

      2. Sur le pinaillage sémantique : Merci d’avoir sorti le compas pour vérifier la différence exacte entre une loi d’application constitutionnelle et une loi dite ordinaire dans le système ukrainien. Le fond reste d’une simplicité biblique que vous tentez désespérément de masquer : la loi de 2015 sur la loi martiale interdit le scrutin, et l’article 108 garantit la continuité de l’État. Tout le reste n’est que de la masturbation intellectuelle pour essayer de gratter une ligne de débat là où la légalité est aveuglante.

      3. Sur vos « sources » et vos liens : Personne ne conteste que la démocratie ukrainienne soit vivante, bruyante, traversée par des débats féroces sur la corruption ou la presse, y compris en plein conflit. C’est précisément ce qui la distingue du régime totalitaire voisin ! Utiliser ces débats internes pour instiller le doute sur la légitimité du pouvoir sous prétexte de « pluralisme » est un procédé éculé. Quant à vos liens, félicitations pour maîtriser le copié-collé d’URLs, mais aligner des références n’a jamais remplacé une vision politique claire.

      Bref, continuez à vous gargariser de vos sondages tronqués, de vos subtilités juridiques de seconde zone et de votre autosatisfaction. Sur ce, je vous laisse à vos chères études et à la comptabilité de vos liens !


  • Vudenbas Vudenbas 14 octobre 22:34

    Vous écrivez que « personne ne conteste » une démocratie ukrainienne « traversée par des débats féroces sur la corruption ou la presse ». Fort bien : c’est le sujet de ma réponse. Mais rapporter ces débats n’est pas « instiller le doute sur la légitimité ». Ma conclusion le disait expressément : « Rien de tout cela ne rend Zelensky illégitime. » Votre article visait ceux qui accusent Zelensky de dérive autoritaire parce qu’il respecte la Constitution, tout en servant de « paillasson verbal » à Poutine. Je n’ai fait ni l’un ni l’autre : je n’ai jamais contesté le report des élections, et j’ai ouvert ma réponse en rappelant que la Russie n’a rien d’une démocratie. Vous me répondez pourtant comme si j’étais dans cette catégorie.

    Sur Zelensky. Vous connaissez donc ses intentions mieux que ses propres actes. Admettons que l’offre des 60 jours soit un bluff. Comment expliquez-vous qu’en décembre 2025, à sa demande, la Rada ait créé un groupe de travail sur les élections en temps de guerre, organisé ensuite en sept sous-groupes ? Ce groupe a conclu qu’on ne pouvait pas voter sous loi martiale. Cela prouve que la question a été examinée sérieusement, pas qu’elle relevait de la tactique. On ne mobilise pas un Parlement pour une figure de style. D’ailleurs, l’article du Guardian que vous citez vous-même rapporte l’offre des 60 jours sans y voir de manœuvre. C’est vous qui la lisez au second degré. Et notez le schéma : dans votre article, contester sa légitimité relevait de « l’ignorance crasse » ou de la « mauvaise foi absolue ». Aujourd’hui, prendre le président au mot relève de la « naïveté pure » ou de la « mauvaise foi caractérisée ». Le même tiroir, pour tout le monde, Zelensky compris.

    Sur le « pinaillage sémantique ». C’est vous qui avez sorti le vocabulaire juridique, pas moi. Votre article parlait de « loi organique » et d’un président qui «  applique la loi fondamentale ». Vous parlez maintenant de « loi d’application constitutionnelle ». Le nom a changé, mais le fait reste le même : la Constitution renvoie à la loi le régime de la loi martiale (article 92). Cette loi se vote et se modifie à la Rada comme n’importe quelle loi, alors que la Constitution, elle, ne peut pas être révisée sous loi martiale (article 157). Votre propre source le montre : elle l’intitule « Law of Ukraine », sans « organique », et précise qu’elle a été modifiée le 9 juillet 2022, en pleine loi martiale. Et dans la Constitution que vous citez, « Basic Law » désigne la Constitution, pas cette loi. Ce n’est pas de la « masturbation intellectuelle ». C’est la différence entre écrire sur le droit et le connaître.

