Kagamé, le Négationnisme, Jean Flamme : de l’Alpha à l’Oméga ?
Si on cherche sur Wikipédia des informations sur le « Forum AgoraVox » on trouve sous l’URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/AgoraVox que :
AgoraVox est un site web de journalisme citoyen .... cette « Fondation »[1], dont le siège se situe en Belgique ...... est reconnue d'utilité publique par le Ministre de la Justice belge.
Or, une péripétie récente de l’actualité belge inquiète. Le Premier Ministre de ce pays devant la menace du dépôt d’une motion de méfiance[2] proférée par un des partis de sa propre majorité, a présenté, la démission de son gouvernement, le 18/12/2018. Le Gouvernement belge est donc « d’affaires courantes »[3], depuis cette date et ce jusqu’aux élections du 26/05/2019 et la formation d’un nouveau gouvernement. Or ce 25/04/2019, juste avant leur dissolution, lors de la dernière séance des assemblées législatives, un dernier « paquet » d’une cinquantaine d’articles de loi les plus divers a été voté, pêle-mêle, dans la « précipitation » et la « discrétion ». Parmi ces articles il y en aurait un qui, selon l’avocat Belge Jean Flamme[4], aurait l’effet de rendre possible la criminalisation de toutes critiques positives ou analyses objectives de la jurisprudence des tribunaux jugeant de crimes de Génocide[5] (CPI, TPIR ; TPIY, et autres tribunaux ad-hoc). Pour cet avocat, il pourrait s’agir, à la limite, d’une atteinte inadmissible à la liberté d’expression. De plus il présente ce « vote » comme un « cadeau » du Gouvernement belge à Kagamé à l’occasion du 25ième anniversaire du Génocide des Tutsis du Rwanda[6]. Il faut également signalé que depuis juillet 2017 un certain nombre de membres de la « société civile » belge, d’origine rwandaise, avaient proposé qu’un débat sur ce projet d’« article modificatif » soit tenu au parlement (comme le prévoirait la législation). Cela s’est révélé impossible étant donné que le caractère contradictoire de cet échange ne pouvait être assuré ; les représentants de l’Ambassade du Rwanda en Belgique et certaines autres parties concernées auraient refusé d’y participer. On pourrait donc être en droit de se demander si la Fondation « belge » AgoraVox, du fait du « droit belge » dorénavant lui applicable, ne risquerait pas d’être mise en examen, devant la justice belge, pour révisionnisme. Certains articles sur le site d’AgoraVox, dont les miens, reprennent, en effet, de virulentes critiques du Président Kagamé en le désignant comme celui qui, par l’attentat du 6 avril 1994, a déclenché le Génocide. De plus, les morts des présidents Melchior Ndadayé et Cyprien Ntaryamira du Burundi, Juvénal Habyarimana du Rwanda et Laurent-Désiré Kabila de la République Démocratique du Congo, lui sont également attribuées régulièrement par d’autres rédacteurs s’exprimant sur ce forum. Or, au Rwanda, de telles allégations sont considérées comme négationnistes, révisionnistes et divisionnistes ce qui vaut de sévères peines d’emprisonnement, si pas de mort, à tous ceux qui osent, ne fût-ce, que les évoquer comme assertions ..... Donc, ne devrait-on pas s’attendre à ce que des moyens financiers, médiatiques et juridiques conséquents soient mobilisés, en Belgique, pour que soit lancée une armada de lobbyistes, zélateurs et autres « intégristes » ... prête à faire taire les « autres », leur « faire abjurer leur erreurs passées » ou ...... leur faire subir le sort des Seth Shedasonga, Emmanuel Gapyisi, Patrick Karegeya, Théoneste Lizinde, Félicien Gatabazi, Laurent Nuhaba, etc., etc. Il faut dire qu’en Belgique on devrait encore avoir en mémoire le sinistre Duc d’Albe et les affres de l’Inquisition (1568 à Bruxelles le Duc d’Albe a fait décapiter les Comtes d’Egmont et de Horne). Alors, amnésie opportune ?
Le 20 novembre 1945 le Procureur du Tribunal de Nuremberg disait : « Nous pensons que le Tribunal fournira un jugement fiable et impartial vers lequel les futurs historiens pourront se tourner ». Mais, malgré le fait que les auteurs du massacre de Katyn (l’armée soviétique) étaient connus, il n’en pas été fait mention lors du procès de Nuremberg. Au sujet de ce procès il faut voir et revoir le film très intéressant de Frédéric Rossif « De Nuremberg à Nuremberg ». Il faut également savoir que ce film n’est sorti officiellement que deux ans après avoir été proposé à la chaîne Antenne 2 qui en avait bloqué la diffusion. Censure ?
