mercredi 18 mars - par Le Canard républicain

De la mondialisation comme virus

JPEG Il y a 40 ans, un virus idéologique se répandait sur le monde. Un Alain Minc, héraut autoproclamé, l’appelait « la mondialisation heureuse ».

Refusant toute contestation, le bienheureux Minc s’inquiétait de voir la France être le mauvais élève de la modernité. Il entrainait d’autant plus facilement l’adhésion que les gouvernements de l’époque, droite et gauche confondus, sollicitaient ses conseils éclairés, qu’il présidait le Conseil de surveillance du Monde, était responsable du rapport sur « la France de l’an 2000 » commandé par le premier ministre Édouard Balladur et faisait partie de nombreux cercles d’influence comme la Fondation Saint-Simon. On ne comptait plus ses disciples, certains pontifiants, d’autres un peu plus ras de terre. La mondialisation devenait une sorte de conte de fée. On sourira en rappelant cette pauvre Laure Adler laissant échapper son émotion enthousiaste devant le « symbole » de tous ces humains, de toutes races, de tous sexes et de toutes conditions, regardant tous dans la même direction : l’éclipse de soleil. Une allégorie de la mondialisation fraternelle en quelque sorte !

Cette volonté béate de magnifier une mondialisation toujours évoquée, mais jamais analysée, que ne nous a-t-elle pas coutée ? Certes, certains cherchaient à prendre des distances en demandant une autre mondialisation – alter ? –, mais ne regardaient-ils pas, comme les autres, vers l’éclipse ? Même Jacques Attali, grand chantre d’un gouvernement planétaire, se croit obligé, depuis quelques temps, de se démarquer du bonheur mondialisé en critiquant une mondialisation financière qu’il a beaucoup aidé à favoriser dans les années 1980.

L’idéologie développée par les mondialistes, largement relayée par les medias, a conduit à considérer tout État comme oppressif et toute idée de frontière comme porteuse de xénophobie et de racisme. Ah, ce fameux gouvernement mondial, source de paix et de bonheur entre les humains !
Et pourtant ! Toute conception de gouvernement mondial se présente comme une transcendance ou, comme le dit Alain Supiot, professeur au Collège de France, comme « un fait de nature ». Il se réfère obligatoirement à des normes communes définies hors de tout contrôle des citoyens. D’ailleurs, il n’y a alors plus de citoyens, il n’y a plus que des individus atomisés, sans pouvoir politique. Un gouvernement mondial ne peut être qu’une expertocratie.

Il est d’ailleurs frappant que les thuriféraires de la mondialisation, ou de son secteur particulier qui s’appelle l’Union européenne, demandent à la fois des règles non contestables, en particulier économiques et financières, et le respect des identités. Mais, par identités, ils signifient des particularités qui caractérisent le genre, l’origine ethnique, les pratiques sexuelles, mais pas la citoyenneté, élément politique de base. La mondialisation détruit l’individu en tant qu’être politique. En ce sens, elle s’oppose à l’humanisme.

Publicité

Elle peut donc être contestée par l’humain reprenant toute sa place dans l’Histoire, c’est-à-dire par le citoyen reconstitué. La question était largement posée après la deuxième guerre mondiale. D’un côté, l’ONU, forum de nations ou la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui rappelait que « la volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ». De l’autre, une volonté de domination monétaire et financière symbolisée par le FMI ou la Banque Mondiale.

Les évènements récents ne révèlent-ils pas quel a été le choix, ne font-ils pas apparaître la signification philosophique de la mondialisation ?
La pandémie de coronavirus constitue un double révélateur.

Elle a d’abord mis en lumière la ruine des services publics de recherche qui auraient permis d’anticiper une telle catastrophe. Des programmes de lutte contre ce type de virus existaient il y a vingt ans. Ils ont été jugés inutiles parce que ne répondant qu’à des défis qui, n’étant pas immédiats, n’étaient pas prioritaires. Elle a montré la naïveté et l’imprévoyance du mondialisme qui trouvait normal de déléguer la fabrication de médicaments européens importants en… Chine ou en Inde, créant des pénuries visibles depuis plusieurs années. Le système mondialisé ne s’intéresse pas au long terme. Un pouvoir éloigné des humains ne raisonne pas à l’échelle de l’humain.

Par ailleurs et paradoxalement, la mondialisation financière, censée réguler l’économie, a montré la fragilité des marchés financiers. Ce colosse s’écroule à la moindre secousse. La chose avait pourtant été démontrée, dans l’indifférence générale, en 2008, par la résistance islandaise à la crise financière. Comment ne pas évoquer aujourd’hui le Président islandais invitant ses amis européens, à l’issue de ce séisme national, à inverser l’importance des facteurs. Il proclamait alors que les droits de l’humanité étaient supérieurs, dans tous les cas, aux intérêts des marchés financiers. La chose n’est-elle pas aujourd’hui d’actualité ?

