L’affaire Adèle Haenel : mode d’emploi pour fabriquer un coupable automatique
Tout a commencé par une enquête du site d'investigation Mediapart, menée entre avril et octobre 2019. Cette enquête porte sur les accusations de l’actrice Adèle Haenel, qui affirmait avoir été victime à l'âge de 12 ans de « harcèlement sexuel » et « attouchements » sur le « torse » et les « cuisses » de la part du cinéaste Christophe Ruggia. Cette enquête, largement centrée sur les éléments à charge, est publiée début novembre 2019, et reprise par de très nombreux médias français, qui vont en extraire uniquement ces éléments, et en faire une retranscription si déformée qu'ils vont produire une déferlante de fausses informations, toutes défavorables au cinéaste.
C’est ce mécanisme de fabrication médiatique de la culpabilité, amorcé à l’automne 2019, qu'a entrepris de documenter avec précision un essai publié aux éditions L'Harmattan en novembre 2025 : L'affaire Adèle Haenel : Tribunal de l'opinion ou espoir d'un monde nouveau ?
Notamment, de nombreux médias ont créé une fausse information magistrale, qui a eu pour effet de présenter la culpabilité de Christophe Ruggia comme un fait acquis, indiscutable.
Une très lourde fake news
L'essai L'affaire Adèle Haenel montre que les articles de presse et présentations télévisuelles de l'affaire ont présenté l'enquête de Mediapart de telle sorte que les auditeurs ont pu croire, à tort, que les accusations de l'actrice Adèle Haenel étaient corroborées par des dizaines de témoins.
Par exemple, le site de TF1 écrit au sujet d'Adèle Haenel le 4 novembre 2019 (ref) :
« Elle évoque notamment des attouchements sur les "cuisses" et "le torse", des "baisers forcés dans le cou", "un harcèlement sexuel permanent" de la part d’un réalisateur qui était âgé de 36 ans, et dont elle était sous l’emprise. Au cours d’une enquête qui a duré sept mois, Médiapart a rencontré une trentaine de témoins qui confortent la version de la comédienne qui ne souhaite pas porter l’affaire devant la justice qui, selon elle, "condamne si peu les agresseurs" et "un viol sur cent". »
Ainsi, TF1 laisse entendre que les accusations de harcèlement sexuel et d'attouchements auraient été validées par une trentaine de témoins.
Or, cela est totalement faux.
En effet, l'enquête de Mediapart ne dit absolument pas cela.
Aucun témoin cité dans cette enquête ne dit qu'il aurait vu des gestes à connotation sexuelle ou un harcèlement sexuel de la part de Christophe Ruggia envers Adèle Haenel (pour le vérifier, relire ici et ici l'enquête de Mediapart).
Lorsque la jeune actrice se rendait chez Christophe Ruggia chaque samedi entre ses 12 et 15 ans, elle venait rapporter des dvd empruntés de la riche dvdthèque du cinéaste et discutait avec ce dernier des films vus, du cinéma en général, des arts, des livres, ou tout type de sujet. C'est dans ces moments où elle était seule avec lui que le cinéaste se serait livré à un « harcèlement sexuel » et des « attouchements ». Étant donné qu'ils étaient seuls, il n'y a eu évidemment aucun témoin de ce qu'elle affirme.
Et, en dehors de l'appartement de Christophe Ruggia, personne n'a jamais vu aucun « harcèlement sexuel » ou « attouchements ». Personne n'a jamais surpris Ruggia et Haenel dans un moment compromettant pour le cinéaste.
Ce que l'enquête de Mediapart démontre est simplement la forte proximité affective entre Ruggia et Haenel.
Lorsque Christophe Ruggia tourne le film Les Diables en 2001, il se comporte en père affectueux avec les deux jeunes acteurs stars de son film, Adèle Haenel et Vincent Rottiers. Vincent Rottiers témoigne du comportement d'Adèle Haenel vis-à-vis de Christophe Ruggia de la façon suivante : « Adèle n’arrêtait pas de le coller, comme une première de la classe avec son prof » (Mediapart).
Vincent Rottiers avoue même qu'il était un peu « jaloux » d'Adèle Haenel, car elle recevait encore plus d'attention de la part de Christophe Ruggia : « Christophe prenait plus de temps avec elle », dit-il, en raison du rôle difficile de la jeune actrice, qui devait jouer une autiste.
L'essentiel de ce qu'ont trouvé quelques témoins à redire au comportement de Christophe Ruggia en 2019 serait qu'il aurait eu une « emprise » sur Adèle Haenel et Vincent Rottiers. Mais, comme le fait remarquer très justement l'essai, il est fort heureux que le cinéaste, qui s'occupait de diriger les acteurs, ait eu une forme d'« emprise » sur les gamins : c'est la moindre des choses pour un directeur d'acteurs — qui doit absolument respecter les délais de tournage pour ne pas empiéter sur le budget qui lui est alloué — d'être en capacité d'obtenir le jeu qu'il attend de ses comédiens.