En France on décompte 5 lois dites mémorielles dont les plus connues sont celles dites Gayssot, Taubira et Alliot-Marie. Mais la France n’est-elle le pays du Siècle des Lumières et celui de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ? La libre pensée est constitutionnellement garantie. Cette liberté de penser n’a de sens que si elle est liée à la liberté d’expression de l’opinion qu’elle représente. Beaucoup d’observateurs (docteurs en droit, philosophes, écrivains, penseurs et autres sages) réfléchissent aux problèmes que peut poser l’application de ces lois mémorielles dont nul n’est censé en ignorer les arcanes et nuances, ni les « gens de riens », ni les « édentés »,ni les Ch’timis ..... Il n’empêche qu’en France Pierre Péan a fait l’objet d’un procès (qu’il a gagné, intenté par SOS Racisme de Dominique Sopo qui a déclaré : « Invoquer le sang des Hutus, c’est souiller le sang des Tutsis » !). N’empêche qu’en France Charles Onana, journaliste d’investigation s’est vu intenter un procès par Kagamé, procédure abandonnée devant l’importance de la publicité qu’auraient reçu les arguments d’Onana. Il n’empêche qu’en France, Bernard Maingain[7], avocat belge a pu faire diffuser une vidéo mensongère sur de prétendus crimes commis au Burundi, et qu’un certain David Gakunzi a pu la commenter très explicitement (à voir sur l’URL suivante à partir de la 17ième minute et 30’’ :
Deux poids deux mesures ?
L’opinion généralement exprimée devant les catastrophes humanitaires que l’Afrique des Grands Lacs connaît maintenant depuis près de 30 ans est qu’il ne peut y avoir d’apaisement, de réconciliation, de paix véritable et durable si la vérité n’est pas dite. Cette affirmation n’est pas en opposition avec la lutte contre l’impunité. Mais il ne peut y avoir de justice tant que la vérité, toute la vérité et rien que la vérité n’est pas dite. « Le droit de chercher la vérité et de la faire connaître fait partie des droits fondamentaux du citoyen dans une démocratie. L’analyse des motivations comme celle des conséquences ne doit venir que dans un deuxième temps, après qu’on s’est approché, tant que faire se peut, de la vérité".(Tzvetan Todorov : « Du bon et du mauvais usage de la mémoire »). Depuis 1994, un peu partout dans le monde, cette exigence de vérité à propos du Rwanda, a coûté la liberté et parfois même la vie à des femmes et des hommes politiques, à des journalistes et autres militantes et militants des droits humains.
Les compétences universelles de certaines juridictions nationales (entre autres belge et espagnole) semblent bien être à géométrie variable et avoir déjà été mises à mal dans certains cas impliquant des « personnalités importantes ». Elles ont suscité des réflexions suggérant que l’indépendance de ce pouvoir par rapport aux autres pouvoirs, attributs constitutifs de l’Etat de droit « normal », était susceptible d’être examinée et analysée d’une manière critique par des spécialistes dont les experts en droit international et autres constitutionalistes. (Chomsky, Bricmont, etc.)
Il est évident aussi que les juridictions supranationales semblent bien être l’objet de critiques de plus en plus précises et virulentes et ce de tous les horizons, dans tous les azimuts :
- Faut-il rappeler que le démarrage « technique » de la CPI à Den Haagh, en 2002 n’a été possible que moyennant son financement[8] par la « George Soros Foundation » ? [9]
- Pierre Richard Prosper[10] aurait dit à Florence Hartman[11] : « Il n’est pas possible d’avoir un système international qui est supposé offrir une justice et qui, au final, le fait de manière sélective ou politique. Il faut choisir entre la paix tolérant l'injustice et la guerre ignorant la justice »[12]. Effrayant, quand on sait que c’est lui, Pierre Richard Prosper (citoyen américain d’origine Haïtienne, ancien Procureur en chef dans l’affaire Akayesu (TPIR Arusha), ancien Ambassadeur américain pour les crimes de guerre, membre du Cabinet d’avocats Arent Fox (Boston, New York, Los Angeles, Washington) et avocat de Kagamé) qui a obtenu de Kofi Annan (avec le soutien de Gérald Gahima[13]), la destitution de Carla Del Ponte du TPIR (septembre 2003).
