jeudi 24 décembre 2020 - par velosolex

Conte de Noël dans le centre Bretagne, sous l’ère du covid

 

       

 J’avais mis un peu trop de temps à faire mon paquet, voilà tout....Hâter le pas pour arriver à temps à la poste, ne m'empéchait pas de regarder autour de moi. La monotonie n'atteint que ceux qui ne savent pas profiter du paysage et du spectacle de la rue, et faire oeuvre d'immagination. 

    En faisant le tour de la place, on oublie souvent de lever les yeux, sauf aux environs de Noël. Comme partout, c’est le moment de spiritualité et d’illumination. Les employés de la commune s'étaient donnés un mal de chien pour accrocher des boules et des guirlandes aux maisons et à la petite église au clocher ciselé de dentelles. Mais avec les moyens dont dispose un bourg de moins de 2000 habitants situé dans "le kreizh Breizh" ! 

     C’est un joli petit village, qui tente de cacher ses plaies. Mais quand on s’approche, on voit bien des lézardes, et des commerces fermés. Même si des artisans d’art se sont installés, personne ne reprendra la boutique du photographe. Les lettres de l’enseigne sont à peine visibles. Le Studio Hellegouarch est fermé depuis des temps immémoriaux. D’autres ont suivi. 

   Parfois je me demande à quoi pouvait ressembler cet Hellegouarch, resté, comme bien des artistes, dans l’ombre de ses productions. Tant de photos en noir et blanc laissées derrière lui ! Tant de visages sortis des bains du révélateur, apparaissant peu à peu, suivant l’exposition.Dans quelle pièce du haut travaillait-il la nuit, dans la grande maison aux volets fermés, la lampe rouge anaphylactique pendue au plafond ?

     L’ombre du matin tout à coup pointe par le soupirail. Sa femme s’est inquiétée quant au milieu de la nuit elle a étendu la main et n’a trouvé personne sous le drap à ses cotés. C’était la fin de l’année scolaire, et il fallait que toutes les photos soient prêtes avant les vacances. Les gamins avaient posé pour la photo rituelle, tout près du préau. Les plus grands de la classe du certificat d’études se tenaient derrière. L’instituteur paraissait bien sévère dans son grand tablier gris. Un de ces grands nigauds avait quant même bougé la tête au moment fatidique, et son visage apparaissait légèrement flouté.

      A l’école des filles, monsieur Hellegouarch avait rencontré moins de problèmes. Les gamines sont bien plus disciplinées et sérieuses. Peut-être que certaines se sont retrouvées sur un site d’amitiés en ligne ! Ces sont maintenant des vieilles dames. Elles dissertent longuement entre elles, tâchant de mettre des noms sur les visages.Il doit rester des photographies de mariés dans des cadres au cœur des maisons fermées, ou dans des albums. Avec son nom dessus.

     C’était un commerce qui tournait bien. Mais il n’a pas vendu à temps. Il fait partie de ces commerçants qui sont restés avec le mistigri entre les mains. La boutique fait tâche dans l’ensemble, et désole le syndicat d’initiative. Le complexe « plus beau village de France » fait des émules, depuis que le concours des miss est jugé vulgaire. Mais il faudra faire des sacrés efforts pour postuler. 

       On peut dire qu’on est tout de même verni. D’abord il y a la forêt. Et puis les GR qui se croisent, les chemins de landes, le bocage préservé, les enluminures de granit qui débordent des chapelles.

      La température et la pluviométrie qui étaient des sujets de railleries de la part des touristes sont devenus tout à coup des arguments. Ça fout les glandes aux Anglais d’être obligés de partir à ce moment précis. Dans les cas de divorce, il arrive que certains s’aperçoivent un peu tard, une valise à la main, de la beauté et de la valeur de leur compagne, et de tout ce qu’il laisse derrière eux.

     On trouve ici plein de bâtiments construits dans les années 60. La population était le double de ce qu’elle est maintenant. Cela donne l’impression d’être dans une de ses anciennes républiques soviétiques, où l’on construisait pour 1000 ans, avec des statues de Staline sur la place. C’est pas le genre du pays, mais heureusement, personne n’a abattu les grands calvaires. Le patrimoine nous aide à vivre et attire le tourisme. Le touriste est un gibier de plus en plus chassé. Peut-être va-t-on être obligé d’instaurer des zones de pèche, comme pour le brexit, à ce que j’ai compris !

