jeudi 27 février - par Hamed

L’invitation du Coronavirus dans la crise économique entre les USA-Chine. Quel destin pour la victime collatérale, le reste du monde ?

 Comment comprendre la maladie du Coronavirus qui s’est déclarée en Chine, au début du mois de décembre 2019, dans la ville de Wuhan, et s’est ensuite propagée à toute la province du Hubei ? Doit-on la comprendre que par ses destructions en morts d’hommes ? En confinement de villes entières ? Ou l’épidémie en Chine qui s’est étendue au monde a un sens ?

 

  1. Bill Gates, une pandémie mondiale du type de la grippe espagnole tuerait plus de 33 millions de personnes en 250 jours  

 

 Aujourd’hui, faut-il craindre que l’épidémie du coronavirus se transforme en pandémie, pouvant provoquer la mort de plusieurs millions d’êtres humains ? Le célèbre milliardaire américain de Bill Gates est persuadé qu’il existe un risque potentiel qu’une pandémie mondiale éclate et fasse plusieurs millions de victimes. Dans une conférence de donateurs de l’organisation Gavi, l’Alliance globale pour les vaccins et l'immunisation, à Berlin, il déclare :

 

« Regardez le tableau de la mort du 20ème siècle », dit Gates, parce qu'il est le genre de personne qui se penche sur les graphiques de la mort. « Je pense que tout le monde se dit qu'il doit y avoir un pic de la Première Guerre mondiale. Effectivement, ce pic est là, c’est 25 millions de morts. Et il doit y avoir un grand pic de la Seconde Guerre mondiale, et ça y est, il est à 65 millions. Mais alors vous verrez cette autre pic qui est aussi grand que la Seconde guerre mondiale juste après la Première Guerre mondiale, et la plupart des gens disait : « Quel était-ce ? Eh bien, c’était la grippe espagnole. » […]

 

Derrière la peur de Gates de la pandémie se cache un modèle algorithmique de la façon dont la maladie se déplace dans le monde moderne. Il a financé ce modèle pour aider le travail de sa fondation à éradiquer la polio. Mais il l'a ensuite utilisé pour étudier comment une maladie qui agissait comme la grippe espagnole de 1918 allait fonctionner dans le monde d'aujourd'hui.

Les résultats ont été choquants. « Dans les 60 jours, c'est essentiellement dans tous les centres urbains du monde entier  », dit-il. « Cela ne s'est pas produit avec la grippe espagnole.  » La raison fondamentale pour laquelle la maladie pourrait se propager si rapidement est que les êtres humains se déplacent maintenant si vite. Les modélisateurs de Gates ont découvert qu'environ 50 fois plus de personnes traversent les frontières aujourd'hui qu'en 1918. Et toute nouvelle maladie franchira ces frontières avec elles - et le fera avant même de savoir nécessairement qu'il existe une nouvelle maladie. Rappelez-vous ce que Ron Klain a dit : « Si vous regardez la grippe H1N1 en 2009, elle s'est propagée dans le monde entier avant même que nous ne sachions qu'elle existait.  »

Le modèle de Gates a montré qu'une maladie semblable à la grippe espagnole déclenchée dans le monde moderne tuerait plus de 33 millions de personnes en 250 jours.

« Nous avons créé, en termes de propagation, l'environnement le plus dangereux que nous ayons jamais eu dans l'histoire de l'humanité », explique Gates. (1)
 

On peut maintenant répondre pourquoi ce qui a prévalu par le passé peut se reproduire. Il y a des données réelles qui l’expliquent. Tout d’abord les deux Guerres mondiales ont été une réalité de la marche de l’histoire. D’autre part, le pressentiment de Bill Gates sur une pandémie à venir est-il une prémonition ? Un avertissement ? S’il s’agit d’une prémonition d’un événement vu à l’avance et qui se réalise, ce sentiment diffus de Gates, et, aujourd’hui, à voir le coronavirus qui prend de l’ampleur, nous pousse à nous interroger sur son sens. A procéder à une analyse poussée sur ce phénomène qui incite un homme à annoncer, sans vraiment être certain de sa réalisation, mais, par intuition ou par angoisse, il avertit de ce qui peut arriver, et tel ou tel événement, il invite le monde à s’y préparer.

