samedi 5 octobre 2013 - par Renaud Bouchard

Bouvard et Pécuchet. Deuxième Lettre ouverte à Monsieur François Hollande

« Si les historiens n'étaient pas des enfants, ils comprendraient que ce n'est pas une petite affaire que de prononcer ces mots : un siècle, un pays. » (P. Valéry, Les principes d'anarchie pure et appliquée)

 

Monsieur le Président,

 

Le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP) vient donc de publier sa contribution au séminaire gouvernemental d’août dernier ayant pour objet de répondre à une interrogation majeure : « Quelle France dans dix ans ? »

« La mondialisation de l’économie est incontournable », a-t-il conclu, laissant ainsi la fugace impression, certes, au terme d’une puissante réflexion, d’avoir redécouvert le fil à couper le beurre.

Pendant ce temps en effet, à Bali, les nations d’Asie-Pacifique se préparent à ouvrir et négocier ce week-end (du 5 au 07 octobre 2013) les chapitres d’un pacte commercial historique, prélude à un nouveau « Bandoeng » économique dont personne ne semble vraiment prendre la dimension dans un pays mal gouverné, travaillé par des dissonances politiques qui n’ont à mes yeux que trop duré.

C’est que nous avons un pays, le nôtre, la France, qui ne peut plus vivre avec les personnages de Bouvard et Pécuchet à sa tête. Ne voyez là aucune critique de ma part, Monsieur le Président, mais bien un pénible constat. Aurais-je l’honneur de travailler avec vous au service de la France que ma franchise à votre égard serait la même.

 

Que lit-on en ce moment ? 

« Pour éviter « l’étrange défaite de la France d’aujourd’hui », écrit Edouard Tétreau dans le quotidien Les Echos du mercredi 2 octobre 2013. 

« Impôts : la révolution s’impose ! » développe pour sa part Christian Saint-Etienne dans la livraison du Figaro du samedi 2 octobre, posant l’impérieuse nécessité de sortir le pays de son immobilisme et d’enrayer sa désindustrialisation.

Qu’entend-t-on ? Un plein emploi est-il possible ? Assurément, comme le démontre brillamment Bernard Martinot dans son essai plus que jamais d’actualité intitulé : « Chômage : comment inverser la courbe ? » (éd. Manitoba / Les Belles Lettres).

Que constate-t-on ? Que « Le modèle français est atteint en profondeur  », comme l’explique de son côté en des développements lumineux Pierre Nora dans son ouvrage intitulé : « Recherches de la France », qui vient de paraître chez Gallimard. Nul doute que vous avez eu connaissance des ces articles ou de tous ces ouvrages qui décrivent à l’envi les turbulences qui travaillent notre pays, l’Europe et le monde.

Monsieur le Président, mon propos vient cristalliser ces interrogations.

La France et sa société sont en perdition. Il est urgent que vous mettiez un coup d’arrêt aux dérives qui sont en train de conduire le pays à l’explosion d’une guerre économique, politique, ethnique, sociale en adoptant d’urgence le mode de gouvernance que chaque citoyen est en droit d’attendre du chef de l’Etat : un cap et un équipage. Or nous en sommes loin, le temps nécessaire à la prise en main de l’appareil d’Etat n’étant plus une excuse et laissant apparaître une succession de cafouillages inacceptables.

L’action du Gouvernement et de son chef ayant aujourd’hui perdu toute autorité et toute crédibilité, ce qui ne vous laisse pas indemne, une décision urgente s’impose désormais au vu des difficultés d’une situation que l’équipe actuelle n’a manifestement pas les capacités de surmonter, minée qu’elle est en outre par de piètres chicayas idéologiques et partisanes qui fragilisent la cohésion nationale et exaspèrent les attentes de chacun.

 

La route choisie est une impasse qui conduit à l’effondrement :

 

-Politique économique ? Ecoutez je vous prie ce que vous dit par exemple Jacques Sapir, lisez Paul Jorion, et plus particulièrement l’excellent essai de Jean-Michel Naulot intitulé : « Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien  » (Seuil).

-Politique fiscale, sociale, qu’il s’agisse d’assiette fiscale, de protection sociale, de retraites, la situation est simple : le consentement à l’impôt s’effrite, ce qui constitue le danger le plus marquant qui soit.

-Immigration, intégration, naturalisations ? Le corps national tout entier se cabre dans un rejet fondamental de l’islamisation vécue comme élément allogène irréductible à l’identité de la France.

