vendredi 8 mai - par Christophe Cros Houplon

2027 : Macron choisit Bardella !

Certains d’entre nous se souviennent sans doute qu’en septembre 2023, ayant réuni à Saint Denis les présidents de tous nos partis politiques dans une de ces réunions Tupperware inutiles dont il a le secret, Emmanuel Macron s’était de retour en son palais épanché auprès de son entourage et ne tarissait pas d’éloges sur Jordan Bardella.

« Le meilleur d’entre nous », avait-il alors confié. Quelques années avant que le sujet de son admiration ne prenne neuf ans après lui-même la place conviée dans l’opinion de Chouchou 1er.

Cet étonnant hommage à l’actuel président de ce RN qu’à peine élu l’actuel chef de l’Etat, faisant avec les bras le compas de la victoire depuis la Pyramide du Louvre nous avait la main sur le cœur promis d’éradiquer, est la marque de fabrique de ce roi du en même temps qui quand il dit blanc pense noir et inversement.

On se souvient que lançant la campagne des européennes en 2019 Macron, auto intronisé chef des progressistes européens, s’était pour la première fois désigné pour principal compétiteur le même. Son tube d’alors, les « qui se projettent dans le futur » contre « les nationalistes tout rabougris », avait installé face à Jordan Nathalie Loiseau, laquelle contrairement à son nom ne s’envola guère puis disparut dans les limbes d’où l’avait extraite notre suzerain.

A peine réélu en 2022 pour la seconde fois face à cette Marine Le Pen qui à peine les résultats connus l’appela hilare depuis une terrasse du côté de Saint Cloud, le triomphant Emmanuel se hâta de ne surtout pas faire ce qu’à son poste il eût fallu, à savoir prendre la tête des élections législatives pour faire gagner les siens.

Enfermé trois semaines durant en son palais, Emmanuel hésitait. Qui choisir comme premier Ministre ? Elizabeth Borne fut le premier nom qu’il sortit de son chapeau avant de l’y remettre dans la foulée puis de perdre trois longues semaines à tergiverser pour finalement revenir à son point de départ.

Entre temps la campagne législative s’était achevée et les résultats du premier tour furent proclamés.

Pas de chance, les Renaissance étaient loin de remporter la majorité, laquelle semblait inatteignable tant pour eux que pour leurs principaux opposants. Que fit le chef de l’état ? S’arranger pour que par consignes de désistement interposées des candidats Renaissance en triangulaire on parvienne à contenir l’essor de la NUPES afin d’augmenter par un effet de vases communicants le nombre de députés RN. Pari gagné !

Deux ans et trois cent motions de censure plus tard, le soir du 9 juin 2024 et du triomphe du RN aux européennes, Macron, à la surprise générale, dissout l’assemblée nationale. Aux journalistes lui opposant que ce faisant il risquait d’installer Jordan Bardella à Matignon, le maître des horloges cassées répondit boudeur que c’était loin d’être automatique.

Encore gagné le soir du second tour, sauf que pour le coup les 89 RN s’étaient au passage comme les balais de l’Apprenti Sorcier multipliés.

Pressé de dissoudre, le chef de l’état prendra plus de deux mois estivaux pour désigner un successeur à Gabriel Attal, démontrant ainsi que sa précipitation à appuyer sur le champignon atomique connaissait ce qui s’appelle quelques arrière-pensées.

Réfléchissons. A chaque élection le tube maison du réflexe républicain a beau encore marcher, le fameux plafond de verre au-dessus de la tête des gaulois à chaque fois se rapproche de nos têtes. Jordan échoue à son examen Matignon 2024 ? Ce sera à coup sûr bon pour le coup suivant, songe le monarque, lequel, contraint à ne pouvoir en 2027 se représenter joue le coup d’après.

On assiste actuellement à un glissement de plaques tectoniques RN amusant : de Marine vers Jordan puis de Jordan vers Macron. Traduisons : Bardella se mellonise à toute allure et fomente en coulisses l’équivalent du pacte de non-agression entre Georgia et Mario Draghi : tu fais ce que tu veux en régalien et en sociétal, et en échange tu restes dans les clous budgétaires et européens. Traduction en bon français du « pro business » du chouchou des sondages.