 

  1. Si la Chine éternue, le monde a la grippe

 

 Or, qu’en est-il aujourd’hui avec le coronavirus en Chine qui s’étend au reste du monde ? Pour comprendre, il faut saisir le contexte historique mondial qui a prévalu. Il se joue aujourd’hui sur le plan économique. Certes, il y a des guerres surtout dans le monde arabe pour le pétrole que convoitent les puissances. Il y a aussi des mouvements sociopolitiques un peu partout dans le monde. En Algérie avec le Hirak, les Gilets jaunes en France, des mouvements d’extrême droite en Europe, des manifestations pro-démocratie à Hong Kong… 

 

Pour comprendre, remontons à la genèse. Car ce qui se passe aujourd’hui est en rapport avec le tournant qu’a pris le monde après 1945. En effet, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, le dollar US était roi. Il était la seule monnaie convertible en or, au change fixe sur la base de 35 dollars l’once d’or. Et les États-Unis, à l’époque, disposaient du plus grand stock d’or du monde. Mais, avec l’aide du plan Marshall américain, les États-Unis, en pleine guerre froide avec l’Union soviétique, ont privilégié la reconstruction de l’Europe, qui sortait dévastée par la guerre. 
 

La reconstruction de l’Europe opérée, le retour des monnaies européennes à la convertibilité en or en 1958, et progressivement avec ses prises de parts dans le commerce mondial, une crise monétaire a éclaté entre les États-Unis et l’Europe, à la fin des années 1960. Perdant une partie importante de leur stock d’or au bénéfice du reste du monde, les États-Unis mirent fin, le 15 août 1971, à la convertibilité du dollar en or. C’est la fin du change fixe entre les monnaies, et désormais le « change flottant » est imposé par les pays d’Europe pour se protéger des émissions ex nihilo américaines. C’est le marché selon la loi de l’offre et la demande qui déterminera le taux de change des monnaies.
 

Les États-Unis trouvèrent la parade en libellant les ventes de pétrole de l’Arabie saoudite en dollar. En octobre 1973, lors de la guerre du Kippour, le prix du pétrole est quadruplé par les pays arabes, astreignant les pays d’Europe à acheter des dollars pour importer le pétrole arabe. 1973 fera date avec la naissance du « pétrodollar ». Cependant, « une condition oblige les pays arabes à placer leurs excédents pétroliers dans les achats de bons de Trésor américain. » Sans cela le mécanisme du pétrodollar ne fonctionnerait pas. Le retour désordonné des pétrodollars sur les marchés et les excédents arabes placés sans distinction entre les pays occidentaux ne feraient que provoquer une baisse continue de la valeur du dollar sur les marchés. Et aucun gain pour les Américains, et donc un désintérêt américain pour le pétrole arabe.
 

Les pétrodollars mettront fin aux crises monétaires puisque les pays d’Europe, en tant qu’émetteurs de monnaies internationales, pouvaient aussi monétiser leurs déficits commerciaux dus à la hausse du prix du pétrole. Une conséquence de ce processus sortira c’est l’inflation qui devient problématique dans le monde. Fortes émissions monétaires occidentales dues aux excès des déficits américains et hausse des prix dans le monde. Un deuxième choc pétrolier éclate en 1979, pour absorber l’excès de dollars dans le monde. La Banque centrale américaine (Fed) pour lutter contre l’inflation, fait passer le taux d’intérêt directeur court de 10 % à 20 %.

 

Ces deux mesures provoquent un endettement mondial, dès le début des années 1980. Précisément c’est cette période où entrent les assises qui vont constituer le début d’un nouvel ordre mondial. En quelques décennies, l’Occident perdra de plus en plus la prééminence économique, financière et monétaire. Comment le comprendre ?

