lundi 28 septembre 2020 - par L’apostilleur

Erdogan a célébré la date historique du 30 août. Pour les « mêmes motifs » au Vatican on commémore depuis 449 ans le 7 octobre

 

 "Ce n'est pas un hasard si ceux qui ont essayé de nous exclure de la Méditerranée orientale sont les mêmes que ceux qui… ont essayé de nous envahir "

Erdogan a harangué avec cette formule censée les réveiller, ses nationalistes fatigués par l’histoire récente de la Turquie. Après leur avoir fait miroiter son entrée dans l’Europe tant convoitée depuis des siècles, il dévoile aujourd’hui à l’Occident son for intérieur inspiré par l’expansionnisme ottoman.

Pour qui regarde avec un peu de recul l’histoire turco-ottomane, la formule polysémique peut être reprise par ses destinataires dans l’Occident chrétien. Ils la retourneront stricto sensu à l’endroit de son auteur.

Les faits.

Le 30 août 1922, la Turquie (re) envahissait Smyrne (Izmir) cité chrétienne millénaire et la poche anatolienne après le massacre et l’expulsion de dizaines de millier de chrétiens et de grecs fondateurs de la cité qu’ils développèrent pendant plus de deux mille ans.

L’épisode fêté par Erdogan est appelé la « Grande Catastrophe » de l’autre côté de la mer Egée. L’épuration ethnico-religieuse jonche l’histoire de ce peuple musulman sunnite.

Les mots choisis par Erdogan doivent trouver un écho particulier au Vatican.

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"La Bataille de Lépante" par Georgio Vasari dans la salle royale du Vatican

 

où l’on célèbre pour les « mêmes motifs » le 7 octobre, jour anniversaire de la bataille de Lépante en 1571 contre « … ceux qui ont essayé de nous exclure de la Méditerranée orientale… les mêmes que ceux qui ont essayé de nous envahir… ».

Chaque année des ecclésiastiques et aristocrates européens descendants des officiers qui participèrent à la bataille, se réunissent dans une villa au Vatican où sont conservés les étendards. 

 

Les siècles passent et les événements se répètent avec une Turquie qui n'a pas oublié ses origines d’envahisseur et qui provoque une actualité méditerranéenne en résonnance avec les quelques rappels qui suivent.

Dans la deuxième moitié du XVIe siècle, quelques années ont été nécessaires pour mettre sur pied une coalition d’intérêts économiques et stratégiques qui germait sur fonds de confrontation chrétienne avec les sarrasins. Les ottomans déferlaient alors de toute part et lorgnaient vers l’Occident qu’ils avaient déjà assiégé à Viennes sans succès en 1529.  

Après les conquêtes musulmanes de Rhodes (1522) et de Chypre l’année précédente, le sultan ottoman Selim II ("l'ivrogne") offrait sous les auspices du Pape Pie V, les conditions favorables à la création de la Saint-Ligue (*). Cette coalition se formait pour stopper l’hégémonie ottomane grandissante en méditerranée orientale.

Une des plus grandes batailles navales de l’histoire allait sceller l’avenir de l’Europe menacée. A Lépante dans le golfe de Patras (**) six cents navires - production des arsenaux de Venise et d’Istanbul - et cent mille hommes s'opposeront. Sept mille chrétiens et vingt-cinq mille ottomans périront.

Le retentissement de cette victoire sur les Ottomans musulmans fut immense en Europe, à l’image des œuvres magistrales réalisées par les plus grands artistes de l’époque. On peut les voir à Venise, au Vatican, à Londres, à Lyon...

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Remarquable mosaïque de la bataille de Lépante

Basilique Notre-Dame de Fourvière à Lyon

Un mur de la Sala dello Scrutinio du Palais des Doges à Venise a offert une surface immense à Andrea Vicentino pour représenter aux visiteurs subjugués, l’illustre bataille. 

 

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L’histoire maritime chère aux anglais n’oubliera pas non plus de souligner le caractère historique de la bataille.

 

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La bataille de Lépante – Musée Maritime de Greenwich - Londres

 

 Erdogan pourrait aussi se rappeler ce revers ottoman maintenant qu’il a reconstitué la (Sainte) Ligue dissoute.

La nouvelle Ligue « med7 » (***) qui lui doit de l’avoir dépoussiérée, pourrait l’inviter à la prochaine célébration du 7 octobre 2020.

 

 

(*) La Sainte-Ligue réunissait Venise, les États des Habsbourg et du Vatican. Participaient également, Gênes, le duché de Savoie et les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem (les Hospitaliers). La France alliée des Ottomans depuis François 1er n’y participait pas.

(**) Ceux qui ont navigué dans cette partie de la mer Ionienne (Grèce) se souviennent certainement d’une zone maritime protégée propice à l’événement, entourée de terres arides en de nombreux endroits où souvent seuls les thermiques (vents) se lèvent en fin de journée.

(***) France, Grèce, Italie, Chypre, Malte (****), Espagne et Portugal.

(****) Malte, (avec ses Chevaliers héritiers de ceux de Saint-Jean de Jérusalem, chassés par les Sarrasins de Terre Sainte, de Rhodes et de Chypre), s’oppose à des turcs en mal d’hégémonie, comme en 1565 lors du siège infructueux de Malte par les sarrasins.



