samedi 14 mai - par C’est Nabum

Du vase à la coupe

 Ce que l'histoire de France doit à l'orfèvrerie.

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Le bon Clovis n'en finit pas de titiller l'imagination des faiseurs d'histoires. Est-ce son baptême qui en fit du pain béni pour les hagiographes de tous poils ? C'est tout à fait possible d'autant plus que pour asseoir son baptême sur le trône d'un pays à bâtir, il ne lésina pas sur les miracles en participant grandement à la légende dorée par le truchement d'une flopée d'évêques et de moines tous promis à la postérité.

Comme on ne prête qu'aux riches, gardons-nous de lui reprocher quoique ce soit ni même de remettre en cause les sornettes qu'il a semé tout au long de son règne. On pourrait y perdre la tête, l'homme étant sujet à de violents accès de colère. C'est d'ailleurs ainsi qu'il fit son entrée dans la grande histoire, par un vase sacré qui n'avait rien du saint Graal.

Je ne vous ferai pas l'injure de reprendre ici le récit que fit Grégoire de Tours de l'épisode du vase de Soissons. Il relève désormais de la grande épopée qui servit de ciment supposé à une nation en devenir. Particulièrement prolixe en aventures « sauroctonesques », le bon roi des francs, tout barbare qu'il était, aimait à vivre dans le luxe et ne négligea pas les histoires d'orfèvrerie.

Conscient du succès sans égal de son vase et d'une vengeance qu'il avait pris soin de manger froide, il but le calice jusqu'à la lie avec un autre récipient tout pareillement incrusté de pierres précieuses et doré sur tranche. Cette fois la coupe en cristal était pleine de vin et Clovis entendait trinquer avec l'évêque de Poitiers et l'abbé Fridolin, tous deux venus en Orléans pour le concile de 511 qui allait établir l'union de l'église et de l'état.

L'occasion était belle et faisait les larrons qui décidèrent de trinquer en ce magnifique mariage de raison. Hélas, si pour un roi ou un évêque, la belle vaisselle ne trouble pas l'esprit, les grands de ce monde, que ce fut hier ou bien encore aujourd'hui, ne se troublent pas pour pareil privilège. Par contre, le brave abbé, devant la magnificence de la coupe à moins que ce ne soit d'abus de boisson, eut la main qui tremble tant et si bien qu'il brisa la coupe précieuse.

Se souvenant du sort que Clovis avait réservé au soldat briseur de vase, le pauvre maladroit se vit dans l'instant perdre la tête lui aussi. Il ne pensait pas si bien dire car le roi fut fort courroucé de ce nouveau bris de vaisselle qui allait singulièrement augmenter sa police d'assurance. Ramassant les débris de la coupe brisée, il les étala devant l'indélicat ecclésiastique en le priant d'interférer le grand créateur afin qu'il recolle les morceaux.

Dieu en ce temps lointain n'était pas encore débordé de demandes. Il intercéda sans se faire prier, ce qui, avouons-le est assez rare chez ce haut pensionnaire de l'Olympe. Le vase devant les yeux incrédules des trois témoins oculaires dignes de foi, se reconstitua dans l'instant. Grégoire de Tours, quoique grand amateur de vin de Loire, ne précise pas si la coupe contenait encore son précieux liquide. C'est fort dommage pour la compréhension de l'histoire.

Clovis s'en alla donc de fort bonne humeur présider son concile et Fridolin accéda à la béatitude pour son rôle décisif dans la grande histoire de France. Celui qui sut ainsi recoller les morceaux, devint le Saint Patron des couples et surtout le producteur de la célèbre série télévisée : « Scènes de ménage ».

Originaire d'Irlande, né dans une famille riche, notre bon saint s'en vint en Bourgogne s'initier au vin de messe. Grâce à Clovis, après la fameuse histoire que je viens de vous narrer, il fit reconstruire la basilique de Saint Hilaire à Poitiers, puis évangélisa la Lorraine, la Suisse et l'Alsace. Il se retire enfin à Säckingen sur le Rhin, brisé certes mais heureux de son parcours sur Terre, dans un monastère qu'il avait fondé. Il meurt en 540 en odeur de sainteté. Orléans lui consentit une rue en buvant une partie de son patronyme : la rue Saint Flou. Est-ce à lui qu'on dira le sobriquet donné aux soldats allemands ? (D'autres affirment non sans humour que ce surnom vient de « Friede » Paix)

À contre-sens.



