vendredi 19 juin 2020 - par Lucchesi Jacques

L’ouragan Floyd

Nul ne sait ce que la vie et la mort d’un homme peuvent provoquer dans le monde. C’est le cas pour George Floyd dont l’assassinat a déchaîné un ouragan de passions des deux côtés de l’Atlantique. Mais, entre les Etats-Unis et la France, la problématique raciale n’est pas exactement la même. 

Si, au vu des conditions dans lesquelles George Floyd a été assassiné par la police américaine, il fallait s’attendre à des réactions – justifiées – aux USA, leur ampleur néanmoins a surpris le monde entier. Un homme ne sait jamais ce qu’il peut provoquer avec sa vie et sa mort. Les remous générés en France par cette dramatique affaire ne sont pas moins révélateurs d’un malaise profond, où la question raciale et la question sociale s’unissent pour produire un cocktail explosif. Il y a une évidente demande de justice au départ de toute cette agitation. Et sans doute aussi une récupération opportune par des associations à vocation identitaire.

La question qu’appelle en premier lieu ce concert de revendications est de savoir si la France est une nation raciste. Si elle l’est, ce n’est sûrement pas sous l’angle d’un racisme biologique, hiérarchisant à dessein des différences naturelles – même si on y trouve des groupuscules prônant encore la suprématie blanche. Mais il y a cependant un racisme plus rampant qui s’attache à des signes ethniques ; un racisme qui repose sur la peur de l’autre, redoutant son influence – jugée pernicieuse – sur les esprits. Nous le voyons bien chaque fois qu’une poussée de communautarisme surgit, sous une forme ou sous une autre, dans l’actualité. On parle alors de colonialisme culturel et de cinquième colonne. Ce qui souligne en creux que la France a été aussi une nation parmi les plus colonialistes de ces deux derniers siècles. Et que si elle n’a pas, contrairement aux Etats-Unis, pratiqué l’esclavage sur son propre sol, elle a largement exploité les hommes et les richesses des contrées intégrées de force à son empire. Cela laisse des traces dans la mémoire collective et les premiers à le rappeler sont les descendants des anciens colonisés. Malgré tout leurs exigences révisionnistes, lorsqu’elles concernent des figures nationales – comme Colbert – ou des œuvres d’art patrimoniales jugées tendancieuses, sont inacceptables. Ce n’est pas en gommant tel ou tel aspect de notre histoire qu’on en tirera des leçons pour l’époque actuelle. Juger le passé avec les valeurs du présent, sans la distanciation critique qui s’impose, est tout simplement stupide. Sur ce point Emmanuel Macron a été parfaitement clair dans son allocution télévisée de dimanche dernier. Un avis de non-recevoir qui est sans doute partagé par la majorité des citoyens de ce pays, de quelque bord politique qu’ils soient.

La parole des jeunes issus de l’immigration africaine et maghrébine est, en revanche, beaucoup plus pertinente lorsqu’elle dénonce le racisme qui sévit dans la police française. Car il y a encore, chez bon nombre de policiers, la tendance à faire des contrôles humiliants au faciès. Des contrôles qui ne sont pas justifiés par la dangerosité des personnes interpellées, mais bien davantage par la couleur de leur peau et par les quartiers où elles résident. Car ce qui se produit en Seine Saint-Denis ou dans les quartiers nord de Marseille n’arriverait pas – du moins pas avec la même fréquence et la même brutalité – sur les Champs Elysées, par exemple. Face à ces accusations, les représentants de la police peinent à trouver des arguments probants. Ils s’indignent à leur tour du désamour qu’ils suscitent dans l’opinion, soulignent la nécessité absolue de leur fonction au sein de la société, interpellent ministres et préfets. Reste que les violences policières, en particulier sur des afro-descendants, ne sont pas une vue de l’esprit, même si elles supportent mal la comparaison avec celles des policiers américains. Il y a certainement une juste approche à trouver, un dialogue à rétablir et ce n’est pas une mince tâche.

