La comédie gauloise
France 2, je cite : "Dans un numéro inédit et exceptionnel de "Secrets d’Histoire", Stéphane Bern nous emmène sur les lieux mêmes où s’est déroulée la grande épopée de César... Le mardi 25 novembre 2014 en première partie de soirée sur France 2, nous plongerons dans les fastes et les intrigues de la Rome antique, nous assisterons à des banquets et à des combats de gladiateurs, nous irons à BIBRACTE, en Bourgogne, à la rencontre des Gaulois d’avant la conquête...." fin de citation.
Problème...
Bibracte n'est pas le mont Beuvray. Le mont Beuvray n'est que le site de Gorgobina cité par César (DBG VII, 9). Oppidum maître de la Loire, tenu primitivement par les Arvernes face aux Éduens de la Saône qui cherchaient à s'étendre, occupé ensuite par les Germains appelés en renfort, Arioviste y vainquit une coalition gauloise éduenne venue pour le déloger (1). Si l'on traduit correctement ses Commentaires sur la guerre des Gaules, c'est ici, au mont Beuvray, que César installa les Boïens après la victoire qu'il remporta contre eux et les Helvètes. Véritable oeil de Moscou au profit du conquérant, ainsi s'expliquent les nombreux vestiges d'amphores retrouvés sur le site que César a fait venir d'Italie pour ravitailler son nouvel allié. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bibracte-une-erreur-de-138162. Ainsi s'explique l'étendue de la position retranchée où ont dû s'installer dans l'urgence les quelques 40 000 Boïens vaincus, probablement moins. S'explique également la relative abondance des offrandes de monnaies, le mont Beuvray, site mystique, étant déjà à cette époque, vénéré comme une demeure des dieux (2).
Messieurs les archéologues, j'en appelle à votre raison ! Pour les plus favorisés d'entre vous, vous devez vos postes et votre carrière à vos anciens notables mais ouvrez les yeux, que diable !
Ancien professeur au Collège de France, Christian Goudineau, votre maître à penser, s'est fort habilement ménagé une position de repli en se défaussant sur le marchand de vin Bulliot, premier fouilleur du site, tout en écrivant : Dès lors, les historiens doivent se poser la question suivante : à 27 km de quelle ville éduenne peut-on trouver un champ de bataille correspondant à la description de César ? (3).
Il se déchaîne dans ses ouvrages et articles contre les historiens qui ne sont pas de métier, mais quand un journaliste lui demande d"exposer ses arguments, il se défile. Je cite : « Il les écarte (mes arguments) avec le bouclier de la science et l’armure de l’institution, sans se donner la peine de les réfuter. ». Jean-Philippe Mestre, Le Progrès de Lyon du 18/04/1999.
"Du désir à la réalité, il y a un fossé. Ou plutôt... des fossés, relevés par les archéologues. Aux savantes interprétations (qui sont, bien évidemment les miennes), ces derniers opposent mille faits objectifs : plans, armes..." (extrait du catalogue 2002 de l’exposition de Bibracte "sur les traces de César" sous l'autorité de Vincent Guichard, directeur du Centre archéologique européen du mont Beuvray).
À la fin de mon interview diffusée par FR3 Bourgogne le 14 avril 1999, refusant le débat, ce fidèle de M. Goudineau se retranche derrière la communauté scientifique en déclarant que ... dans la communauté scientifique, ça fait belle lurette que plus personne ne doute. Ça fait au moins 130 ans que plus personne ne doute de la localisation de Bibracte http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/on-ne-va-pas-recommencer-une-103035
Puis, apparemment saisi par le doute, rédacteur anonyme probable de la réponse de la ministre de la Culture à une question écrite, il s'exprime ainsi en 2013 : La stricte identification de Bibracte au site du Mont Beuvray s'avère d'un intérêt accessoire http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-21322QE.htm
Se ménageant, lui aussi, une position de repli, il avait écrit dès 1998 dans le numéro 55 de la revue Gallia : ... Si le développement d'une ville à cet endroit (mont Beuvray) s'explique assez bien par une situation privilégiée au point de rencontre des bassins de la Loire et de la Seine et de l'axe Saône-Rhône, l'installation sur cette montagne défie apparament toute logique à l'échelle de la microrégion si l'on se réfère aux conditions topographiques et climatiques : pluie, froid, brouillard, pentes, qui ne sont pas des conditions idéales pour une agglomération qui se veut urbaine.