-Justice et politique pénale ? Est-il besoin d’insister sur un fossé béant entre les citoyens et la perte de confiance qu’ils marquent pour une institution qui a failli dans sa mission d’assurer la protection de chacun dans sa personne comme dans ses biens.

-Education nationale ? Il est urgent de revenir à l’Instruction publique tant sont ébranlées les fondations destinées à instruire les générations présentes et futures.

-Diplomatie ? Il m’est pénible de voir un tel étalage de trompeuses espérances ainsi qu’une appréciation aussi erronée du contexte géopolitique débouchant sur un échec diplomatique cuisant et la perte de toute crédibilité sur la scène internationale.

Réalisez-vous, Monsieur le Président, que s’ils avaient dû travailler en entreprise, la plupart des membres du Gouvernement qui vous secondent eussent été pour beaucoup d’entre eux remerciés au bout de trois semaines pour…insuffisance professionnelle ?

Celle-ci est devenue patente.

Préfrez-vous réagir tant qu'il en est encore temps ou prendrez-vous le risque - malgré de multiples signaux très faibles mais significatifs - d'une interruption subite d'un processus économique dont nous savons assurément que les conséquences seront dramatiques ?

Le temps est donc venu de remédier à cette situation, ne serait-ce que pour vous préparer à prendre la vague du tsunami que vont représenter concomitamment les désastres consécutifs aux défauts souverains désormais inéluctables du Dollar et de l’Euro (voyez les déclarations de M. Jens Weidmann ou de M. Sarton du Jonchay) et la Bérézina des prochaines élections municipales et européennes.

Verriez-vous quelque inconvénient, Monsieur, à ce que nous examinions ensemble quelques thèmes qui ont chacun leur importance, à des degrés différents, relatifs à la zone Euro, à l’accord de libre échange transatlantique dont le deuxième « round » de négociations s’ouvre lundi prochain à Bruxelles, au Front National, à l’islamisation, à la diplomatie de notre pays, aux relations de la France avec les Etats-Unis d’Amérique, la Fédération de Russie, la République islamique d’Iran ?

Ayant trouvé le temps de recevoir récemment une équipe sportive valeureuse, il me serait agréable que vous me receviez aussi personnellement, ce qui vous permettrait d’écouter avec beaucoup d’intérêt – je puis vous l’affirmer –, ce que devrait être en tant que nouveau Premier ministre la détermination et la conduite par mes soins de la politique de la Nation.

Je vous ai déjà écrit le 8 avril dernier. Six mois sont écoulés et le moment est venu de m’accorder l’audience sollicitée. Dans le cas contraire, épargnez-moi, voulez-vous, la lettre de convenance de votre Cabinet m’expliquant fort civilement que ma correspondance a bien été lue et éludant ma demande.

Il ne tient qu’à vous de faire un choix, Monsieur le Président. Le meilleur choix qu’imposent le contexte actuel et une multitude de facteurs. La France attend, et à ses côtés, cinq cent dix millions d’habitants qui scrutent notre pays et attendent aussi. Rencontrons-nous. Je suis prêt.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire général de l’Elysée, l’expression de mon profond respect.

Renaud Bouchard

 

 

Jean-Michel Naulot, « Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien » (Seuil).

Lisez cette recension de l’ouvrage précité :

http://www.seuil.com/livre-9782021122916.htm

Ecoutez cette vidéo passionnante !

 



7 réactions


  • Buddha 5 octobre 2013 09:56

    La mondialisation est déjà un fait depuis longtemps , depuis le colonialisme qui est le droit ,auto institué et pardonné, d’aller voler et tuer chez les autres . Donc cette formule est encore un leurre bien sur. Reste le nouvel ordre, qui est désordre organisé pour voler, et qui n’a strictement rien de nouveau car les humains depuis un temps certains font tous les jours exactement la même chose..

