samedi 9 février - par rosemar

Du plus loin qu’il m’en souvienne...

Une chanson d'amour dédiée à un public, c'est rare, et c'est magnifique, surtout quand c'est Barbara qui évoque ce thème dans une de ses chansons les plus célèbres : Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous...

Rappelant ses amours d'autrefois, le "premier rendez-vous, les premières peines", la chanteuse raconte, avec tendresse ses lointains émois amoureux... La jeunesse, l'enfance sont suggérées par des expressions imagées pleines de charme "coeur tout blanc, griffes aux genoux"...

Tendresse et passion alternent dans cette évocation... et les mots répétés "du plus loin" montrent, en fait, que l'empreinte d'un seul amour compte, aujourd'hui, celle du public, ce qui est souligné par le présent de l'indicatif et un superlatif à valeur hyperbolique : "ma plus belle histoire d'amour, c'est vous".

L'emploi de la deuxième personne du pluriel "vous" est une adresse directe à ce public et à chacun d'entre nous...

Avec pudeur, sensibilité, et un peu de provocation, Barbara suggère de multiples amours passées : "c'est vrai, je ne fus pas sage / Et j'ai tourné bien des pages..."

L'image du livre aux pages oubliées est rempli de poésie et de charme, pages devenues "blanches", donc sans importance. Et les amants désignés par l'expression à la fois forte et légère "mes guerriers de passage" se sont évanouis...

Leur visage est éclipsé par l'image du public, maintes fois rencontré, comme le soulignent les imparfaits itératifs : "je refaisais mes bagages et poursuivais mon mirage..."

L'amour est, ainsi, naturellement comparé à un voyage, une route à parcourir :"Sur la longue route qui menait vers vous", d'autant que les tournées d'une chanteuse la contraignent à des déplacements incessants...

L'expression "la longue route" réitérée évoque une quête d'amour qui n'en finit pas, malgré des embûches, le froid, les intempéries : "Le vent de décembre, 
Me gelait au cou, 
Qu´importait décembre, 
Si c´était pour vous..."

Mais "l'amour fou" peut vaincre tous les obstacles, et la route a été franchie : on le perçoit à travers l'emploi des temps variés du passé : "Elle fut longue la route, 
Mais je l´ai faite, la route, 


Celle-là, qui menait jusqu´à vous..."

Toutes les peines et toutes les difficultés importaient peu, face à cette attente et cet amour du public : "quelques mauvais apôtres, ...l'hiver ou la neige à mon cou" ne pouvaient arrêter ce bonheur...

L'énumération qui suit traduit, pourtant, une attente déçue, une sorte de désaffection du public, avec l'emploi de la négation : "Mais tant d'hivers et d'automnes 
De nuits, de jours, et personne, 
Vous n´étiez jamais au rendez-vous". 

Des expressions très fortes restituent, alors, un désarroi :"perdant courage, 
Soudain, me prenait la rage, 
Mon Dieu, que j´avais besoin de vous, Que le Diable vous emporte..."
Dieu et Diable sont, ainsi, convoqués pour insister sur une forme d'exaspération d'un amour déçu.

La chanteuse renonçait alors, se montrait "infidèle", mais pour revenir vers ce public qui était sa raison de vivre.
Le vocabulaire de l'affectivité fait alterner, ensuite, "larmes et sourire", contraste saisissant qui nous montre les désordres et les tourments de l'amour.

L'adjectif "doux" répété insiste bien sur la force des sentiments associés à un sourire de la foule. Et une "larme" de ce public suscite une sorte de communion puisque la chanteuse elle-même en "pleure d'amour".

Le dernier couplet évoque un moment privilégié, avec l'utilisation du singulier et de l'article indéfini : "un soir, en septembre", la chanteuse a perçu l'attente de ce public, sa confiance "vous étiez venus m'attendre".

Et elle a compris cet amour irrépressible qui était le sien, atteignant une plénitude, un bonheur absolu...

La quête peut, alors s'arrêter "J´avais fini mon voyage, 


Et j´ai posé mes bagages."

La phrase "je vous remercie de vous", dans sa simplicité, son élégance, restitue toute le gratitude de la chanteuse envers son public.

Le refrain revient inlassablement, pour insister sur cette relation d'exception : "ma plus belle histoire d'amour, c'est vous ".

La mélodie légère et douce, et la voix pleine d'émotions de Barbara soulignent toute la force et la tendresse de cet amour...

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2016/03/du-plus-loin-qu-il-m-en-souvienne.html

 

Le texte :
 
http://www.paroles.net/daphne/paroles-ma-plus-belle-histoire-d-amour-c-est-vous

 

Vidéo : 



16 réactions


  • François Pignon François Pignon 9 février 15:22

    Autrement dit, la sublimation d’un narcissisme exacerbé : dans son incapacité à échanger après le viol paternel (Jacques Serf, « l’aigle noir »), elle est fascinée par sa propre image renvoyée par un public idolâtre.


    • jalin 9 février 16:19

      @François Pignon

      J’organise un dîner mercredi, je vous invite.


