mercredi 21 avril 2010 - par NOUVEL HERMES

Ere technologique et fin du politique.

On se souvient des souffrances que portait l’âge industriel : la dureté de l’usine, le harassement des gueules noires, l’angoisse déjà à l’apparition des premiers chemins de fer mais aussi l’enthousiasme devant ce monde nouveau que célébraient Cendras et les futuristes, relayé par l’idéologie du Progrès et revendiquée par le Socialisme.

On n’a sans doute pas mesuré combien l’entrée dans l’Ère technologique nous coupait de ce modèle ancien, que, par exemple, la politique, ne pouvait plus être ce qu’elle était depuis le Siècle des Lumières. Et pourtant nous ne possédons aucun autre modèle identifiable d’un système politique. Voici ce qui devrait pourtant être le centre des préoccupations de nos philosophes et sur lesquelles devraient réfléchir ceux qui nous gouvernent.

Car le monde occidental en s’aliénant toujours d’avantage à la technologie souffre de ne plus être arrimé à un réel perceptible par l’homme. L’écart s’accroît entre notre capacité d’imaginaire et la vitesse des sciences qui nous donnent ce sentiment de ne plus rien maîtriser, surtout quand le réel revient en force dans nos vies par l’impact de la nature ou du social.
 
Le virtuel supplante le réel, l’avenir lui-même est corrodé par les supputations, le vertige des possibles quand l’humain et la nature demeurent cette réalité ultime qui s’impose, fragile et de plus en plus frappée d’angoisse au fur et à mesure que les technologies deviennent plus pointues et échappent à toutes nos tentatives d’interprétation, d’anticipation et même de représentation.

Historiquement, le point de rupture intervint sans doute avec l’énergie atomique et cette intuition que désormais l’homme pouvait être dépassé, voire anéanti, par ce qui germait dans ses éprouvettes. D’où ce réflexe de peur dont l’écologie fut le symptôme. Une peur d’autant plus mesurable qu’elle n’était plus liée à un au-delà mais bien à une réalité tangible qui, paradoxalement, nous échappait de plus en plus : la relation de l’humain à la nature.

Un certain nombre d’événements récents traduisent l’incapacité des politiques à gérer les conséquences d’une technologie qui leur est devenue a-synchronique.
 
Ils peuvent s’en servir, il peuvent, écologistes ou pas, en discuter les bienfaits ou les dangers, ils sont tous déroutés, hors circuit quand la réalité s’impose : Les tremblements de terre, les tsunamis et le volcanisme sont hors contrôle et les désordres climatiques, liés ou non à la pollution, sont de peu d’importance par rapport aux caprices de la Terre. Quid d’une éruption par rapport à la destruction de la couche d’ozone ?
 
La nature n’a que faire de nos programmations et de notre orgueil technologique. Elle nous renvoie le miroir de notre humanité refoulée dans un individualisme dévastateur, celui des écrans, des tablettes tactiles, des codages et des flux.
Le "Tout communiquant" n’apparaît plus que comme une cellule d’isolement dans laquelle nous somme confinés dans une sociabilité virtuelle, où le buzz fait fonction de discours politique, où le fond disparaît devant la puissance de la forme,les coups de butoir de la marque, du look, du paraître.
Impossibilité de penser désormais en terme de société mais seulement en terme de groupes individuels, de tribus, de lobbies. Comme si la culture était fractionnée par l’assaut de ces communautarismes et nous interdisait désormais tout idéal commun, tout intérêt collectif.

Nos politiques traduisent parfaitement cet affolement par rapport à un futur sur lequel ils n’ont plus aucune prise sauf à utiliser la peur de l’avenir en disant n’importe quoi pour servir les intérêts bien présents de quelques-uns. Le débat faussé sur les retraites nous en fournit l’exemple.
Mais on pourra remarquer leur désarroi et leur mutisme quand la technologie menace et que la nature se rappelle à eux. Gesticulations verbales ou surréaction sont les seules réponses qu’ils apportent.
Ainsi en fut-il pour le « bug informatique » de l’An 2000, pour la récente gestion de la grippe A, vis-à-vis des ondes, des nanotechnologies, des OGM, du clonage et autres « menaces » dont chacun est incapable de mesurer les conséquences. Comme si l’univers technologique s’était emballé au point d’exister virtuellement en pouvant, presque idéalement, s’abstraire de toute dimension humaine.

