vendredi 6 mars - par Giuseppe di Bella di Santa Sofia

De Neauphle-le-Château à Téhéran : la France a enfanté le régime des mollahs

Automne 1978. Un village cossu des Yvelines, Neauphle-le-Château, devient soudain le QG d’une révolution mondiale. L’ayatollah Rouhollah Khomeiny, chassé d’Irak, y pose ses valises grâce à la complaisance de Valéry Giscard d’Estaing, président de la République. Depuis cette paisible banlieue française, il orchestre la chute du Shah et donne naissance à une théocratie impitoyable. Cet accueil n’était pas un geste humanitaire : c’était une erreur stratégique majeure, un calcul cynique qui a ensemencé le chaos. Aujourd'hui, alors que la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême iranien, le 28 février 2026, causée par une frappe israélo-américaine embrase le Moyen-Orient, la plaie se rouvre. Entre les célébrations de joie clandestines dans les rues de Téhéran et les salves de missiles en riposte, l’héritage empoisonné de 1979 continue de hanter la géopolitique. La France, par son aveuglement d'hier, porte une responsabilité incotestable et indélébile dans le séisme que nous traversons, prouvant que les vergers des Yvelines furent le berceau d'une véritable tragédie.

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Khomeiny, hôte indésirable et pari fou de Giscard

En 1978, Khomeiny vomit sa haine viscérale contre le Shah depuis son exil à Nadjaf. Le monarque, vacillant sous les foules en colère, obtient son expulsion d'Irak par Saddam Hussein. La France, sollicitée, ouvre alors grand ses portes. Officiellement, l'Élysée brandit le droit d’asile et les principes des Lumières. En coulisses, les motivations sont bien plus prosaïques : la sauvegarde des contrats nucléaires d'Eurodif, la garantie de l'approvisionnement pétrolier et la poursuite des ventes d’armes. Paris fait le pari d'une transition dont elle serait la marraine, ignorant que l'on ne dompte pas un incendie idéologique avec des promesses diplomatiques de bureau feutré.

 

 

Ce choix relève aussi d'un profond aveuglement sociologique des élites de l'époque. Les diplomates français, pétris de culture laïque et de rationalisme gallican, ne concevaient pas qu'une révolution puisse être purement religieuse à l'aube du XXIe siècle. Ils ont vu en Khomeiny un "Gandhi chiite", une figure de proue morale et provisoire qui s'effacerait sagement devant des libéraux bourgeois comme Bakhtiar ou Bani Sadr une fois la monarchie renversée. Cette incapacité chronique à comprendre la puissance politique du sacré a conduit la France à protéger le fossoyeur de ses propres intérêts, sacrifiant un allié historique sur l'autel d'une méprise intellectuelle monumentale qui résonne encore dans les détonations de 2026.

 

La villa de Neauphle : laboratoire d’une révolution technologique

La villa de la route de Chevreuse, prêtée par des proches d'Ibrahim Yazdi, devient rapidement un volcan médiatique. Khomeiny, assis sous son pommier, transforme ce décor bucolique en un centre de propagande à portée mondiale. Il y enregistre ses harangues enflammées sur des "kassetes" (cassettes audio), les armes les plus redoutables de l’époque. Ce média de contrebande, que la police politique du Shah, la SAVAK, ne peut intercepter, fonctionne comme l'ancêtre analogique des réseaux sociaux : enregistrées à Neauphle, dupliquées par milliers et transportées clandestinement, ces bandes sonores portent la voix du religieux de haut rang jusque dans les foyers les plus reculés d'Iran pour briser l'autorité du Trône du Paon.

 

 

Cette complaisance française, sous couvert de neutralité, confine à la trahison des valeurs républicaines. Les agents de la DST, impuissants et débordés, observent ce studio à ciel ouvert où Khomeiny distille ses interviews aux médias internationaux, se posant en guide spirituel des déshérités tout en dissimulant son projet totalitaire de "Velayat-e Faqih". En laissant un islamiste fanatique utiliser le sol national comme hub logistique et médiatique, la France a armé idéologiquement un régime qui, depuis près d'un demi-siècle, pend les dissidents et exporte la terreur. Ce laxisme coupable a planté les graines d'un terrorisme d'État dont l'escalade militaire actuelle n'est que l'aboutissement logique et sanglant.