15 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 14 mai 10:04

    C’est bizarre qu’on prononce klo-visse, alors que son prénom se prononçait xlouisse (prononcer le x comme dans le Xavier espagnol, c’est-à-dire une gutturale. Le V en latin correspondait au U actuel (cf SENATVS POPVLVS QVE ROMANVS° ? et il est donc normal que ce prénom francique se soit transformé en Louis en français et Ludwig en allemand, car le francique que parlait Clovis comme tous les Francs n’est rien d’autre que du bas-allemand.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 14 mai 10:11

      @Séraphin Lampion

      PS :

      Le francique ne s’écrivait pas, pas plus que le gaulois, et les moines copistes qui ont enregistré son nom dans les actes sur parchemin ont utilisé les lettres de la langue de l’église, le latin, pour essayer de restituer phonétiquement des sons qui n’existent pas dans cette langue.


    • C'est Nabum C’est Nabum 14 mai 10:18

      @Séraphin Lampion

      Quelle culture ...
      Merci 


    • Rinbeau Rinbeau 14 mai 16:14

      @Séraphin Lampion

      Je serais curieux de voir une de ces copies en parchemin mentionnant clovis !
      Car en réalité il n’y en a pas !


  • Rinbeau Rinbeau 14 mai 16:24

    Et si le parchemin peut être daté, l’encre ne peut pas l’être !

    Ce qui explique aujourd’hui la grande méfiance des archéologues confrontés à ces écrits faces à la quantité de faux avérés depuis quelques années !


  • Rinbeau Rinbeau 14 mai 16:45

    Quand à Clovis il est fort probable qu’il n’ai jamais existé tout comme ce fameux vase de Soissons !


    • L'apostilleur L’apostilleur 15 mai 09:41

      @Rinbeau
      Si tout ce qui ne peut pas être prouvé devait être effacé de nos livres ou de nos histoires..
      Sans parler des sources uniques apprêtées sans pouvoir en mesurer à quel point.


    • Rinbeau Rinbeau 15 mai 10:17

      @L’apostilleur

      Hé bien on se rend compte qu’au de là de l’an de l’an mille on ne sait pas grand chose !
      The dark âge disent les Anglais qui n’étudient pas la chronologie débile de Scaliger ! tout comme les Allemands !


    • L'apostilleur L’apostilleur 15 mai 13:39

      @Rinbeau
      Oui et non selon les régions. Les pays du Sud de l’Europe pérenniseront les apports romains avec les Wisigoths et grecs apportés par les musulmans. 
      Plus tard un peu plus au nord, il faudra attendre l’implantation des abbayes avec leurs moines cultivés qui développeront notre culture chrétienne.


    • Rinbeau Rinbeau 15 mai 14:15

      @L’apostilleur

      çà n’est pas ce que l’on voit en archéologie ! Dans les grandes villes modernes on ne trouve que de la terre noire depuis mille ans au moins lorsque l’on creuse ! imaginons les invasions barbares, le monde romain s’écroule, les villes en Gaule sont là ! Mais rien lorsque l’on creuse ! Et puis émerge le Roman !
      BIZZARRE !
      Par contre effectivement, ce que l’on retrouve au mérovingien, ce ne sont que des nécropoles, jusque dans les pays Scandinaves, à un moment où l’histoire nous décrit une société hiérarchisée !
      ça ne colle pas !
      Désolé !


    • L'apostilleur L’apostilleur 15 mai 17:45

      @Rinbeau 

      « ...les invasions barbares, le monde romain s’écroule... »

      Ce qui j’essayais de vous dire c’est qu’il n’y a pas que la Gaule

      Voyez ce que les barbares nous ont laissé (*) à Ravenne V et VIe s..

      En Espagne ils ont entretenu l’héritage romain jusqu’à l’arrivée des musulmans au VIIIe s. dont l’histoire est bien connue. 

      (*)https://onenpensequoi.over-blog.com/2022/03/apres-mille-ans-et-milan-ravenne-devenait-la-nouvelle-et-derniere-capitale-des-romains-d-occident.html


  • L'apostilleur L’apostilleur 15 mai 09:45

    @ l’auteur 

    Toujours intéressants ces moments d’Histoire ou d’histoires.

    Merci de les avoir partagés. 


    • C'est Nabum C’est Nabum 15 mai 19:55

      @L’apostilleur

      Merci à vous

      C’est certainement plus intéressant que les vaines querelles que le vois de ci de là en commentaires déplacés

      Si vous aviez une explication, je suis preneur 


  • L'apostilleur L’apostilleur 15 mai 09:57

    @ l’auteur 

    « ..Il meurt en 540 en odeur de sainteté... »

    Je me souviens avoir vu un documentaire avec un pope (en Grèce ?) qui sentait les os d’une relique dont il prétendait qu’ils éxhalaient des fragrances, rose...

    Témoignage de la sainteté, après la mort, par l’odeur



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