mardi 12 octobre - par Ronce

FOM 01 - Morale déboussolée

TEMOIGNAGE - Une série d'articles pour partager et échanger au sujet de l'éducation. A la recherche des fondements objectifs de la morale.

Premier épisode : on fait connaissance ...

 

JPEG

image pixabay

Les manga, ça suffit pas

Éduquer un enfant nous place devant la possibilité de transmettre les valeurs que nous avons reçu. Dans mon cas les valeurs que j'ai reçu viennent essentiellement des mangas.

C'était un point de départ qui s'est révélé inadapté à la vie d'adulte responsable, aux réalités du couple ou à l'entrée dans la vie active.

Je m'en suis sorti quand même, mais, lorsque notre premier enfant à pointé son minois, j'ai dû remettre en question les mangas et rechercher des fondations un peu plus solides pour l'aider à se construire.

J'ai entamé un questionnement centré sur la transmission des valeurs morales et j'ai trouvé cela très stimulant. Il existe sur ce sujet des quantités d'enseignements, de théories et de méthodes pratique. De telles quantités, en fait, qu'on a vite fait de s'y perdre.

Et la pratique de la parentalité est souvent ingrate et chaotique, si bien qu'on y peine à voir un lien avec les méthodes étudiées.

Le temps passa, et d'ouvrage théoriques en expérience de vie, j'ai un jour été confronté, dans des circonstances appropriées, à des enseignements qui parvenaient presque parfaitement à faire le raccord entre les réalités du terrain, une théorie cohérente et mes intuitions profondes.

Ces enseignements que j'appelle "la sagesse occidentale" sont souvent formulés dans un langage qui m'a semblé difficile d'accès.

Pour mieux les assimiler j'ai ressenti le besoin de reformuler certaines analyses dans une langue qui s'insère dans ma culture un peu geek, scientifique et pragmatique.

Proposition

Vous aussi vous vous posez des questions sur la morale et l'éducation ? C'est bien ce qu'il me semblait ... Je vous livre ces textes au ton un parfois léger et parfois grave et solennel pour vous proposer une voie d'accès.

Une voie d'accès vers un savoir cohérent, qui explique bien les réalités humaines pourvu qu'on se pose les bonnes questions.

Les textes qui vont suivre ne prétendent pas délivrer un enseignement formel et complet. Je fais des raccourcis, je résume en une phrase des analyses qui nécessiteraient de s'appuyer sur des ouvrages entiers et une expérience des choses de la vie.

J'espère aussi, à travers vos commentaires, approfondir ces analyses et les confronter à vos critiques constructives.

 ;-)

 

Le sens moral sens dessus dessous

La morale est ce qui nous permet à chacun, dans le silence de notre conscience, de décider si nos actes sont bons ou non.
En général nous observons en nous une boussole morale. Comment s'est-elle formée ?
L'opinion "médiatiquement correcte" est que le sens moral est acquis lors de l'éducation, en fonction du milieu familial et de mille autres influences "culturelles".
Selon cette opinion, le contenu de la morale peut changer avec le temps. Et pour prouver cette opinion, on aura tendance à observer l'évolution de la société occidentale depuis deux siècles.
Deux siècles qui ont vu se succéder des situations inhumaines qui ont nous ont fait perdre nos repères : misère de l'exploitation à la "germinal", les horreurs des régimes autoritaires à l'échelle industrielle, et aujourd'hui un monde qui croule sous les biens matériel mais déborde de tristesse.
Evolution qui s'est accélérée peu après des massacres qui ont laissé nos sociétés déboussolées (les deux guerres mondiales).
Alors, la morale a-t'elle fondamentalement changée durant ces années ? Ou est-ce que nous avons juste regardé ailleurs ?

A la recherche du sens moral

Longtemps j'ai essayé de me conformer à l'opinion médiatique, assénée à longueur d'articles, de chansons, de films et de séries.
C'est bien pratique comme opinion. Si il n'y a pas de fondement objectif à la morale, le mal n'existe pas, et je peux faire ce que je veux tant que ça ne nuit pas à autrui. Ou tant que je ne me fait pas attraper.
C'est confortable lorsque je suis seul et que je n'ai pas de responsabilités. Mais est-ce suffisant pour élever un enfant ? Et en temps de guerre il faut bien nuire à son adversaire. Et si je nuis à autrui que va-t'il se passer ? qui décide ce que "nuire" signifie ?
Il y a en moi quelque chose qui résiste. Une intuition que le bien c'est une notion aussi réelle que la gravité.
La gravité donne forme à notre univers, elle indique la voie à suivre pour la matière qui ne peux pas lui résister. La morale donne forme à notre conscience, elle indique les actions à suivre à l'échelle de l'individu. Elle est accessible aux cœurs simples.
Réaliser que le comportement humain repose sur des fondements objectifs amène à se poser des questions intéressantes : 

  • Depuis quand ces principes existent-ils ? 
  •  si il y a des règle, est-ce que je suis vraiment libre ? 
  •  est-ce qu'il y a des exceptions ? une souplesse d'interprétation ? 
  •  si la loi morale est inscrite dans la réalité même, pourquoi l'être humain peut refuser de l'appliquer ? 