 

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Le tournant de la Guadeloupe : l'arrêt de mort du Shah

L’accueil de Khomeiny déclenche une tempête diplomatique immédiate. Le Shah, outré par ce qu'il perçoit comme un coup de poignard dans le dos, accuse Paris de trahison pure et simple. À Téhéran, les drapeaux tricolores sont brûlés devant une ambassade assiégée. Pourtant, le sort du monarque est définitivement scellé en janvier 1979 lors de la Conférence de la Guadeloupe. Réunis à huis clos dans un cadre paradisiaque, Valéry Giscard d’Estaing, Jimmy Carter, James Callaghan et Helmut Schmidt actent officiellement la fin du règne du "Roi des Rois". Constatant son incapacité à rétablir l'ordre, les quatre grandes puissances occidentales décident de l'abandonner à son sort.

 

 

Ce double jeu frappe par son cynisme historique. La France, en protégeant Khomeiny sur son sol, pensait s'acheter une police d'assurance auprès du futur pouvoir iranien. Elle n'a fait que nourrir un monstre qui se retournerait contre elle. Les archives révèlent des contacts secrets entre l'Élysée et l'entourage de l'ayatollah Khomeiny pour garantir la continuité des livraisons de pétrole, quel que soit le vainqueur du conflit. Ce calcul glacial a lamentablement échoué : la France a perdu toute influence durable à Téhéran et se retrouve, en ce mois de mars 2026, spectatrice impuissante d'une confrontation directe entre puissances qu'elle a indirectement rendue possible par son manque de courage politique plusieurs décennies auparavant.

 

Le vol historique : Khomeiny quitte la France pour imposer la terreur

Le 1er février 1979, Khomeiny monte dans un Boeing 747 d’Air France affrété spécialement pour son retour triomphal. À Téhéran, la passerelle descend sous une marée humaine en délire venue acclamer celui que la France a couvé pendant quatre mois. La révolution, mûrie dans le confort d'une villa des Yvelines, accouche alors d'un monstre théocratique. Khomeiny s’impose en Guide suprême, instaure la charia la plus rigoureuse et lance des exécutions de masse dès les premières semaines. La France récolte immédiatement les fruits amers de son pari : les relations diplomatiques sont rompues et la crise des otages américains éclate dès novembre 1979, marquant le début d'une ère de glaciation.

 

r/HistoryPorn - Ayatollah Khomeini is escorted off of his Air France flight during the Islamic Revolution, returning to Iran after living in the West while in exile. When asked by journalists about what he felt after finally returning to his homeland after so long, he responded, "Nothing." Iran, 1979 [1200x800]

 

La villa de Neauphle-le-Château, démolie en 1980 et remplacée par un parking anonyme, symbolise aujourd'hui l’amnésie volontaire de l'État français. À l'inverse, une rue nommée "Neauphle-le-Château" à Téhéran moque encore ce legs ironique et la naïveté d'une puissance coloniale déchue. Les conséquences de cet exil doré perdurent : tensions nucléaires, export du terrorisme chiite et désormais une instabilité régionale totale. La France n’a jamais eu le courage d'ouvrir une véritable enquête parlementaire sur cette farce diplomatique aux conséquences désastreuses et meurtrières, préférant l’oubli confortable à l'examen de conscience, alors même que le ciel du Moyen-Orient est zébré par les traînées des missiles iraniens de riposte suite à la mort de Khamenei.

 

Fichier:Neauphle-le-Château in Teheran.jpg

 

Le bilan d'une faillite morale sans précédent

Quarante-sept ans après les faits, l’accueil de Khomeiny demeure un scandale d'État resté sans procès ni véritable mea culpa. La France a catalysé l'avènement d'un régime obscurantiste qui a écrasé 85 millions d'Iraniens et qui, par sa survie obstinée, a mené le monde au bord du gouffre en ce début d'année 2026. L'assassinat d'Ali Khamenei n'est que le dernier acte d'une tragédie dont le premier acte s'est joué, ironiquement, dans la douceur d'un automne francilien. C'est le constat implacable d'une faillite morale : avoir offert une tribune mondiale à l'oppression la plus sombre au nom d'une prétendue diplomatie humanitaire et de bas intérêts mercantiles.

Cette décision expose les pièges mortels d’une realpolitik totalement dépourvue de boussole éthique. Une erreur de jugement prise dans l’urgence d’un bureau feutré peut engendrer des décennies de sang, de larmes et de chaos systémique. En instrumentalisant le droit d'asile au profit de calculs énergétiques à court terme, la France a ouvert une boîte de Pandore. L'ombre de la villa de Neauphle-le-Château plane plus que jamais sur notre présent, rappelant que l'Histoire n'oublie jamais les complaisances coupables.