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Cette situation illustre l’écart – grandissant – entre le discours républicain forcément idéaliste (les Droits de l’Homme, l’égalité, l’intégration) et la réalité empirique qui, elle, obéit à d’autres affects (la peur de l’autre, la loi du nombre). C’est ce qui explique que les dirigeants politiques, un peu partout dans le monde, soient presque toujours issus de la majorité raciale de leurs pays (Barack Obama, de ce point de vue, reste la plus notoire exception). Et qu’à l’inverse, les représentants de minorités soient, plus fréquemment que les autres, emprisonnés ou assassinés. Les démocraties ont du mal avec ces statistiques qui bousculent leurs belles valeurs, mais c’est ainsi. Pour les dominants comme pour les dominés, le chemin est encore long vers un véritable universalisme.

 

Jacques LUCCHESI



14 réactions


  • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 19 juin 2020 09:34

    la France[...] a largement exploité les hommes et les richesses des contrées intégrées de force à son empire.

    Tout comme « elle » a exploité impitoyablement le prolétariat français, hommes femmes et enfants, sur le sol métropolitain... C’est ridicule de parler de « la France » comme d’une entité homogène, faisant bloc, contre « les colonisés ». Il y a une classe d’exploiteurs qui a tiré bénéfice de sa domination partout où elle a étendu sont influence. 

    C’est aussi idiot que de dire que les américains ne devraient pas manifester pour Floyd car ils sont responsables des agissement de Goldman Sachs qui a pillé (entre autre) la Grèce...

    Quant à « l’écart grandissant entre le discours républicain [...] et la réalité », il est fonction de votre conscience de la réalité.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 19 juin 2020 09:46

      @Opposition contrôlée

      merci pour ce commentaire, ça fait du bien de constater qu’on n’est pas seul à ramer à contre-courant.


    • Francis, agnotologue JL 19 juin 2020 10:01

      @Opposition contrôlée
       
      ’’ Il y a une classe d’exploiteurs qui a tiré bénéfice de sa domination partout où elle a étendu sont influence.’’
       
       « N’ayant plus de nouveaux territoires à coloniser, nous avons colonisé nos propres enfants. » (in Amérique, notre histoire)
       
       La Dette est le nom de cette colonisation.


  • rogal 19 juin 2020 10:46

    Africains et Maghrébins.

    De mon temps (vers CCCC avc) l’Afrique c’était la région de Carthage (l’actuelle Tunisie). Puis ce fut l’ensemble du continent.
    Au nom de quoi se met-on à placer le Maghreb à part de l’Afrique ? Réticence à dire ’’Afrique noire’’, de même inspiration que l’emploi de ’’Blacks" pour désigner les Peaux-Noires ? La géographie des Peaux-Blanches risque de tourner en eau de boudin (noir ou blanc, je ne saurais préciser).


  • zygzornifle zygzornifle 19 juin 2020 12:19

    La question qu’appelle en premier lieu ce concert de revendications est de savoir si la France est une nation raciste

    Elle le serait il n’y aurait pas toute cette invasion de migrants ...


    • Désintox Désintox 19 juin 2020 16:22

      @zygzornifle

      Il y a quand même des racistes.
      Vous en êtes la preuve vivante.
      Enfin, vivante...


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 19 juin 2020 23:00

      @Cadoudal

      Tu blablatte Cadou...ii serait temps qu’après avoir monté ta belle quelques semaines un retour aux machines te ferais du bien...


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 19 juin 2020 23:27

      @Cadoudal

      J’ai un copain tarlouze qui t’adore dans cargo de nuit ...tu veux que te le présente ?


  • Désintox Désintox 19 juin 2020 16:20

    « Et que si (la France) elle n’a pas, contrairement aux Etats-Unis, pratiqué l’esclavage sur son propre sol »

    Et les Antilles, vous en faites quoi ?

    Bien sûr que la France a pratiqué l’esclavage  !


