vendredi 29 mai - par rosemar

La casquettière...

JPEG

Il est des boutiques que l'on n'oublie pas, parce qu'elles sont liées à l'enfance, parce qu'elles ont disparu et ont laissé des souvenirs forts dans nos mémoires...

La mercerie où l'on entrait comme dans un sanctuaire, dans le silence feutré des tiroirs qui contenaient toutes sortes de trésors : des bobines de fil, des pelotes de laine, des boutons, de la dentelle....

Le petit vendeur d'esques qui tenait, dans un renfoncement, une minuscule boutique, où l'on pouvait trouver des articles de pêche, des cannes, des hameçons et puis, bien sûr, les "esques", ces vers servant d'appâts, dans le parler marseillais...

Le marchand de vins dont le réduit exhalait de fortes senteurs de tanins...

 

Et puis, il y avait la casquettière ! Le nom, à lui tout seul, était tout un programme : un mot qui claque et résonne d'échos sonores, un mot mystérieux qui pouvait évoquer toutes sortes de découvertes.

Gutturales qui se répondent, voyelles variées, ampleur du mot...

Ce magasin faisait figure, à l'époque, d'une grande modernité : c'était, dans le petit village de l'Estaque, une nouvelle boutique qui attirait tous les regards, une sorte de bazar qui suscitait la convoitise et la curiosité.

 

Pour accéder à la boutique de la casquettière, il fallait franchir des escaliers, et atteindre un niveau supérieur, il fallait s'élever pour rejoindre le seuil du magasin.

Publicité

Ce sanctuaire se méritait : on pouvait d'abord admirer dans une vitrine placée en hauteur, les marchandises vendues par la casquettière... puis on montait les marches, on se hissait sur des hauteurs, on atteignait un autre monde...

 

On entrait, alors, dans un bric-à-brac d'objets divers : des chaussures, des chaussettes, des casquettes, des chapeaux de toutes sortes, des jouets, des ballons...

A l'intérieur, des senteurs de cuir, de tissu, de cotons...

C'est dans ce sanctuaire que l'on achetait des chaussures...

 

La casquettière, une dame imposante, au verbe haut, nous accueillait de son sourire de commerçante, la vendeuse de casquettes nous faisait essayer des chaussures de la dernière mode...

Le choix était tout de même assez limité dans cette boutique multifonctions d'autrefois.

L'espace était réduit dans cet encombrement d'objets, mais on trouvait son bonheur à un prix relativement modique...

Un miroir à l'antique, une psyché permettait de voir si les chaussures seyaient aux clients et aux clientes... 

 

Ces boutiques d'autrefois ont disparu : le marchand d'esques, la casquettière, le marchand de vin.

Publicité

La casquettière n'est plus de ce monde : elle a été remplacée par des grandes surfaces ou des supermarchés.

Certaines petites boutiques existent encore, mais elles ont l'air de s'étioler et de s'évanouir peu à peu, face à la concurrence des grands magasins...

On voit leur devanture vieillie, noircie par le temps.

Et on garde un souvenir ému de ces magasins d'autrefois où on connaissait bien les commerçants, où on avait l'impression d'accéder à un autre univers...

JPEG

 

Le blog :

http://rosemar.over-blog.com/2016/10/la-casquettiere.html

 

Photos : Christelle



21 réactions


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 29 mai 20:12

    Mets-toi droit, mais surtout mets ma casquette.


  • babelouest babelouest 30 mai 01:33

    C’est vrai, les commerçants d’autrefois.... le marchand de chaussures, avec tout un choix de pantoufles, de sabots, de galoches, de bottes, mais aussi de chaussures plus fines mais faisant souvent mal aux pieds (on ne les mettait que le dimanche). Il réparait, aussi !

    .

    Le chapelier avec souvent aussi des gants... ceux-là on en trouve encore. Je me souviens y être allé une fois. Un jeune client entre, sans demander à personne il essaie un chapeau puis repart.... devant la vendeuse effarée : il avait comme par hasard essayé le modèle le plus cher, à 500 euros !

    .

    Le marchand de parapluies..... on en trouve encore d’increvables, comme ceux de chez Yvon qui autrefois était spécialisé dans les belles cartes postales !

    .

    Le droguiste, avec ses produits improbables : il était ingénieur chimiste de formation... On pouvait même installer chez soi tout un labo, avec des ballons, des cornues, des tubes, des tuyaux de verre avec ou sans robinets !


  • Fergus Fergus 30 mai 09:09

    Bonjour, rosemar

    « On voit leur devanture vieillie, noircie par le temps »

    Pourquoi cette généralisation erronée ? Il y a encore de ces boutiques un peu partout dans les villes de province, et certaines sont très pimpantes, à l’image de la chapellerie Falbalas Saint-Junien de Rennes, sise à deux pas du Parlement de Bretagne.


  • Loatse Loatse 30 mai 09:45

    Les odeurs ; c’est ce qu’il me manque le plus... celles de la librairie rue des écoles à paris tenue par une dame plutôt très agée, Odeurs de bois ciré, odeur de cuir de certains ouvrages, de papier, d’encre..

    odeurs de cuir également « chez Madeleine », marchande de chaussures, fabriquées en france bien sur, tout en cuir jusqu’aux chaussons en peau souple. Celle ci au milieu des années 60 avait sacrifiée à la modernité en posant une moquette mais continait à trôner majestueuse derrière une immense et antique caisse enregistreuse en cuivre (ou en laiton) qui emerveillait la petite fille que j’étais.

    sa boutique était située non loin de la droguerie que nous appelions « le marchand de couleurs », odeurs de cire, de savons, de peinture...laquelle jouxtait un chapelier qui exposait ses modèles pour femmes en vitrine, un marchand de landaux et poussettes qui exposait ses modèles sur le trottoir. 

    il y avait (je crois qu’il existe toujours), le crémier place maubert, qui faisait rouler d’énormes meules sur le trottoir jusqu’à sa réserve en face de ma maison... (vous comprendrez que je ne mangeais jamais la croûte des fromages), Le dimanche cette place embaumait la pomme dauphine faite maison, le poulet roti de chez le traiteur.. Parfois un montreur d’ours, les jours de marché venait nous plonger en plein moyen age..

