BRÈVES
Extraits d'une semaine peu ordinaire finalement :
La justice
La Justice est une corporation dont les membres se serrent les coudes ; pas moins que la police, pas moins que les mafias politiques.
Avant d'en faire un article plus long, il me faudrait dire plusieurs choses : accuser est de l'ordre du service public, gratuit. Se défendre relève du service privé et coûte cher. Quand on est pauvre, on a droit à l'aide juridictionnelle ; celle-ci paye un avocat commis d'office, quelque chose comme 350 euros ; l'avocat, qui a ses charges de cabinet et qui « vaut » au bas mot cent euros de l'heure, choisi au dernier moment – souvent après le début de l'audience où il doit défendre l'accusé- ne se donne que deux heures maximum pour l'affaire, quand la demande de report est requise, et acceptée : inutile de dire que cette aide est non seulement inefficace, illusoire mais tout bonnement hypocrite ! L'avocat n'est jamais aussi bon que lorsqu'il défend un coupable ( souvenez-vous de Vergez qui disait à propos de l'affaire Marchal, « Omar m'a tuer », que c'était la première fois qu'il défendait un innocent !), qu'il gagne le procès et les tunes qui vont avec. Il existe ça et là quelques avocats qui se lancent à défendre un pauvre, victime de la justice ; ils sont rares et... il faut tomber dessus ! Les médiocres se contentent de piller les divorcés !
On ne parle de la justice que lorsqu'elle réussit à condamner, souvent de manière légère, les politiques voyous. On ne détaille jamais les injustices même si ça et là on apprend qu'un tel est resté quinze ans en taule pour un crime qu'il n'avait pas commis ; la projection et l'empathie du public va rarement jusqu'à s'identifier, ressentir l'injustice, qui n'est qu'impuissance à être entendu, et cru. La machine, énorme, policière et judiciaire, est à même de broyer n'importe qui ; outre le corporatisme, l'incapacité des humains, rouages de cette mécanique, à rester humains, l' emploi d'un langage abscons, pour ne pas dire ésotérique, relève de l'abus de pouvoir absolu. Nous n'apprenons nulle part ailleurs qu'à nos dépends la précieuse et complexe logique de la Justice. Personne n'y travaille car il n'y a que les pauvres, qui en pâtissent : l'argent paye les avocats, les riches n'ont pas besoin de comprendre, l'avocat conduit ! Dans mon imaginaire enfantin, avocat était le plus beau métier du monde !!
Tant que nous n'aurons pas rendu le langage médical et judiciaire accessible à tous, nous pourrons parler de castes, de pouvoir et ses dérives.
L'eau
Dans mon village, le Syndicat des Eaux entreprend de rénover toutes les canalisations, vétustes, remplacer les branchements en plomb.
Une lettre adressée à tous les habitants stipulait que « vus les changements dans la loi, tous les compteurs devront se trouver sur le domaine public » et nous demandait l'autorisation d'installer ce nouveau compteur, qui sur son mur de façade, qui sur son mur d'enceinte. La contradiction n'éveilla l'attention que de deux propriétaires. Renseignements pris, la loi n'a pas changé ; cette lettre n'était donc que désinformation. L'habitude de l'obéissance, ou celle, voisine, d'obtempérer à une intimidation , semble- et à juste titre- si évidente, que le droit de chacun n'est jamais mentionné ! La cinquantaine de personnes concernées, sauf deux, s'est pliée, sans aucune autre forme d'information aux diktats abusifs du syndicat. Les deux autres, ayant pointé cette contradiction, après avoir semé la panique auprès du syndicat et du prestataire, ont vu leur compteur rester à la maison ! Ainsi, les syndicats des eaux jouent-ils le jeu des prestataires de service, aux dépends de leurs administrés. Il y a bien là une convergence, une connivence, une complicité du service public avec le privé !
Je vous laisse tirer la morale de l'histoire...
La marche du 5 mai
A l'appel de cette manifestation, nombreux sont ceux qui, l'approuvant, auraient aimé s'y rendre, mais s'en trouvent empêchés pour deux raisons :
La SNCF n'offre pas à la gauche les tarifs proposés aux participants de la « manifestation pour tous » ; c'est normal me direz-vous, quand c'est pour tous... seulement les prix sont prohibitifs !
Des bus ont été affrétés par le parti de Gauche à des prix abordables sans compter la demande d'aide pour les plus démunis, mais : départ samedi soir, arrivée dimanche matin, journée dans Paris, marche et rencontres, retour dimanche soir, arrivée à la maison lundi matin juste pour enquiller une journée de boulot ! Même quand la détermination ne manque pas, parfois, c'est la santé qui fait défaut !