     Inutile de se plaindre. L’infrastructure est toujours là, prête à accueillir des familles de migrants motivés ! Le moment est venu pour le seau tombé au fond du puits de remonter. L'important, c'est que le puits ne soit pas sec ! Une gendarmerie, une école, un collège, les commerces indispensables, une poste. Que demander de mieux ?

    Si j'avais un gamin à la main, je vanterais l'école, mais comme c'est un colis, je ferais l'éloge de la poste. C' est devenu un luxe dans ce pays !. S’en prendre à l’état ?...Facile, mais les gens n’écrivent plus, accrochés à leur smartphone. Il a fallu sans doute revoir les missions.

   Le service colis n’a pas compensé les pertes d’exploitation liés à la fin du courrier, à la disparition de toutes ces cartes postales qu’on envoyait, après les avoir écrit à la terrasse des cafés, en mordillant son stylo, se demandant « Qu’est-ce que je peux bien mettre ? »….

     C’était l’angoisse de l’écrivain, à la portée de tous, chacun tenant à exprimer quelque chose d’original à un parent,ou à un copain, soucieux de traduire aussi la beauté et la lumière d’une journée de vacances, autrement que par le classique « Bons souvenirs de vacances » !.

     Les cartes postales se ramassent à la pelle et les souvenirs aussi. Reste qu’ici, comme on a toujours un pied dans les années 70, on en trouve encore au « Kreisker », le café bar tabac, où un tourniquet permet de faire son choix.

     C’est un établissement qui tourne bien, avec une clientèle hétéroclite, mi britannique mi franchouillarde, où toute une collection de fers à cheval est accrochée au dessus du bar. Le décor est très « sixties », l’époque où l’on récupérait les roues de charrettes pour en faire des luminaires qu'on accrochait au plafond.

     Bien sûr, on peut faire l’économie d’une carte postale, bien que ça soit dommage, par rapport au bonheur que ça procure.

     Vous préférez téléphoner, ou envoyer un tweet ? C’est là que ça se complique ! Pour capter le réseau, il faut monter dans le clocher de l’église, et s’asseoir sur le carillon, et éviter les heures qui sonnent, les mariages, et les enterrements.

    Le touriste dégoutté, remettant l’écran magique dans sa poche, se fera une raison, et ira donc acheter quelques cartes postales au Kreisker. Une fois les cartes écrites, il faut les poster, bien sûr.

     On ne peut pas rater la poste. Elle est surdimensionnée. Comme « la maison des jeunes » !. On pourrait caser au moins cinq ou six EPADH dans chacun de ces batiments. Il y a une statue devant, et une employé dedans. C’est Martine, derrière le comptoir, au rez de chaussée, qui tient la boutique.

     Les étages, j’imagine sont pleins de longs couloirs et de bureaux déserts. La Kommandantur résidait là paraît il pendant la guerre. On dirait presque les studios de la Cinecitta à Rome, ou le village Olympique d’Athènes dix ans après les jeux ! On pourrait faire des films, ou de grandes choses ! Donner des cours de patinage à roulette, ou pourquoi pas organiser un festival. Reste à déterminer de quoi !.C'est qu'il y en a partout dans ce pays. Après les "Vieilles charrues", est arrivé celui des "Jeunes binettes" !

     Mais enfin pourquoi se plaindre quand on garde encore deux boites à lettres à l’extérieur ! Par le biais de ces deux fentes metaliques, il est très facile de parler au monde. Perso ; je mets toujours les timbres les moins chers, car je doute que le destin des lettres puissent être différentiées. Un peu comme le destin des gens qui vivent ici !. A quoi bon jouer au snob ? Ça n’ira pas plus vite !. De toute façon l'Ankou, qu'est le plus patient, nous rattrapera tous. 