 

Il faut rappeler que l’Asie est entrée en force dans le commerce mondial dès les années 1950. D’abord ce qui est appelé le « miracle japonais » est suivi du miracle des « dragons asiatiques » dans les années 1970 et 1980. La Chine, suit le mouvement en 1980, et se convertit au « socialisme de marché ». Très rapidement, par son grand marché et son formidable réservoir de main d’œuvre à faible coût, elle devient un eldorado pour les délocalisations d’entreprises occidentales qui n’étaient plus compétitives dans le commerce mondial. Et l’attrait qu’elle a exercé touche indifféremment les pays d’Europe, le Japon, les États-Unis que les nouveaux pays industrialisés (Taïwan, Corée du Sud, Singapour, Viêt Nam, Indonésie…) qui trouvent tous dans l’économie chinoise une opportunité pour leur croissance économique.

 

C’est ainsi que la Chine s’est transformée en « atelier du monde ». En 2010, elle passe au rang de deuxième puissance économique mondiale. Aujourd’hui, elle aspire à détrôner les États-Unis pour devenir la première puissance économique mondiale. Et c’est là où le bât blesse, l’Occident ne l’entend pas de cette oreille, en particulier les États-Unis qui cherchent à demeurer la « première puissance du monde ». Ils ont compris que toutes les guerres menées au Moyen-Orient ne leur ont pas profité, mais plutôt à la Chine. Puisque les réserves de change de la Chine, parties de 171,763 milliards de dollars en 2000, passent à 3900 milliards de dollars en 2014. Soit 22,705 fois en une décennie et demie. Alors que pour une même période entre 1980 et 1994, les réserves de change n’ont été multipliées que par 5,72. Un décalage considérable entre les deux périodes. (Données Banque mondiale)

 

Malgré les attaques spéculatives dont elle a fait l’objet en 2016 qui lui ont fait perdre environ 1000 milliards de dollars de change, soit un quart de ses réserves, celles-ci ont légèrement remonté et se situent aujourd’hui à environ 3100 milliards de dollars. Elles restent une force de frappe susceptible de changer l’ordre économique mondial. Surtout que la Chine est désormais, par ses importations en pétrole, gaz et matières premières, une « locomotive mondiale » pour les pays émergents et en voie de développement. De même pour les pays développés, par les inputs dont dépend l’industrie occidentale. Aussi l’importance de la Chine dans l’économie mondiale n’est plus à démontrer. L’adage « Si la Chine éternue, le monde a la grippe  » a tout son sens aujourd’hui.
 

  1. La crise entre les États-Unis et la Chine de niveau mondial. Le reste du monde, une « victime collatérale »

 

 Forte par sa puissance économique dans le monde, la Chine cherche à avoir le rang qu’elle mérite dans le monde. Évidemment, cela passe par une stratégie mûrement réfléchie. Qu’en est-il de la stratégie de la Chine ? Tout d’abord elle s’attaque au système monétaire international, en utilisant là où c’est possible sa monnaie, le yuan, devenue une monnaie internationale depuis 2016. Le yuan est la cinquième monnaie internationale, avec le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen, dans le panier de monnaies qui détermine le DTS, un actif monétaire du FMI.

 

Aussi, en commerçant avec la Russie, elle utilise le yuan ou le rouble russe, de même avec l’Iran. Elle le fait aussi discrètement avec des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud (Venezuela…) facturant les matières premières en yuan. Ces pays qui importent des marchandises et des services de Chine, dont les prix sont plus compétitifs que les produits occidentaux, ont intérêt à disposer plus de yuans chinois que de dollars, euros… dans leurs réserves de change. Il est clair que le yuan dans ces pays sera prédominant par rapport au dollar, l’euro. Le contournement des monnaies occidentales par la monnaie chinoise affaiblira à terme les pays occidentaux, en particulier les États-Unis et l’Europe des Dix-neuf. Ce sera véritablement une révolution du système monétaire international (SMI).

 

En deuxième plan qui vient renforcer le premier, la Chine, avec sa force de frappe en réserves de change internationales s’érige aujourd’hui déjà en « prêteur international ». Elle vient concurrencer le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM). Une telle situation par le contournement des monnaies occidentales et le nouveau statut de prêteur international permettra à la Chine non seulement d’accélérer l’entrée en force de l’internationalisation du yuan, mais surtout amènera le yuan chinois à « partager » le pouvoir exorbitant du dollar que seuls les États-Unis détiennent dans le monde, par la facturation en dollar des matières premières dans le monde et du pétrole des pays arabes et de l’OPEP.