Par combien faudra-t-il multiplier le nombre de manifestants pour arriver approximativement au nombre de convaincus ? Après, on dira que la gauche n'est constituée que de vieux bobos ! Je rappelle qu'un trajet en TGV dure à peine plus de trois heures depuis Avignon, Nîmes ou Montpellier et qu'il faut huit ou dix heures en bus.
La vilaine perfidie de la jalousie
Certes les élus touchent des émoluments enviables et des frais annexes de déplacements qui prouvent qu'ils ne dorment ni ne mangent dans des bouis-bouis. Cela semble faire rêver les gens que nous sommes, à payer tout nous mêmes, et c'est sûrement bien normal. Cependant, aucun tri ne semble fait : en général, on accuse ceux du camp adverse en oubliant que « ceux de notre camp » bénéficient des mêmes privilèges ! Tout récemment est sorti sur ce site, le problème des allocations pour les permanences des élus. D'aucuns trouvent immoral d'acheter sa permanence en s'aidant de cette allocation ; ceux-ci pensent plus moral que l'argent public servent à enrichir des propriétaires ; au bout de cette indignation : Y aurait-il des propriétaires « légitimes » et d'autres qui le seraient moins ?
Témoin de Jéhovah ? Non, L O
J'allais à un rendez-vous avec mon avocat. Aucun d'entre vous ne peut goûter le velouté suave de cette phrase, ni son côté cocasse ; elle me fait penser à ces belles gens qui vont régulièrement chez leur notaire, ou chez leur avocat !
Je roulais un peu distraite par la beauté des arbres en fleurs et ce vert des feuilles tendres si vert sur fond de ciel gris anthracite ; j'ai trouvé la pluie un peu plus loin et me suis avisée que j'étais partie en pull ; encore un peu et je passais le reste du chemin à me plaindre de moi-même, toujours à côté de la plaque.
J'ai des petites tentations de superstition, vous savez, cette attention aux signes ni religieux ni rationnels, exactement comme moi ; je me dis, si tout va bien aller, il ne pleuvra pas quand j'arriverai, je trouverai facilement à me garer. Il faut dire que je ne vais jamais en ville, et depuis longtemps, non seulement parce que je n'y retrouve plus la beauté, le plaisir que j'y trouvais naguère, grâce à la nauséabonde présence de l'automobile, mais aussi parce que, à force, cette perspective s'est transformée en épreuve, mais pas une épreuve réelle, une peur anticipée : quelle galère vais- y trouver ? Tourner pendant un temps insensé avant d'être contrainte de rentrer sans pause, à moins de péter les plombs – comme cela m'était arrivé -, un PV ? Il ne pleuvait pas quand je suis arrivée, et j'ai pu facilement me garer, sur le Jean Jaures, c'est peut-être ça ! Je n'avais pas plus de dix minutes de marche et je venais de voir l'heure à l'horodateur ; j'avais le temps de prendre du pain et du tabac et de marcher tranquille. Arrivée à la Maison Carrée, en débouchant de derrière le carré d'Art, je regardais les jeunes, jambes pendantes, qui s'étaient assis sur la corniche qui me paraissait assez haute pour foutre la trouille à quiconque aurait le vertige, en dessous d'eux une petite foule de touristes admiraient cette bâtisse qu'on aurait dit érigée d'hier tant elle est propre. Je faisais attention de ne pas glisser sur ces satanés pavés qui pourtant, j'en avais conscience, avaient dû être prévus pour ne pas faire riper le pas du passant ; mais on ne sait jamais. Les belles boutiques – Zara dont je venais d'entendre qu'elle était espagnole et avait eu il y a quelque temps le même pépin, bien insignifiant il faut le dire- un immeuble qui s'écroule sur les ouvrières- que Nissan textile, hier, au Bangladesh ; avec beaucoup moins de mortes !
J'oublie aussitôt, le nom de toutes ces marques mais toutes étaient célèbres. Je guettais les chaussures, réelle source d'addiction chez moi, bien que toujours frustrée, mais n'avais pas les bonnes lunettes pour en voir le prix ; peut-être d'ailleurs les prix n'étaient-ils pas affichés, c'est vrai, ça fait peuple ce genre de mise en garde. J'étais à deux pas du lieu de mon rendez-vous, elle était debout à l'abri d'une pluie crachinante qui recommençait, et tenait des journaux en main. Un témoin de Jéhovah ? J'évite comme la peste ce genre d'individus mais cette femme était seule et mon intuition en un éclair m'avertit qu'il n'y avait aucun danger. Je regardai son tract et j'y vis L O écrit en gros.
LO, c'est une vieille histoire, celle de vieux copains aujourd'hui, jeunes il y a longtemps ; un petit faible pour Arlette et même pour Nathalie. J'ai pris son papier.