    Le fourreur russe, en bas de mon immeuble qui un jour de deuil réalisa pour me consoler un petit coussin en vison...

    Chiffonnier, rémouleur et vitrier poussaient chacun leur cri à travers les rues de la ville tirant chacun sa charrette à bras... tous gagnaient correctement leur vie. réparant ce qui était cassé, usé ou emmenant ce dont on ne voulait plus et dont on ne voulait pas encombrer les caves.. (lits d’enfants, cages à oiseaux, vielles chaises), lesquelles servaient de remise à charbon, livrés par le serrurier qui avait de ce fait, deux cordes à son arc..

    Les matelas, tous les dix, quinze ans était confiés au cardeur qui enlevait la vielle laine et en remettait de la neuve... impression jamais retrouvée de dormir sur un nuage..

    Peu de magasins de confection (sauf pour enfants) toutefois on n’y achetait pas de chandails ( mot qui vient de marchand d’ail), de tricots, les grands mère y pourvoyait et l’ouvrage ainsi réalisé durait des années sans boulocher. Chaque pâté de maison possédait sa couturière qui reproduisait à merveille les vêtements des celebrités..

    A saint malo, intra muros une malouine vendait du poisson frais pêché dans son panier plat qu’elle portait coincé sur son épaule, plus loin on pouvait acheter dans une échoppe des chaussons bretons à la pointe retroussée en velours brodé de triskels..

    A saint gilles croix de vie sur le port, une dentellière coiffée du traditionnel tuyau en dentelle crochetait des napperons, des nappes de toute beauté, derrière une petite table...

    Puis le monde a changé........... les petites boutiques pour beaucoup sont closes, les petits métiers on disparu des villes, restent de grands et laids hangars aménagés pour vous faire acheter ce dont vous n’aviez pas besoin..

    A se demander comment notre pays a pu devenir si prospère alors que nous n’achetions que le nécessaire..


    • Fergus Fergus 30 mai 11:30

      Bonjour, Loatse

      Toutes ces odeurs restent en effet profondément ancrées dans nos mémoires. Et parfois resurgissent de manière inopinée, tel cet étonnant parfum de vieilles pommes que vous retrouviez lors de vos visites dans l’appartement de votre enfance malgré un compotier vide. Vous aviez évoqué ce souvenir dans l’un de mes récents articles : Quand les souvenirs olfactifs alimentent la nostlagie de l’enfance

      Les « marchands de couleurs », les crémiers, et tous ces petits commerces ou marchands ambulants de naguère ont assurément contribué à graver eux aussi des souvenirs qui, autant que les images d’autrefois, nous restituent parfois l’environnement dans lequel nous avons vécu et grandi. Retrouver, même furtivement, ces ambiances du passé est l’un des plaisirs de la vie.

      Par chance, il reste, ici et là, quelques-unes de ces boutiques anciennes, emblématiques d’un pays en voie de disparition, hélas ! 


    • rosemar rosemar 30 mai 21:08

      @Loatse

      MERCI !


  • Aristide Aristide 30 mai 10:23

    Certaines petites boutiques existent encore, mais elles ont l’air de s’étioler et de s’évanouir peu à peu, face à la concurrence des grands magasins...


    Là vous êtes en retard d’une guerre, les grandes surfaces ont déjà fait leur oeuvre, c’est la vente par Internet qui est en train de révolutionner le commerce. 


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 30 mai 10:45

      @Aristide

      une seule guerre ? vous êtes gentil !

      « au bonheur des dames », le roman de Zola qui décrivait le développement des « grands magasins » et annonçait la montée en puissance de la petite bourgeoisie avec ses contre-parties de dommages collatéraux, est paru en 1883 !

      Je ne sais pas combien ça fait de guerres de retard, mais en durée, ça fait un siècle et demi !


    • Aristide Aristide 30 mai 10:54

      @Séraphin Lampion

      Discutable tout de même, le modèle des grands magasins ne rentrait pas en concurrence frontale avec le petit commerce, centre ville et cible sociale.Le déclin est arrivé par les grandes surfaces de tous les types et l’automobile.


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 30 mai 11:24

      @Aristide

      je ne faisais que reprendre le vocabulaire de Madame Rosemar...


    • Fergus Fergus 30 mai 11:38

      Bonjour, Aristide

      « le modèle des grands magasins ne rentrait pas en concurrence frontale avec le petit commerce »

      Si ! l’émergence de ces grands magasins a, dès le 19e siècle, signé à Paris l’arrêt de mort de nombreux petits commerces dans les quartiers environnants. Les drapiers notamment ont été parmi les premières victimes. Et, autre exemple, au fil du temps, la spécialisation du sous-sol du BHV dans la quincaillerie a tué des dizaines de petits commerces spécialisés. 

      Les grandes surfaces, telles que nous les connaissons, ont tué les petits commerces de centre-ville dans les provinces.


  • foufouille foufouille 30 mai 16:02

    l’auteur devrait sortir plus souvent vu que les boutiques pour bobos existent toujours.


Réagir