 

Ainsi, par l’affaiblissement économique, financier et monétaire de l’Occident, le monde vivrait une nouvelle donne, le début de la « yuanisation » d’une grande partie du monde, en premier, le maillon faible de la planète, l’Afrique et certains pays d’Asie et d’Amérique du Sud. Ces pays en question ne pourront faire autrement car dépendant de l’endettement qu’ils auront contracté auprès de la Chine, à des taux négociés en raison de leurs exportations et importations opérées essentiellement avec la Chine.

 

Enfin, en troisième plan qui complète la stratégie chinoise, c’est la « route de la soie » initiée par la Chine. Une des priorités, la route de la soie, par les formidables débouchés qu’ils apporteront, permettra moins de chômage, eu égard au réservoir de main d’œuvre chinois. Son industrie, ses manufactures et services à l’étranger en infrastructures (construction d’autoroute, voies ferroviaires, aéroports, barrages, centrales électriques, etc.) ne pourront, par la demande extérieure, que doper la croissance économique de la Chine. Cette partie du plan parachèvera la stratégie de la Chine à l’échelle planétaire.
 

Ce que l’on constate dans ses trois parties du plan, qu’effectivement tout se tient. Cependant, il faut encore tenir compte de la réponse occidentale qui ne va pas rester sans rien faire. Les États-Unis ont compris qu’ils ont beaucoup aidé la Chine à devenir ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Leur aveuglement dans le « pouvoir exorbitant du dollar », en tant que monnaie de facturation du pétrole, et donc le « pétrodollar » et les guerres qu’ils ont menées dans le monde arabe ont joué contre eux. Certes le pétrodollar a aidé les États-Unis à financer leurs déficits extérieurs avec le reste du monde, il leur a permis aussi à financer les guerres. Mais les masses de dollars émis ex nihilo, i.e. adossées à rien, dans le cadre des guerres au Moyen-Orient et du financement de l’économie américaine depuis les années 2000 jusqu’en 2014, et avec la crise financières de 2008 et la mise en œuvre des politiques d’assouplissement monétaire non conventionnel (QE), auront permis à la Chine d’accumuler 3,9 billions de dollars.
 

Dès lors, ces formidables réserves de change de la Chine, la transformant en prêteur international, et jointes au contournement du dollar US par le yuan, sont devenues un danger pour les États-Unis. La seule riposte est une diminution drastique des émissions monétaires par la Réserve fédérale américaine (Fed) depuis la fin du QE3, au deuxième semestre 2014. Ce qui a influé très négativement sur les prix du pétrole et des matières premières. De ses hauts à plus de 100 dollars, le prix du pétrole est passé à moins de 60 dollars.
 

Il est évident que l’âge d’or du pétrodollar des années 1970, 1980, 1990, 2000 est révolu. Aujourd’hui, avec l’avènement de la Chine, deuxième puissance économique mondiale aspirant à passer en pôle numéro un du monde, le pétrodollar n’est plus un privilège pour les États-Unis, il est devenu une contrainte. Comment le comprendre ?

Puisque ce sont les déficits américains et les émissions monétaires de la Fed pendant pratiquement une décennie et demie pour les financer et qui ont fait monter le prix du pétrole à des sommets – à l’été 2008, en pleine crise financière, le prix du pétrole a battu un record, à 147 dollars le baril –, il est clair que la Chine est intéressée par les pétrodollars et donc par un pétrole cher. Plus le pétrole est cher, de même pour les matières premières, plus les pays exportateurs de matières premières et de pétrole importent des biens et services. Plus le commerce extérieur de la Chine est florissant.
 