Depuis plus de 40 ans, nos gouvernements ne savent plus penser l’intérêt général qui ne les intéresse plus puisque les marchés sont supposés s’occuper de tout. Ils se soumettent à des logiques d’immédiateté, représentatives d’intérêts volatiles et inhumains qui s’opposent à des perspectives raisonnées. Ils ont abandonné le sens de l’humanité qui se construisait depuis la philosophie des Lumières. Ce n’est pas une crise conjoncturelle que nous vivons, c’est une crise historique qui doit remettre en cause le système économique et politique. L’heure est au retour des valeurs humanistes et du citoyen qui en est l’incarnation.

André Bellon

Publicité

----------------

LIRE AUSSI...

Pourquoi je ne suis pas altermondialiste. Éloge de l’antimondialisation

---------------

https://www.lecanardrépublicain.net

Nous suivre sur : Facebook | Twitter



11 réactions


  • Fergus Fergus 18 mars 09:56

    Bonjour, Le Canard républicain

    Excellent résumé de la manière dont le virus libéral décomplexé a été inoculé à la société économique dans la cadre d’une globalisation pensée en termes de profits, et des conséquences pour les populations de la planète.

    La crise sanitaire passée, il est évident que les modèles économiques  notamment en termes de délocalisations et de déliquescence programmée des services publics  devront être très largement réformés.

    Et avec eux les traités de l’UE et de libre-échange.


    • arturh 18 mars 11:04

      @Fergus

      Depuis la chute du Mur de Berlin, je ne me lasse pas des imprécations antimondialisation sur Internet, symbole parfait de la mondialisation, à partir de terminaux fabriqués en Chine et programmés en Californie, grâce à la mondialisation, qui s’exprime sur Agoravox, accessible en une fraction de seconde partout dans le monde, symbole parfait de la mondialisation maudite par la France du Minitel. Et j’adore carrément quand ces vociférations sont entrecoupées ou encadrées par des publicités pour Whatsapp, symbole parfait de la mondialisation « capitaliste » (1).

      (1) En réalité symbole parfait de la liberté d’entreprendre aux États-Unis où un fils d’une immigrée bosniaque qui bouclait ses fins de mois avec des bons d’alimentation des services sociaux US (2), a inventé une application d’envoi de SMS gratuits dans le monde et est devenu instantanément milliardaire, quand ce qui restait des bureaucraties politiques européennes s’engraissaient en facturant des tarifs exorbitants grâce à ce qui restait des monopoles sur les télécommunications.

      (2) Pour signer la participation de Facebook au capital (vade retro, Satanas) de Whatsapp, il a loué exprès les locaux des services sociaux où il allait chercher les tickets d’alimentation pour sa mère quand il était gosse.


    • rogal 18 mars 14:51

      @Fergus
      Encore des réformes, toujours des réformes. Quand est-ce qu’on casse ?


  • BELZEBUTH BELZEBUTH 18 mars 21:35

    La Mondialisation asphyxie la planète et génère la pauvreté....

    Plus tôt nous quitterons l’UE mieux cela vaudra...

    Plus tôt nous aurons un Président digne de ce nom qui défendra les intérêts de la France et des Français en lieu et place de l’actuel Pingouin mieux ce sera...

    Il nous faut rétablir les frontières de la France pour virer le Coronavirus et le ramassis d’étrangers qui n’ont rien à faire dans notre pays....

    Il faut également virer toute la clique des Francs-Maçons qui influent de façon néfaste sur la politique française depuis trop longtemps (VALLS, CASTANER, LE DRIAN, COLLOMB, DELEVOYE PATRIAT, MEZARD etc..par la même occasion...


    • arturh 18 mars 21:48

      @BELZEBUTH Depuis la chute du Mur de Berlin, le monde s’est enrichi dans des proportions phénoménales. La Chine, les pays européens de l’Est, où la très grande majorité de la population est sortie de la misère la plus noire, en est un exemple spectaculaire. Fin de la parenthèse. Le discours « les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres » peuvent reprendre.


    • arturh 19 mars 08:34

      @covadonga*722

      Et sans parler de ceux qui ont vendu les droits régaliens de la Bretagne, des Ch’tis, des Basques, des Corses etc. aux Parisiens.


  • Kapimo Kapimo 19 mars 01:43

    Le résultat de 30 ans de « mondialisation » voulue par les pseudo-élites occidentales, c’est une pandémie et un énorme désastre financier, économique et social en Occident.

    Bravo les apprentis sorciers.

    Un court article de Bertez sur la situation économique

    https://brunobertez.com/2020/03/18/je-pense-que-maintenant-il-nest-pas-exagere-de-dire-que-la-situation-est-chaotique-ils-ont-perdu-le-controle-les-degats-sont-irreparables-sachez-le/

    Vu d’amérique :

    https://www.zerohedge.com/markets/escalating-dollar-crisis-sparks-global-turmoil-were-about-halfway-there


  • Old Dan Old Dan 19 mars 08:44

    D’accord avec l’auteur, mais

    Est-ce l’UE qui est en cause ?

    Ou est-ce les seuls intérêts financiers et commerciaux qui ont prévalus à sa construction ?...

    .

    [ Grâce à Erasmus, mes 2 enfants parlent 3 langues et habitent le monde... ]


Réagir