Tous les cinéphiles connaissent des histoires, depuis des décennies, qui révèlent la difficulté que peut représenter une direction d'acteur avec des stars sensibles, ou même capricieuses. Et un cinéaste qui dirige lui-même le jeu de ses acteurs se doit d'avoir une certaine « emprise » sur la situation, afin que les acteurs jouent ce qui est attendu d'eux.
Par ailleurs, l'essai L'affaire Adèle Haenel démonte point par point l'enquête de Mediapart, de telle sorte que la seule chose qui puisse en être retenu, au final, est qu'aucun membre de l'équipe de tournage en 2001 n'a vu le moindre « geste à connotation sexuelle » (Mediapart). D'ailleurs, cette période du tournage en 2001 a été exclue des poursuites judiciaires (Le Monde). Et l'actrice Adèle Haenel elle-même indique bien que la relation avec le cinéaste aurait « glissé vers autre chose » seulement après le tournage.
Répétons-le car cela est vraiment important : la période du tournage du film Les Diables, seule période au cours de laquelle les personnes interrogées par Mediapart pouvaient être témoins de la proximité entre Christophe Ruggia et Adèle Haenel, a été exclue des poursuites judiciaires.
Cela indique bien qu'absolument aucun témoin n'a vu un présumé « harcèlement sexuel » et des « attouchements » de la part du cinéaste.
Une désinformation massive, aux conséquences majeures
L'essai L'affaire Adèle Haenel cite une vingtaine de médias, qui tous ont présenté l'enquête de Mediapart en affirmant que les accusations d'Adèle Haenel étaient corroborées par les témoins.
Nous n'en citerons ici que deux.
Le magazine L'Express affirme le 4 novembre 2019 au sujet de Christophe Ruggia :
« L'intéressé, qui était âgé de 36 à 39 ans à l'époque, a réfuté "catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d'attouchement sur cette jeune fille alors mineure". Une trentaine de témoignages viennent pourtant corroborer la version de l’actrice doublement césarisée. »
On retrouve exactement le même type de formulation notamment pour le magazine Première, qui écrit :
« Selon les avocats de Christophe Ruggia, le cinéaste "réfute catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d’attouchement sur cette jeune fille alors mineure." Néanmoins, Mediapart a collecté une trentaine de témoignages de différentes personnes, corroborant les dires d’Adèle Haenel. »
Là encore, inlassablement se retrouve le même problème : le lecteur du magazine peut croire avec ce type de formulation qu'il existe une trentaine de personnes qui peuvent témoigner que Christophe Ruggia aurait harcelé sexuellement et attouché la jeune actrice.
La fake news est énorme, puisqu'il n'existe en réalité aucun témoin.
Et elle ancre profondément l'idée que Ruggia est coupable, nécessairement coupable : si trente témoins peuvent corroborer les accusations de harcèlement sexuel et attouchements, alors sa culpabilité devient évidente.
Si l'on se remémore que les médias traditionnels se positionnent en permanence comme des remparts prétendument fiables face aux « fake news » des réseaux sociaux, on atteint ainsi un comble de tartufferie et une irresponsabilité totale. Il serait presque tentant d'espérer que Christophe Ruggia soit réellement coupable, car, sinon, le préjudice à son encontre est phénoménal.
Le journal « de référence » Le Monde également en faute
L'essai L'affaire Adèle Haenel a omis de passer au crible la couverture de l'affaire par le journal Le Monde, souvent considéré comme un journal de référence.
Nous allons maintenant voir, en exclusivité sur Agoravox, que le soit-disant journal de référence a fait comme tous les autres médias, c'est à dire tromper ses auditeurs.
Voilà ce qu'écrit le journal le 4 novembre 2019 :
L’article, fruit d’une enquête de sept mois, nourri par une trentaine de sources – toutes témoignant à visage découvert, ce qui est extrêmement rare dans ce type d’affaires –, décrit la domination progressive qu’aurait installée le réalisateur sur l’adolescente. De « l’emprise » importante du cinéaste lors du tournage du film Les Diables au « harcèlement sexuel permanent » et aux « attouchements » répétés, selon les mots de l’actrice. Ces faits auraient eu lieu dans l’appartement du réalisateur et lors de plusieurs festivals internationaux.
Le Monde parle d'une « domination progressive » — décrite par l'enquête de Mediapart, elle-même nourrie « par une trentaine de sources » — qui commencerait par une « emprise » pendant le tournage des Diables et se prolongerait en un « harcèlement sexuel » et des « attouchements ».
Nous retrouvons un problème classique : le journal omet de dire qu'aucune de cette trentaine de sources ne témoigne ni d'un « harcèlement sexuel » ni d'« attouchements ».