    Personnellement je serais très content d’avoir Bouvard et Pécuhet à la tète de n’importe quel pays , etre sans malice, curieux de tout,essayant plein de choses , de techniques, de travail dur mais aussi artistique rabrouant curés et notables, pour ce qu’il sont, des outres vides et arrogantes, des êtres amicaux, partageurs et qui vers la fin de leurs aventures en 1870 disaient que d’ici un siècle l’ amerique aura conquis la planète...Flaubert pour moi etait un de ces visonnaires , mais aussi un critique féroce de la société bourgeoise pédante et arrogante, comme dans Madame Bovary, bourgeoisie pédante qui n’a rien à dire sur rien, rien à partager sauf à disséminer la haine de soi même sur les autres, car le propre du riche c’est de savoir sans le savoir que son chemin menè à l’enfer et la frustration permanente , et qui veut tout dominer,hommes, femmes ,enfants,chose,planète ,univers, et leur dieu mythique même mais vraiment pour des raisons qui n’en sont plus du tout quand on a assez d’argent pour 1000 vies...car chez les plus fous d’entre nous ,le sens même dément n’est plus là, ils ne savent pas ce qu’il font....ai je entendu cela quelque part ? dans un rêve...il n’y a plus rien......Merci Léo ..et ce vide précède soit la mort définitive, soit la naissance....nous sommes juste là à ce moment. Pour le moment c’est la mort qui gagne globalement ,car on ne le sait pas, la machine, nous, ne sait pas qu’elle n’ est pas vivante...la partie vie de notre cerveau est en panne..ce n’est pas une théorie je le sais par expérience comme d’autres le savent aussi

    mais n’en parlez ni aux politiques, ni à la plupart des scientifiques , ni aux pseudo journalistes,ni à la plupart des pseudo artistes de mon billet de 100 balles , ni aux forces amicales de la répression, ni aux dieu terrestres qui n’existent pas,car croire n’a jamais été savoir bien sur.....lorsque l’on coule n’importe quelle bouée est tentante n’est ce pas...et bien non, il ne faut pas se raccrocher à une bouée, psychologiquement nous devons couler comme dans ces rêves cauchemardesque que beaucoup ont vécu..ces rêves de cauchemar c’est l’intelligence qui essaye de se réveiller,cette partie intelligente du cerveau qui veut se réveiller mais non rien à faire , plutôt vivre l’enfer que de vivre le non connu....n’est ce pas ? Ne pas aller bien est une chance inouïe...c’est la vie qui essaye de se mettre en route et qui dit : tu as mal n’est ce pas ,forcement tu es sur le mauvais chemin , oui mais le non connu c’est effrayant, et bien je ds reste avec la frayeur,n’en attends rien du tout, et tu verras............

    Alors de petits humains insignifiants en politique comme ailleurs , mais comme des grenouilles qui veulent se faire grosses comme 10 bœufs ou beaufs car à ce stade de bêtise crasse on ne sait même plus, si c’est gens ne participaient à detruire la planete, on les prendrait en pitié tellement leur ridicule ignorance sans aucun talent est pitoyable, sans que jamais ils le voit !! mais voila ils détruisent ...

    et puis tout à coup l’auteur a trouvé la solution et nous le dit tout haut : -Immigration, intégration, naturalisations ? Le corps national tout entier se cabre dans un rejet fondamental de l’islamisation vécue comme élément allogène irréductible à l’identité de la France.

    c’est vrai que dans les siècles passées , bien avant ces hordes barbares qui détruisent la france, ce pays comme tous les autres fut un modèle aux yeux de l’univers..toux ces bon rois, cette paix quasiment ennuyeuse, ce partage équitable entre tous, ce plaisir d’être ensemble ,amicalement, cette sensation de bonheur ultime quasiment insoutenable ...c’était bien sur de trop...

    ah et puis le sacré bon temps de la france coloniale pour le bien des autres malgré eux....nous en voila bien remercié, nous qui arrivions avec armes et le désir de s’en servir,voila comment nous sommes remerciés ..ces cuistres eux arrivent chez nous, disent ils car on a détruit leur chez eux millénaire,et sans armes avec ça , ne menacent personnes, n’ont pas de banques, de multinationales, d’armées etc..des j’en foutre oui.....chacun chez soi,sur des bases bibliques bien sur et dieu sera bien gardé.....eux chez eux et nous chez nous.....va juste falloir apprendre le travail manuel............elle est pas belle la vie vue , la vue de la vie vue de la colline de Scion !!

    ps : il y a Mrs Ramirez , Contini ,et kowatchevitcz qui me demandent si ils sont français c’est juste pour savoir ou ils vont dormir ce soir, pour pas gêner..
    Épitre de St Coluche : l’homme se trouve petit ,alors il monte sur un tabouret


  • Txotxock Txotxock 5 octobre 2013 10:34

    Heureusement que le courrier à la présidence n’a pas besoin de timbre ; ce serait jeter de l’argent par les fenêtres.