   Il ne manque pas grand-chose pour arranger le batiment de la poste. Le mieux serait de mettre des bancs autour de la statue et faire pousser quelques massifs de fleurs. Ma mère parvenait à faire des miracles avec ses géranuims. Jamais le village ne pourra prétendre à la pré sélection des plus beaux villages de France sans se remettre un minimum en question. 

     Les retouches de peinture ont leur limite. Parfois je me demande si tout le monde ne s’en fout pas un peu ici, hors de la déco de Noël, sur laquelle il n’y a rien à dire.

     Je crois qu’ils attendent tous les retours sur investissement du covid, comme ils le font pour les menhirs. Pas que du négatif ! Cette saloperie a révélé, en contrecoup, la couleur verte à plus d’un citadin. Le noir et le gris sont devenus beaucoup moins tendance que le vert bouteille.

Mais est ce que les touristes continueront à venir embrasser les arbres de la forêt ? Rien n’est sûr, mais le végétal est devenu tendance. Il semble que des gens veulent se planquer, revenir aux fondamentaux, à la terre, et même au granit. Nos montagnes de 300 mètres prennent un hauteur inédite. Je suis sûr que si Johnny était encore vivant, il fuirait Saint-Barth pour s'installer ici. 

        A la suite du "Tro Breizh" qui est le péleriage Breton, des sectes d’encapuchonnés ont fait leur apparitions sur les chemins de randonnée traversant les monts d’arrée, et psalmodient des choses étranges. L’oppidum gaulois attire les mystiques, habillés de tenues gothiques. Des magnétiseurs traitent par téléphone et attendent l’amélioration du réseau pour augmenter leur fluide. 

   Ne parlons pas des menhirs, qui soignaient naguère les rhumatismaux, mais qui se sont recyclés dans le massage californien ! La télé est venu par deux fois, et même le journal "Le monde" s'est occupé un peu de nous. C'est une aubaine pour les jeunes. Car bien peu acceptent de se mettre au maraîchage, et de se casser le dos.

       Personnellement, je regrette beaucoup la disparition des marchands de vélo qui savaient retendre les câbles de frein, et vous régler impeccable un dérailleur. Bref, de vous remettre en selle encore mieux qu’un rebouteux. 

   Peut-être pourrait-on imaginer un festival des survivalistes ? Ou des joueurs de cornemuses ? Voir de carnyx, cette trompe gauloise qui vous glaçait le sang et vous faisait gerber la bière ! En dernier ressort il resterait l’idée d’un concours de belote ou de dominos.

      Voilà de belles perspectives pour le pays. Allez savoir s'ils ne doubleront pas un jour leur personnel au bureau de poste. Ce ne serait pas pertinent de parler de tout ça avec Martine, la postière. Cela ferait durer la prise en charge déjà longue qu’elle m’accorde, comme à chacun ici !

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      Je ne veux pas abuser de son temps, et des autres qui attendent derrière.

.     Martine sait y faire pour déminer les bombes. Elle met tant d’énergie à faire son métier au mieux, qu’on ne peut décemment pas refuser de partir avec le carnet vantant les valeurs du patrimoine de France, ou celui des oiseaux des îles du sud !

      Comme la pièce est très grande, presque autant que la salle des pas perdus de la gare saint Lazare, sa voix raisonne et s’amplifie.

 Tout le monde en profite. Martine fait son petit numéro avec chaque client. Chacun a droit à sa prise en charge psycho sociale. Elle possède un beau timbre de voix de soprano, et prend des nouvelles de chacun et chacune. On pourrait en faire un opéra. 

      C’en est presque intimidant quand vient son tour. Le tract du débutant avant d'entrer en scène. Ou comme lors d’un entretien d’embauche. On ne sait jamais les questions que Martine va poser !

      Parfois donc un touriste un peu ahuri arrive avec son lot de cartes postales à la main. Il ne connaît pas encore Martine. Il ne sait pas encore qu’il arrive dans un théâtre non encore fermé par l’épidémie. Il racontera cette expérience plus tard à des amis de Paris, "Fous de rage", qu'on impose la fermeture sanitaire aux temples de la culture Parisienne. . Depuis que Martine est arrivé ici, j’ai observé que deux chaises ont été rajouté à celles qui étaient destinées à l’attente du public. 