A l'inverse, refuser les fondements objectifs de la morale ferme la réflexion :

  •  si la morale est le résultat d'un consensus social, alors elle est fluctuante et inconnaissable
  •  c'est un domaine d'experts qui passe par des définitions juridique extérieures à ma conscience 
  •  dans ce cas, est-ce que je suis plus libre, ou au contraire à la merci d'experts et de groupes de pression ? 

C'est ce foisonnement de questions que je veux partager, sans prétentions, avec conviction, et avec la certitude que je vais pouvoir m'enrichir de vos commentaires (et aussi que je vais m'en prendre plein la tête).

 

Morale des fins objectives

Sans m'intéresser pour l'instant au contenu de la morale, je cherche à en délimiter les contours. Je ne veux plus être à la merci des sondages d'opinion et des théories farfelues qui heurtent le bon sens. 
Il me faut quelque chose de solide. Par où commencer ? Peut-être par la fin. 
Lorsque j'entreprends une action, l'action en elle-même porte un objectif, une finalité.
Prendre la parole ? La finalité est d'exprimer quelque chose qui se trouve dans mon esprit, et que mon interlocuteur ne peut pas connaitre autrement.
Manger ? La finalité est de combler les besoins de mon corps en nutriments, pour se développer ou combler ce qu'il a utilisé.
Et cette finalité peut être distincte de mon intention.

Question  : connaissez-vous une action dont la finalité objective est le plaisir ?
On a tendance à répondre OUI. Je mange une glace pour me faire plaisir.
Mais si on y réfléchit, le plaisir est toujours un effet d'une action, pas sa finalité objective.

 

La morale molle

La morale de la finalité objective est donc une piste pour fonder une morale : examiner si l'action que j'entreprends est en accord avec sa fin objective.
C'est très exigeant, mais au moins c'est une piste. C'est le principe défendu par la sagesse occidentale, ou encore le simple bon sens.
Avant d'approfondir ce principe, d'observer ce qu'il implique, comparons-le à la morale relativiste, que j'appelle morale molle..
La morale molle c'est celle qui se limite à "ne pas faire aux autres ce qu'on ne veut pas qu'on nous fasse".
C'est peut-être le seul principe qu'on peut défendre si on veut éviter la morale de la fin objective. Dans la morale molle, l'individu n'est déterminé par rien et il n'existe aucun contre-pouvoir pour entraver ses désirs, même les plus destructeurs.
Par exemple celui qui désire ne rien faire, ou qui désire se détruire, ne peut qu'être conforté dans son choix. A l'inverse, celui qui considère que le sommeil a pour finalité de reposer son corps avant l'activité ne peut pas passer ses journées au lit.
Et lorsqu'on cherche à élever un enfant, la morale molle n'est d'aucun secours, c'est même un obstacle qui va le tirer vers le bas.

 Comment s'en sortir ?

Dans le prochain épisode nous poursuivrons la comparaison ...



14 réactions


  • Docteur Faustroll Docteur Faustroll 12 octobre 13:50

    lisez Kant


  • Laconique Laconique 12 octobre 13:53

    Tout cela est très sympathique, mais c’est malgré tout un peu léger… Des gens ont réfléchi sur la morale, Rousseau, Kant, le pape Jean-Paul II. Ce n’est pas un sujet neuf. Le problème des gens qui pensent à partir de leur expérience, c’est qu’ils négligent un peu les références incontournables. Le monde n’a pas commencé avec vous...


    • eddofr eddofr 12 octobre 15:21

      @Laconique

      Si l’on cherche vraiment la moralité, on ne peut se contenter d’une morale prête à l’emploi, eut-elle été édictée par le plus grand philosophe ou par Dieu lui-même.

      Les philosophes c’est bien, si on a l’éducation et le loisir pour les étudier, mais cela ne remplace pas la réflexion et la remise en question. Cela facilite un peu le travail, si on est capable de les remettre, eux aussi, en question.

      Un philosophe raisonne dans l’absolu, dans le domaine du concept abstrait, alors que ma morale doit s’appliquer au jour le jour, dans un contexte rarement favorable et sans le loisir de cogiter quelques mois avant d’agir.

      Souvent, quelques règles simples, appliquées sans faiblesse, font de vous un meilleur homme que tous les grands discours philosophiques.

      Ace titre, j’aime bien le personnage de Druss de David GEMMEL (pas spécialement réputé pour la portée philosophique de ses écrits).
      Voilà un personnage au code extrêmement succinct (pour tout dire, il tient en quatre lignes), construit en résistance à des pulsions démoniaques, et qui s’y tient jusqu’à la mort et au delà.

      « Ne viole jamais une femme, ne fais pas de mal aux enfants.Ne mens pas, ne triche pas, ne vole pas. Laisse cela aux gens médiocres.Protège les faibles contre les forces du mal.Et ne laisse jamais l’idée de profit te guider sur la voie du mal. » C’est un code qui conviendrait à n’importe quel combattant.