Voici donc nos politiques condamnés à avancer en aveugles, claudiquant entre l’alarmisme ou la confiance, ballotés entre leur conscience morale et des intérêts bien réels et souvent égoïstes. Evoquant un jour le principe de précaution, le lendemain faisant marche arrière. Les errances caricaturales du sarkozime sont aussi la vérité de l’ensemble de la classe politique, et partout dans le monde.
Et d’ailleurs, même si on le voulait, pourrait-on sortir de l’ère technologique ? La fin de la mondialisation afférente serait aussi une régression terrifiante dans le domaine de la santé et de la nutrition.

Comment donc gérer cette ère technologique face à l’incapacité des Etats à trouver des points de convergence quand les modes et niveaux de développement sont tellement inégaux ? La politique à laquelle personne ne croit plus vraiment tant nous sommes abandonnés par elle et prisonniers de nos individualismes, doit se reformuler, penser, parler, anticiper, proposer. Il ne s’agit pas de fixer un cap mais, de façon beaucoup plus ambitieuse, de donner une nouvelle écriture à l’Histoire.

Nous en sommes loin. Tellement loin que ces mêmes politiques sont incapables d’être les gestionnaires de la première crise venue. Qu’un volcan mette en péril le trafic aérien, qu’il menace l’économie et là où nos politiciens sont d’ordinaire si volubiles, libéraux, socialistes ou écologistes, on ne les entend plus. Comme si, jamais, ils n’avaient pris en cause la dimension humaine de la nature. Comme si enfermés dans leur choix ou leurs convictions, oscillant entre pessimisme ou optimisme, réalisme ou messianisme, ils étaient incapables d’agir sur un monde technologique.

Peut-être parce qu’en elle-même l’ère technologique interdit le politique. On a voulu détruire les Etats, laisser libre cours aux « flux » commerciaux devenus financiers, casser services publics et solidarités sociales. Il faudrait donc désormais se plier à ce flux technologique qui deviendrait une loi en soi, une forme fantasmée de nature double dans laquelle l’humain ne serait plus même nécessaire.

La disparition du politique peut venir d’un volcan. Ou, sa résurgence, dans cet étrange morceau de l’Internationale... "La raison tonne en son cratère. Nous ne sommes rien soyons tout."
www.nouvelhermes.blogspot.com
 


6 réactions


  • sobriquet 22 avril 2010 00:24

    Aucun commentaire !?

    J’ai trouvé cet article très juste et n’ai rien à y ajouter. Doit-on comprendre que tout le monde a réagi comme moi ?


  • Halman Halman 22 avril 2010 08:02


    "La nature n’a que faire de nos programmations et de notre orgueil technologique."

    Justement et si c’était le contraire.

    Et si c’était dans l’ordre de la Nature de créer à travers nous, par nous, une technologie qui essaie de parer à nos tares débiles.

    Et si nous n’étions là que pour construire les essais, les balbutiements d’une future technologie qui vivra pendant une certaine ère en parallèle avec l’humain pour pallier à ses débilités physiques et mentales.
    L’ordinateur ne dort pas, il peut aller dans les mines, sur la Lune sans scaphandre, etc.

    L’ordinateur ne passe pas 80 % de ses journées à papoter et à raconter sa vie.

    Nous nous sommes bloqués sur Terre dans notre biosphère que nous détruisons consciencieusement.

    Et si l’Evolution avait choisi une autre voie en nous faisant construire notre propre successeur, comme ce ver qui s’abrite et grandit dans le corps d’un oiseau pour se débarrasser ensuite de son support biologique pour naitre au grand jour ?

    Le Successeur aurait compris que le meilleur moyen de se développer et de se faire accepter est par la voie ludique, par les gadgets pour bobos hallucinés, par la domotique, par les jeux.
    Parce que l’Evolution aurait compris que malgré quelques millions d’années d’évolution nous ne sommes encore que des bébés qui ont besoin de jouet et de se prendre au sérieux pour des broutilles.
    Alors le Successeur utilise le biais du jeu pour se faire accepter, s’installer dans la société.

    Les gens acceptent des systèmes experts et un minimum d’IA dans leurs jeux, (encore que je suis certain que la majorité ne s’en rend même pas compte) mais dès qu’on leur propose un robot aide soignant c’est le tollé général. Ca choque encore.

    Rassurez vous, rares sont ceux qui accepteront chez eux une compagne androïde, si parfaite et si virtuelle soit elle.

    Les craintes de ceux qui croient que le robot remplaceront l’humanité peuvent encore dormir tranquilles quelques siècles malgré les essais de quelques prototypes plus ou moins ridicules.

    Mais quand des androïdes les remplaceront pour faire des métiers qu’ils supportent difficilement comme croque mort ou égoutier, ils seront bien content de les trouver quand même.