       Dans un village pareil, le monde de la culture et du spectacle passe par de petites choses qui auraient fait rire jadis les Parisiens, ou les habitants des grandes métropoles, avant l’arrivée du covid. 

      C’est ainsi que chacun fait son intermittent, sans en avoir le statut, mais ne mégotant pas pourtant pas sur les heures arrêtées, au cadran de l’horloge

     En tout cas cette poste est le seul théâtre du Finistère a avoir réussi a continué à assurer ses spectacles. Il n’y avait personne dehors. On ne peut rentrer qu’à trois dans l’établissement, règlement oblige.

     J’ai mis mon masque sanitaire bien sûr, une pratique obligatoire qui n’étonne plus personne. Ne plus en avoir sur le nez frise l' exbisitionnisme, et une marque de radicalisation ! Je suppose que c’est ainsi que les Allemands se sont habitués à lever les bras droit, dés qu’ils croisaient un uniforme, dans les années 30, après les encouragements de Goebbels pour respecter les mesures barrières envers les Juifs.

     Juste deux clients dedans. Une toute jeune fille aussi, sans doute une stagiaire, assise avec un ordinateur derrière une table. L’air de s’ennuyer un peu tout de même. Son masque semblait lui tirer un peu les yeux en amandes, exactement comme celui des bigoudennes en coiffe. Mais peut être en était elle une ?.. Ce n'était pas un question raisonnable à lui poser, malgré la proposition. 

     Un panneau devant elle : « Une question à poser, n’hésitez pas  ! »

     « Ben, c’est pour un colis à prendre !  » dit le gars devant moi, un sexagénaire avec son masque de travers ! 

     Je voyais bien qu’elle était un peu déçu de ne pouvoir montrer sa compétence, rompre la monotonie. Comment allait elle pouvoir remplir son rapport de stage ? A la poste de Quimper ou de Brest, cela aurait été une autre histoire.

    Même c’était visible que ce type n’allait pas l’entreprendre pour un des services bis de la poste : Ouvrir un compte bancaire, transformer un facteur en aide à domicile pour une vieille mère isolée, ou peut être bien partir en voyage au bout du monde.

      Dans le temps le facteur se contentait de vous filer un calendrier, une fois l’an. Maintenant il ressemble à une de ces statues de Vishnou au dix bras, chaque main proposant un contrat d’abonnement.

     « La préposé est actuellement indisponible ; mais elle va s’occuper de vous tout de suite  ! »

      Martine était bien là. Elle était partie chercher du papier bulle dans la réserve pour remplir un colis mal ficelé !

     « Je vous le refait rapidement. Avec une paire de lunettes dedans, faut pas plaisanter  ! »

      La vieille dame remerciait, comme une petite fille prise en faute !

     « Faudrait tout de même pas que le deuxième verre soit cassé dans le transport ! lui dit Martine. Ils disent que c’est incassable. La preuve que non ! J’espère pour vous que les employés de l’atelier de réparation sont pas partis en vacances pour les fêtes. Mais je vois que vous en avez tout de même une deuxième paire sur le nez. Heureusement pour vous  ! »

      «  C’est mes anciennes. Mais je ne vois pas aussi bien avec ! »

       « C’est pas grave. Tant que vous ne conduisez pas. J’espère que vous n’êtes pas venu en voiture, tout de même ! Faut vous faire accompagner ! Qu’est-ce qu’il fait votre fils  ?  »

       La stagiaire en est restée bouche bée, derrière son masque bien sûr... Ses logiciels étaient perturbés. On n’apprend pas ce genre de chose à l’école. Je me mettais à sa place. Je me souvenais de mes premières expériences de travail, la sensation que je ne serais jamais capable de m’adapter, d’avoir le bagout, l’assurance que les anciens possédaient, faisant corps avec leur métier.

      Me revenaient toutes ces demandes de candidature que j’avais envoyées aux quatre coins de la France, et à toutes les administrations possibles, des douanes, aux services des postes d’ailleurs.