33 réactions


  • agent ananas agent ananas 6 mars 13:11

    Le renversement du premier ministre Mohammad Mossadegh par la CIA en 1954 porte les germes de la République Islamique.

    Bref, la France n’est en aucun cas responsable de l’avènement des mollahs mais plutôt la tyrannie du Chah.

    Une amie britannique qui a passé une partie de son adolescence dans les années 70 (son père était ingénieur dans une raffinerie), me raconte les fêtes opulentes chez les expatriés et la bourgeoisie locale alors que le peuple vivait dans la misère.


    • @agent ananas

      Votre rappel de l’opération Ajax de 1953 (et non 1954) est une vérité historique, mais elle est ici un contresens logique. Personne ne nie les racines profondes du ressentiment iranien, mais mon article traite de la responsabilité opérationnelle de la France dans la phase critique de 1978.

      Confondre les causes structurelles d’une colère populaire avec la décision politique d’offrir une base logistique et médiatique mondiale à son futur dictateur est une erreur d’analyse. La misère sous le Shah, que votre amie a entrevue par le prisme doré des expatriés, explique pourquoi le peuple voulait un changement ; elle n’excuse en rien le fait que Paris ait permis que ce changement soit capté par une théocratie islamiste radicale.

      La France n’a pas inventé le mécontentement, elle a incubé son dévoiement. Prétendre qu’héberger le centre de commandement d’une révolution n’est pas une responsabilité est une forme de déni géopolitique que les faits, aujourd’hui encore, démentent.



    • Gasty Gasty 6 mars 18:57

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      La responsabilité n’appartient pas à la France sur le sort qu’à subit le peuple Iranien de l’arrivée de l’ayatollah Khomeiny en 1978, c’est un amalgame grossier, un contresens historique qui exonère les vrais coupables.
      Le peuple iranien, écrasé par la misère et la corruption shahienne, a marché sur Téhéran avant même que Khomeiny ne soit connu depuis son exil. Les USA et le Royaume-Uni, piliers du trône du Shah jusqu’au bout, ont perdu la main. Tenteriez vous d’effacer les ingérences impérialistes d’hier et les dynamiques internes d’aujourd’hui pour vos amis ?
      La chute du Shah est le résultat de décennies de tyrannie, ne l’oubliez pas.

      L’opération Ajax, un coup d’État ourdi par la CIA et le MI6 en 1953 a renversé Mossadegh, le Premier ministre démocratiquement élu, pour replacer le Shah en despote pétrolier. Résultat : répression sauvage, SAVAK terrorisant la population, inégalités béantes. Ce n’est pas Paris qui a semé ces graines de haine anti-occidentale, mais les Anglo-Saxons. Blâmer l’asile accordé à Khomeiny, c’est comme accuser la Suisse d’avoir causé la Révolution russe en hébergeant Lénine !


    • Hector Hector 7 mars 10:19

      @Gasty
      « Le peuple iranien, écrasé par la misère et la corruption shahienne, a marché sur Téhéran » 
      Comme le « peuple » Français en 1789 ?


    • Gasty Gasty 7 mars 10:41

      @Hector

      Comme un peuple qui se met en marche contre un régime oppressif .


    • agent ananas agent ananas 9 mars 08:17

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      Votre logique me laisse pantois.
      Ce n’est pas sorcier de considérer que si les revenus pétroliers iraniens avaient profité au développement d’une société démocratique laïque comme le souhaitait Mossadegh et non captés et dilapidés par le Shah et sa clique, la révolution islamique n’aurait pas eu lieu et l’islam chiite dans ce pays serait resté confiné à la spiritualité et pas devenir un outil politique.
      Il faut aller à la racine des faits et des évènements pour établir la chronologie et tirer leurs conséquences historiques.


    • DACH 9 mars 15:15

      @Gasty=La responsabilité n’appartient pas à la France sur le sort qu’à subit le peuple Iranien de l’arrivée de l’ayatollah Khomeiny en 1978, c’est un amalgame grossier, un contresens historique qui exonère les vrais coupables. ...=
      Les faits lisibles démontrent que les choix politiques de la France portent une responsabilité sur le sort que subissent les citoyens iraniens depuis 47 ans et encore plus en 2026. Mais nous ne sommes pas seuls à porter cette responsabilité. Affirmer autre chose relève d’un amalgame grossier, un contresens pour cacher ses préférences politiques. Quant au sort de Lénine, la Suisse n’a fait que favoriser ou accélérer ce que Lénine voulait faire. mais pas plus....