Je dois avoir de grandes oreilles qui dépassent de mes cheveux, car non seulement j'ai le chic pour recevoir les confidences mais aussi celui, parfois éprouvant, d'être alpaguée ; je suis gentille, ça se sent. Elle devait avoir une bonne cinquantaine d'années et ne s'habillait sûrement dans la boutique sous l'auvent de laquelle elle était abritée, et j'ai toujours aimé l'intelligence, pétillante dans les yeux, qui irradie le visage des gens qui militent, qui croient à leur cause ( sauf peut-être les témoins de Jéhovah qui ne m'ont jamais semblé si gais que cela) ; en une minute elle avait dit le pouvoir à la rue, les printemps arabes, l'urgence et j'étais si en phase avec elle que j'eus du mal à souffler « excusez-moi, mais j'ai un rendez-vous » mais comme je n'étais pas partie sur le champ, elle continuait sur sa lancée. En lui coupant la parole quand même, j'ai dit : « Moi, je suis Mélenchon ». Il y a eu un petit blanc puis elle a répondu : « Vous êtes naïve ? » . Déconcertée et je n'ai pas eu la répartie spontanée. Alors elle a repris de plus belle.
J'aurais bien aimé avoir le temps de rester, de profiter d'un moment où elle reprendrait son souffle pour lui glisser moi aussi mes arguments. Il y avait le sourire, nous n'étions pas ennemies. Mais j'ai filé en m'excusant encore, le papier en main ; je trouvais épatant d'arriver chez l'avocat avec une pub de LO.
Quand je suis ressortie un peu plus tard, elle n'était plus là.
En arrivant juste à l'heure- j'ai beau faire je ne peux jamais être en retard- j'ai eu le temps, d'en lire quelques extraits :
« La droite se pose en défenseur de la famille et des enfants, quelle bande d'hypocrites ! Oui, il y a de quoi s'inquiéter pour l 'avenir des enfants, mais le droit des homosexuels au mariage n'y est pour rien.
Du fait du chômage, de la précarité et des bas salaires, un enfant sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté en France. Avec la flexibilité, le travail en équipe et la mobilité forcée, les conditions de travail rendent la vie de famille impossible.
En plus de défendre un « ordre moral » hypocrite, la droite défend l'ordre social capitaliste et les inégalités, les injustices qui vont avec.
Ces gens-là sont politiquement et socialement des ennemis des travailleurs. Ils essayent de tirer profit de la déconsidération de Hollande et de son gouvernement, ce sont pourtant les travailleurs qui ont toutes les raisons de de sentir trompés, trahis par les socialistes.
Le gouvernement a trahi ses maigres promesses, il laisse le patronat licencier à tour de bras... Hollande n'est qu'une marionnette dans les mains du grand patronat à qui il a octroyé 20 milliards d'euros par an au nom de la compétitivité et à qui il vient de faire un nouveau cadeau : la loi sur la flexibilité.
Marine Le Pen n'attend que cela. C'est une démagogue qui veut ajouter à son électorat réactionnaire des électeurs venus des classes ouvrières car elle veut, elle aussi, aller à la mangeoire. Derrière sa prétendue défense de la veuve et l'orphelin – à condition qu'ils soient français- , le FN est un parti qui gouvernerait au profit du grand patronat dans sa variante la plus autoritaire. Il représente un danger mortel pour les travailleurs. Il ne faut pas laisser les beaux-quartiers et les fils à papa prétendre parler au nom du peuple, demain ils nous imposeront leur loi, et ce sera la loi des nantis.
Il faut qu'en face les travailleurs réagissent et montrent que c'est le monde du travail qui fait tourner l'économie ; cela exige que les travailleurs se battent contre le grand patronat, leur ennemi direct mais aussi contre ses serviteurs politiques, contre ceux qui gouvernent aujourd'hui et ceux qui rêvent de gouverner demain. »
Et toc.
Mais bon, je lui dois bien ça, je dois bien ce petit hommage, sincère, et salut à Nathalie.
Je ne pourrais pas un vendredi pluvieux d'avril faire le planton dans le quartier des banques, des avocats et des belles boutiques, pour tenter de parler de tout ça avec le passant ; ce n'est pas étonnant au fond que je sois apparue comme une bonne prise ! Et malgré leur désamour à tendance haineuse de Mélenchon, peut-être parce qu'ils étaient les mêmes il y a presque quarante ans, parce qu'ils restent, plus que le NPA sûrement, fidèles à leurs fondamentaux, je pleure d'une impossible union.
Si je m'écoutais, je les rejoindrais : les causes perdues ne sont-elles pas les plus belles ? Je suis naïve à leurs yeux ; ils sont sûrs que je serai trompée.
Quelle est leur innocence, si tenace ? D'où tirent-ils cette vertueuse pugnacité ?


