Bonheurs de la lecture...
Victor Hugo a découvert, très jeune, le bonheur de la lecture : il raconte cette expérience, dans un de ses poèmes les plus connus, extrait des Contemplations, intitulé Aux Feuillantines.
Les Feuillantines étaient un ancien couvent désaffecté où résida la mère de Hugo de 1809 à 1812... Ce poème nous replonge dans le monde merveilleux de l'enfance : Victor Hugo évoque ses deux frères, sa mère, dans une scène familière...
La mère apparaît à la fois protectrice et impérieuse : le jeu est permis mais il est interdit de piétiner "les fleurs" et d'escalader les "échelles"... Son discours, plein de simplicité, est reproduit directement, avec l'emploi de la première personne et du présent d'énonciation : "je défends Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles."
L'impératif "jouez", les subjonctifs "qu'on marche " qu'on monte" traduisent la bienveillance attentive de la mère.
L'enfance associée au jeu, au bonheur, au rire, au bon appétit, apparaît, aussi, comme un monde de découvertes, de nouvelles expériences. Le grenier du couvent, lieu de jeu et de mystères, attire les jeunes enfants que sont Abel, Victor et Eugène.
L'imparfait d'habitude souligne l'intérêt que suscite ce grenier : "nous montions, nous regardions... un livre inaccessible."
Le verbe "regarder" met en évidence, aussi, toute la curiosité des enfants, car il évoque une observation attentive.
Et les enfants sont, rapidement, éblouis par ce livre lointain, situé sur le "haut d'une armoire", un livre qui leur paraît comme un trésor à atteindre et conquérir.
Ce livre devient l'objet d'une quête, d'une curiosité infinie, il est "noir", étrange, mystérieux, et finalement les enfants parviennent à atteindre l'objet, une "Bible", le livre par excellence.
Ce sont, alors, de véritables éclats de sensations qui apparaissent, soulignés par des exclamations : l'odeur du livre, la magie des images, des estampes, le ravissement de la découverte !
Les exclamations répétées restituent ce plaisir inédit de la découverte : "Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire !"
Et, dès lors, les enfants se mettent à lire avec enchantement : des mots magiques apparaissent, exotiques et lointains, des noms bibliques : "Joseph, Ruth, Booz, le bon samaritain..."
La comparaison finale du livre avec "un oiseau des cieux" traduit le bonheur infini de cette découverte...un bonheur fait de rires, d'étonnements et d'enthousiasmes...
Le livre est assimilé à un oiseau inaccessible capturé par les enfants. La dernière sensation tactile du poème traduit encore leur émerveillement : ils sentent dans leurs mains comme 'une douceur de plumes".
Le bonheur de tenir en mains le livre est, ici, exprimé par une image pleine de beauté et de rêves. Le champ lexical du rire et du plaisir souligne cet enchantement : "charmés, en riant, joyeux". Le participe passé "charmé" a un sens très fort et restitue une sorte d'ensorcellement magique. Le verbe "lire", répété à trois reprises, montre la fascination des enfants, qui en oublient de "jouer".
Les sonorités de sifflantes, à la fin du poème, suggèrent, aussi, le bonheur de cette découverte :
"Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux,
S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes."
Ce poème, empreint de simplicité, nous fait percevoir, à travers différentes sensations, olfactive, auditive, tactile, visuelle, tous les bonheurs offerts par la lecture...
Le blog :
http://rosemar.over-blog.com/2015/06/merveilles-de-la-lecture.html
Le poème :
http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/aux_feuillantines.html