Personne n'a vu quoique ce soit de l'ordre du sexuel.
Le journal ne dit pas non plus que sur ces trente sources, seulement cinq peuvent être considérées comme critiques de Christophe Ruggia. Il s'agit de cinq membres du tournage Les Diables :
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Un membre de la régie évoque des relations « pas à la bonne place », « trop affectives », « exclusives », « au-delà du purement professionnel ».
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Un photographe estime que Christophe Ruggia prenait « un peu possession des gens » et qu'il « manipulait les enfants ».
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La coach Hélène Seretti affirme que Ruggia « collait trop » Adèle Haenel : « Il était tactile, mettait ses bras sur ses épaules, lui faisait parfois des bisous. [...] Petit à petit, je me suis dit que ce n’était pas une relation qu’un adulte devrait avoir avec un enfant, je ne le sentais pas clair, ça me gênait. »
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La scripte Edmée Doroszlai soutient avoir fait part d’un ressenti similaire à l’un de ses collègues : « Je lui ai dit : “Regarde, on dirait un couple, ce n’est pas normal.” »
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Laëtitia, la régisseuse générale du film, déclare : « Les rapports qu’entretenait Christophe avec Adèle n’étaient pas normaux. On avait l’impression que c’était sa fiancée. On n’avait quasiment pas le droit de l’approcher ou de parler avec elle, parce qu’il voulait qu’elle reste dans son rôle en permanence. »
Voilà comment le journal Le Monde retranscrit ces témoignages :
Les témoignages recueillis par Mediapart dépeignent une ambiance étrange, alourdie par le comportement de Christophe Ruggia à l’égard de son actrice pré-adolescente. De nombreux techniciens et acteurs présents sur le plateau se souviennent de leur « malaise » face à cette relation qui ne leur semblait « pas normale » entre une enfant et un adulte qui la colle, qui la regarde d’une certaine manière, qui semble l’isoler des autres.
Ainsi, le journal n'indique pas que l'enquête ne rapporte que cinq témoignages négatifs, alors que l'équipe de tournage est composée d'une cinquantaine de personnes.
En outre, le journal prend pour argent comptant tout ce que disent les cinq témoins, alors qu'une enquête du journal Marianne — qui sera publiée en décembre 2019 et ne sera que très peu reprise par les autres médias — montre que plusieurs témoins à charge avaient des comptes à régler avec Christophe Ruggia. Par exemple, Laëtitia, régisseuse générale, n'a réussi à tenir que le tiers du film le rythme de travail voulu par Ruggia : elle a ensuite quitté le plateau prématurément, en burn-out.
Le journal ne s'est pas interrogé non plus sur la façon d'enquêter de Mediapart. L'essai L'affaire Adèle Haenel montre que la journaliste de Mediapart a enquêté de la pire des façons, notamment en suggérant aux témoins que Christophe Ruggia avait commis des violences sexuelles.
De plus, Le Monde ne rapporte pas le témoignage de Vincent Rottiers, qui indique que lui-même aurait bien aimé recevoir autant d'attention de Christophe Ruggia que celle reçue par Adèle Haenel, et qu'Adèle Haenel elle-même « collait » Christophe Ruggia.
Le Monde fait donc une lecture partielle de l'enquête de Mediapart, comme la plupart des médias d'ailleurs : aucun n'a rapporté les témoignages à décharge présents dans l'enquête.
Ainsi, Tina Baz, membre de l’équipe des Diables et amie du réalisateur, décrit durant l'enquête le réalisateur comme « respectueux », « d’une affection formidable », « avec un investissement absolu dans son travail », et entretenant avec Adèle Haenel une « relation paternelle sans ambiguïté ». Le producteur du film, Bertrand Faivre, affirme lui n’avoir « rien remarqué » qui le « choque », malgré sa présence régulière sur le tournage. Bertrand Faivre signale que Christophe Ruggia était « très proche d’Adèle et Vincent », mais ajoute : « Il y avait zéro ambiguïté ». (Mediapart)
Et puis il y a une majorité de témoins qui eux n'ont rien remarqué qui vaille la peine d'être rapporté : R.A.S.
Pourtant, tous les membres de l'équipe de tournage pouvaient voir que Christophe Ruggia entretenait une relation proche avec Adèle Haenel et Vincent Rottiers. Et le simple fait qu'ils n'y aient rien vu à redire devrait être signalé.
Mais tout cela n'intéresse visiblement aucun journaliste, que ce soit du Monde ou d'autres médias : visiblement, fournir un tableau complet qui permette d'éclairer leurs auditeurs ne fait pas partie de leur pratique professionnelle.
Par contre, faire un tableau qui ne reprend que les éléments à charge de l'enquête, voilà leur façon de concevoir le métier.