      Tant de CV bidonnés, renvoyant une image à l’exacte opposé de ce que j’étais, et dont j’étais sûr à l’avance qu’elles allaient finir à la poubelle. Ça m’était revenu à une fortune en timbres, toutes ces histoires ! J’aurais pu me payer un beau voyage, avec tous ces effigies de Marianne à un franc, cheveux au vent toujours de profil.

   A l’époque, Marianne, je l’aurais préféré en vrai, de face ou même de derrière, avec un sac à dos sur les épaules, me tenant la main sur le quai d’une gare en attendant l’arrivée de l’orient-express.

      Depuis, le cours du timbre a explosé. Mais les lettres ont presque toutes disparu sans laisser d’adresse.

     Je m’étais mis à rêvé à tout cela, « la tête dans les nuages », comme on me disait à l’école. Une lettre en emmenant une autre, je pensais à tout ce vieux courrier dans une caisse, là haut, les cartes postales encore collées au frigo, la salle d’attente du grenier.

     J’étais ailleurs ! Je planais au dessus des îles enchanteresses, pleines de ces oiseaux extraordinaires qu’on voit dans les carnet de dix timbres, pour un temps encore. En ne sachant pas lesquels des deux disparaîtront les premiers, des oiseaux ou des timbres.

     A moins que ce soit les îles !

     J’avais eu dans le temps un copain qui était un vrai philatéliste.

   Il avait tout l’équipement. Des albums, une loupe, des pincettes, une lumière au fond des yeux quand il parlait de sa collec.... Il les classait par pays. J’avais appris qu’il fallait qu’ils soient oblitérés, qu’ils ne leur manque pas une seule dent. Sinon ils ne valaient plus rien.

     Je les aurais mis par genre, à sa place. Les oiseaux, les plantes se moquent bien des frontières. Mais pour les hommes célèbres, c’était moins sûr. Qu’étaient donc devenus tous ces albums ?

    « A qui le tour  ? » Dit Martine. Une scène m’avait échappé. La vieille dame avait disparu, et le client devant moi avait déposé son attestation de réception d’un colis en poste.

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     « Alors comme ça vous n’étiez pas chez vous quand le facteur est passé  ! »

     « J’étais parti promener promener mon chien ! Pas de chance  !….

      Elle prit le billet et partit dans la réserve, et revint, les bras encombrés d’un gros carton !

     « Ben dites donc, vous êtes gâté, vous !. C’est un sacré colis. Mais enfin il n’est tout de même pas trop lourd ! Vous pourrez le rapportez chez vous sans problème  !

       « C'est mon cadeau de Noël, ma sœur qui l'envoie ! »

      « Et Ben ! Elle ne se moque pas de vous, votre sœur ! »

       « Je pense bien ! Y en a pour 200 euros ! »

       « C’est un sacré Noël ! Mais il faudra attendre le 25 pour ouvrir ! Votre sœur serait pas contente si vous l'ouvrez avant  !."

         «  J'peux pas. C'est des médicaments  ! ».

       « Ah Bon. !.Dans ce cas bien sûr, c'est pas pareil...  »

.       Martine a piqué un peu du nez.. Et pour ce coup, le masque devant son visage lui a bien servi ! Mais elle est restée quelques secondes secouée, ne sachant plus que dire, puis s’est reprise.

       «  Et ben. Vous êtes drôlement verni. Tout le monde n’a pas une sœur pareille. Elle a l’air de tenir drôlement à vous  !.

         Il a acquiescé, souriant, puis il a ramassé son colis, et est parti, en souhaitant « Bon Noël » à chacun.

       Et tous avaient un bon sourire, dans la poste trop grande de ce village, qui tient à ses services publics, et à sa poste.

   C'était une belle histoire à raconter, comme une nouvelle de Tchekhov. Un auteur plein d'humanité aussi. Mais Dickens a écrit un livre prodigieux . 

     "Un chant de Noël" est un très bon conte moral, plein d'amour et d'empathie. On y voit la destinée d'enfants pauvres dans l'east end Londonien, et d'employés exploités par ce vieux radin de Scrooge, ne voulant jamais lâcher le moindre penny aux mendiants.

