L’Occident coupable idéal : l’imposture de l’indignation sélective
L’Occident est-il l’unique comptable des malheurs du globe ? Entre narcissisme de la culpabilité et paresse intellectuelle, le procès permanent intenté à l’Europe et aux États-Unis sature l’espace public. Il est temps de briser ce tabou : l’impérialisme, l’esclavage et la barbarie n’ont jamais été des brevets occidentaux. Des janissaires ottomans à la traite orientale occultée, l’Histoire est un miroir froid qui ne tolère plus l’indignation à géométrie variable. Cessons de nous excuser d’exister pour mieux démasquer les tyrannies qui prospèrent sur notre haine de nous-mêmes.
Le narcissisme de la culpabilité : quand l'Europe s'invente un monopole du mal
Depuis des décennies, une névrose collective sature l'espace public, imposant un tribunal permanent où l’Occident est l'unique accusé, le coupable héréditaire, le bouc émissaire de service. Dans cette mise en scène médiocre, l’Europe et les États-Unis seraient les seuls et uniques générateurs de chaos, les seuls architectes de la misère du monde. Cette vision n'est pas seulement une erreur grossière, c'est une pathologie intellectuelle. Elle réduit l'humanité à une fable manichéenne pour esprits fatigués, où un bloc prédateur affronterait un reste du monde angélique, incapable de la moindre noirceur. Ce n'est plus de l'Histoire, c'est du catéchisme pour militants en quête de sens, une simplification obscène de la marche du monde.
"L'Histoire n'est pas un tribunal où l'Occident occupe seul le banc des accusés."
Il faut en finir avec cette imposture qui dédouane systématiquement les tyrannies locales, les théocraties médiévales et les impérialismes régionaux sous prétexte qu'ils ne sont pas blancs. L’Occident n’est pas le moteur unique de l’Histoire ; il n'est qu'un joueur, certes puissant, sur un échiquier où tout le monde pousse ses pions avec la même brutalité. Prétendre que chaque malheur, chaque coup d'État ou chaque faillite économique au Sud est le fruit d'une manipulation occulte de Washington ou de Paris est un néo-paternalisme écœurant. En niant aux nations leur capacité d'action autonome, le discours décolonial les traite comme des enfants irresponsables, éternellement sous la tutelle de leur passé. C'est le comble du racisme déguisé en humanisme : l'idée que le Sud n'aurait pas la carrure pour assumer ses propres crimes.
L’impérialisme n’est pas un privilège de l’homme blanc
L’Histoire n’est pas un compte d’apothicaire où l’on solde les dettes morales selon la couleur de peau des conquérants. L’Occident n’a aucun monopole sur la conquête ou l’oppression, et croire le contraire est une preuve d'ignorance crasse. Bien avant que la première botte européenne ne foule le sol africain, d'autres empires avaient déjà institutionnalisé la terreur et l'expansionnisme. L’Empire ottoman a dominé les Balkans, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord pendant six siècles de fer et de sang. On y pratiquait le rapt d'enfants — le devchirmé — pour transformer des fils de chrétiens en une caste d'esclaves-soldats fanatisés, les janissaires. Où sont les comités de repentance à Istanbul ? Où sont les excuses de la Sublime Porte pour quatre siècles de colonisation brutale du monde arabe ?
L’indignation actuelle est une arme de guerre psychologique, une manipulation des masses par la honte. On sature les ondes de la noirceur du colonialisme européen tout en jetant un voile pudique sur les califats qui, dès le VIIe siècle, ont conquis par le glaive un territoire allant de l’Andalousie aux confins de l’Inde. La domination est une constante de l'espèce humaine, pas un vice génétique occidental. Transformer l'Histoire en un procès à charge unique nécessite de falsifier la réalité pour ne garder que ce qui nourrit la haine de soi. La conquête arabe, mongole ou ottomane n'était pas plus "humaniste" que celle des Britanniques ; elle était simplement plus ancienne ou mieux occultée par ceux qui ont intérêt à voir l'Occident s'autodissoudre.
"Il est plus facile de brûler un drapeau étranger que de construire une économie qui ne repose pas sur la prédation."
Le tabou de la traite orientale : le grand silence des complices
Parlons de l'esclavage, ce crime que l'on ne veut conjuguer qu'à la mode transatlantique pour mieux culpabiliser le Blanc. Si la traite vers les Amériques fut une abomination, elle ne fut ni la seule, ni la plus dévastatrice sur la durée. La traite orientale, pilotée par les empires musulmans pendant treize siècles, a déporté jusqu'à vingt millions d'Africains dans des conditions de barbarie absolue. Elle s'accompagnait d'une castration systématique des hommes pour s'assurer qu'aucune descendance ne vienne souiller le sol des maîtres. C'est un crime contre l'humanité massif et documenté, mais totalement banni du débat public par les gardiens du temple victimaire qui ne supportent pas que le coupable puisse être un autre que l'Européen.
