Cette phrase ’Ce n’est pas notre guerre’ me donne la nausée

« Ce n'est pas notre guerre » : le déni européen qui nous rend complices de la barbarie iranienne
Et qui va coûter très cher à l'Europe
Sur le plateau de 24H Pujadas, ce lundi 30 mars, l'éditorialiste Abnousse Shalmani a prononcé une phrase qui résume tout : « Cette phrase ‘Ce n’est pas notre guerre’ me donne la nausée. » Elle avait raison. Parce que la guerre est déjà là. Elle se joue dans nos rues, recrute nos adolescents sur Snapchat, et assassine sur notre sol depuis 47 ans. L’Europe, aveuglée par ses réflexes pavloviens anti-américains et anti-sionistes, choisit de regarder ailleurs. Ce faisant, elle se rend complice — et signe peut-être la fin de la protection atlantique.
1. Rue de la Boétie, un adolescent, 600 euros et 650 grammes d'explosifs
Ce week-end, à deux pas de l'Élysée, un mineur recruté sur Snapchat a été interpellé avec un bidon d'hydrocarbures et 650 grammes de poudre explosive. Cible : le siège parisien de la Bank of America. Cinq personnes en garde à vue. Prix de la conscience d'un adolescent : 600 euros.
Un accident isolé ? Certainement pas. C'est la 218e opération extérieure iranienne répertoriée depuis 1979. Et la 102e sur le sol européen.
Depuis la révolution islamique, la mollarchie cible d'abord les opposants iraniens en exil, les Kurdes, les journalistes dissidents. Dans les années 2020, la nouveauté est l'usage systématique de réseaux criminels européens : dealers, petits voyous, membres de gangs, voire des membres de clubs de motards. L'Iran sous-traite la besogne pour garder les mains diplomatiquement propres. Les services de renseignement européens et américains s'en alarment depuis des années.
« Le MI5 britannique a déjoué plus de 20 complots iraniens depuis 2022 sur son seul territoire. En Allemagne, aux Pays-Bas, en France, en Espagne : partout les alertes se multiplient. »
Ces faits sont publics. Documentés. Et pourtant, dans les chancelleries européennes, on répond encore en boucle : « Ce n'est pas notre guerre. »
2. Quarante-sept ans de terrorisme d'État : les faits sont têtus
Depuis 1979, la République islamique d'Iran a fait du terrorisme d'État un instrument de politique étrangère structurel. Ce n'est pas une hypothèse d'analystes en mal de sensation : c'est une réalité documentée par les services de renseignement de la quasi-totalité des démocraties occidentales.
Les modes opératoires évoluent au fil des décennies :
- Années 1980-1990 : assassinats ciblés d'opposants iraniens en exil (Paris, Berlin, Vienne, Genève…). La main directe des Gardiens de la Révolution ou du Mossad iranien.
- Années 1990-2010 : attentats à la bombe, enlèvements, instrumentalisation du Hezbollah comme bras armé au Liban, en Argentine (attentat de l'AMIA en 1994 : 85 morts), en Arabie Saoudite.
- Années 2010-2020 : cyberattaques (Stuxnet en sens inverse, attaques contre des institutions financières et des hôpitaux européens), espionnage industriel et technologique.
- Depuis 2020 : recours massif aux proxies criminels locaux. Recrutement via les réseaux sociaux (Snapchat, Telegram) de jeunes marginaux, souvent mineurs, sans lien apparent avec l'idéologie islamiste mais appâtés par l'argent facile.
Cette dernière évolution est particulièrement inquiétante car elle brouille les pistes. Le commanditaire reste à Téhéran, mais l'exécutant est un adolescent de banlieue qui n'a aucune conscience d'agir pour un État. La chaîne de responsabilité devient délibérément opaque.
3. Le réflexe pavlovien mortifère de l'Europe
Comment expliquer ce déni persistant ? La réponse tient en quelques mots : conditionnement idéologique et confort intellectuel.