Et c’est là où joue la stratégie américaine. Diminuer fortement les émissions monétaires ex nihilo, ce qui a pour effet d’impacter fortement le pétrole à la baisse. Idem pour les matières premières. Dès lors les excédents commerciaux pétroliers se transformeront pour une grande partie des pays exportateurs de pétrole en déficits. Et les déficits ont commencé depuis l’année 2014 avec la fin des Quantitative easing américains. Il est évident qu’avec la fin des excédents commerciaux des pays OPEP dont en grande partie les pays arabes, il y a eu peu de placements en bons de Trésor américains.
 

Mais ce qui importe surtout dans ce processus de baisse du prix de pétrole et malgré les prix bas, c’est que les recettes pétrolières permettent aux pays pétroliers d’importer des biens et services surtout de Chine, moins cher. Ce qui fait que les pétrodollars ne retournent pas aux États-Unis mais vont en Chine, et dopent l’économie chinoise.

Et c’est là le dilemme pour les États-Unis, qui sont pris entre l’enclume et le marteau. Ils ont des déficits, et doivent les financer avec des pétrodollars, mais c’est la Chine qui gagne. Et on comprend la guerre économique que mène Trump contre la Chine. Le président américain fait tout pour renverser la vapeur, mais c’est très difficile. Émettre beaucoup de dollars pour le pétrole, donc des pétrodollars, c’est encore la chine qui voit son commerce dopé par les importations des pays exportateurs de pétrole. Parce que c’est moins cher. Et on comprend pourquoi le pétrodollar n’est plus un privilège et s’avère même un  danger pour l’économie américaine, y compris pour les autres économies occidentales.

Dès lors, le seul moyen pour les États-Unis de riposter c’est de maintenir les cours bas du prix du pétrole. Cela nous rappelle l’URSS avec le contrechoc pétrolier de 1986. Les prix du pétrole étaient bas, donc des revenus pétroliers fortement en baisse pour l’Union soviétique, et un reste du monde avec qui elle commerçait fortement endetté. Conséquence, la boucle est bouclée, « l’URSS a fini par imploser. » Elle a cessé d’exister en décembre 1991.
 

Sauf que cette stratégie américaine de maintenir un prix bas fluctuant en moyenne entre 50 et 60 dollars ces cinq années et demi et dans les années à venir amènera en particulier les pays en voie de développement d’enregistrer des déficits commerciaux sans espoir de reprise. Et c’est l’endettement avec toutes les conséquences politiques, économiques et sociales sur ces pays fragiles. Ce faisant, par la baisse des importations en provenance de Chine, la stratégie américaine qui vise à ralentir l’économie chinoise et donc à freiner les ambitions de la Chine sur le plan mondial, affectera surtout le reste du monde en le paupérisant. Et non la Chine.
 

Bien plus, une paupérisation croissante du reste du monde, en particulier les pays d’Afrique d’Asie et d’Amérique du Sud en voie de développement feront d’eux des « victimes collatérales ». Cette paupérisation des pays moins développés industriellement permettra au contraire à la Chine, en tant que prêteur international, de pénétrer aisément leurs économies, puisque ces pays endettés, commerçant surtout avec la Chine, en seront dépendants d’elle. Leur souveraineté nationale en prendra un coup par l’endettement. La Chine, comme dans les programmes d’ajustement structurels du FMI, aura un droit de regard sur leurs économies. Les pays en voie de développement auront alors deux FMI, un international un autre chinois, deux puissances qui se partageront le droit de seigneuriage sur eux. Sans oublier le retour de manivelle du monde endetté qui affectera drastiquement l’emploi dans les années à venir, en Occident et en Chine, et donc une hausse du chômage. Telle est à peu près la situation qui aura à survenir et a déjà commencé pour certains pays.
 

  1. En l’absence de guerres entre les grandes puissances, faut-il s’attendre à d’autres fléaux naturels. Le coronavirus, un avertisseur ?

 

 Comme expliquer l’épidémie du coronavirus survenue en Chine, en décembre 2019, en pleine crise sino-américaine ? Peut-on dire qu’elle relève du hasard, qu’elle est inexplicable sinon qu’elle est causée par un possible animal, une chauve-souris ou autre.