Pourquoi ce silence assourdissant ? Parce que la vérité brise le jouet des militants décoloniaux et des professionnels de l'indignation. Reconnaître que des puissances non-occidentales ont été des acteurs majeurs du commerce humain pendant plus d'un millénaire obligerait à brûler les manuels de sociologie à deux balles qui inondent nos universités. Il est bien plus facile de déboulonner une statue de Colbert à Paris ou de Léopold II à Bruxelles que d'interroger les fondements esclavagistes persistants en Mauritanie ou l'héritage de Zanzibar. Cette amnésie sélective est une escroquerie intellectuelle destinée à maintenir l'Occident dans une position de débiteur éternel, une rente de culpabilité dont profitent les pires régimes pour masquer leur propre sauvagerie.
"Nous vivons l'ère de l'indignation sélective : on fustige l'ingérence d'hier pour mieux ignorer les tyrannies d'aujourd'hui."
Le masque anti-colonial : l'alibi des bourreaux modernes
Aujourd’hui, la rhétorique anti-occidentale est le dernier refuge des canailles et des tyrans en fin de course. À Téhéran comme à Moscou, crier au "Grand Satan" ou à "l'hégémonie yankee" est la méthode de diversion préférée des régimes qui affament, torturent et emprisonnent leur propre peuple. C'est un tour de magie grossier, une ficelle de propagande usée : on désigne un ennemi imaginaire à l'autre bout du monde pour faire oublier la corruption, la faillite économique et l'incompétence locale. Le Liban en est le cadavre fumant, le miroir de cette déchéance : une nation prise en otage par le Hezbollah, une milice aux ordres de l'Iran qui se grime en "résistance" pour mieux achever un État autrefois souverain et prospère.
"L'anti-occidentalisme est devenu le prêt-à-penser des dictatures en manque de légitimité."
L'hypocrisie atteint des sommets de cynisme lorsque des tyrans dont les mains sont poisseuses de sang s'érigent en procureurs de la morale internationale. On hurle à l'illégalité d'une frappe israélienne ou américaine, mais on applaudit l'occupation de territoires entiers par des milices fanatisées qui ne répondent à aucune loi. La "légalité" n'est ici qu'un mot creux, une munition de communication que l'on sort quand elle arrange les intérêts de puissance du moment. Le droit international ne peut être un buffet à volonté où l'on ne choisit que ce qui sert sa propre haine de l'autre.
Sortir de l'enfance : la dignité passe par la responsabilité
La décolonisation a eu lieu il y a plus de soixante ans. Invoquer l'héritage colonial pour expliquer chaque nid-de-poule à Beyrouth, chaque coupure de courant à Alger ou chaque détournement de fonds à Kinshasa est une insulte à la dignité des peuples. C'est affirmer, en creux, qu'ils sont structurellement incapables de se gérer sans être les marionnettes de puissances étrangères. C'est la version moderne, "progressiste", du "fardeau de l'homme blanc" : l'idée stupide que tout ce qui arrive au Sud n'est que le reflet, bon ou mauvais, de l'action du Nord. Cette vision est le comble du mépris masqué en compassion mielleuse.
Le monde doit cesser de se vautrer dans cette enfance intellectuelle et ce statut de victime perpétuelle. Les élites locales qui pillent les ressources de leur pays pour les planquer en Suisse, les dictateurs qui s'accrochent au pouvoir par la terreur, les groupes paramilitaires qui asservissent des populations au nom d'un dogme poussiéreux : ils sont les seuls responsables de leurs actes. L'Occident a ses torts, ils sont légions, mais il n'est pas la décharge universelle où l'on peut vider toutes les frustrations du globe. Le monde est multipolaire, brutal, et la souffrance humaine n'a pas de coupable unique, mais des racines locales souvent séculaires, des haines que l'Occident n'a ni créées, ni attisées.
La fin de l'ère des excuses
Cesser d'accabler l'Occident n'est pas un plaidoyer pour l'innocence totale, c'est un rappel à la lucidité élémentaire. Chaque civilisation a ses charniers, chaque culture a eu ses bourreaux. L'indignation à géométrie variable est le cancer de notre époque ; elle nous rend aveugles aux menaces réelles qui ne portent pas de bannière étoilée mais qui avancent masquées derrière le paravent de la "lutte anti-impérialiste". En ne regardant que nos propres fautes, en nous flagellant pour des crimes commis par des ancêtres disparus, nous laissons le champ libre à ceux qui ne s'embarrassent d'aucun état d'âme. La culpabilité n'est pas une politique, c'est un suicide lent par consentement mutuel.
"L'Histoire n'est pas un compte d'apothicaire où l'on solde les dettes morales sur le dos des générations nées après la chute des empires."
L'Histoire n'est pas un tribunal pour générations post-coloniales en quête de subventions. Elle est un miroir froid. Il est temps de regarder le monde tel qu'il est : un champ de bataille permanent où la responsabilité est la chose la mieux partagée. À défaut de justice absolue, l'honnêteté intellectuelle est notre seul rempart contre la barbarie. Cessons de nous excuser d'exister, cessons de demander pardon pour avoir bâti des civilisations qui, malgré leurs failles, ont inventé les droits de l'homme dont nos détracteurs usent et abusent. Commençons à traiter le reste du monde comme des adultes responsables de leurs propres turpitudes. C'est le prix de la vérité, et c'est le seul chemin vers une paix qui ne soit pas une lâche reddition.