    • Laconique Laconique 12 octobre 15:41

      @eddofr

      Personne ne pense à Kant en agissant, et c’est très bien ainsi. Mais quand on écrit un article sur le « sens moral » et qu’on s’interroge explicitement sur « les fondements objectifs de la morale », on n’est clairement plus dans l’action mais dans la spéculation, et la moindre des choses c’est de citer des références, par exemple un auteur classique qui a écrit un ouvrage intitulé Les Fondements de la morale. Sinon on réinvente l’eau tiède...


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 12 octobre 15:45

      @Laconique
      C’est passionnant comme un moteur Vincent ...


  • Daniel PIGNARD Daniel PIGNARD 12 octobre 15:22

    Parler de morale sans parler de valeurs chrétiennes qui ont éduqué l’Occident, c’est passer à côté de la solution qui nous crève les yeux.


    • Docteur Faustroll Docteur Faustroll 12 octobre 16:09

      @Daniel PIGNARD

      Est moral ce qui est vrai, immorale ce qui est faux et amoral ce qui ne concerne pas la vie en société.

      Les dix commandements ne constituent pas une morale, mais un code civil, comme le Coran.

      « Ce qui me bouleverse, ce n’est pas que tu m’aies menti c’est que désormais je ne pourrai plus te croire." - Nietzsche



  •  C BARRATIER C BARRATIER 12 octobre 18:32

    Les leçons de morale ne sauraient transmettre une morale acquise par d’autres, elles ont comme seule utilité de faire réfléchir, et lorsqu’en classe le maître écrit au tableau un petit texte de « morale », il organise aussitôt une discussion sur le sujet. Chacun construit sa propre morale à l’occasion de ces échanges, de ses lectures (je pense par exemple aux fables de La Fontaine, et par l’expérience que lui apporte la vie.

    Il n’y a pas de morale universelle. Dans un pays comme la France, la laïcité qui n’est pas une morale mais la liberté de s"en construire une, l’Ecole ne saurait en imposer une.

    Le bon sens ouvre souvent la voie. Plus tard ce sera le civisme acquis au contact des autres.

    L’humanité a produit des aspirations communes comme la déclaration des droits de l’homme et du citoye,, ou à la même époque la declaration des devoirs de l’homme et du citoyen, moins connue. La voila e table des news :

    Devoirs de l’Homme et du citoyen

    http://chessy2008.free.fr/news/news.php?id=210


    • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 12 octobre 18:39

      @C BARRATIER
       
       ’’Les leçons de morale ne sauraient transmettre une morale acquise par d’autres, elles ont comme seule utilité de faire réfléchir’’
       
      Ne dites pas de la morale ce qu’il convient de dire de la philosophie exclusivement, svp.
       
      La morale au contraire de la philosophie, est une affaire collective et de de consensus.


  • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 12 octobre 20:19

    La décence commune...


  • hamia 12 octobre 21:59

    La base de la morale ce sont les Révélations divines et particulièrement l’ultime Rappel divin : le Coran ; tout y est mentionné , critère absolu du bien et du mal . « Les gens ont oublié Dieu : tout vient de là  » disait Solvejetsine .


    • eddofr eddofr 13 octobre 09:58

      @hamia

      Que vient faire le communiste athée Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne dans cette déclaration de foi ?


  • PascalDemoriane 13 octobre 12:11

    @laconique
    Votre remarque est bien sûr fondée, les grandes références antérieures en ces matières philosophiques sont incontournables.
    Fondée oui mais dangereuse !

    Je préfère un camarade du commun comme @Ronce, ici, qui prend en public des risques de redites malhabiles mais qui cherche en ouverture, plutôt qu’un doctorant masqué vaxxiné péroquet qui ne serait qu’un référenceur de sources académiques professionnel comme un acheteur de centrale d’achat d’hypermarché références ses produits et organise ses facings et ses linéaires.

    A l’heure actuelle du totalitarisme de la marchandise, se renforce une approche universitaire concurrentielle, mercatique et capitalistique du savoir, de la connaissance où l’initiative du questionnement légitime devient l’objet d’un quasi marché disputé, de monopoles usurpés.
    Ce qui bien sûr nous ramène à la morale, morale du rapport à la connaissance
    via la différence radicale entre
    - le dialogue, morale de la réciprocité discursive sincère (Socrate !), en neutralité axiologique, métaphore de l’amour psysique,
    - et le débat, immoralité du sophisme autiste, du mensonge par omission qui n’est rien d’autre que métaphore libérale du marché, de l’argent, elle-même métaphore de la guerre !
    Donc ne faisons pas du savoir, de l’érudition, un capital-dette ni un arsenal de combat ou de fiscalité cognitive sur le mode « tous ce que vous ignorez sera retenu contre vous ! ».


    • Laconique Laconique 13 octobre 15:19

      @PascalDemoriane

      Votre remarque me semble complètement anachronique. À l’heure actuelle personne ne se réclame d’un quelconque philosophe, personne. C’est le règne de la spontanéité subjective érigée au rang de vertu suprême, il suffit de lire l’article et les réactions sur le fil.


Réagir