La boussole de la politique étrangère européenne mainstream en 2026 reste calée sur un triptyque figé : anti-américanisme de principe, anti-sionisme réflexe, et pro-apaisement à tout prix. Ce triptyque fonctionne comme un système immunitaire dysfonctionnel : il identifie comme « ennemis » Trump et Netanyahu — parce qu'ils sont incommodes, bruyants, moralement ambigus — et classe par défaut dans la catégorie « victime » quiconque s'oppose à eux, y compris un régime théocratique qui pend des femmes pour port insuffisant du voile.
« Parce que nous n'aimons pas Trump et Netanyahu, allons-nous abandonner 90 millions d'Iraniens aux bourreaux ? Laisser Téhéran brûler, puis attendre tranquillement que l'Europe brûle à son tour ? »
Ce syndrome n'est pas nouveau. Hier, il nous faisait fermer les yeux sur les financements du Hezbollah en Europe, sur le réseau des Frères musulmans, sur les opérations de désinformation saoudiennes et émiraties. Aujourd'hui, il nous rend sourds aux manifestations iraniennes depuis 2022 — le mouvement « Femme, Vie, Liberté » — et aveugles aux 218 opérations extérieures. Le tout au nom d'un refus de « s'aligner » sur Washington.
Abnousse Shalmani, exilée iranienne qui a grandi sous la République islamique, l'a formulé avec une clarté que les éditocrates parisiens peinent à atteindre : la mollarchie n'a pas besoin de notre bienveillance pour exister. Elle a besoin de notre indifférence pour prospérer.
4. Le détroit d'Ormuz : le test que l'Europe a raté
En mars 2026, alors que les États-Unis mènent une campagne militaire contre les capacités nucléaires et balistiques iraniennes, Donald Trump a sollicité ses alliés européens pour contribuer à sécuriser le détroit d'Ormuz — par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial et une part significative du GNL dont l'Europe dépend.
La réponse européenne a été un refus quasi unanime, formulé parfois avec des euphémismes diplomatiques, parfois avec une brutalité déconcertante. Le chancelier allemand a lâché l'expression fatale : « Ce n'est pas notre guerre. »
Trump n'a pas mâché ses mots :
« J'ai entendu le chef de l'Allemagne dire "ce n'est pas notre guerre" à propos de l'Iran… Eh bien, moi aussi j'ai dit que l'Ukraine n'était pas notre guerre. Nous sommes très déçus par l'OTAN, parce que l'OTAN n'a absolument rien fait. Nous les protégeons, mais ils ne font rien pour nous, surtout en temps de besoin. »
Le parallèle avec l'Ukraine est cinglant — et parfaitement délibéré. En refusant d'aider à sécuriser Ormuz, l'Europe ne fait pas que désobliger Washington sur un dossier périphérique. Elle confirme le diagnostic trumpiste : l'Alliance atlantique est une relation asymétrique où les Américains paient, meurent et se déploient, pendant que les Européens profitent du parapluie sans jamais le tenir.
« Si les alliés ne bougent pas, ce sera très mauvais pour l'avenir de l'OTAN », a martelé Trump. Il a même évoqué publiquement la possibilité de « repenser » la relation américaine avec l'Alliance, de « réfléchir » à un retrait partiel ou total de la protection américaine.
5. La solitude européenne : un scénario catastrophe crédible
Mesurons froidement ce que signifierait la fin effective de la garantie américaine pour l'Europe :
- La Russie de Poutine, dont l'ambition de reconquête de « l'étranger proche » est documentée, serait libérée de son principal facteur de dissuasion. Les États baltes, la Pologne, la Moldavie, la Géorgie — pour ne citer qu'eux — se retrouveraient en première ligne sans filet.
- L'Iran lui-même, enhardi par la passivité européenne, intensifierait ses opérations de déstabilisation sur notre sol. Les 218 opérations répertoriées depuis 1979 ne sont qu'un avant-goût.
- La Chine, qui avance méthodiquement ses pions en Afrique, dans l'Indo-Pacifique et désormais dans les infrastructures critiques européennes, n'aurait plus à craindre une réponse transatlantique coordonnée.
- L'Europe se retrouverait seule à financer sa défense, sans la base industrielle de défense américaine, sans le renseignement des Five Eyes, sans les capacités de projection de l'US Navy.
