mercredi 5 février - par lephénix

Vers un « monde commun » ?

Le souci écologique bien compris ne devrait-il pas engager à en « prendre en compte », une fois pour toutes, aussi bien les êtres humains que les « non-humains » qui composent notre « collectif » terrestre ?

Plus rien ne va de soi. Plus aucune ressource exploitable n’est assurée de sa pérénnité sur une planète transformée en déchetterie : ni la qualité de l’air que nous respirons, ni de l’eau que nous sommes supposés boire pour des générations – sans oublier les espèces animales décimées, les forêts qui brûlent et nos sols vitrifiés livrés à une artificialisation galopante...

Et pourtant la « technologie verte » d’un éco-enfumage persistant n’en finit pas de faire miroiter encore et encore un paradis toujours plus artificiel sur Terre – forcément plus vert que nature... N’est-il pas question de remplacer les pollinisateurs décimés par les produits phytosanitaires et les ondes électromagnétiques par des drones miniatures programmables pour assouvir l’inextinguible soif de « profit » des uns ?

Au seuil de la sixième extinction, le véritable souci écologique ne consisterait-il pas à « bien traiter un être » ? Et ce, qu’il s’agisse d’un humain ou d’un non humain, sur une planète qu’aucune folie ne pourra dévier de sa trajectoire de collision avec la réalité... Le « processus d’écologisation » n’engage-t-il pas à prendre en compte les "associations d’êtres qui composent notre « collectif » ?

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Philosophe et maîtresse de conférences à l’université Paris Ouest-Nanterre, Emilie Hache rappelle, dans la réédition en poche de son livre, que dans une « communauté écologique responsable », il importe de « traiter des non-humains comme des fins et non pas comme des moyens  » c’est-à-dire des « produits de consommation alimentaire  ».

Pourquoi ne pas passer un nouveau contrat en articulant économie et morale pour en finir avec la prédation des terres, des forêts et des vivants ? Sur quoi au juste se fondent les « formalisations économiques » de ceux qui mettent la planète en lignes d’exploitation ? La morale peut-elle « prendre en charge » ce qui échappe au lancinant et perpétuel calcul d’optimisation – cet incommensurable et cet inestimable qui nous ont été donnés ?

Le mode de développement hyperindustriel d’une partie de la population mondiale pose la question de la surpopulation : si le modèle économique des pays surdéveloppés se répandait partout, la destruction de la planète serait bel et bien consommée : « Les surpopulations vulnérables deviennent une variable d’ajustement de notre mode de développement jusqu’à considérer les catastrophes qu’elles subissent comme une sorte de régulation naturelle des populations  ». Et pourtant, la dynamique propre à ce « modèle »-là est de s’exporter à tout prix... L’écologie peut-elle compter sur l’armée de réserve de ces « surpopulations vulnérables » ? Se trouvera-t-il parmi elles comme au sein des « pays riches » des consciences suffisamment inquiètes pour construire une société de continence énergétique, de frugalité heureuse, de partage et de sobriété consentie avant l’effondrement annoncé ? Il n'est pas interdit de rêver tout haut...

 

Une demande d’intelligence collective ?

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L’idée de « progrès » est-elle encore pertinente et compatible avec la préservation d’une planète livrée à une surexploitation suicidaire ? Pour Emilie Hache, il s’agit de « recommencer à habiter une temporalité dotée d’un futur et d’instaurer la responsabilité morale qui l’accompagne  »... Imprégnée par le pragmatisme de John Dewey (1859-1952), elle rappelle que la « dimension morale d’une démocratie réside dans la participation de publics : le point de rencontre entre la morale et la politique se trouve ici, dans cette autoconstitution d’un public par lui-même, dans le fait que de passif, il devienne actif, seule garantie de vitalité pour une démocratie »...

Comment « devenir capables ensemble  » dans un système si peu capable de résoudre les problèmes qu’il engendre ? Comment favoriser l’apprentissage d’une « pensée collective » sur un champ de ruines dévasté par la frénésie d’un hédonisme consumériste et d’intérêts oligarchiques à jamais inassouvis ?

Manifestement, « parler d’une cosmopolitique est une façon de prendre en compte le problème posé par la coexistence d’une multiplicité d’êtres »... Le monde commun à habiter ensemble requiert le plus grand nombre possible de bonnes volontés partageant ce sentiment d’urgence en-dehors de toute morale prescriptive.

