jeudi 27 février 2014 - par C’est Nabum

Perdre un ami …

Hélas, c'est bien trop tard ....

La plus grande des négligences.

Il est parti et désormais, il est bien tard pour demander de ses nouvelles, pour prendre le temps d'une visite qui n'aura plus jamais de raison d'être. Il a tiré sa révérence et vous, vous êtes là, penaud et honteux. C'est ainsi à chaque fois : la terrible nouvelle vient vous surprendre, marquer l'inéluctable que vous n'envisagiez pas.

La réalité dépasse de loin le chagrin que vous supposiez. L'affliction prend le pas. Elle s'impose à vous comme un coup de tonnerre, une brisure dont rien jamais ne viendra recoller les morceaux éparpillés par votre indifférence, le temps qui manque, les aléas de l'existence et toutes ces sollicitations auxquelles vous devez répondre tandis que l'ami s'étiole et finit par disparaître.

L'évidence s'impose à vous, trop tard pour y changer quelque chose. Vous prétextez la surprise, vous vous dédouanez de votre faute en affirmant que tout est arrivé trop vite, qu'il n'était pas possible d'envisager l'issue si proche. La maladie était là ; elle a mis de la distance et de la gêne, elle vous a servi d'excuse ou de repoussoir.

Vous vous trouvez honteux et malheureux, incapable de rattraper ce qui ne peut plus jamais l'être. Vous avez dans le cœur ce remords, cette plaie ouverte qui n'est pas près de se refermer. : l'ami est parti et vous ne lui avez pas octroyé cette ultime visite qui s'imposait.

C'est alors que « Perdre un ami » prend tout son sens. La perte est un manque, non pas de lui mais de ce que vous lui deviez et que vous ne lui avez pas accordé. Une simple visite, une pensée amicale, un salut qui n'aurait demandé qu'un peu de temps et de chaleur. Aviez-vous honte de votre activité, de votre santé, de votre dynamisme quand vous le saviez diminué et affaibli ? Vous redoutiez surtout de le voir amoindri. Alors vous venez de le perdre de vue à jamais !

Vous vous dites que tout est allé si vite, que vous ne pouviez le prévoir, que vous avez été pris au dépourvu… Vous êtes simplement dépourvu d'excuse et vous ressassez cette indifférence qui s'est faite lâcheté, cette distance qui est devenue gouffre, cette absence qui va s'éterniser à jamais. Vous êtes mal et rien ne vous exonérera de cette faute impardonnable.

Vous allez prendre la plume, lui écrire un message posthume. Il évoquera le passé, ce temps précieux où vous n'aviez pas commis l'irréparable, où vous étiez encore un de ses proches. Votre peine se mesure à l'aune de ce poids qui vous submerge. C'est encore par rapport à vous que vous considérez cette situation : ce n'est pas digne.

Abandonnez alors votre fierté et vos arguties misérables et tournez toutes vos pensées vers celui qui est parti, vers ses proches qui sont bien plus en chagrin que vous ne pouvez l'être. Accordez-vous enfin le temps de la compassion et du deuil. Ne pensez plus à ce que vous auriez dû ou ce que vous auriez pu. Il est trop tard ; prenez simplement le temps de l'hommage intérieur, de la résurgence des instants qui le faisaient si vivant.

Perdre un ami c'est lui faire dans votre mémoire une place que ne lui disputeront pas d'autres pensées parasites. C'est lui offrir sans restriction ni justification votre affection éternelle. C'est effacer ce qui est venu assombrir votre relation pour ne plus penser qu'à lui.

P....., je me souviens. Je me souviens de tant de moments, de tant de conversations, de ta voix et des combats, de tes passions et de tes indignations. Je me souviens et je te vois à nouveau, comme tu voulais qu'on te voie : debout et fier, fort et déterminé. Je retrouve cette image, elle devient plus nette ; j'ai effacé cette ultime période qui t'avais rendu flou à mon regard, par peur de te voir ainsi.

Je ne t'ai pas perdu aujourd'hui ; je te retrouve comme j'aurais toujours voulu te conserver. Je te dédie ce billet, toi qui étais si attentif à mes écrits, parfois si enthousiaste, trop sans doute et parfois encore, en total désaccord. Celui-ci aura le mérite de t'offrir une dernière fois ces deux sentiments dans le même texte. Va en paix mon ami, nous nous sommes enfin retrouvés !

Affectueusement sien



51 réactions


  • claude-michel claude-michel 27 février 2014 09:24

    Un ami est toujours un extra-terrestre qui nous permet de dévier de notre parcours

    quotidien à la découverte d’un ailleurs inaccessible.

    Être l’ami de quelqu’un signifie qu’on le comprend au-delà des apparences.

    Il nous rend justice en toute occasion.