 

Mais l’histoire témoigne qu’une épidémie éclate et prend parfois des dimensions mondiales, se transformant en pandémie, puis après un temps plus ou moins long, disparaît. Par exemple, l’Europe a été touchée par la plus grave pandémie de son histoire, au XIVe siècle. La « Peste noire » appelée aussi la « Mort noire », a sévi entre 1347 et 1352. Des contrées asiatiques passant par le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, elle est apparue en Europe. Mais c’est en Europe que la pandémie a fait le plus grand nombre de victimes. Elle a décimé, selon les données occidentales, entre 25 à 50% de la population européenne, soit 25 millions à 50 millions de morts.

 

La médecine, à l’époque, était impuissante devant cette maladie. Après avoir emporté des millions d’êtres humains, la peste disparut. « Étrange destin de l’humanité face aux fléaux dont le seul recours devient le travail de l’esprit », comme aujourd’hui, en espérant que la maladie disparaisse ou que les biologistes trouvent les remèdes pour affronter ces phénomènes épidémiques pouvant se transformer en fléau mondial.

 

Une question se pose. Pourquoi la Peste noire a fait irruption à cette époque, et ce désastre démographique qu’elle a provoqué en Europe ? Et surtout pourquoi pas les autres époques ? Aussi regardons le contexte historique ? La peste noire est apparue après deux siècles de croisades européennes contre le monde musulman. Le désastre démographique en Europe a été provoqué par la pandémie de la peste médiévale. On peut dire que si cette pandémie n’était pas apparue, l’Europe aurait continué ses croisades dans le monde musulman, à la fois motivée par une guerre sainte et l’appropriation des richesses et des terres dans le monde musulman. Donc un processus de guerre aurait continué.

 

Précisément, la peste noire et la contraction démographique au XIVe siècle a mis fin aux croisades. Cependant, l’Europe, après s’être régénérée, a repris, par les mers et océans, à l’Ouest, son expansion le monde. Et, après 4 siècles, elle a colonisé une grande partie du monde. Et c’était là son destin dans la marche du monde.

 

Cependant, à la fin de ces 4 siècles, au XXe siècle, l’Europe tombe dans un deuxième cataclysme naturel sauf qu’il est à la fois d’essence humaine et naturelle. Deux guerres mondiales et une pandémie mondiale à partir de 1919. Plus de 100 de millions de morts durant la première moitié du XXe siècle. La pandémie de la grippe espagnole a fait à elle seule plus de 50 millions de morts. Bill Gates en compte 65 millions de morts. (1)

 

Mais ces guerres mondiales et la pandémie de la grippe espagnole donnent cette impression comme si elles avaient été programmées par quelque Esprit supérieur dont l’homme n’en sait rien puisqu’elles ont permis de libérer une grande partie du monde qui croulait sous la domination coloniale. Aujourd’hui le continent africain est libéré de la mainmise coloniale européenne, de même pour nombre de régions dans le monde.

 

Enfin, un autre fait du moins étrange, comme si quelque Esprit supérieur veille sur l’humanité. Et cette fois-ci, c’est au début du XXIe siècle, avec l’invasion et l’occupation de l’Irak par les États-Unis, en 2003, la victoire américaine était totale. Mais c’est sans compter avec la réaction du peuple irakien. Au point qu’après deux années, la situation s’est fortement détériorée pour les forces américaines, au point que la guerre en Irak a été assimilée par les médias à un deuxième Viêt-Nam.

 

L’administration Bush désigna l’Iran, comme le principal soutien de la guérilla irakienne contre les forces américaines. De plus, l’Iran poursuivait un programme d’enrichissement nucléaire auquel s’opposaient les puissances occidentales. Tous les médias du monde annonçaient l’imminence d’une guerre contre l’Iran tant une intense diplomatique entre les États-Unis et leurs alliés était dirigée contre ce pays. Le président Bush ne cessait de répéter que « toutes les options sont sur la table ». Des porte-avions patrouillaient dans la région du Golfe persique. En 2005, les plans de guerre contre l’Iran, largement diffusés, préparaient l’opinion mondiale à une opération militaire d’envergure où des armes tactiques (mini bombes nucléaires) seraient utilisées contre des sites nucléaires iraniens enfouis profondément sous terre. 