Autant les éclairer sur l’enjeu en formulant la question « en termes de cosmopolitiques », ce qui est une « façon de ralentir » tout en cultivant une manière d’espérance active et empirique... La grande convergence des multiples expérimentations en cours, engagée par des scientifiques, des éleveurs, des entrepreneurs, des activistes ou des patients soucieux de se prendre en charge, buissonne en de foisonnants jardins partagés. Fera-t-elle reculer le désert qui avance ?

Emilie Hache, Ce à quoi nous tenons – propositions pour une écologie pragmatique, La Découverte, 300 p.



13 réactions


  • Pierre Régnier Pierre Régnier 5 février 13:56

    construire une société de continence énergétique, de frugalité heureuse, de partage et de sobriété consentie avant l’effondrement annoncé ?

    Oui, mais il serait préférable d’employer les mots qui conviennent à la place de celui qui est utilisé ici « pour ne pas trop effrayer » : décroissance délibérément choisie de la production et de la consommation mondiales plutôt que « continence énergétique ».

    Car c’est le souci de « ne pas effrayer » qui conduit à l’effondrement. Les partis écologiques classiques comme ceux qui se préparent pour les prochaines élections sont loin de faire ce bon choix parce qu’ils sont, comme tous les autres partis, des adeptes de l’économisme, plutôt que de la spiritualité nécessaire à la sauvegarde de l’humanité.


    • lephénix lephénix 5 février 20:38

      @Pierre Régnier
      la décroissance a « mauvaise presse » et suscite une levée de boucliers, la continence l’amorcerait en douceur jusqu’à l’entrée dans l’évidence... la peur, on le sait, est mauvaise conseillère, elle désarme, démotive, démobilise (« à quoi bon si tout est perdu » ?) et est entretenue à volonté par ces prétendus « écologistes » qui jettent la jeunesse dans les rues pour.... « marcher pour le climat » ... dans ce climat de peur d’un four climatique prétendument à venir alors que l’enfer est pavé de malfaisance sociale...


    • Pierre Régnier Pierre Régnier 6 février 09:23

      @lephénix

      Je ne crois pas à la possibilité de détruire en douceur l’économisme, la philosophie partout acceptée comme étant la bonne.

      Je crois qu’il faut inverser la formule « à quoi bon si tout est perdu ? ».

      Elle doit devenir : "Tout serait perdu si on sous-évaluait la radicalité des réformes à entreprendre de manière urgente".


    • lephénix lephénix 6 février 11:33

      @Pierre Régnier
      pour l’heure, la radicalité, étant dans « le camp de la régression sociale », semble contre-productive et l’heure est davantage au « consentement » qu’à la « fabrique du consentement »...c’est le modèle pernicieux de l’économie numérique qui stimule nos centres de plaisir et nos circuits de récompense pour obtenir de nous que nous soyons nos propres geôiiers et indics... il faudrait vraiment inventer un tel modèle d’efficience pour stimuler non pas nos centres de plaisir mais notre rapport à notre « réalité » fondamentale et à l’essentiel...


  • eric 5 février 16:05

    Non, il faut d’abord réduire la dépense publique. 57% du PIB, c’est de loin la majorité. Un bilan carbone désastreux, aucune incitation à la baisse. Il n’y a pas de taxe carbone sur les activités de l’état et de ses satellites. Même quand il y a une incidence ( locaux surchauffés par exemple) c’est le contribuable qui paye, et l’état n’est en rien incité à réduire.

    Après, on peut réduire autoritairement l’accès à internet qui consomme plus que les voitures.

    Quand à perdre son temps à des bidules civils civiques citoyens bénévoles, c’est pour les gens qui n’ont pas une vie professionnelle ou familiale bien remplie. Les gens normaux votent pour élire des représentants qui font le boulot pour eux. Seuls des gens ayant la sécurité de l’emploi, des difficultés avec leur conjoint, peuvent passer leurs soirées à débattre de détails pour imposer leurs vues idéologiques, souvent imprégné de leurs frustrations personnelles. C’est profondément anti démocratique, et c’est du reste pour cela qu’écolos et autres progressistes y sont aussi favorables. 


  • Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. C’est un point assuré plein d’admiration,
    Que le haut & le bas n’est qu’une même chose :
    Pour faire d’une seule en tout le monde enclose,
    Des effets merveilleux par adaptation.

    D’un seul en a tout fait la méditation,
    Et pour parents, matrice, & nourrice, on lui pose,
    Phœbus, Diane, l’air, & la terre, où repose,
    Cette chose en qui gît toute perfection.