En situation, Bardella ne pourra pas faire grand-chose tant sur le plan de la préférence nationale (les constitutions françaises et européennes l’en empêchant) qu’en matière de pouvoir d’achat, son prédécesseur ayant sympathiquement vidé les caisses. Il durcira les mesures d’entrée sur le sol français sous un concert de caméras et en coulisses comme le fit Melloni naturalisera à tour de bras des travailleurs irréguliers pour satisfaire le MEDEF en toute discrétion. Question imposition des entreprises, il se gardera de changer quoi que ce soit en s’abritant derrière un souci de réalisme budgétaire puis se flattera de se faire bien voir par la Commission Européenne.

Pour la galerie il virera les drapeaux européens de nos palais, ce qui entre nous ne coûte pas cher et surtout ne change strictement rien à nos petites vies.

Bardella à l’Elysée, surtout avec Mélenchon en opposant numéro UN, c’est l’assurance de cinq années de zizanie dans le village gaulois, de défilés rageurs, de manifestations sauvages, d’Antifas et de Nemesis dans tous les coins sur fond de gaz lacrymos. Le tout avec des petits partis de rien du tout qui hurlent dans le désert, un chef de l’état qui joue le gendre protecteur de notre sécurité comme de nos biens et un ministre de l’intérieur sur le pont 365 jours par an.

Après trois ou quatre ans de raffut passés loin des caméras, se dit Manu, il est temps d’envoyer depuis le Touquet quelques cartes postales :

« Finalement avec moi vous étiez bien plus tranquilles » …

Voilà à mon sens pourquoi Macron et les élites financières qui le dirigent aiment tant Jordan Bardella.



12 réactions


  • sylvain sylvain 8 mai 09:55

    C’est vraiment cousu de fil blanc. En fait c’est la meme politique qu’envers ce qu’on appelle le wokisme, meme si la on sent que l’union est plus fusionelle.

    Le pouvoir n’en a que faire du societal, l’important est qu’il soit clivant, qu’il divise. Il met en scene un faux choix entre un mouvement qui proposerait des « transitions » a des gamins de 5 ans et ouvrirait toutes le frontieres d’un cote, et de l’autre un mouvement qui interdirait l’avortement et proposerait la remigration.

    Tout ca ne lui coute rien, et tout est bon pour maintenir les mougeons loin du pouvoir reel. Bardella est parfait pour les patrons de Macron, il est encore plus jeune, plus people, plus vide et plus ambitieux.

    Encore mieux, ceux qui votent pour lui sont persuades de prendre une revanche sur le pouvoir. Et tout ca gratos !


  • John John 8 mai 12:15

    Salut Christophe !

    « Bardella à l’Élysée, surtout avec Mélenchon en opposant numéro UN, c’est l’assurance de cinq années de zizanie dans le village gaulois, de défilés rageurs, de manifestations sauvages, d’Antifas et de Nemesis dans tous les coins sur fond de gaz lacrymos. »

    En résumé ... Ouais clair ... Cinq longues et dures années de Bordel là ! smiley ...

    (trop facile celle-là) ... smiley ...


  • Robert GIL Robert GIL 8 mai 12:24

    pas étonnant les deux servent l’oligarchie, et donc Bardella continuera l’œuvre de Macron !


  • BRUNO BRUNO 8 mai 13:09

    « la pensée perverse au pouvoir » de Marc JOLY décrit parfaitement le fonctionnement du roitelet, dont la « vision » économique est effectivement parfaitement compatible avec celle du R.N.ou inversement...Tout cela soutenu assidûment par une poignée de milliardaires qui dominent les diverses sources d’information : médias, maisons d’édition, écoles de journalisme...


