mardi 23 décembre 2008 - par Paul Villach

Dans la hotte du Père Noël de « Carrefour » : des stéréotypes sexistes !

Après le travail du dimanche, est-ce une autre régression d’une trentaine d’années qu’on est en train de vivre ? On le croirait à voir le classement des jouets de Noël effectué dans ses rayons par un magasin "Carrefour". Pour les garçons, « construction playmobil, Légo, figurines », pour les filles « mannequins, poupées, poupons, imitation maman ».

On pense aussitôt au livre d’Elena Gianini Belotti, « Du côté des petites filles » (1). On l’a lu dès sa parution en 1974 aux Éditions des Femmes. On le croyait désormais obsolète. Voici qu’il redevient d’actualité. Trente quatre ans se sont écoulés. Est-ce un retour à la case départ ? Ce progrès qu’on a cru linéaire, n’avancerait-il qu’à coups de terribles régressions ? 

Le réflexe sexiste inculqué innocemment par le jouet et le jeu

On pensait bien pourtant en avoir fini, dans la société occidentale du moins, avec un réflexe sexiste que l’on inculque à l’enfant dès sa naissance inconsciemment. Le livre d’Elena Gianini Belotti avait dressé un tableau lumineux de cette éducation. Garçon et fille sont modelés, avant même d’articuler leurs premiers mots, pour remplir la fonction sociale attachée à leur sexe. En bons instituteurs de la société qui les a elle-même formés, leurs parents n’en ont pas conscience, bien sûr. Attachés à vouloir le bien de leurs enfants, ont-ils jamais pensé à mal en se moquant de leur garçon qui joue à la poupée ou de leur fille qui préfère un camion de pompiers pour Noël ?

Il y a des jouets et des jeux pour les garçons et d’autres pour les filles, sont-ils intimement persuadés, comme, de « toute éternité », il existe des métiers pour les hommes et d’autres pour les femmes. Le livre de Gianini Bellotti montrait au contraire que « l’éternité » et « la nature » avaient bon dos, quand une culture spécifique imposait la répartition des tâches sociales, en abusant des spécificités sexuelles : la physiologie masculine ne la prédestinait-elle pas à la chasse et au combat, et la féminine, à la cueillette et aux obligations maternelles ?

Les jouets et les jeux de l’enfance sont, en effet, des rails invisibles qui conduisent les garçons à exercer plus tard le rôle du « sexe fort » et les filles, celui du « sexe faible » : à l’un l’invention, à l’autre la maternité avec les joies et les servitudes qui en découlent. On le voit au classement du magasin « Carrefour », deux possibilités sont offertes à la fille : la séduction en prenant les mannequins pour modèles et les tâches maternelles « imitation maman », selon l’expression même de la pancarte en tête de rayon.

Une plus grande mixité tout de même en trente ans

Ne peut-on convenir pourtant qu’en trente ans, les choses ont évolué, même si dans un récent ouvrage, Baudelot et Establet soulignent que les professions mixtes resteraient encore l’exception (2) ? Sans doute, on observe encore trop peu de mixité dans nombre de métiers jusqu’ici réservés aux hommes ou dans ceux traditionnellement féminins comme tous ceux qui dérivent de leur apparentement à la maternité et à l’assistance médicale ou non. C’est un fait aussi que si les filles dominent les garçons dans les études, elles restent peu nombreuses dans des filières scientifiques. Il est vrai, d’autre part, que demeure toujours une profonde inégalité dans les rémunérations ou les retraites au détriment des femmes qui paient cher au moment de la retraite des interruptions dans leur carrière pour des maternités. L’univers des mandats politiques donne, de son côté, le mauvais exemple : plutôt que de la respecter, les partis préfèrent payer des amendes pour manquement à la parité qui a été imposée faute de mieux au milieu sexiste du combat politique.

Il reste qu’on avait le sentiment que la mixité progressait : les conductrices de cars ne sont plus une bizarrerie, pas plus que les policières ; des hommes deviennent « sage-femmes » sans que le nom, sauf erreur, aient été modifié. Dans l’enseignement élémentaire et secondaire, les femmes sont devenues majoritaires, en France comme dans nombre de pays d’Europe, quitte à devoir affronter une population scolaire tôt éduquée dans les préjugés sexistes.