Ce n'est pas un scénario de science-fiction. C'est la conséquence logique d'une politique étrangère européenne qui préfère la posture morale à la responsabilité stratégique.
Et pour couronner le tout : une Europe sans bouclier américain face à l'Iran, à la Russie et à la Chine ne pourrait pas se permettre de continuer à dire « ce n'est pas notre guerre ». Elle serait contrainte d'admettre que toutes ces guerres sont les siennes — mais trop tard, et sans les moyens de les conduire.
6. Le peuple iranien mérite mieux que notre indifférence
Il y a une dernière dimension que le débat européen occulte systématiquement : le peuple iranien lui-même.
Depuis 2022 et le mouvement « Femme, Vie, Liberté » — déclenché par la mort de Mahsa Amini dans les locaux de la police des mœurs —, des dizaines de millions d'Iraniens ont bravé la répression pour exprimer leur rejet de la République islamique. Les estimations sérieuses donnent entre 80 et 85 % de la population iranienne opposée au régime des mollahs.
Ces Iraniens regardent l'Europe avec une incompréhension douloureuse. Ils voient des démocraties qui proclament défendre les droits humains continuer à maintenir des relations commerciales avec leurs bourreaux, refuser de classer le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste, et répéter que la confrontation avec Téhéran « n'est pas leur affaire ».
« La Perse de demain se construit aujourd'hui. Elle se fera avec ou sans nous. Avec Trump et Netanyahu ou sans l'Europe. Ce sera notre choix, notre responsabilité, notre honte ou notre fierté. »
Ces mots d'Abnousse Shalmani devraient sonner comme un avertissement dans toutes les capitales européennes. L'histoire jugera ceux qui, face à 90 millions de personnes aspirant à la liberté et à une théocratie exportant le terrorisme jusqu'à Paris, ont choisi la neutralité confortable.
7. Que faire ? Quelques propositions concrètes
Le diagnostic est sombre. Mais il n'est pas une fatalité. L'Europe dispose encore des leviers pour changer de cap — à condition d'en avoir la volonté politique.
- Classer le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste, comme l'ont fait les États-Unis dès 2019. La décision européenne est bloquée depuis des années pour des raisons diplomatiques qui ne tiennent plus.
- Coordonner les expulsions des réseaux iraniens infiltrés en Europe. Les services de renseignement allemands, français, néerlandais et britanniques ont identifié des dizaines de membres ou affiliés du renseignement iranien opérant légalement sur le continent.
- Soutenir les opposants iraniens en exil : financement des médias indépendants persanophones, asile politique accéléré pour les activistes menacés, tribune dans les instances internationales.
- Contribuer symboliquement à la sécurité d'Ormuz : même une présence navale européenne mineure enverrait un signal fort à Washington et à Téhéran, et préserverait la crédibilité de l'Alliance atlantique.
- Rompre avec la naïveté du dialogue sans conditions : tout accord commercial ou diplomatique avec Téhéran doit être conditionné à des avancées mesurables sur les droits humains et l'arrêt des opérations extérieures.
Conclusion : choisir la fierté plutôt que la honte
La guerre est déjà là. Elle frappe à notre porte depuis 47 ans. Elle recrute nos adolescents dans nos banlieues. Elle assassine des opposants dans nos capitales. Elle finance le terrorisme avec le produit de notre dépendance pétrolière.
Dire « ce n'est pas notre guerre » n'est plus une position diplomatique neutre. C'est un aveu de complicité passive. Et c'est, comme Trump le dit brutalement mais justement, l'annonce d'un divorce transatlantique dont l'Europe paiera seule les pots cassés.
L'Europe a le choix. Elle peut continuer à répéter la phrase qui donne la nausée, et se préparer à une ère de solitude stratégique face à tous les prédateurs. Ou elle peut assumer, enfin, que cette guerre — contre le terrorisme d'État iranien, contre la déstabilisation islamiste, contre le mépris des droits humains — est aussi la sienne.
« La Perse de demain, et l'Europe de demain, se jouent maintenant. Choisissons la fierté. »
— Tribune publiée sur AgoraVox le 31 mars 2026.



