Deux procureurs : plongée dans l’enfer stalinien
Voilà un excellent film qui restera dans les annales. L'URSS des "grandes purges", de l'élimination des opposants et des indésidérables qui font de l'ombre au Tsar rouge Staline. Ce récit est un conte politique qui nous invite à réfléchir au totalitarisme et ses mécanismes de décervelage.
Nominé au festival de Cannes, cette coproduction internationale réalisée par Sergueï Loznitsa et interprêtée par des acteurs très convaincants ne laissera pas personne indifférent. Le synopsis ? Un jeune et naïf procureur formé et acquis à l'idéal socialiste reçoit une lettre clandestine d'un prisonnier politique qui pense être enfermé à tort. Il se déplace et enquête.
Nous visitons une prison plus vraie que nature, glauque, sombre, aux couloirs, escaliers et portes grillagées interminables. Les gardiens sont inexpressifs, presque des clônes. Notre homme de loi finit par rencontrer le dissident qui lui explique et lui montre les tortures encaissées, rappelant que les dictatures de gauche ont toujours été les plus sanglantes et les plus perverses. Pensant à un complot de contre-révolutionnaires, le procureur rentre avertir sa hiérarchie à Moscou. Il se heurte à une bureaucratie rigide avant de finir devant le procureur-général Vychinsky qui semble l'écouter en se retenant d'éclater de rire.
Car notre jeune diplômé Candide n'a pas le recul pour comprendre ce qui se passe et la nature paranoïaque du socialisme. Le NKVD est maitre des lieux et agit en garde rapprochée du comité central. Il pense à un complot alors qu'il s'agit d'un système d'état : réprimer, harceler, éliminer pour mieux contrôler la population. Pensant rentrer poursuivre son enquête, il finit embarquer par deux policiers politiques et se retrouve à son point de départ, la prison de Briansk, mais cette fois comme prisonnier.
Un univers à la Kafka, froid et radical, bien reconstitué ; une URSS de 1937 au moins aussi rude que sa cousine nationale-socialliste allemande de la même époque.
Seul accroc, notre réflexion doit nous amener à considérer Poutine comme héritier de Staline (!). Etonnant. On ignorait que les goulags et les pénuries alimentaires étaient de retour en Russie. Les gens qui y voyagent nous décrivent au contraire un Moscou bien plus agréable que Paris, tant pour sa liberté de se promener, sa sécurité que ses restaurants et le charme des dames. Est-ce de l'intox à grande échelle ? Nos amis qui nous relatent cela seraient des espions russes ? Ce pays est décidemment bien mystérieux depuis la révolution de 1917.
A une époque qui voit le retour en force du radicalisme de gauche (En France, LFI et les antifas par exemple) il est toujours utile de rappeler ce qu'est un système socialiste : contrôle des esprits, formatage idéologique, répression des opposants. Ne jamais l'oublier pour ne pas élire et mettre au pouvoir des gens se réclamant du stalinisme qui transformeraient la France en univers concentrationnaire.
Bande-annonce sur Youtube :