Bref, le responsable de l'identification erronée du site de Bibracte au mont Beuvray, c'est Bulliot, un marchand de vin qui vivait au Second Empire.
Après ce premier scandale d'une erreur de localisation qu'on ne veut pas reconnaître, le second scandale est d'extrapoler, à partir des fouilles du mont Beuvray, cette idée absolument absurde que les Gaulois ne construisaient qu'en bois.
C'est ainsi que les trois hautes tours, évidemment en pierres, dont les traces ont été retrouvées à Bourges - la plus belle ville de la Gaule selon César - sont attribuées aux Romains alors qu'elles sont évoquées dans une médaille gauloise http://www.dumez-numismatique.com/article.asp?langue=fr&article=8560, et alors que César écrit avoir dressé contre elles une rampe d'assaut de près 23 mètres de haut (DBG VII, 24).
C'est ainsi que lors des journées du patrimoine, les visiteurs ne peuvent me croire quand je leur affirme que la tour de Taisey proche de Chalon, toujours existante, en pierres, date de plusieurs siècles avant J.C..
En expliquant l'origine de notre histoire gauloise à partir de la cité chalonnaise citée par Strabon, la vision est en effet toute autre : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/bibracte-cabillodunum-aveuglement-158704
Alors que Rome n'était encore construite qu'en bois au temps de Néron, ce qui favorisa son embrasement, les maisons de Bibracte que je situe à Mont-Saint-Vincent et celles de Cabillodunum que je situe à Taisey, proche de l'actuel Chalon, étaient en pierres cimentées de chaux. Elles possédaient même des cheminées intérieures pour se chauffer.
Au IVème siècle, bien en avance sur l'Italie, pratiquement toutes les cités gauloises avaient déjà leur basilique - c'est ce qu'indique la carte de Peutinger - et cela nous oblige à une réinterprétation absolument révolutionnaire de notre fabuleux patrimoine dit roman.
Turpitudes et belles carrières pèsent plus que la recherche de la vérité historique.
Par lettre DP/B2/PCM/CG du 3/3/93, Mme WANDA DIEBOLT, sous-directeur de l'archéologie, me remercie pour l'envoi de mon "Histoire de Bibracte, le bouclier éduen". Il entrera à la bibliothèque de ce service. Elle ne l'a probablement pas lu. Tragique conséquence : c'est sous son ministère que sera effacé le messie guerrier en armes qui figurait dans la fresque de Gourdon, fresque judaïque que je date du Ier siècle avant J.C.. Mme Diebolt a continué tranquillement sa carrière ; elle est aujourd'hui présidente de l'EPCC Bibracte.
Marie-Christine LABOURDETTE a été directrice des affaires culturelles de la région Bourgogne de 2003 à 2007. Elle est au courant de ma contestation et de mes ouvrages mais en bon élève de l'ENA, elle a fait le choix du consensus. Elle est actuellement directrice adjointe chargée des musées à la direction générale des patrimoines et soutient activement le musée du mont Beuvray.
Mme Isabelle BALSAMO a été en charge de la sous-direction de l'archéologie de 2003 à 2011. J'ai entretenu avec elle un courrier amical mais sans résultat, c'était à prévoir. Elle est actuellement cheffe de l'inspection du patrimoine.
L'actuelle Directrice Régionale des Affaires Culturelles de Bourgogne est actuellement Mme Creff. Elle ne répond ni à mes invitations ni à mes courriers.
Je ne suis qu'un honnête citoyen, latiniste, qui s'intéresse à l'Histoire.