  • Réago 8 mai 16:31

    Bardella, s’il devient président de la République, va devoir se surpasser pour faire pire que Macron qui a, à son palmarès, la ruine économique et financière de la France, la dictature sanitaire ayant contribué à cette ruine (Pfizer et d’autres peuvent le remercier, la vente dans des conditions « douteuses » de fleurons nationaux à des intérêts étrangers (General Electric et d’autres peuvent le remercier), et j’en passe.

    Il est permis aussi de signaler une divergence de doctrine entre un Président de la république de la France actuellement en exercice pour qui les intérêts supérieurs européens doivent absolument être privilégiés par rapport à ceux de la France, quitte à ce que cette dernière devienne complètement un pays du club med (on est sur le chemin) et le RN qui privilégie l’intérêt français.

    Maintenant si Bardella devient président de la république, effectivement il va avoir un gros problème, en plus d’hériter d’un pays en ruine, car nombre de propositions du RN sont incompatibles avec le droit européen devenu supérieur au droit français ou même au droit constitutionnel français et ce n’est pas leur adoption par référendum qui y changera quelque chose (surtout pour le droit supérieur européen). Bardella a indiqué qu’il pouvait aller suspendre la participation financière de la France à l’union européenne (dans le cas du Mercosur). Si devenu Président de la république, il évoque seulement une telle possibilité, ce sera la crise déclenchée par les marchés financiers, le spread sur la dette française, etc. Dans ce cas il faudra choisir entre obéir à l’UE ou prendre le risque d’en sortir. Je connais assez le sujet pour savoir que la sortie de l’UE et de l’Euro ne serait pas une mince affaire et que probablement bardella et le RN y renonceraient.


    • Réago 8 mai 19:34

      Bardella ce jour : « Même si aujourd’hui la France n’a pas connu de défaite militaire formelle, à l’image de la débâcle de 40, nous avons tous le sentiment que le pays connait un lent naufrage qui l’attire progressivement vers l’abime. »

      https://youtu.be/RSZK2EDqeis?t=581

      Il est exact au moins sur le constat de la situation actuelle de la France. C’est aussi pour cela qu’il est en possibilité de devenir président de la république car le RN dans un pays qui irait relativement bien, serait loin de pouvoir arriver au pouvoir.

      Bardella soutenu par Macron ? c’est une C… à mon avis. Il est néanmoins possible que lorsque le psychopathe Macron a dissous l’Assemblé nationale en 2024, c’était en effet, selon certains (voir le lien ci-dessous) dans le but que le RN exerce le pouvoir brièvement pour qu’il s’y casse la gueule avant les présidentielles de 2027. Les choses ne se sont pas passées comme le psychopathe l’avait prévu. Et si le RN avait gagné les législatives il y aurait eu des conflits entre deux exécutifs, notamment sur la politique étrangère entre par exemple entre un président de la République voulant dégager des milliards d’euros pour l’Ukraine ou y envoyer des soldats et un premier ministre ne voulant pas.

      https://www.lesechos.fr/patrimoine/mon-budget/mais-pourquoi-emmanuel-macron-dissout-il-lassemblee-nationale-alors-quil-ny-est-pas-oblige-2100361


    • sylvain sylvain 8 mai 22:25

      @Réago

      Macron n’a pas tellement d’importance. Mais ses patrons eux soutiennent l’extreme droite sans aucun doute


  • Mustik 8 mai 18:18

    Jordan soutenu par Macron ?...

    Si je repense à la déclaration de Philippot sur CNews, ce n’est pas si incroyable. « RN ne veut pas du Frexit »... C’est tout bon pour Macron qui penserait à succéder à Wonder Les Gaines...

    Le test sera le financement de la campagne du RN en 2027 : si la banque française finance, y’aura du macron et du Rotchild là-dessous !

    Wet & sea


  • LeMerou 9 mai 05:56

    @Christophe Cros Houplon

    Bonjour,

    Entre : 1° - économique de la France, dont nous connaissons tous plus ou moins les origines 2° - La « position » de la France sur le plan international

    Le parti politique qui viendra au pouvoir, n’aura pas la tache facile, car il lui faudra redresser économiquement le Pays, puis « en même temps » lui redonner une position sur l’échiquier international, je ne dis pas que c’est impossible mais presque.