      Mais le vieil homme finira par partager enfin son pudding, et sa fortune, au terme de trois voyages successifs, accomplis sur les ailes d’un ange, après avoir vu le fantôme de son ancien associé, et fait trois voyages, sur les ailles d'un ange.

-Un voyage dans le passé, pour se rappeler son enfance, plongeant à l’origine de ce qu’il était devenu.

-Un voyage dans le présent pour voir ce qu’il pouvait encore résoudre, en voyant les conséquences de ses actions indignes..

- Un voyage dans le futur, pour apprécier la trace misérable qu’il allait laissé dans la mémoire collective s’il ne changeait rien à sa vie !

 

  La lecture est un formidable outil de survie et de résilience. On peut dépasser les doses prescrites. Mais voilà que mon tour est arrivé. J’ai posé le petit colis sur le guichet.

      « Trois cent grammes sur la balance ! A fait Martine. Est ce que voulez que j’assure l’objet !  »

       « Je pense pas que ça soit nécessaire, vu que c’est un gâteau ! »

       « Un gâteau ! J’espère qu’il n’est pas à la crème chantilly  ! »

       « Non, c’est une part de pudding. Le pudding, ça amortit très bien les chocs  ! »

       «  Sûrement mieux qu’une paire de lunettes ! Je vous propose pas de l’ouvrir pour mettre du papier bulle ! »

       « Il ne va pas bien loin. Juste à Quimper. Pour une copine. Une amie Anglaise qui me charge de l’envoyer à sa place, car elle ne peut se déplacer actuellement ! ».

      Impossible de ne pas se justifier, avec Martine.

      « Du pudding ! C’est la première fois que j’envoie du pudding ! Me dit-elle. Mais il paraît que ça se conserve bien ! De toute façon, il devrait arriver bien avant Noël. Vous avez pas de souci à vous faire !.. Elle devrait l’avoir Lundi dernier délai  ! » 

       Le pudding c'est une gourmandise, et un médicament de l'âme qui se conserve bien, et qui peut être envoyé par la poste, en ces temps de brexit et de covid, qui tentent de saborder les relations humaines. 

       "Je vous met des timbres de collection ? Comme ça votre amie sera doublement contente !" m'a-t-elle dit.

       Je pouvais pas refuser. J'en ai pris même pour moi aussi. Un paquet de 12 !.

       «  Qu’est-ce vous préférez, comme collection : « l’édition de Noël », ou « Tous engagés sous l’ère du covid  » ?



10 réactions


  • nono le simplet nono le simplet 24 décembre 2020 10:25

    salut

    en te lisant le granit de ma Corrèze natale me manque ... ici tout n’est que calcaire ... mais quelques grands bois à une vingtaine de km qu’ils appellent ici des forêts ...


    • velosolex velosolex 24 décembre 2020 16:11

      @nono le simplet
      La corrèze c’est vrai est un département superbe, et varié. Je comprend que tu ’en languisse. De l’eau, du granit, et du vert, beaucoup de choses communes à la Bretagne. Un chose étonnante là bas, commune d’ailleurs à la creuse, ce sont ces étranges « lanternes des morts », que ne renierait pas les légendes de l’ankou


  • Adèle Coupechoux 24 décembre 2020 10:41

    Jolie chronique la veille de Noël.

    Bonnes fêtes, velosolex !


  • jocelyne 24 décembre 2020 11:02

    Un bien bel article, merci


  • Fergus Fergus 24 décembre 2020 15:20

    Demat, aotrou velosolex

    Très sympathique et superbement racontée, cette immersion dans ces Monts d’Arrée où nous avons si souvent crapahuté, mon épouse et moi. Nous y avons même séjourné à plusieurs reprises (à Botmeur, à deux pas du Yeun Elez), au temps où ne vivions pas encore à Morlaix.