  • La Bête du Gévaudan 6 mars 13:14

    On voit en effet où conduit la corruption intellectuelle... Jimmy Carter complice en coulisses... VGE posant au grand « éclairé »... et la gauche en érection devant le grand obscurantiste sanguinaire. 

    aujourd’hui encore, on sent toute cette diagonale de la honte trembler pour son cher régime islamiste... 

    Il est d’ailleurs notable de constater que les mêmes compromissions idéologiques avec l’islamisme ont lieu en France même, avec les mêmes illusions voire les mêmes indulgences. 


    • Octave Lebel Octave Lebel 6 mars 13:41

      @La Bête du Gévaudan

      Ce sont des points très intéressants que vous nous signalez.

      Vous devriez les développer pour une meilleure connaissance et compréhension par le plus grand nombre. Dans notre intérêt à tous.

      4, 5 lignes par thème devraient suffir. Merci d’avance.


    • Bonjour @La Bête du Gévaudan,

      Vous touchez là au cœur du drame. Votre évocation de cette « diagonale de la honte » illustre parfaitement ce que fut la trahison d’une certaine élite. En 1978, on a vu des esprits que l’on croyait brillants s’extasier devant une prétendue « spiritualité politique », alors qu’ils n’avaient sous les yeux qu’une théocratie de fer en gestation.

      Il est vrai que le miroir que vous tendez avec la situation actuelle en France est saisissant. Cette indulgence coupable pour l’islamisme radical, hier exportée à Téhéran sous les oripeaux d’un romantisme révolutionnaire, se retrouve aujourd’hui chez nous, parée du même relativisme culturel suicidaire.

      Entre un Giscard d’Estaing jouant les « éclairés » et un Carter les moralistes, la France a malheureusement servi de terreau à un virus qui, quarante-sept ans plus tard, continue de ronger l’équilibre du monde. Démasquer ces illusions, c’est avant tout refuser que la liberté soit, aujourd’hui comme hier, sacrifiée sur l’autel de la posture idéologique.


    • Hector Hector 7 mars 10:24

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia
      Mais rien n’a changé depuis 50 ans, sinon le contexte, nous avons les mêmes aujourd’hui.
      Il est d’ailleurs surprenant que cela ne serve pas de leçon.


    • SilentArrow 8 mars 14:49

      @La Bête du Gévaudan

      À cette époque, la France ne pouvait peut-être pas encore comprendre qu’elle couvait un œuf de crotale.

      Quoique, en fait, elle se refusait peut-être, comme aujourd’hui, de voir en l’islam l’idéologie totalitaire que c’est.

      La gauche française a toujours souffert de ce type d’aveuglement idéologique. Elle a sans doute cru bêtement, comme Mélenchon aujourd’hui, que l’islam était une force révolutionnaire.


  • Octave Lebel Octave Lebel 6 mars 13:36

    1/2.Quelques repères sans prétention concernant l’Iran si ce n’est pour nous aider à nous protéger des propagandistes déguisés en prêcheurs si j’ai bien compris.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27Iran

    https://www.ritimo.org/Chronologie-historique-de-l-Iran

    (ritimo est un outil de recherche d’info qui peut rendre des services)

    Un rappel : Il s’agit de défendre vigoureusement envers et contre tout l’application du droit international et son renfort contre tous ceux qui le bafouent et ceux qui se taisent ou font semblant. Il s’agit de mettre en œuvre le  non alignement afin que les peuples et nations puissent installer une coopération fondée sur des échanges économiques et culturels équilibrées dans le respect mutuel. Il s’agit de travailler à ce que l’UE par des règles communes équitables soit un outil de renforcement de nos intérêts communs  en respectant les intérêts et la souveraineté de peuples demandant les moyens de s’exprimer. Contre le néolibéralisme d’origine qui promettait bien sûr l’harmonisation des politiques sociales en pratiquant le contraire. Ce que tout le monde a fini par comprendre quand les élites dirigeantes cherchent encore à donner le change dans une fuite en avant et ses contraintes décidées par elles seules.

     


  • Octave Lebel Octave Lebel 6 mars 13:36

    2/2 Extraits.