  • V_Parlier V_Parlier 19 juin 2020 18:03

    Je lis : "Mais il y a cependant un racisme plus rampant qui s’attache à des signes ethniques ; un racisme qui repose sur la peur de l’autre."

    C’est vrai qu’on a tord d’avoir peur : https://www.youtube.com/watch?v=hi3sypOXCY4

    https://www.youtube.com/watch?v=onlHDUH3RGg .


  • Jonas Jonas 19 juin 2020 22:20

    « La question qu’appelle en premier lieu ce concert de revendications est de savoir si la France est une nation raciste. »

    La France a accueilli des millions d’Arabes, de Noirs, d’immigrés ces quarante dernières années, ses élus ont fait construire des milliers de mosquées pour les musulmans, des centaines de milliers de personnes venant du continent africain sont prêtes à mourir chaque année pour atteindre les côtes françaises...et la société française serait raciste ?

    J’espère que c’est une blague !


  • Jonas Jonas 19 juin 2020 22:28

    « Malgré tout leurs exigences révisionnistes, lorsqu’elles concernent des figures nationales – comme Colbert – ou des œuvres d’art patrimoniales jugées tendancieuses, sont inacceptables. Ce n’est pas en gommant tel ou tel aspect de notre histoire qu’on en tirera des leçons pour l’époque actuelle. »

    Colbert fut un grand Ministre de la France, il a légiféré sur l’esclavage, interdisant les propriétaires de traiter les esclaves comme des animaux, ce qui fut un progrès immense à l’échelle de l’humanité.
    Au XVIIème siècle, dans le Monde, que ce soit en Orient, en Asie, en Afrique, en Amérique, les esclaves ne possèdent aucun droit, leurs maîtres ont droit de vie ou de mort su sur eux.

    Avec le Code Noir, Colbert fait un grand pas vers la reconnaissance des esclaves en tant qu’êtres humains et personnes ayant droit à la dignité.


  • Jonas Jonas 19 juin 2020 22:40

    Il s’agit en fait d’une banale arrestation assez calme au départ, qui n’a rien de raciste à la base.

    Floyd résiste 10 bonnes minutes aux policiers, il refuse de rentrer dans le véhicule de police.
    Il a dû réussir à s’extraire violemment de la voiture, et ensuite, les choses ont dû mal tourner pour lui, car malheureusement, il est tombé sur un flic véreux.

    Mais, le motif raciste du meurtre, vu les vidéos, est difficile à prouver.

    Ce fait divers est exploité politiquement par des organisations communautaristes, non pas pour protéger les Noirs, mais pour vilipender les Blancs.
    Les communautaristes noirs racistes et leurs complices idiots utiles de l’extrême-gauche viennent de lancer une guerre raciale contre les Blancs, accusés de colonialisme, d’esclavagisme, et de racisme aux USA, et dans les grandes villes européennes.

    Ils tentent alors par tout les moyens de détruire tout ce qui rappelle la culture et l’Histoire du monde blanc : statues, oeuvres d’art, films, livres, etc...avec comme unique justification que tout ça est raciste.

    L’esclavage de masse a toujours existé dans le Monde, et dans toutes les civilisations, il n’a rien de spécifiquement occidental.
    Aujourd’hui encore, il existe plus de 40 millions d’esclaves dans le Monde, mais ça n’intéresse personne, car les esclavagistes ne sont pas des Blancs.
    Les idéologues racistes anti-Blancs aussi bien en France qu’aux USA, n’y trouvent pas leur compte. Essayez d’évoquer ce sujet auprès d’eux, ils vont immédiatement se braquer et vous insulter.
    Le Noir opprimé ne doit être protégé et défendu que s’il est attaqué par les Blancs, tous les autres peuvent crever en silence.
    C’est toute l’hypocrisie du mouvement BlackLivesMatter.

    N’oubliez pas que l’Occident est la PREMIÈRE CIVILISATION AU MONDE à avoir aboli l’esclavage.


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