    Tout cela sans compter les nombreuses soumissions à l’Europe concernant sa souveraineté acceptées par des Présidents successifs plus que « pro-européen », l’affaire s’apparente aux travaux d’Hercule.

    Pour le premier item, je suis assez convaincu comme certains, qu’ils attendent tous un « ordre » non européens venu de l’extérieur pour redresser la situation, prétextant le moment venu, prenant les mesures nécessaire et quasi obligatoire, « c’est pas nous, ont nous y oblige, nous ont ne voulait pas... » laissant le Pays passer sous tutelle (c’est une habitude chez les « politiciens »). Si nous avons dit non au survol de notre Pays par les avions militaires US, notre ciel sera encombré de bien de vautours, venant tuer ce qui ne l’a pas été.

    Pour le second item, l’affaire sera longue, très longue pour retrouver une relative « crédibilité », surtout si nous sommes sous tutelle, en plus d’être dans une sorte d’instabilité politique intérieure. Notons que cette dernière est principalement du fait d’idéologies diverses et variées dont les intérêts de base ne sont pas l’avenir du Pays faute de savoir lui donner un destin, mais de la « survivance de caste ».

    Pour finir, je pense que sortir de l’Europe est non sens, pour l’instant, par contre dire et le faire aussi, que la France se doit d’être maître de sa destinée, que sa souveraineté ne peux plus être bafouée, ou sous tutelle administrative Bruxelloise serait une bonne chose. Ne plus être des « laquais » serait un pas de géant.

    Enfin que ce soit MM. BARDELLA, FAURE, HOLLANDE, LE PEN, MELENCHON, PHILIPPE, RETAILLEAU, PIERRE, PAUL, JACQUES, VINCENT et les autres prétendants au trône ( Désolé la liste est bien trop longue pour les citer tous) nous allons vivre pendant cinq ans, un moment plus que délicat.

    Un des qualifiés ’d’extrême« vient au pouvoir légalement et ce sera la »chienli« pour reprendre un terme connu, si ce sont les »habituels", tout changera en continuant, le Pays s’enfonçant lentement dans les abysses avec l’implosion à la clé.

    Bref une quasi certitude, nous n’allons pas vivre des années heureuses. Mais je peux me tromper, d’ailleurs ne faisant pas parti des « élites » dirigeantes je me trompe sûrement.


    • Jean Keim Jean Keim 9 mai 07:45

      @LeMerou

      << Le parti politique qui viendra au pouvoir [•••] n’aura pas la tâche facile, il lui faudra redonner (à la France) une position sur l’échiquier international. >>

      Et si on en avait strictement rien à faire du clinquant trompeur, et si simplement on faisait de notre pays une contrée où il fait bon vivre.

      Rappelons-nous la promesse du roi actuel : quand je serai élu il n’y aura plus de SDF dans notre pays.


  • Jean Keim Jean Keim 9 mai 07:25

    Du sac de nœuds à la française peut-il en sortir autre chose qu’un nœud ?

    Finalement les deux intéressés par le trône – à moins qu’il ne s’agisse d’une chaise percée – ont d’étonnantes similitudes, comme par exemple n’avoir aucune expérience politique avant leur première élection, enfin pas tout à fait ••• ils savent déjà mentir comme tout bon démagogue.


  • Eric F Eric F 9 mai 09:37

    Rappelons juste qu’aux législatives de 2024, le NFP et la macronie ont convenu ensemble d’un « barrage républicain », qui s’est avéré efficace pour réduire le nombre d’élu RN
    https://www.lecho.be/economie-politique/international/elections/legislatives-en-france-le-barrage-republicain-repousse-la-vague-d-extreme-droite/10554628.html

    C’est pourquoi effectivement comme indiqué dans l’article, Bardella se « mélonise », prenant en compte que le bloc national ne pourra avoir seul une majorité parlementaire. Le RN a été longtemps le pestiféré du patronat (et de la finance qui lui refuse des prets), il se repositionne davantage pro-business


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