    « En 1953, le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, qui entreprend la nationalisation du pétrole, est éloigné du pouvoir à la suite d’un complot orchestré par les services secrets britanniques et américains, l’opération Ajax, qui sera officiellement reconnu par les États-Unis en 2009, par Barack Obama[ . Après la chute de Mossadegh, Mohammad Reza Pahlavi met progressivement en place un régime autocratique et dictatorial fondé sur l’appui américain. De nombreux soldats, accusés d’être membres du Tudeh, le Parti communiste iranien, sont exécutés en 1955. »

    « Après des mois de protestations populaires et de manifestations contre le régime du Chah, Mohammad Reza Pahlavi quitte l’Iran le 16 janvier 1979. Le vendredi 8 septembre 1978, le shah avait décrété la loi martiale et lancé ses troupes sur une nouvelle manifestation : les soldats avaient tiré à vue pendant des heures. C’est le «   Vendredi noir  », qui fit des centaines de victimes et constitua un point de non-retour dans la révolution. »

    « Ce sont les théologiens qui sont les premiers à rétablir l’ordre dans le pays, les cellules révolutionnaires devenant des comités locaux (komiteh en persan). Connus sous le nom de Gardiens de la révolution à partir de mai 1979, ces groupes ont vite pris le pouvoir dans les gouvernements locaux dans tout l’Iran. »

    « Le 22 septembre 1980, l’Irak envahit l’Iran. La politique officielle des États-Unis cherche à isoler l’Iran. Les puissances occidentales, inquiètes de l’apparition de la république islamique iranienne, voyaient en l’Irak un pays qui pourrait évoluer vers la laïcité et le modernisme, en contrepoids à l’Iran ».

    « Après l’élection d’Hassan Rohani à la présidence de la république islamique d’Iran en juin 2013 et son entrée en fonctions en août, l’Iran fait publiquement part de sa plus grande disposition à trouver un accord sur le programme nucléaire de l’Iran, alors que les sanctions prises par les pays occidentaux depuis plusieurs années portent leurs fruits. Fin novembre, un accord est trouvé entre Téhéran et le groupe 5 + 1 (États-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie + l’Allemagne), qui prévoit notamment que l’Iran n’enrichisse pas d’uranium à plus de 5 % pendant six mois, dilue la moitié de ses stocks actuels, suspende les usines de Natanz, Fordow et Arak sans construire de nouveaux sites d’enrichissement, alors que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) aura désormais un accès quotidien et sans préavis à Natanz et Fordow. En contrepartie, les Occidentaux s’engagent à suspendre leurs sanctions économiques sur l’industrie, l’automobile, le commerce de l’or ou encore les exportations pétrochimiques, à ne pas essayer d’entraver encore plus la vente du pétrole iranien, en notant que ces levées sont « limitées, temporaires et ciblées » et peuvent à tout moment être annulées en cas de non-respect des engagements iraniens. »

    « Le 13 juillet 2015, un nouvel accord vient conclure les douze années de la crise dite du nucléaire iranien. L’Iran accepte des contrôles de l’AIEA, en échange d’une levée progressive des sanctions économiques[70]. »

    « 13 octobre 2017 : Refus de Donald Trump de certifier l’accord sur le nucléaire iranien au Congrès étatsunien. Il considère que l’Iran déstabilise la région par des essais balistiques. Sa décision est soutenue par l’Arabie saoudite et Israël mais les signataires de l’accord sur le nucléaire (Chine, France, Allemagne, Russie, Royaume-Uni et Union européenne) désapprouvent. »


  • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 6 mars 13:43

    « La France a enfanté le régime des mollahs. » (?) Pas tant que ça !

    https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/qui-veut-la-peau-du-regime-iranien-211021


    • Bonjour @Bruno Hubacher,

      J’ai lu votre analyse avec attention. Si votre exposé sur les Moudjahidines du Peuple (MEK) et les stratégies d’influence américaines apporte un éclairage sur les suites de la révolution, il me semble qu’il passe à côté de l’essentiel de mon propos : la genèse française.

      Vous évoquez le 1er février 1979 comme une date presque fortuite. Or, ce jour-là, Khomeiny ne tombe pas du ciel ; il décolle de Paris. Dire que la France n’a pas enfanté ce régime « pas tant que ça », c’est oublier que sans le sanctuaire des Yvelines, sans la protection de l’État français et sans la diffusion massive de ces « kassetes » depuis notre sol, l’insurrection serait restée une colère diffuse et acéphale.