15 réactions


  • Docteur Faustroll Séraphin Lampion 28 septembre 2020 17:39

    Je propose de célébrer la bataille d’Hastings le 14 octobre. Ce jour-là, en 1066, les troupes normandes et saxonnes se sont affrontées : 7 000 hommes dans chaque camp. Après être passé pour mort, le Normand Guillaume a attiré dans un guet-apens les Anglais désorganisés et sans discipline pour mieux les occire, et le Rosbif Harold est mort après avoir reçu une flèche dans l’œil.

    Du coup, Guillaume avait gagné le trône de l’Angleterre. La bannière papale arborée durant la bataille avait conféré à l’expédition le statut d’une véritable croisade contre le roi saxon.

    Transformant le pays en l’un des plus puissants d’Europe, les Normands ont importé l’arc long, qui a fait sa première apparition à Hastings, arme de prédilection des Anglais par la suite, pendant la guerre de Cent Ans qui a démarré un jeu de chaises musicales pour les trônes des deux pays, mais quand mêm, on parlait français à la cour d’Angleterre et la devise nationale est toujours : « honni soit qui mal y pense ».

    Donc, il serait temps que cette province soir restituée à note beau pays après toutes ces impostures incarnées par des dynasties d’origine teutone.


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 28 septembre 2020 21:07

    7 octobre, date fatidique..anniversaire de Poutine...


    • popov 29 septembre 2020 10:26

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.

      Lequel préférez-vous : Joseph Staline, Nikita Krouchtev, Léonid Brejnev, Boris Eltsine ou Vladimir Poutine ?


    • vraidrapo 29 septembre 2020 10:54

      @popov
      Ca dépend de son sentiment vis à vis de la Russie...
      On dit qu’entre Gorbatchev (un démocrate) et Eltsine(un poivrot) le Yanki avait choisi le second...
      Quant au premier, lorsqu’il a fait le tour d’Europe des popotes, on lui a poliment claqué la porte au nez. Faut pas faire de la peine à l’Oncle Sam !

      Comprendre la politique ça ne s’improvise pas au coup par coup. Quand on n’est pas Pro, il faut lire, lire et relire et surtout avoir une bonne mémoire et des notes...
      Car balancer des jugements à l’emporte-pièce selon qu’on est Hollywoodien, Rouge gorge, consumériste, bisounours, jemenfoutiste etc... sans avoir une vague idée du pourquoi du comment, c’est ridicule !


  • vraidrapo 29 septembre 2020 11:18

    Le 30 août 1922, la Turquie (re) envahissait Smyrne (Izmir) cité chrétienne millénaire


    SMYRNE 1922 : Entre le feu, le glaive et l’eau
    -Les épreuves d’un médecin arménien

    Le docteur Hatchérian, médecin arménien à Smyrne, tient un journal relatant l’incendie qui détruit une grande partie de la ville en 1922, ainsi que les massacres qui déciment les communautés chrétiennes. Médecin militaire dans l’armée turque pendant la Première Guerre mondiale, il se retrouve brusquement menacé de mort par l’État même qu’il a si loyalement servi. Il réussi, tout en peignant l’horreur omniprésente, à donner à la situation sa dimension politique et internationale.

    https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=10740

    Ainsi que je l’ai déjà écrit, il y avait 15 navires de guerre européens et américains dans la rade de Smyrne (Izmir aujourd’hui) quand la cavalerie de Kémal est entrée dans la ville pour foutre le feu.

    Lorsque les gens se sont jetés à la mer pour rejoindre les navires, ils ont été accueillis à coup de lance à incendie, les hauts-parleurs crachaient de la musique pour couvrir les cris de la foule.

    Aucun coup de canon n’a été tiré pour casser l’avance des troupes turques et soulager les Grecs.

    Je tiens ces informations de témoins visuels intimes : on voyait les marins filmer le port depuis leurs navires

    le Turc savait déjà jouer des rivalités (de pays soit disant chrétiens) pour avancer ses pions et aujourd’hui, on a l’islam comme nouveau paramètre.

    Si la CIA cherche le bordel pour asseoir son hégémonie, on est sur la bonne voixsmiley


    • L'apostilleur L’apostilleur 29 septembre 2020 13:21

      @vraidrapo

      L’istoire de la poche chrétienne « nettoyée » de Smyrne est à considérée pour l’avenir possible des arméniens du Haut-Karabakh.

      Si les musulmans prennent possession du territoire, ils feront comme partout ailleurs dans le monde et depuis toujours


    • vraidrapo 30 septembre 2020 16:55

      @L’apostilleur
      Dans quelques siècles voire moins ce sera le tour de l’Europe.
      Vers le XIè siècle le sultan ottoman s’inquiétait de la disproportion entre chrétiens (7 millions) et turco-mongols (400,000)... il a commencé à manoeuvrer et on voit le résultat aujourd’hui.
      Aujourd’hui, on peut évoquer le grand remplacement en France sans se faire moquer de façon unanime... mais, il y a 10 ans, aurions-nous pu ?


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