Le 30/10/81, invité avec des représentants de la Culture et d'autres officiers, à une réunion sur le site d'Alise-Saint-Reine, j'ai apporté mon soutien au professeur Le Gall, en tant que latiniste et militaire, mais tout en faisant des réserves sur son explication de la bataille ; je cite le journal Le Monde du 11/11/81 : ces propos ont été approuvés par au moins l'un des invités : le lieutenant-colonel Mourey. Au cours du déjeuner qui a suivi, j'ai mis en doute la localisation du site de Bibracte, malheureusement sans succès. De là date ma décision d'écrire.
Le 23/12/1992, j'ai fait paraître un article à mes frais pour annoncer la parution de mon premier ouvrage dans lequel je dénonce, arguments à l'appui, l'erreur de localisation de Bibracte. A ma grande surprise, le journal de Saône-et-Loire m'a devancé en publiant un article le 22/12, soit un jour avant, tout en me présentant comme un original. Depuis cette date, ce journal me refuse tout débat.
Même réserve de la part de la Société éduenne d'Autun qui a refusé de m'entendre (JSL du 3/3/1994).
Même réserve de la part de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Chalon-sur-Saône qui, par lettre en date du 10/11/1995, s'est désolidarisée de ma démarche.
Autorité officiellement reconnue et directeur du centre archéologique européen, M. Vincent Guichard a clairement fait savoir dans une interview accordée à France culture le 11/02/95 qu'il ne fallait pas recommencer une polémique comme celle qui a eu lieu pour Alésia... ce qui explique tout.
Je ne me plains pas, je déplore la déliquescence du service public.
Et la comédie continue avec la thèse absurde d'une Alésia en Franche-Comté
Je connais Mme Porte, l'invitée d'honneur de l'alésia franc-comtoise, présentée comme une éminente latiniste. J'ai échangé avec elle une courte correspondance. Elle connaît mes travaux. Elle est parfaitement au courant que je considère sa traduction du texte de César comme débile, fausse et honteusement orientée mais elle s'en fiche http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/alesia-le-serpent-de-mer-est-de-152891. Elle sait que sur le plateau, elle n'aura, face à elle, aucun latiniste sérieux pour la contredire, que les quelques archéologues qui seront là se sont déjà déconsidérés par leurs critiques du texte césarien et qu'elle aura beau jeu de lever haut et fort l'emblème gaulois de Vercingétorix tout en fustigeant les dépenses somptuaires du musée d'Alise. Et tout ce cinéma sous l'oeil bienveillant d'un Stéphane Bern acquis à sa cause.
Je déplore, une fois de plus, cette situation qu'accompagne le silence assoudissant de la puissance publique. Madame Creff, représentante de la ministre, directrice de la DRAC, est issue de l'école des chartes. Elle connaît le latin et se trouve donc tout à fait habilitée pour trancher entre les bonnes et mauvaises traductions du texte césarien. J'ai du mal à croire que lors de la récente visite de Madame Fleur Pellerin, on n'ait parlé que de la restauration de l'hôtel particulier où loge le service.
Madame Creff, qu'avez-vous à nous dire ?
Emile Mourey, le 8 novembre 2014, auteur de 282 articles sur Agoravox, de sept livres publiés, site internet www.bibracte.com.
Renvois
(1) Cicéron et César évoquent cette bataille sous le nom de Magetobriga et Admagetobriga (Cicéron, ad Att.,1,19,2, César DBG I, 31). Il s'agit du site de Mesvres aux nombreux vestiges dont certains encore existants que les chartes les plus anciennes nomment Magobrium, mot bien évidemment abrégé de Magobrigum. On y a retrouvé, au signal de Notre-Dame-de-la-Certenue, la trace d'un camp antique qui ne peut être que celui de la coalition gauloise.
(2) Le nom de la montagne a survécu, au-dessus d'Autun, sous le nom de Montjeu, mont Jovis, la montagne de Jupiter.
(3) Bibracte et les Eduens, à la découverte d’un peuple gaulois, page 4.

Hommage au merveilleux écrivain que fut Jules César