    Il nous aide à aller, au risque de se perdre, où notre destin nous appelle.

    (Francesco Alberoni)


  • pens4sy pens4sy 27 février 2014 11:21

    @ l’auteur
    Merci pour le partage de cette humanité qui nous construit tous, même si certains en semblent dépourvus.


  • foufouille foufouille 27 février 2014 11:32

    "Je me souviens et je te vois à nouveau, comme tu voulais qu’on te voie : debout et fier, fort et déterminé. Je retrouve cette image, elle devient plus nette ; j’ai effacé cette ultime période qui t’avais rendu flou à mon regard, par peur de te voir ainsi."

    il aurait peut être voulu l’inverse. que tu le vois tel qu’il était à ce moment


  • Shawford43 27 février 2014 11:40

    Et là, un smiley « épanchement viril contre son épaule » (bon j’avoue ça doit pas être fastoche à réaliser smiley , mais les graphistes de talent ça manque pas non plus en ce bas monde) 

    Bien évidemment, j’accepterai sans broncher une fessée de l’auteur et me garderai bien de jamais plus reparaître ici si j’ai contrevenu d’une quelconque façon à la promesse que je lui ai faite plus tôt.


  • Jean Keim Jean Keim 27 février 2014 14:34
    Qu’elles que soient nos convictions, quand un être cher est perdu, il est sans aucun doute ailleurs retrouvé.



    • C'est Nabum C’est Nabum 27 février 2014 16:48

      Jean Keim


      Je ne crois pas en l’ailleurs en dehors de ce monde étrange qu’est notre mémoire

    • Jean Keim Jean Keim 27 février 2014 20:17

      Amis lecteurs,
      Croire ou ne pas croire est le même processus, c’est toujours une croyance.
      L’athée dans son rejet de toutes confessions se sent dans la vérité qui est pourtant monopolisée par tous les systèmes religieux.
      Quelle est la réalité du personnage, artefact de la mémoire qui pense le monde ? 

      Je vous livre une réflexion faite après qu’un ami m’ait avoué crainte de la mort, le texte n’a rien de morbide, c’est ce que l’instant qui passe m’a suggéré.

      Un pas, une seconde, la petite mort et la grande mort 

      Un pas, une seconde, nous avançons
      Dans l’espace, dans le temps
      C’est notre chemin de vie
      Un pas, une seconde, je suis vivant
      L’instant qui vient de s’écouler
      N’est plus
      Il est mort à jamais
      L’instant qui vient de s’écouler
      Ne reviendra jamais
      Un pas, une seconde, je suis vivant
      Chaque pas est le premier
      Un pas, une seconde, je suis vivant
      Chaque pas est le dernier

      Et il y a ici bas
      le dernier pas
      Le passage de vie à trépas
      Un pas, une seconde ... je suis mort,
      Et après ?...
      ... Après ! C’est simplement le pas suivant
      Dans la seconde qui suit.
      La mort continue la vie
      C’est simplement un changement d’état
      Avec un pas et une seconde
      Semblables ou différents
      Ou une réalité perçue autrement
      Et l’après d’après ...

      ... C’est une autre histoire.

      Si vous êtes angoissés
      Par la perspective de la mort
      Faites une marche solitaire
      Marchez en ressentant votre vie qui s’écoule
      Et quand vous serez prêts
      Dans cette marche ou dans une suivante
      Imaginez que le pas suivant
      Celui que vous vous apprêtez à faire
      Sera le dernier de cette vie
      Et le pas suivant sera
      Le premier de l’instant qui suit
      Pourquoi n’y aurait-il pas un pas
      Qui suivra le précédent ?
      Comme à chaque pas
      Fait jusqu’à maintenant 

      Dans la vie d’ici bas
      Comme dans la vie au-delà de cette vie
      Il nous faut mourir
      A chaque instant
      Pour que se fasse le pas suivant.

      Fraternellement.


    • Shawford43 27 février 2014 20:20

      Très beau.


      Isolèment

    • C'est Nabum C’est Nabum 27 février 2014 20:22

      Jean Keim 


      Je trouve que venir derrière ce billet faire du prosélytisme est d’une grande indugnité.
      Je n’ai fait étalage d’une croyance et je n’aime pas qu’on vienne ici pour vendre une philosophie ou une croyance.

      Mon texte se situe ailleurs et je vous prie de suivre sa direction.

    • Shawford43 27 février 2014 20:29

      Laquelle Na Boom ? Dans votre cas, c’est la direction exactement opposée au titre de votre article.


      Puissions nous un jour aller flâner sur la Loire de concert (et ma foi, si je dois partir en stop pour NDDL très prochainement, j’aurai pas beaucoup plus à faire pour vous rejoindre).

      Bonne soirée ami (pour le Na Boom, vous validez.. ou pas ?)