- Je pense qu’il faut écouter ce que dit Leslie Varenne[14] à propos de la CPI. En ayant à l’esprit les « affaires » Bemba, Gbagbo et Ntaganda et celle du retrait du Visa d’entrée aux USA de Fatou Bensouda (Procureur Générale CPI)[15]
- Il faut également se rappeler que des témoins, des enquêteurs, des avocats et des journalistes ont payé de leur vie leur quête de la vérité lors des procès du TPIR (Régine Uwamariya, Pasteur Musabe, Juvénal Uwilingiyimana, Andrew McCarten,[16] etc. ....)
- Des accusations de maltraitance d’inculpés (isolement), de non-respect des procédures (pas de libre choix des avocats), de faux témoignages de l’accusation, de récusations abusives des témoins de la défense, de corruption et autres méfaits sont rapportées par un grand nombre d’acteurs, d’intervenants ou d’observateurs au niveau du TPIR (Christopher Black, Filip Reyntjens, Bernard Lugan, John Philpot, Keith Harmon Snow, Edward Herman, Davis Peterson, Jean Flamme, Judi Revers, Christophe Gargot etc., etc.)
Mais en France le Président Macron[17] qui après avoir reçu en grande pompe Kagamé, en mais 2018 (comme naguère Sarkozy, avec Kadhafi, fit) ; après avoir fait désigner l’américano-rwandaise anglophone Louise Mushikiwabo, comme Secrétaire de la Francophonie ; après avoir « fait faire prononcer un non - lieu » par justice dans l’enquête sur l’attentat contre le président Juvénal Habyarimana ; mais avant d’avoir fait du 7 avril une journée de commémoration du Génocide rwandais ; avant d’avoir envoyé un « représentant de haut niveau » (Hervé Berville - LREM, 29 ans) aux commémorations du Génocide à Kigali ; le Président Macron, donc, a instauré , le 5 avril 2019, une « commission » composée d’un groupe de chercheurs qui « pourra aboutir à un établissement des faits véridiques sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994 ». S’agit-il d’un « deal » entre Macron et Kagamé, un accord « Win Win », un « gentleman's agreement » ? Le travail indépendant de cette commission pourra ainsi « fonder un discours de vérité sur le sujet », déclare Vincent Duclert, le « Directeur » de cette commission. Elle travaillera deux ans et donc ses résultats ne seront pas remis aux calendes grecques. Vincent Duclert, prudent, ajoute cependant « Il faut se garder de penser que l'alpha et l'oméga se trouvent dans cette commission de chercheurs". La vérité, toute la vérité, rien que la vérité ?
(à suivre ?)
[1] La Fondation AgoraVox serait une Association Sans But Lucratif, selon la loi belge dite « 1921 » comparable à la loi française dite « association loi de 1901 »
[2] A propos du Pacte de l’Onu sur les Migrations. Promotrice : « Louise Arbour », représentante spéciale de l'ONU pour les migrations. (Elle a fait du chemin depuis le TPIR !, elle ira encore loin cette petite !)
[3] Un gouvernement d'affaires courantes est, dans le système politique belge, un gouvernement qui exerce le pouvoir, de façon réduite, avec des compétences limitées.
[5] Article modifiant une loi du 30 juillet 1981 réprimant certains actes de racisme et de xénophobie
[6] http://www.therwandan.com/fr/rwanda-1994-la-conspiration-des-puissants-et-deni-de-justiceme-jean-flamme/
[7] Revoir à ce sujet mon papier : « Au Burundi Info ou Intox » du 19 janvier 2016 sur :
https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/au-burundi-info-ou-intox-176544
[8] https://solidariteetprogres.fr/actualites-001/La-verite-sur-la-Cour-Penale-Internationale_05199.html
[11] Porte-parole des TPI pour l’ex - Yougoslavie (93) et pour le Rwanda (94)
[12] http://www.rfi.fr/emission/20151231-rwanda-tpir-crimes-guerre-demeures-impunis-hartmann-bilan-mitige
[13] Gahima est l’ancien Procureur Général du Rwanda, frère de Théogène Rudasingwa. Ex-bras droits de Kagamé, tous deux réfugiés aux USA depuis 2004