Le classement « culturel » présenté comme « naturel » par le magasin Carrefour est donc sidérant. Car si la marque assure une fonction de prescripteur, celle-ci se conjugue avec une autre de répétiteur d’études de marché, puisqu’il s’agit de vendre le plus possible au plus grand nombre. On peut supposer que ce classement, loin de la contrarier, répond à une demande de la clientèle qui se fait une représentation arriérée des jouets et des jeux d’enfants. Il faudrait donc en déduire qu’une régression est en cours où les stéréotypes d’autrefois, qu’on a moqués pendant trente ans et qu’on croyait révolus, retrouvent vigueur et crédit. Il est vrai que lorsqu’une municipalité, comme celle de Lille, accepte de réserver aux femmes des plages horaires à la piscine, c’est cul par-dessus tête qu’on dévale l’escalier de la mixité grimpé si lentement depuis si longtemps.

Paul Villach


(1) Elena Gianini Belotti, « Du côté des petites filles », Éditions des femmes, 1974.

(2) Christian Baudelot et Roger Establet, « Quoi de neuf chez les filles ? Entre stéréotypes et libertés », Éditions Nathan, 2007.



21 réactions


  • Lucie Vivien 23 décembre 2008 12:12

    C’est vrai que cette distinction jeux de filles et jeux de garçons est souvent arbitraire mais il ne faut pas non plus tomber dans l’extrémisme car il est quand même naturel (et non culturel à mon avis) que les filles aiment davantage les poupées que les garçons. Par contre, pourquoi séparer les playmobils filles et les playmobils garçons ? Pourquoi mettre les dînettes dans le rayon filles ? Quand mes garçons étaient petits, ils avaient des playmobils mais aussi une cuisine en plastique et de la dînette.
    Par contre, j’ai bien vu qu’il y a des limites naturelles qu’il est difficile de dépasser : ainsi je n’ai jamais voulu leur acheter des pistolets en plastique et autres armes en jouets mais quand ils sont devenus ados, ils n’ont eu de cesse de s’acheter eux-mêmes des guns à billes et des canifs ! J’ai été très déçue mais cela m’a montré qu’on ne peut pas contrarier complètement la nature.
    Maintenant, il ne faut pas croire non plus que toutes les petites filles rafolent des poupées et qu’on passe son temps à leur en offrir. Ma nièce préfère que je lui donne des jeux de société, des boîtes pour faire des activités manuelles (découpages, assemblages...) et des jeux scientifiques. On les trouve sans problème dans les rayons mixtes des magasins de jouets.
    Les garçons et les filles peuvent être égaux sans être identiques.


    • Paul Villach Paul Villach 23 décembre 2008 15:45

      @ Lucie Vivien

      Je partage votre approche bien sûr. Ce que j’ai voulu signaler, c’est un symptôme qu’on a bien connu et qui, rapproché de quelques autres, peut faire craindre la régression qu’ils signifieraient. Une mentalité s’inscrit dans la longue durée et ses inflexions par touches infinitésimales, imperceptibles sur le moment, finissent par faire des tête-à- queue. Paul Villach


  • Jihem Jihem 23 décembre 2008 14:23

    P.VILLACH

    Si quelques garçons jouent à la poupée, la majorité d’entre eux préfèrent naturellement les camions et inversement pour les petites filles.
    Sans aucunement remettre en cause votre démonstration relative à l’évolution de la société , cette affiche, à mon sens, n’a qu’un rôle pratique, pour faciliter la recherche des parents, comme celles qui indiquent les emplacements du café ou du sucre.

    Cette référence au sucre n’est pas anodine. Les cheminements intellectuels que vous utilisez, pour parvenir à vos conclusions sont parfois compliqués, et vous éloignent ainsi des réalités beaucoup plus simples.

    Ce n’est pas de la polémique, mais seulement mon avis.



  • appoline appoline 23 décembre 2008 15:29

    Paul,
    Imitation maman, écrivez-vous. Bien, tout est résumé. Tout dépendra de ce qu’inculque la mère à l’enfant. Rassurez-vous. Ma fille fait de la moto, du kung-fu et s’entraîne avec les yamakazis, je vous laisse déduire ce que je lui ai transmis.


  • pigripi pigripi 23 décembre 2008 15:43

    @l’auteur

    Merci Paul pour cet article.
    Ca fait plaisir de constater qu’il y a quand même des hommes conscients de l’inacceptable discrimination dont sont victimes les petites filles, discrimination qui se reflète dans tous les rouages de notre société au détriment de son harmonie.

    Grâce à vous je me sens un peu moins seule dans mes interventions régulières -parce que le machisme est en pleine forme- contre le sexisme, les préjugés sexistes et le déni de ceux-ci. Et je fais partie de ces féministes qui pensent que l’égalité entre les sexes ne pourra se réaliser que si femmes et hommes y oeuvrent de concert.

    Votre observation confirme la régression régulière de l’émancipation des femmes qui, pour la plupart, choisissent de se soumettre au diktat masculin de crainte de perdre leur illusion de sécurité.