    • C'est Nabum C’est Nabum 27 février 2014 20:39

      Shawford43 (


      Vous ne le savez peut-être pas mais je n’aime rien tant que me perdre en chemin 

    • Shawford43 27 février 2014 20:42

      Dans ce cas là, Willy, vous validez ?


      Sachant que ça urge apparemment, je préfère quoi vous savez à quoi vous savez aussi si vous allez lire mon dernier post sous mon article à moi.

    • Jean Keim Jean Keim 28 février 2014 17:03

      Bonsoir Nabum,

      Loin de moi l’idée de faire du prosélytisme, je n’ai rien à vendre et aucune certitude à défendre, simplement l’envie de partager une interrogation mais comme je vous ai choqué, importuné et blessé peut-être, je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses et j’aurai, si vous me le permettez toujours aura tant de plaisir à vous lire. 


    • Shawford43 28 février 2014 17:14

      Ah smiley une sardine kamikaze smiley


      (bon, vous êtes prêts pour quelques millénaires de purgatoire à voir passer des étoiles sans broncher, l’auteur ?)

    • C'est Nabum C’est Nabum 28 février 2014 18:22

      Jean Keim 


      Très franchement, vous ne m’avez pas blessé mais légèrement lassé.

      Je n’avais pas envie de répondre à tous vos arguments. Je suis encore dans ce texte qu’il me faudra lire lors de la cérémonie à la demande de la femme de mon ami.

      Ne soyez pas vexé !

    • Jean Keim Jean Keim 1er mars 2014 09:34

      Bonjour Nabum,

      Pas vexé simplement étonné, je vous souhaite des pensées sereines.

  • Serpico Serpico 27 février 2014 16:05

    J’ai perdu mon ami en 1989. Mon meilleur et plus grand ami Il était si jeune. Emporté par une maladie affreuse. Je ne lui ai pas rendu visite moi non plus.

    Depuis, il est chaque jour avec moi. Je ris toujours de ses bons mots. J’ai son sourire devant mes yeux. Aucun risque qu’il disparaisse de ma mémoire.


  • Richard Schneider Richard Schneider 27 février 2014 18:06

    Bonsoir C’est Nabum,

    Joli texte. Il me rappelle une chanson - peu connue de Bécaud, s’intitulant L’Absent :

    (...) "La mort est misérable,
    Elle te poignarde le cœur
    Et te déconstruit ...
    (...) Qu’elle lourde à porter
    L’absence de l’Ami ...

    Bonne soirée, quand même,
    RS


  • marmor 27 février 2014 21:01

    14 ans que mon ami est mort, lâchement assassiné un soir de 31 décembre par un ivrogne. Je suis persuadé que si j’avais été là, il serait encore vivant. Le remord ne me qitte pas. Je ne vais jamais au cimetiere, le caveau est noir, trop grand, lisse et froid...


    • Shawford43 27 février 2014 21:05

      Mais t’es là ce soir. Je n’ai pas eu le loisir et ou l’honneur de le connaître, mais je sais qu’à travers moi il te salut, et surtout son souvenir vit en toi, et il ne fera que grandir et illuminer ta vie désormais, jour après jour.


      Merci et bonne soirée marmor

    • C'est Nabum C’est Nabum 28 février 2014 07:16

      marmor


      Nous avons cette phobie du cimétière en commun
      Point n’est besoin d’une pierre tombale pour se souvenir 

  • 65beve 65beve 27 février 2014 22:10

    Que sont mes amis devenus 
    Que j’avais de si près tenus 
    Et tant aimés 
    Ils ont été trop clairsemés 
    Je crois le vent les a ôtés 
    L’amour est morte 
    Le mal ne sait pas seul venir 
    Tout ce qui m’était à venir 
    M’est advenu 
    Pauvre sens et pauvre mémoire 
    M’a Dieu donné, le roi de gloire 
    Et pauvre rente 
    Et droit au cul quand bise vente 
    Le vent me vient, le vent m’évente 
    L’amour est morte 
    Ce sont amis que vent emporte 
    Et il ventait devant ma porte 
    Les emporta 

    Ruteboeuf -


  • Shawford43 27 février 2014 22:13

              smiley


  • Shawford43 27 février 2014 22:57

    Ça va, c’est calme au Pentagone, Willy ?


  • Shawford43 28 février 2014 06:19

    Salut Willy, pas d’affaire urgente en cours ? smiley


  • Shawford43 28 février 2014 17:40

    Je suis au regret de vous dire cette fois, Na Boom que vous vous êtes trompé sur mes intentions quand je vais venir vous retrouver sur les bords de la Loire. 


    J’en suis fort marri, mais il faut bien que la Camargue passe pour que vous vous retrouviez projeté hors de MON néant smiley smiley (smiley haut les cœurs, ami « absent »)

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