 

Et c’est dans cette effervescence médiatique sur les intentions de guerre contre l’Iran qu’éclatait l’« inattendu, ce qui n’a pas été pensé un instant ». Un gigantesque ouragan apparaissait, à la fin du mois août 2005, menaçant plusieurs Etats américains. C’est l’ouragan Katrina. Les dévastations qui ont suivi ont été considérables. Une partie de la ville de la Nouvelle-Orléans était inondée, la Louisiane dans la désolation. On prédisait la mort de dizaines de milliers d’Américains vivants à la Nouvelle-Orléans, submergés par les eaux. Le monde entier avait les yeux braqués sur les États-Unis, tous les pays proposaient leur aide, même Cuba et l’Iran offraient leurs aides. La première puissance du monde était confrontée à un des plus grands cataclysmes de son histoire. Beaucoup d’Américains appelaient l’Amérique à faire pénitence, à demander pardon pour leurs fautes envers le monde.

 

Après cet ouragan, l’administration Bush, malgré des menaces, a à la fin abandonné cette idée de guerre. Il est clair que l’ouragan Katrina et les conséquences de son passage ont été autant de facteurs dissuasifs dans l’inconscient des décideurs américains, les amenant à cette conclusion, de ne pas tenter le sort de ce qu’il résultera d’une guerre contre l’Iran. Déjà l’armée US enlisée en Irak, et contre l’Iran ?

 

Ceci étant, qu’en est-il avec l’irruption du coronavirus ? Certes, la Chine a fort à faire face à l’épidémie. Ce qui ne fera que différer un temps sa stratégie planétaire de se hisser au rang de première puissance mondiale. Et, selon les pronostics occidentaux, elle le sera entre 2025 et 2030. Mais si cette situation et la guerre économique perdure entre les États-Unis et la Chine, et tout souffle pour qu’elle perdure, c’est que le reste du monde va être confronté de plus en plus à des difficultés économiques. Les réserves de change vont fondre pour certains pays et leur situation va fortement se détériorer, d’autres pays vont stagner, l’économie mondiale dans les années 2020 à 2025 ne fera qu’empirer. Si rien n’est fait pour trouver une solution entre la Chine et les États-Unis.

 

Les pays mono-exportateurs de pétrole et de matières premières vont subir les foudres de la crise, puisqu’ils n’ont pas un créneau de substitution qui puisse remplacer les exportations d’hydrocarbures. Progressivement, les pays en voie de développement vont se trouver pris dans une spirale d’endettement. Comme ils ne pourront pas rembourser, alors les créanciers auront tout loisir d’exiger toutes les gages qu’ils voudront pour être remboursé. Du bail de ports comme la Grèce l’a fait pour son port de Pirée avec la Chine, aux exploitations de mines de fer, etc., des gages dans les gisements de pétrole et de gaz, et les créanciers ne seront pas seulement les Occidentaux, mais aussi Chinois, et chacun dictera ses exigences.

 

On aura alors une guerre monétaire par pays interposés. Le plus grave, la situation risque d’être plus complexe que ce qui s’est passé dans les années 1980. Puisqu’à cette époque, les pays d’Asie avec la Chine, dans les années 1980 et 1990, ont été pour beaucoup dans la reprise mondiale, une « locomotive mondiale », en absence de la première du monde, les États-Unis, qui avaient augmenté les taux d’intérêts et poussé les taux mondiaux à la hausse.

 

Et puisque les guerres sont interdites par les armes nucléaires, une situation de marasme et de paupérisation du reste du monde pose problème aux peuples qui font les frais des guerres entre puissances. Aussi se pose-on à juste raison le sens de cette épidémie du coronavirus en cette période cruciale de l’histoire de l’humanité. S’est-elle invitée comme l’ont précédée les autres épidémies devenues ensuite pandémies ? Ou est-elle un avertisseur sur ce qu’il en coûterait si elle venait à devenir réellement une pandémie comme le montre « le modèle de Gates qu'une maladie semblable à la grippe espagnole déclenchée dans le monde moderne tuerait plus de 33 millions de personnes en 250 jours. » (1)

 

Et ce n’est que lorsqu’un fléau grave arrive et menace leurs populations que les grandes puissances ont peur, que leurs guerres économiques se taisent, et poussent leurs Banques centrales, par des politiques monétaires concertées, à sauver l’économie mondiale. Et que les pays du reste du monde puissent respirer et espérer.