    Si on la mue en terre elle a sa force entière :
    Séparant par grand art, mais facile manière,
    Le subtil de l’épais, & la terre du feu.

    De la terre elle monte au ciel, & puis en terre,
    Du Ciel elle descend, recevant peu à peu,
    Les vertus de tous deux qu’en son ventre elle enserre. HERMES TRISMEGISTE.

    L’écologie est à comprendre comme l’ensemble d’un système dans lequel tout est lié. 


    • lephénix lephénix 5 février 20:43

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      du Hermes dans le texte ? contrairement à l’interconnexion de nos invivables technodystopies, l’interdépendance de notre ecosystème est soutenable et devrait être facile à comprendre  assez pour travailler la synergie...


  • Ruut Ruut 6 février 10:47

    Commençons par imposer à la vente des produits durables et réparables.
    Ce sera un bon début…

    Pour le moment nous assistons a de la fausse écologie.


    • lephénix lephénix 6 février 11:35

      @Ruut
      ce serait effectivement un bon début mais par exemple la lobbycratie veille au grain à ses « profits » et veut envoyer nos voitures à la casse pour nous vendre ses gadgets connectés...


  • Spartacus Lequidam Spartacus 6 février 12:31

    C’est un discourt des enfants de l’abondance capitaliste totalement décalé des réalités, qui cache un avenir de merde pour nos enfants...

    Ce qui fait le propre de l’homme, c’est justement de se démarquer de la nature....

    Cette apologie d’un monde meilleur naturel est totalement artificiel et utopique comme le communiste ou le socialisme. Au non du social ont a créé les génocides et l’appauvrissement généralisé.

    Il en sera de même avec l’écologisme.

    Comme a chaque fois ces utopies entraînent l’inverse du but espéré. 

    Quand on voit les mots « sur-population », mais c’est pas le droit de chacun de faire des enfants ? Mêlez vous de vos affaires avant de juger de la sexualité et les choix autres. 

    On imagine déjà les planifications ecolo-politiques...Ecocides imposés sous couvert d’écologisme.

    Quand on lit « construire une société de continence énergétique », « frugalité heureuse », « sobriété consentie »...

    C’’est ça le rêve ? Qu’est qu’il pue ce rêve. Gardez le pour vous et aller le faire en Afrique et gouttez a la diversité des moustiques et n’utilisez pas la chimie des insecticides...(pas écolo et respectueux des animaux).

    Le misérabilisme ? L’absence de modernisme ? La peur du futur ? 


    Désolé mais votre monde futur de merde à chier, n’est pas le mien.

    Je n’en veux pas. Et au fur et a mesure qu’il se construira, et que l’utopie prendra réalité, le problème des populations sera comme avec le socialisme, comment le dégager....

    Je veux un monde technologique, de découvertes, d’innovations, de liberté, d’hygiène, d’eau purifié, d’aliments nouveaux, être aidé par l’intelligence artificielle, de steak au barbecue avec des amis, de stars de foot ou chanteuses sexy a paillettes, et surtout pas votre idéal de monde misérabiliste de moche écolos à lunettes rondes et pull en laine déguelasse.

    Je veux la liberté de circuler avec ma voiture et pas qu’on m’impose les transports collectifs comme seule alternative.

    Je ne veux pas de l’écologisme, cette nouvelle forme de bolchévisme planificateur.



    Je ne veux pas être taxé sur tout pour payer des voiture électrique à des bobos.

    Je ne veux pas payer et n’accepte pas la démagogie pour détruire une jolie gare alors qu’ils sont trop con pour voir le bois de Boulogne a coté et personne n’y va.


    Et quand je regarde le militantisme, l’intolérance et l’implication sournoise qui s’implante partout, je prévois que vous allez créer le malheur comme le communisme l’a créé.

    Triste futur avec ces doctrinaires écolos...


    • @Spartacus, parce que le libertarisme n’est pas une utopie ? Celle de l’enfant-roi...


    • Pierre Régnier Pierre Régnier 7 février 08:34

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Il n’est pas utile d’ajouter des mots en « isme » pour combattre l’égoïsme de Spartacus.
      Surtout pas le « libéralisme » évoqué ici à contresens.
      Le socialisme libertaire est plus que jamais une nécessité mondiale.


    • Ruut Ruut 7 février 09:11

      @Spartacus
      C’est pour ces raisons qu’il est sains d’avoir plusieurs Nations Souveraines.
      Une nation unique conduits TOUJOURS au pire des TOTALITARISME.


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