      Votre article se concentre sur ceux qui « veulent la peau » du régime aujourd’hui. Mon analyse, elle, porte sur ceux qui lui ont donné ses premières armes hier. On ne peut pas dissoudre la responsabilité opérationnelle de la France dans le grand bain de la géopolitique mondiale ou des erreurs de la CIA. L’Histoire s’est jouée dans les vergers de Neauphle-le-Château, là où l’aveuglement de nos élites a servi d’incubateur à la théocratie. Ignorer ce laboratoire français, c’est s’interdire de comprendre la tragédie que nous vivons encore en ce mois de mars 2026


    • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 6 mars 14:25

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      Oui, j’entends bien. Seulement, il n’est guère envisageable que la France ait pu hisser au rang de dictateur le leader spirituel Rouhollah Khomeini sans l’accord des Etats-Unis, ou plutôt de la CIA.

      Le shah étant devenu, pour l’agence, un fardeau, plutôt qu’un atout, elle était d’autant plus prête à le remplacer par un religieux, comptant sur le dernier, d’éliminer le vrai danger, les communistes du MEK, qui, et cela prouve la flexibilité idéologique de la CIA, l’instrumentalise aujourd’hui, devenu une sorte de secte, refugiée en Albanie, pour remplacer les mollahs. 

      Vous voyez, c’est un grand club, mais nous n’en faisons pas partie. 


    • @Bruno Hubacher

      Le refrain du « grand complot de la CIA » est un paravent bien pratique. Il permet surtout d’éluder le naufrage d’une diplomatie française qui n’a eu besoin d’aucun tuteur pour être aveugle.

      Giscard ne jouait pas la partition de Langley, il jouait la sienne : celle du pétrole et du nucléaire, avec une arrogance typiquement parisienne. Neauphle-le-Château n’était pas une antenne américaine, c’était un laboratoire français. Prétendre le contraire, c’est préférer la fable des marionnettistes à la réalité d’une incompétence souveraine.


  • Eric F Eric F 6 mars 14:34

    Rappelons-nous qu’à l’époque, la grande peur des dirigeants occidentaux était une extension de l’emprise soviétique, les « services » de l’époque croyaient qu’un régime religieux serait une alternative préférable au niveau géopolitique et de contrôle économique.

    Mauvais choix, qui s’est retourné contre l’occident. 

    La question est aussi : si la France n’avait pas accepté la demande d’asile de Khomeiny (qui avait envisagé aussi le Koweit) , la suite des insurrections en Iran aurait-elle été différente ?


    • @Eric F

      Votre hypothèse sur le « rempart vert » contre le communisme est séduisante, mais elle bute sur un fait historique majeur : personne, absolument personne, ne voulait de ce cadeau empoisonné.

      Vous évoquez le Koweït ? C’est une erreur. Le Koweït a précisément refusé catégoriquement de l’accueillir à sa frontière, conscient du danger de déstabilisation immédiate. Même l’Irak de Saddam cherchait s’est débarrassé de lui à la demande du Shah d’Iran. La réalité est plus crue : si la France n’avait pas ouvert grand ses portes, Khomeiny n’aurait eu nulle part où poser ses bagages, et encore moins un centre névralgique mondial pour diffuser sa propagande.

      Affirmer qu’un régime religieux était une alternative « préférable » relève d’un cynisme qui a viré à l’amateurisme. En 1978, la France n’a pas fait un choix géopolitique subtil ; elle a offert un asile doré à un islamiste dangereux que tous ses voisins avaient déjà identifié comme tel. On ne peut pas appeler « alternative » ce qui n’est qu’une démission du discernement.


    • Eric F Eric F 6 mars 16:29

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia
      C’était une orientation générale occidentale, renouvelée avec les « moudjahidins » d’Afghanistan. Il y a eu décision occidentale de pousser au départ du shah lors de la conférence de la Guadeloupe, lié à la crainte d’une intervention soviétique (*).
      Ils pensaient que l’armée pourrait contrebalancer le pouvoir islamique.
      C’était une position collective.

      (*) extract : Carter said about Imam Khomeini, “We have no direct relation with Ayatollah Khomeini, but clearly believe that he supports stability in Iran. Regardless of the undeniable depth of his religious beliefs, I hope he allow the government established according to the Constitution to be successful.” 

      ...."dispatch a squadron of powerful F-15 Fighters to Saudi Arabia. Although this action was to intimidate Iranian revolutionaries, but its main objective was to warn the Soviet Union. So, authenticity of interests caused the Great Powers to shift their policy and abandon the Shah after years of benefit for them"


       


       


    • Thot Thot 6 mars 16:31

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      « Si la France n’avait pas ouvert grand ses portes, Khomeiny n’aurait eu nulle part où poser ses bagages »

      Un peu excessif, non ?