    « Je crois que dans une cinquantaine d’années, il sera possible de programmer des ordinateurs de telle sorte qu’ils joueront si bien au jeu de l’imitation qu’un interrogateur moyen n’aura pas 70 chances sur 100 de faire la bonne identification après cinq minutes de questionnement.

    Je crois qu’à la fin du siècle, l’usage des mots et l’opinion générale des personnes éduquées aura changé si complètement que l’on sera capable de parler de machines qui pensent sans s’attentre à être contredit. »

    Alan Turing, 1950.

    Il s’est trompé de loin dans les dates.

    Quelques uns trouvent normal l’IA, mais de la à ce que la société entière les accèpte, il faudra encore pas mal de générations.


  • Halman Halman 22 avril 2010 08:27

    On commence seulement à réaliser que les nouvelles technologies peuvent être thérapeutiques.

    Des psychologues utilisent des réalités virtuelles pour faire des thérapies à des gens agoraphobes, autistes, timides, dépressifs, etc.

    La technologie n’est pas forcement une bobogeeckitude de gadgetologie ludique.

    Elle sert dans les hopitaux à opérer un patient depuis l’autre bout de la planète par un chirurgien spécialisé qui ne peut pas se déplacer.

    Elle sert à rendre consultable en temps réel le dossier et les mouvements d’un examen à l’autre d’un patient, ses résultats, ses comptes rendus, ses médicaments, ses visites au kiné, etc.

    Les gens râlent contre l’informatisation, mais aujourd’hui quand l’informatique tombe en panne dans un hopital on ne peut plus rien faire, on a passé le pas, quoiqu’en disent ceux qui en sont encore restés aux films de science fiction des années 1950.

    Par contre là où je suis d’accord avec ceux qui dénoncent les méfaits de trop de technologie c’est pour leur surutilisation délirante dans les voitures et les avions. Tout le monde connait ses pannes hallucinantes et irréparables dues à l’électronique de sa super voiture dont ils sont super fiers et mettent 10 ans à rembourser.

    Certains avions de ligne ont des limitations de manœuvres ultra dangereuses en cas de situations critiques imposées par une électronique ultra présente au délire, là ou un pilote peut utiliser ses astuces et sont expérience pour se sortir de la situation difficile.


  • Halman Halman 22 avril 2010 08:34

    Et l’on assiste à un phénomène incroyable.

    Les technologies elles mêmes font de l’Evolutionisme. Elles naissent, évoluent, et les plus adaptés restent et donnent des rejetons plus performants, et ainsi de suite.

    Apparement l’ordinateur d’aujourd’hui n’a rien à voir avec l’Eniac.

    Pourtant nos pc actuels utilisent toujours la même architecture dite de Von Neumann. Ils sont les lointains descendants des Eniac et Univac. Dans l’histoire de l’informatique on parle même de générations d’ordinateur. On en serait à la 5ème si je me souviens bien.

    Tout comme l’évolution du vivant.

    C’est ça qui est fascinant.

    Pas le dernier Ipad vendu avec force délire médiatique.

    C’est ça l’histoire de la technologie, cette place qu’elle prend dans l’évolution de l’Intelligence sur Terre, ce que l’on en fait, ce qu’elle se transforme, comment elle va arriver aux balbutiements de la conscience, comment les luttes et accords entre vivant et IA se feront et évolueront.

    Oui, l’informatique est une place fondamentale dans l’Evolution.

    Elle ne se limite pas à sa place plus ou moins agaçante dans notre vie courante.


  • Halman Halman 22 avril 2010 08:43

    Les hopitaux sont précurseurs dans le domaine.

    Les médecins eux mêmes, les cadres de services de soins, militent pour l’informatisation et ne veulent surtout pas revenir au papier.

    Ils travaillent avec les infirmières à des projets de systèmes experts pour éviter les chutes des patients agés la nuit dans leurs chambres.

    A des projets de dossiers médicaux consultables dans tous les hopitaux et par le médecins de ville en direct.

    A des projets de robots manipulateurs de patients pour soulager les dos et les épuisements physiques des aides soignants.

    On travaille tous les jours avec les constructeurs à l’amélioration de tablettes pc adaptées aux services de soins.

    Etc.

    Mais dans la société de tous les jours, qu’en voit on de la technologie ?

    Ce qui est décrit dans cet article.


    • brieli67 22 avril 2010 08:56

      pov geek..


      encore plus de déshumanisation !

      Faut commencer à apprendre la politesse et le sourire à toute cette gente robotisée qui évolue à l’hôpital. Tout le personnel du bnrancardiere en passant par l’aide_soignante qui se prend pour infirmière voire docteure.

      Souvenirs nauséeux de visites avec un patron de réa : on causait plus de matériel et appareils que des cas cliniques... 

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