    Sur vos sources. Puisque vous ironisez sur mes liens, j’ai vérifié les vôtres. Ils sont réels, et pour la plupart pertinents, je vous l’accorde. Auriez vous pris en compte mes critiques précédentes ? Mais deux ne disent pas ce que vous leur faites dire. Votre lien sur la loi martiale renvoie à un extrait de la loi de 2015 qui ne contient que l’article 8, sur le couvre-feu et les restrictions. L’interdiction des élections, qui est à l’article 19, n’y figure pas. Ce même article 8 prévoit en revanche, au point 9, la possibilité de demander l’interdiction de partis politiques sous loi martiale : précisément le type de mesure que j’évoquais, et qui va au-delà d’un simple « débat ». Et pour l’article 108, vous citez la version officielle et à jour de la Rada. Mais pour l’article 112, vous renvoyez à une autre page, celle de l’université de Perpignan, qui reproduit, comme elle l’indique elle-même, la «  version initiale » de 1996. Dans cette version, l’intérim présidentiel revient au Premier ministre, pas au président de la Rada. Votre phrase sur Stefantchouk est juste, mais votre source dit le contraire, alors que vous aviez la bonne version dans votre lien précédent. Vérifier quelle version d’un texte on cite, c’est la base de la critique des sources. Un historien le sait mieux que personne. N’êtes vous pas historien de formation ?

    Sur l’exactitude. Vous dites qu’aligner des références ne remplace pas une vision politique claire. Mais regardez où se trouvent les erreurs de votre article : dans les passages sans source. Le mémorandum de 2023 mal résumé, les deux épisodes de l’affaire Navalny confondus. Et une conclusion qui commence par « la réalité factuelle ne laisse aucune place au doute » pour opposer aussitôt Zelensky « d’un côté du Dniepr » et le Kremlin « de l’autre ». Un lecteur qui ne connaît pas la carte en retiendra que le fleuve sépare les deux pays. Il traverse en réalité l’Ukraine, Kiev comprise, ça coince. Une vision claire ne dispense pas de vérifier. Elle en a même davantage besoin.

    Vous écrivez que ces débats sont « précisément ce qui la distingue du régime totalitaire voisin ». Nous sommes d’accord. Alors les rapporter, c’est rendre hommage à cette différence, pas la trahir. C’est justement parce que l’Ukraine n’est pas la Russie qu’on peut en débattre ouvertement.

    Je note enfin qu’en deux réponses, vous n’avez contesté aucun des faits que j’ai relevés. Vous avez critiqué leur nombre, leur présentation et mes intentions, mais pas leur exactitude.

    Bonne continuation.




    • @Vudenbas

      Voilà qui conclut en beauté cette impressionnante démonstration de cuistrerie.

      Quand on passe plus de temps à éplucher l’URL d’une traduction juridique de l’Université de Perpignan, à compter le nombre de sous-groupes d’un comité parlementaire ou à feindre la tragédie géographique parce qu’une métaphore sur le Dniepr ne colle pas à la virgule près avec votre carte IGN, ce n’est plus de la rigueur : c’est de l’autopsie de texte à visée purement narcissique.

      Il est d’ailleurs assez savoureux de constater que toute cette minutie obsessionnelle et ce souci du moindre détail juridique s’évaporent subitement quand il s’agit de lire les innombrables proses qui glorifient le maître du Kremlin, hélas bien trop nombreuses sur AgoraVox. Étrange conception de la « neutralité » et de la « rigueur factuelle » que d’avoir le microscope braqué sur chaque virgule dès qu’un texte soutient la résistance ukrainienne, tout en gardant des œillères de trois mètres face à la vraie propagande.

      Puisque vous semblez confondre un espace de commentaires AgoraVox avec une soutenance de thèse et que vous comptez manifestement chaque mot pour valider votre propre sensation de triomphe intellectuel, clarifions une chose simple : ce n’est pas parce que vous empilez les paragraphes et exigez d’avoir le dernier mot que vous avez raison.

      Votre posture consiste à vous abriter derrière une prétendue « neutralité factuelle » pour tenter de donner des leçons de méthode, tout en feignant d’ignorer la dynamique globale d’un article d’opinion et de vulgarisation. La légalité du mandat présidentiel sous loi martiale est établie, le consensus du peuple ukrainien est documenté et le fond politique est tranché.

      Je vous laisse à votre collection de fiches, à la vérification des hyperliens de la Toile et à votre quête sans fin du dernier mot. Le débat est clos.


    • Vudenbas Vudenbas 15 octobre 00:07

      Vous vous présentez comme historien. La critique des sources est la base de ce métier : vérifier ce que dit un document, de quand il date, et s’il dit bien ce qu’on lui fait dire. C’est tout ce que j’ai fait avec votre article, et les autres. Que vous appeliez cela de la « cuistrerie » en dit plus sur votre méthode que sur la mienne. Le débat est clos, comme vous dites.


    • @Vudenbas

      Le débat est clos.


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