      « 

      Finalement après s’être concerté avec son fils Ahmad, l’Imam Khomeiny qui avait déjà parlé auparavant d’une immigration au Liban ou en Syrie décida d’immigrer en France. »

      Neauphle-le-Château : le QG de la Révolution islamique d’Iran


    • @Thot

      Excessif ? Pas le moins du monde. Envisager la Syrie ou le Liban en pleine guerre civile, c’est une chose ; disposer d’une villa sécurisée par la gendarmerie française, d’un accès illimité aux médias mondiaux et de liaisons postales garanties pour ses ’kassetes’ en est une autre.

      Ni Damas ni Beyrouth n’auraient pu offrir à Khomeiny le sceau de respectabilité et la puissance de frappe médiatique qu’il a trouvés dans les Yvelines. Sans ce hub logistique de luxe, sa révolution serait restée un bruit de fond régional. La France n’a pas seulement ouvert une porte, elle a fourni le haut-parleur et l’immunité. Prétendre que l’issue aurait été la même depuis un camp de réfugiés libanais relève de la pure fiction.


    • @Eric F

      Citer Carter pour justifier Giscard est un aveu de faiblesse. Que les Américains aient été aveuglés par le péril rouge au point de fantasmer un « clergé stabilisateur » est une chose. Que la France ait accepté d’être la base arrière opérationnelle de ce fantasme en est une autre.

      La conférence de la Guadeloupe a acté le lâchage du Shah, certes, mais elle n’a pas forcé la France à transformer Neauphle-le-Château en centre de tri postal pour la révolution. On ne peut pas mettre sur le même plan l’envoi symbolique de F-15 en Arabie Saoudite et l’hébergement physique, sur notre sol, de l’état-major ennemi.

      C’est là que le bât blesse : vous confondez la stratégie globale, qui est une erreur de jugement, avec la logistique locale, qui est une trahison factuelle. En 1978, la France n’a pas seulement « suivi » une position collective ; elle a pris l’initiative d’offrir le mégaphone. Le résultat, nous le voyons en ce mois de mars 2026 : le « contrebalancement » par l’armée n’était qu’une fable de salon pour diplomates en fin de carrière.


    • Eric F Eric F 6 mars 16:58

      Ah oui, je me souvenais d’un point concernant la proposition par le gouvernement français d’expulser Khoneiny (voire de fermer les yeux si un problème lui advenait), et la réponse du Shah de le garder sur place pour éviter qu’il vienne dans un lieu plus proche.

      Suite à recherche avancée : Associated Press https://apnews.com/article/ap-top-news-france-paris-international-news-iran-revolution-anniversary-d154664bcfed47e49b0ae0ff3648779c

      extract : "Then-President Valery Giscard d’Estaing sent a diplomat to Neauphle-le-Chateau and later an emissary to Tehran to meet with the shah. The French offered to expel Khomeini, but the shah said no, apparently not wanting the cleric to end up anywhere near Iran.« 

      Autre version : The arab Weekly https://www.thearabweekly.com/anniversary-iran-hostage-crisis-marks-four-decades-repression-dissent-hostility-west 

      extract »Giscard d’Estaing cautioned the shah a second time. “This man is really becoming dangerous. We cannot act because he has not threatened the French or France. Again, if you chose to act, we can certainly look the other way,” the French leader said.
      Once again the shah refused the offer, saying : “Let him shout all he wants.”

       


    • Eric F Eric F 6 mars 17:17

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia (message 16:44)
      Vous faites du règlement de compte politique, je m’intéresse au contexte de l’époque. J’ai écrit dès le premier message que c’est un mauvais choix, mais ça dépasse une initiative isolée.

      J’ai cité la question des F15 pour montrer que l’occident craignait et voulait dissuader une intervention soviétique

      Ma question reste, de savoir ce qui serait advenu après le lâchage du shah si Khomeiny avait eu un autre point de chute que la France.

      Pour le temps présent, nous verrons si l’opération militaire en cours conduira à un effondrement du régime avec ou sans éclatement du pays, un repositionnement du régime « à la Vénézuélienne », ou une reradicalisation. 


  • Thot Thot 6 mars 15:01

    Si je comprends bien, Khomeini a très intelligemment choisi la France grâce ou à cause de sa liberté d’expression qui y régnait. On ne peut pas à la fois célébrer la liberté d’expression qui y régnait et s’offusquer des conséquences de ladite liberté d’expression, non ?