    • pigripi pigripi 24 décembre 2008 16:55

      @chantecler

      Bien sûr que tout le monde est piégé par des stéréotypes et que même si l’éducation qu’on donne aux enfants vise à leur ouvrir le plus large champ, les modèles véhiculés par l’ensemble de la société auront gain de cause.

      J’y ai souvent pensé lorsque mes enfants étaient petits et que j’essayais de les aider à développer leur potentiel hors des modes et des stéréotypes. J’avais parfois l’impression de lutter contre des moulins à vent et je me sentais terriblement seule.

      Je suis passée par le refus de la Tv, des armes, des Barbies, du sucre, du porno chic, des signes extérieurs de la féminité ou de la masculinité (j’ai une fille et un garçon), des marques, des modes,etc.

      Et puis j’ai capitulé pensant que je ne pouvais pas les isoler dans une tour d’ivoire. Ils avaient besoin d’être en relation avec leur génération. J’ai alors misé sur le développement de leur esprit critique.

      Le résultat est assez mitigé. Maintenant jeunes adultes, leur esprit est plutôt libre et critique. Mais ma fille, très brillante a choisi une carrière féminine assez bouchée et mon fils une carrière de "garçon" ......


  • Luciole Luciole 23 décembre 2008 16:39

    Il faudrait surtout que les femmes commencent par refuser la valorisation par la beauté.
    Tant que les femmes tomberont dans le piège du compliment "tu es belle" que l’on inflige à de nombreuses petites filles, elles n’ont aucune chance d’accéder à une quelconque forme d’égalité.
    Elles restent des objets de consommation.


    • Lucie Vivien 23 décembre 2008 19:50

      Les garçons d’aujourd’hui aussi aiment être beaux, davantage à l’adolescence que dans l’enfance, il est vrai...


    • Luciole Luciole 24 décembre 2008 09:43

      Pour une fille, être belle signifie avoir une chance d’élévation sociale.
      Ce n’est pas du tout le cas pour les garçons dont on fait reposer l’ambition sur l’agressivité ou les connaissances.
      Les filles sont dévalorisées quand elles sont agressives.
      Elles sont peu valorisées pour leurs connaissances et mal vues quand elles font preuve d’esprit critique.

      Les processus de valorisation dans l’enfance déterminent la majeure partie des motivations et des réalisations de l’âge adulte.
       


    • Neris 25 décembre 2008 21:10

      Très drôle Archibald.

      Mais quand on a une très mauvaise vue comme la mienne, se maquiller les yeux est très compliqué !

      Il faut, pour cela, avoir le nez collé littéralement sur le miroir pour voir ses yeux correctement !

      Essayez donc ensuite d’appliquer ce qu’il faut, le visage a deux centimètres du miroir !

      Parce que se maquiller les yeux en portant ses lunettes....

      Et si vous avez un problème pour bander, y’a toujours le Viagra !


  • Vinrouge 23 décembre 2008 16:45

    "Le livre de Gianini Bellotti montrait au contraire que « l’éternité » et « la nature » avaient bon dos, quand une culture spécifique imposait la répartition des tâches sociales, en abusant des spécificités sexuelles : la physiologie masculine ne la prédestinait-elle pas à la chasse et au combat, et la féminine, à la cueillette et aux obligations maternelles ?" 
    J’avoue mal comprendre ce que vous voulez dire ici... "Culture spécifique" ??? N’oublions pas que l’humanité est apparue il y a environ 200 000 ans, et a donc passé une très grande majorité de son Histoire à vivre de chasse et de cueillette, à devoir se battre et se défendre contre toutes sortes de prédateurs, càd, une vie sans réelle culture au sens où nous l’entendons aujourd’hui, certainement bien peu d’idéologie, et beaucoup d’adaptation à la réalité. Dans la vie que je décris, l’homme a naturellement hérité du rôle qui sied le mieux à sa force physique !
    Autre point, comparons donc l’homme à l’animal : la "répartition des tâches" y est bien souvent dans le même sens (et même parfois encoire plus "avantageuses" pour le mâle, comme par exemple chez les lions, poù le mâle ne fait rien, le veinard smiley)
    En un mot comme en cent, Gianini Bellotti est (par anticipation) le Bernard Madoff de la sociologie smiley

    Pour ouvrir le débat, je vous poserais ces quelques questions (me prenant ainsi pour un maïeuticien, version masculine de la sage-femme). J’espère bien entendu des réponses réflechies et non indignées :

    - en quoi la négation de l’inégalité naturelle des sexes fait-elle progresser la société et plus largement l’humanité ? (je ne parle pas de l’inégalité des droits qui est totalement anormale et d’un autre temps)

    - êtes-vous certains que la libération de la femme (j’insiste d’ailleurs sur le fait que je ne tiens en rien à revenir dessus) n’a pas eu d’effets négatifs pour la société et l’humanité ?