Les incohérences des récits d'Adèle Haenel jamais signalées
Evidemment, comme il fallait s'y attendre dans un contexte #MeToo, où la parole peut devenir sacrée, intouchable, la cohérence du témoignage de l'actrice n'a jamais été analysée par les médias.
Par exemple, le journal Le Monde relève qu'Adèle Haenel a décidé d'accuser publiquement Christophe Ruggia après avoir vu un documentaire concernant Michael Jackson : dans ce documentaire, deux adultes racontent ce qu'ils ont vécu avec la star lorsqu'ils étaient enfants, notamment les relations sexuelles avec lui. Adèle Haenel raconte avoir été frappée par ces témoignages. Et elle déclare ensuite au sujet de Christophe Ruggia, comme le rapporte Le Monde :
« J’avais adhéré à sa fable du “nous, ce n’est pas pareil, les autres ne pourraient pas comprendre” »
Ce que n'indique pas Le Monde est que Michael Jackson disait la même chose aux enfants avec lesquels il avait des relations sexuelles, mais que le contexte était totalement différent : les enfants étaient fous de la star, l'un deux déclarant notamment avoir été « amoureux » de Michael Jackson. D'ailleurs, les deux enfants n'avaient qu'un seul rêve : pouvoir rester pour toujours avec Michael Jackson. Que Michael Jackson leur dise que leur relation avec lui était quelque chose de magique, de spécial, que les autres ne pouvaient comprendre, faisait sens pour ces enfants.
Pour Adèle Haenel, « adhérer » a une telle idée n'avait aucun sens puisqu'elle affirme qu'elle n'aimait pas Ruggia et ne voulait pas se rendre chez lui : « Je n’avais pas envie d’y aller, je me sentais vraiment mal (source) […] Quand j’allais chez lui, je me sentais si sale que j’avais envie de mourir. Je le trouvais dégueulasse. Mais je me sentais redevable, car il faisait tellement pour moi. » (source). De plus, elle affirme que pendant qu'elle était chez lui, elle a résisté en permanence à son « harcèlement sexuel » et à ses gestes, se recroquevillant sur elle-même, ne consentant à rien, se déplaçant dans l'appartement pour fuir le cinéaste. Bref, elle décrit un enfer, où elle était en rébellion marquée face à Ruggia. Et il faudrait pourtant croire qu'elle a pu dans le même temps « adhérer » à une « fable » ?
Peut-être existe-t-il une explication à cette incohérence apparente, mais le fait est que le journal Le Monde, là encore, ne rapporte rien qui puisse au moins indiquer à ses lecteurs que le récit d'Adèle Haenel comporte un point à éclaircir (parmi d'autres, voir par exemple mon article précédent).
Conclusion
Pour résumer, Adèle Haenel est, pour les médias, une « petite héroïne #MeToo », et Christophe Ruggia doit endosser le rôle obligatoire du « dégueulasse ».
Tout cela se fait au prix d'une accumulation médiatique d'informations trompeuses, imprécises ou fausses.
Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous : sur Agoravox, nous avons l'habitude de constater l'incurie médiatique.
Mais là, l'incompétence journalistique a une victime instantanée : Christophe Ruggia, dont la culpabilité aura été quasi systématiquement présentée comme évidente, actée, automatique.
Et une quasi unanimité dans le traitement journalistique peut avoir des conséquences judiciaires importantes. En effet, les magistrats peuvent hésiter à aller contre l'opinion publique, et condamner alors par commodité, n'ayant que des critiques à recevoir au cas où ils acquitteraient.
Ainsi, les médias, qui forment véritablement un « tribunal médiatique », ont non seulement condamné Christophe Ruggia à une déchéance immédiate (il a tout perdu, tous ces contrats ont été annulés dès novembre 2019, et il s'est retrouvé au RSA), mais ils jouent un rôle d'influenceur dans le processus judiciaire.
Bref, en décrivant la culpabilité de Ruggia comme évidente, les médias ont créé un contexte propice à sa condamnation judiciaire.
Le procès en appel, qui a lieu en ce moment, pourrait être l'occasion d'un coup de tonnerre : si les magistrats relaxent Ruggia, ils iront contre le tribunal médiatique et répareront ainsi une faillite professionnelle collective du journalisme français.
Une enquête à thèse a été relayée en dépit du bon sens, présentant comme établies des accusations dépourvues de témoins directs, et taisant systématiquement les éléments à décharge. Les médias ont ainsi créé une vérité virtuelle et substitué au travail d’information un tribunal de l’opinion. Quelle que soit l’issue du procès en appel, cette mécanique pose une question essentielle : une presse qui renonce à ses exigences méthodologiques fondamentales peut-elle encore prétendre défendre l’État de droit, ou ne contribue-t-elle pas, au contraire, à l’affaiblir ?