    • François Pignon François Pignon 9 février 16:23

      @jalin

      Avec plaisir, vous pourrez me montrer votre tour Eiffel en allumettes et moi j’mènerai mon dernier boomerang. Dites à votre femme qu’elle ne fasse pas encore une île flottante, j’aime pas trop ça, en fait.
      Je prendrai mes chaussons, parce que les patins, ça glisse trop.


    • Xenozoid Xenozoid 9 février 16:29

      @François Pignon

      les patins, c’est terrible


    • Julien S 9 février 16:59

      @Xenozoid
      .
      les patins, c’est terrible
      .
      Il y a en effet des hommes assez bouffés par leur femme pour accepter de se déplacer chez eux comme ces petits insectes qui courent sur les flaques d’eau. 
      C’est eux qui sont au services de leur logement !!
      .
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Gerris


    • Xenozoid Xenozoid 9 février 17:04

      @Julien S

      oui je vais te mettre un truc

      Vous avez non seulement modifiés et malformés vos cousins ailés ou ​à quatre pattes , vous l’avez fait pour vous-mêmes , vous avez changé les hommes en présidents de conseils d’administration , en employés de bureau , en régulateurs du temps - Vous avez changé vos femmes en femmes au foyer , des créatures vraiment effrayantes j’ai été une fois invité dans une maison d’un « fais gaffe vous tachez les rideaux, faite gaffe au bocal(poisson rouge) , ne touchez pas la tappisserie. . ; . . vos cheveux sont gras ,ne renversez pas votre verre sur cette table : il a une finition délicate, , le sol est juste verni prenez les patins ’ c’est fou
      Vous vivez . . dans les prisons que vous avez construit vous-mêmes , en les appelant « les maisons, les bureaux, les usines 

      John (Fire) Lame Deer and Richard Erdoes, Lame Deer Seeker of Visions. New York : Simon and Schuster, 1994 [1972], 121.


    • Sophie Sophie 9 février 17:52

      @François Pignon

      La sublimation, c’est un peu ce qui caractérise un artiste, non ?

      @rosemar

      J’aime aussi beaucoup sa chanson « Drouot ». Une prochaine explication de texte, peut-être ?


    • Abou Antoun Abou Antoun 10 février 01:00

      @François Pignon

      Pas mieux ! Mais je suis quand même un admirateur de Barbara.


    • jalin 10 février 10:55

      @François Pignon

      J’attends que vous ameniez votre Concorde en allumettes, ça sera essentiel pour le dîner.


  • aimable 9 février 17:18

    rosemar

    Pour moi cette chanson n’évoque aucun souvenir , peut être quand disant les vôtres , cela ferait remonter quelques souvenir en moi .


  • Raymond75 9 février 20:44

    J’ai acheté mon premier disque de Barbara à 17 ans, et depuis je l’écoute toujours. Sa mort m’a beaucoup attristé. Elle exprimait des sentiments forts, souvent mélancoliques, avec une voix qui résonnait au plus profond de moi : j’avais vraiment l’impression que c’était à moi qu’elle s’adressait ...

    http://www.vinylmaniaque.com/repertoire5/gal-barbara-le-mal.jpg


    • rosemar rosemar 9 février 21:51

      @Raymond75

      Barbara, c’est toute une sensibilité à fleur de peau et ça donne des frissons : merci pour ce message et ces souvenirs.


  • totof totof 11 février 02:18

    Super chanson ! J’ai découvert Barbara à sa mort à vrai dire. J’étais bien jeune alors et bouffé par la soupe anglo-saxonne qui m’avait appris à détester la poésie. Je vivais dans un hôtel en Normandie et je revois le veilleur de nuit, un colosse ancien ouvrier qui avait perdu son boulot avec la fermeture de son usine, je le revois devant la télé, m’appelant, fasciné, devant l’image de Barbara chantant et il me dit : « comment imaginer autant de poésie ? » Les classes populaires n’avaient pas encore totalement divorcées d’avec la poésie.

    Cette chanson me rappelle un de mes amours de cette époque. Mais je dois dire que je ne suis pas d’accord avec l’interprétation que vous en faite. Je ne pense pas qu’il s’agisse du public dont elle parle. « Tant d’hivers et d’automnes, de nuits de jours et personne, Vous n’étiez jamais au rendez-vous », chante-t-elle. Il me semble que cela s’adresse plus à un homme qu’au public.


    • Alice Alice 11 février 09:48

      @totof

      « Il me semble que cela s’adresse plus à un homme qu’au public. »

      Je crois que Barbara chante toujours pour un homme, cet homme peut-être un amant, un amour, son père, la pluie, une ville, dans cette chanson cet homme est le public dont elle est tombée amoureuse, après tant de rendez-vous manqués, de regards vides, de vents froids, de refus du bout des lèvres. Elle a dû ciseler son chant à l’extrême pour aller lui caresser le cœur et le public a fini par l’aimer d’amour et la prendre et l’honorer au-delà de ce qu’elle aurait pu espérer. Il n’y a que François Pignon (mais alors hyper décevant) pour rester à la porte, envieux de tant de grâce, et ne pas accrocher ce bijou à son oreille smiley


    • rosemar rosemar 11 février 22:46

      @totof

      MERCI pour ces jolis souvenirs...


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