    • Paul Villach Paul Villach 23 décembre 2008 18:38

      @ Vin rouge

      1- Qu’entendez-vous par « inégalité naturelle des sexes » ? Voulez-vous parler de la supériorité dont les filles font preuve souvent dans les études ?
      2- Quand à le libération des femmes qui fait qu’elles accèdent à des postes d’autorité, je vous l’accorde, la fonction d’autorité telle qu’elle est conçue et exercée aujourd’hui, ne permet guère de différencier détenteurs et détentrices. Paul Villach


    • Τυφῶν בעל Perkele winkiesman 23 décembre 2008 21:17

      Inégalité naturelle des sexes :


      — les femmes portent les enfants, et tout ce que ça implique. Par définition.


      — Les femmes sont morphologiquement différentes des hommes. Généralement plus petites (par exemple). Bien sûr, les variables individuelles sont très grandes. Néanmoins, pas mal de différences sautent aux yeux.


      — Les femmes vivent plus longtemps que les hommes.

      D’ailleurs, d’une manière plus générale, on est tous différents et un certain nombre d’inégalités sautent aux yeux...

      Que ce soit dit : Les hommes (et donc les femmes smiley ) naissent et demeurent libres et égaux EN DROIT ...

      Typhon


    • Vinrouge 24 décembre 2008 13:32

      (M. le Professeur, l’ai un clavier qwerty, et n’ai donc pas de caracteres accentues, pardonnez svp toutes mes fautes d’orthographe  smiley)
      le niveau scolaire des filles a l’ecole est superieur a celui des garcons en moyenne, premiere inegalite, mais egalment plus homogene : il y a moins de filles aux extremes que de garcons, ie, il y a plus de tres mauvais eleves mais aussi de tres bons eleves parmi les garcons. Une inegalite probablement due a la culture, mais ni plus ni moins que la premiere...


  • Luciole Luciole 23 décembre 2008 16:58

    De toute façon, ce débat est dépassé, puisque à force de consommer des pesticides et des dioxines, les hommes se mettent à ressembler physiquement à des femmes .
    Bientôt il va falloir leur tenir la porte et porter leurs paquets !


  • antireac 23 décembre 2008 22:18

    Plus simple
    Regardez autour de vous .Pratiquement tout ce que vous voyez est l’oeuvre de l’homme.
    Les meilleurs scientifiques ce sont des hommes.
    Les plus grands artistes ce sont des hommes.
    Les plus grands écrivains ce sont des hommes
    Les meilleurs matheux ce sont des hommes


    Les hommes crées
    Les femmes procrées et c’est tout aussi noble.(les hommes ne peuvent pas le faire)


    • Luciole Luciole 24 décembre 2008 09:44

      On sent au moins que vous n’êtes pas juge et partie.

      Vous avez les mêmes arguments concernant les noirs ?


    • jako jako 24 décembre 2008 09:47

      antireac c’est nain porte quoi


    • antireac 24 décembre 2008 11:41

      @jako
      Cela te semble être n’importe quoi de dire une certaine réalté de chose.En plus tu trouves ça petit...
      Connaîs tu une autre réalité alors expose là on va comparer les faits.
      La veille de Noël ça risque d’être amusant.


  • Christoff_M Christoff_M 24 décembre 2008 00:12

     j’ai trouvé trouvé très obsolète la présentation des jouets dans les grands magasins ou les grandes surfaces, ceci nous donne une idée de la mentalité des communicants et experts en tous genres qui fabriquent tout cela... nous n’en sommes pas au stade du japon, tres réac dans les jeux sous ses apparences de pays futuriste...
    mais qui sais nous en prenons peut etre le chemin, je commence à voir des filles mangas dans l’école de ma fille, déguisement de poupée qui sous des blablas de liberté serait un retour à peine dissimulé au rose pour les filles et bleu pour les garçons...


  • antireac 24 décembre 2008 11:33

    Vous avez les mêmes arguments concernant les blancs,
    Il parait que certaines féministes qualifie les hommes blancs de capitalistes
    Bon ,cela n’est pas trop grave en soit car on est tous un peu capitalistes Mais dans la bouche de ces dames cela devait être injurieux elles ont même pousser le bouchon beaucoup plus loin mais unitile d’insister daventage je crois que vous connaissez l’histoire.
    C’est sur le problème de la poutre et de la paille que vous devriez cogiter un peu.


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