    Quel est donc village mystérieux, proche des dents de schiste du Roc’h Trevezel, avec sa chapelle Saint-Herbot en goguette et son café Kreisker comme à Plounevez-Quintin, le tout avec des faux airs de Brasparts, Commana ou Plounéour-Menez ? smiley

    Belle balade, et belles rencontres aussi. Ces lieux y sont d’ailleurs propices. Malgré l’austérité des paysages, les gens y sont naturellement accueillants, même s’ils ne le montrent pas ostensiblement comme dans d’autres régions. A plusieurs reprises, nous y avons été invités à boire le café ou la goutte chez l’habitant, juste pour le plaisir de discuter un moment de la pluie et du beau temps (inévitable entrée en matière) puis des marais, de la centrale de Brennilis, de la lande et des métiers disparus, tel celui de pilhaouer. Avant le soir venu, lorsque c’était le bon jour, d’aller écouter Mona Jaouen...

    Ar wech all !


  • velosolex velosolex 24 décembre 2020 16:06

    Merci Fergus. 

    Et bon Noêl. J’ai pris des libertés pour décrire le village où j’habite, de façon volontaire, afin qu’il ne soit pas identifiable en lui même, mais qu’il soit une sorte d’archétype, de ceux que vous nommez, que je traverse souvent en vélo, et qui correspond au climat des monts d’Arrée. 

    Les anecdotes postales par contre sont pratiquement authentiques, et les dérives photographiques tout autant, mais dans mon imaginaire, brodant sur la boutique d’un photographe fermé depuis des lustres. Les gens c’est vrai sont serviables et accueillants. Comme d’ailleurs dans beaucoup de France, pourvu que l’argent et le tourisme ne corrompt pas les identités. 

    Les « pilhaouer » ou chiffonniers, furent pendant longtemps un des vecteurs de l’économie rurale des monts d’Arrée. Tout comme les carriers, dont l’exploitation des rochers des différents chaos provoquèrent à Huelgoat une des premières protestations populaires de défense du patrimoine, au dix neuvième siècle. 

    Une région étonnante, pas très connu des étrangers qui focalisent sur la côte. Mis à part les anglais qui se sont largement installés ici, comme vous le savez.


    • Fergus Fergus 24 décembre 2020 16:42

      @ velosolex

      J’ai bien compris qu’il s’agissait d’un village archétypal, mais tellement « authentique » dans sa description que j’ai eu l’impression de l’avoir connu. smiley

      Pour ce qui est des anecdotes, elles m’ont rappelé des scènes du même genre observées dans les lieux reculés d’Irlande, au coeur des Comtés de l’ouest sauvage.

      A propos des Anglais, en effet très nombreux dans les Monts d’Arrée, Il faut leur reconnaître le mérite d’avoir sauvé de la ruine nombre d’anciens bâtiments de ferme, et même parfois des hameaux entiers, notamment dans le secteur d’Huelgoat où il fut un temps, il n’était pas rare de voir sur les biens en déshérence un panneau « For sale ». smiley

      Je vous souhaite également un excellent Noël pour vous-même et vos proches !


    • velosolex velosolex 25 décembre 2020 00:59

      @Fergus
      Bravo pour votre flair de Sherlock Holmes, qui tient à l’expérience du terrain.
      Je pense bien que vous l’avez identifié !
      Flaubert et Maxime du camp firent halte il y fort longtemps, et tant d’autres, à l’époque où ces sites représentaient pour le parisiens un grand exotisme. 
      « ¨Par les champs et par les grèves » récit de voyage de jeunesse écrit par ses deux auteurs, à quatre mains, ! La langue, les coutumes, tout était alors différent. 
      Les britanniques ont apporté un renouveau, et ce n’est pas moi qui m’en plaindrait. Pas la peine de traverser la manche pour améliorer son anglais


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 24 décembre 2020 17:32

    Me plait bien la Martine...me fait penser à Annie qui tient le café -tabac près de chez moi , au bord du marais. Elle est curieuse mais c’est pour lancer l’échange, on y va trois fois et on s’y sent comme chez soi ...


    • velosolex velosolex 25 décembre 2020 00:28

      @Aita Pea Pea
      Vive Martine, et Marianne
      Il faut faire l’éloge de la femme, qui tient souvent le ménage.
      En Bretagne, terre de matriarcat, elle a toujours été puissante et résiliente.
      C’est quand les temps se font durs que les personnalité se révèlent. 


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