 

Précisément, une humanité qui avance sans cap, avec toujours cette nature qui pare et aveugle les puissants du monde, de vouloir s’imposer, et toujours ce que leur permet la « puissance ». Par exemple, la Chine, oubliant qu’elle a été un pays du Tiers monde, ou les États-Unis n’ont cessé de perdre des guerres avec des pays bien plus petits qu’eux, et toujours à les recommencer. Faut-il attendre que des épidémies graves viennent pour les refroidir avec des milliers de morts ? En l’absence de guerres entre les grandes puissances – les armes nucléaires l’interdisent –, faudrait-il s’attendre que d’autres fléaux naturels, et dans la douleur, viennent prendre le relais pour « ordonner » le monde. C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre que tout ce qui arrive à l’humanité vient en vue du progrès du monde.

 

Medjdoub Hamed
Auteur et Chercheur indépendant en Economie mondiale,
Relations internationales et Prospective

 

Note :

1. « The most predictable disaster in the history of the human race  » (traduite : La catastrophe la plus prévisible de l'histoire de la race humaine), publié par Ezra Klein. Le 27 mai 2015
http://www.vox.com/2015/5/27/8660249/gates-flu-pandemic

 



5 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 27 février 17:27

    Le hic, c’est que les deux antagonistes risquent d’être les principales victimes !

    Plus de ventes, donc de Ca pour les Chinois.

    Plus de produits donc de CA pour la distribution américaine.

    ça fait désordre.


  • rita rita 28 février 09:03

    Le reste du monde est stupide d’être à la botte des gouvernants, qu’il assume sa bêtise !


  • oncle archibald 28 février 15:28

    Excellent article, qui dénote avec bonheur dans la moyenne des publications d’AV.

    Je ne comprends pas toutes les subtilités du commerce et de la finance internationale que l’auteur a voulu nous faire passer mais en revanche j’ai toujours pensé que si l’on arrêtait de faire fabriquer nos petites culottes en Chine les Chinois seraient beaucoup plus ennuyés que nous.

    Si nous les fabriquions chez nous elles ne seraient même pas plus chères qu’en les important de Chine, leur prix actuel étant constitué pour l’essentiel par les marges énormes que s’octroient les distributeurs.


  • jjwaDal jjwaDal 28 février 17:36

    Il ne semble pas encore acquis, que cette variante de coronavirus, soit le révélateur catastrophique de notre inconscience et de notre imprévoyance collective. En effet, on a imposé au monde, un système économique, qui pour maximiser les marges bénéficiaires, maximise le nombre de lieux de production, les transports de marchandises, les stocks en flux tendu, imposant donc des transports rapides et sans interruption pour faire tourner une large part des entreprises dans le monde. Ces conditions sont idéales en effet collatéral, pour propager les épidémies, paralyser les entreprises si les transports deviennent contraints, maximiser la consommation énergétique (les km parcourus par nos marchandises ont été multipliés par 7 en un demi siècle) et les pollutions qui lui sont associées.
    En bonne logique, le virus va accompagner les flux humains et de marchandises avec des conséquences potentiellement dramatiques pour l’économie mondiale dans son ensemble. Qu’un seul composant manque et des entreprises un peu partout sont au chômage technique. Que les flux de marchandises venant de l’Asie se réduisent et de très nombreuses pénuries vont apparaître dans les pays riches et des baisses très significatives des chiffres de vente au détail.
    A défaut de nous tuer, cette petite bestiole a le potentiel d’être le facteur déclenchant que tout le monde attendait pour faire exploser un système en grande partie basé sur de l’argent dette et qui n’a aucun espoir de s’en sortir en dehors d’un bain de sang collectif.
    Jusqu’ici tout va bien... Mais ça pourrait ne pas durer bien longtemps.
    Peut-être aurons-nous de la chance, une fois de plus .


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