  • ricoxy ricoxy 6 octobre 2013 08:39

    « La mondialisation est déjà un fait depuis longtemps , depuis le colonialisme qui est le droit ,auto institué et pardonné, d’aller voler et tuer chez les autres . »

    Hum, la Route de la Soie, la Route des Épices, c’étaient déjà la mondialisation, ce me semble.


  • Christian Labrune Christian Labrune 6 octobre 2013 12:00

    "-Education nationale ? Il est urgent de revenir à l’Instruction publique tant sont ébranlées les fondations destinées à instruire les générations présentes et futures.« 

    à l’auteur
    Je trouve cette remarque fort pertinente. Rappelons que c’est Anatole de Monzie qui fut le premier des ministres de »l’Education nationale« , en 1932. Un peu fasciné par un fascisme italien expert dans l’art d’enrégimenter la jeunesse et de fabriquer l’opinion, il avait dû trouver que ce changement convenait à l’air du temps. Il n’y avait certes pas eu que du négatif dans d’autres dispositions prises par ce bonhomme lorsqu’il s’était agi de définir les programmes scolaires, mais il sera de ceux qui voteront les pleins pouvoirs au Maréchal. C’est un peu tout dire.
    Carcopino bizarrement, sous le régime de Vichy, reviendra à l’ancienne dénomination, mais cela ne durera que quelques mois et le gouvernement provisoire issu de la résistance oubliera d’effacer cette calamiteuse orientation idéologique.
    Aujourd’hui, on n’instruit plus, on vise l’éducation, la »formation du citoyen« . Le problème c’est que lorsqu’on instruit, on éduque par la même occasion, et très efficacement. L’éducation sans l’instruction, c’est ce que Brighelli appelle »la fabrique du crétin« .

    Ceux qui jouissent du pouvoir en France actuellement ressemblent un peu à Anatole de Monzie : de la bonne volonté, mais des dispositions plutôt limitées et fort peu de discernement. Quand j’étais prof, on écrivait sur le bulletin trimestrie :  »Des efforts ; pourrait cependant mieux faire". Par respect humain, et tout en se disant à part soi qu’un petit canard pataugeant au bord de la mare ne risque guère de devenir jamais un aigle.

    C’est ce qui fait que je trouve un peu cruelle votre lettre à notre Président de notre République : on ne peut tout de même pas demander à un cul-de-jatte de s’entraîner à la course du cent mètres haie en vue des jeux olympiques !


    • Christian Labrune Christian Labrune 6 octobre 2013 12:13

      "Ceux qui jouissent du pouvoir en France actuellement ressemblent un peu à Anatole de Monzie : de la bonne volonté, mais des dispositions plutôt limitées et fort peu de discernement"

      Je rappelais qu’Anatole de Monzie avait voté voté les pleins pouvoir à Pétain. J’ai vu naguère, en regardant la télévision, François Hollande à l’ONU serrer la main de l’ayatollah Rohani. Et en filigrane, je voyais le quai de la gare de Montoire, et une autre poignée de mains assez comparable à celle-ci.


    • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 6 octobre 2013 14:14

      @ M. Christian Labrune


      « Des dispositions limitées et fort peu de discernement »

      Vos observations sont très pertinentes. 

      Permettez-moi de les compléter avec ce lien http://skhole.fr/instructions-du-2-septembre-1925-anatole-de-monzie

      Quant au reste, nous risquons fort d’être encore les témoins de quelques poignées de mains significatives d’autres Verdun diplomatiques...


  • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 7 octobre 2013 14:12

    Réactualisations :


    L’Europe et Etats-Unis secoués par les crises : politiques inconscientes, politiques impuissantes ?

    Jean-Michel Naulot

    Banquier. 

    Membre de l ’AMF (Autorité des Marchés financiers)

    Auteur de : Crise financière, pourquoi les gouvernements ne font rien (Seuil)

    http://www.franceculture.fr/emission-l-invite-des-matins-jean-michel-naulot-2013-10-07


    Négociations sur le Pacte transatlantique

    http://bourse.lesechos.fr/infos-conseils-boursiers/actus-des-marches/infos-marches/la-negociation-du-pacte-transatlantique-ue-usa-est-mal-engagee-918370.php




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