    • @Thot

      Confondre le droit de s’exprimer avec l’octroi d’un centre de commandement logistique protégé par l’État, c’est faire preuve d’une candeur touchante, ou d’un aveuglement volontaire.

      La liberté d’expression permet de publier des idées, elle n’oblige pas l’Élysée à transformer une villa des Yvelines en hub de propagande pour un fanatique qui appelle au meurtre d’un allié stratégique. La France ne s’est pas contentée de « laisser parle » Khomeiny : elle a sanctuarisé son état-major sous prétexte de grands principes, tout en lorgnant sur des contrats pétroliers.

      S’offusquer des conséquences n’est pas une contradiction, c’est un constat de faillite. Invoquer les Lumières pour justifier l’incubation d’une théocratie obscurantiste, c’est un peu comme offrir des allumettes à un pyromane au nom de la liberté de chauffer. En 1978, ce n’était pas du libéralisme, c’était une faute de discernement monumentale dont nous ramassons encore les morceaux en 2026."


    • Thot Thot 6 mars 16:48

      @Giuseppe di Bella di Santa Sofia

      J’ai une vision plus pragmatique de la géopolitique que la vôtre.
      Il y avait des manifestations partout en Iran à cette époque. Khomeini était perçu comme un possible leader. Le Shah avait interdit le multipartisme, donc il n’y avait pas de fait la démocratie.
      La France a gardé de bonnes relations diplomatique et commerciale avec l’Iran après la révolution. C’est sur ce plan-là que cela n’a pas été un échec.
      On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. On ne gagne pas facilement à la fois sur le plan de la morale et sur le plan des intérêts.


  • jakem jakem 6 mars 17:36

    En complément de cette chronique :

    https://lessentieldeleco.fr/6188-quand-la-france-protegeait-layatollah-khomeini-histoire-dun-aveuglement/

    _______________________

    Un journaliste connu dont le nom m’échappe ( ou Alain Bauer ?  je ne sais vraiment plus ) a dit à la télé que le Sdece avait envisagé de provoquer un accident fatal à Khomeiny .... et que le Schah, discrètement approché par le Sdece, avait refusé ( « on ne tue pas un religieux » ).

    Cette histoire est peut être dans le prolongement de cet article de VA, mais la suite est sur une page introuvable...

    https://www.valeursactuelles.com/histoire/histoire-derniere-mission-chez-le-chah-diran


  • juluch juluch 6 mars 21:17

    Le fait d’avoir accueillis ce type là...on fait des calculs de merde à l’époque.

    Croire que le religieux est plus sage que le laïc.....ça fait presque 50 ans que ça prouve le contraire.


    • Eric F Eric F 7 mars 09:07

      @juluch
      la prévision est facile quand elle porte sur le passé...
      Il y a 50 ans, la crainte de l’occident était l’avancée du bloc soviétique, ils ne savaient pas que celui-ci se délierait 10 ans après, et que l’islamisme radical allait devenir la menace prédominante. Ils ont misé sur le mauvais cheval !


  • Decouz 7 mars 09:59

    Une (grande ?) partie des historiens considère que la révolution iranienne n’ a pas été créée par la France, les causes principales sont internes à l’Iran : opposition massive au régime du Mohammad Reza Pahlavi, autoritarisme et police politique (SAVAK), inégalités sociales et économiques, mécontentement religieux face aux réformes du Shah (le shah a du faire face à l’opposition du clergé), coalition d’opposants (religieux, gauche, nationalistes).

    Il semble que ni les USA ni la France n’aient prévu la suite des évènements, et la capacité de Khomeyni d’étouffer les oppositions, de modifier la loi religieuse, puis de créer une garde personnelle indépendante de l’armée.

    Autre erreur : les intellectuels occidentaux du moins certains (Foucault parlait de « révolution spirituelle »), pensaient aussi que Khomeyni apporterait plus de liberté. Il parlait de liberté, d’indépendance nationale, de fin de la dictature, pas d’état théocratique. 

    D’autres pays même européens, auraient pu l’accueillir, l’audience aurait peut être été plus faible, mais la révolution était déjà en marche en Iran, au moins contre le Shah, même si il n’y avait pas de programme précis.

    La diffusion du message était une préfiguration des médias actuels, c’était des cassettes, le shah et sa police pouvaient censurer la presse, mais ne pouvaient pas empêcher la copie domestique et la diffusion des cassettes, tout le monde connaissait la voix de Khomeyni et ces cassettes circulaient partout.


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