La fin du capitalisme
« L’histoire se répète deux fois, une première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. » Karl Marx. Actuellement, nous nous trouvons en période de farce. (1)
Lawrence H. Summers, Larry pour les intimes, économiste et homme politique américain, jette l’éponge et va à Canossa. Enfin presque. Après la récente publication de ses derniers e-mails scabreux, échangés de façon répétée avec le sulfureux Jeffrey Epstein, en 2019 encore, onze ans après sa première condamnation pour trafic sexuel, demandant conseil sur la façon de prolonger une relation amoureuse avec une jeune femme qui n’était pas la sienne, le pécheur repentant se retire finalement de toutes ses fonctions, publics et privés, même du conseil d’administration de l’entreprise d’intelligence artificielle Open AI.
Quoi qu’il en soit, il n’a pas l’air d’avoir convaincu grand monde de sa sincérité. En tout cas, il s’est fait copieusement huer par un parterre d’étudiants à l’université de Harvard où il avait opéré, d’abord comme professeur, avant d’embrasser une carrière politique, et par la suite comme président, entre 2001 et 2006. (2) (3)
Tout avait pourtant si bien commencé. Né avec une cuillère d’argent dans la bouche, fils de deux professeurs d’économie à l’université de Pennsylvanie, neveu de deux prix Nobel d’économie, Paul Samuelson et Kenneth Arrow, excusez du peu, Larry était ce qu’on appelle un enfant prodige. A l’âge de 7 ans il était capable d’énumérer les membres du gouvernement de John F. Kennedy et dans sa jeunesse il apparaissait régulièrement dans des émissions de « jeux-concours » où il avait réponse à tout, de sorte à ce que l’émission commençait à être à court de questions. (Politico)
Après ses études au MIT (4) (5) « Massachusetts Institute of Technology » et ses études supérieures à Harvard, sous l’aile de l’économiste conservateur Martin Feldstein, Larry Summers devint, à l’âge de 28 ans, le plus jeune professeur titulaire dans l’histoire de l’université de Harvard. En 1993 il reçut la « John Bates Clark Medal » une récompense, décernée à des économistes en dessous de l’âge de 40 ans, ayant contribué de manière significative « au savoir et à la pensée des sciences économiques ». (Politico) (6)
Quoi qu’il en soit, la carrière académique paraissait trop ennuyeuse au jeune prodige, qui aspirait à une destinée plus glamour et, pourquoi pas, glorieuse. Ainsi, il s’empara d’une carrière politique, d’abord au service du Parti Républicain, en tant que poulain de son mentor, Martin Feldstein, devenu, en 1981, président du « Conseil des conseillers économiques » du Président Ronald Reagan (7) , ensuite au service du Parti Démocrate, en tant que collaborateur du Secrétaire au Trésor de l’administration Clinton, Lloyd Bentsen, et puis, en tant qu’adjoint de son successeur Robert Rubin, auprès duquel il gagna ses lettres de noblesse pour son talent de « restructurateur » de dettes souveraines dans ce qu’on appelle communément la crise de la dette des pays en voie de développement des années 1990, une suite logique de celle des années 1980, la crise latino-américaine (Tequila crisis), une constante dans l’histoire du capitalisme, une crise, plus ou moins importante, tous les 10 ans en moyenne, depuis la tulipomanie au 17ème siècle. Sa réputation d’un dur à cuire lui valut un intermède en tant qu’économiste en chef auprès de la Banque Mondiale entre 1991 et 1993.
Au mois de février 1999, le magazine américain TIME publiait, en première page, une image du trio infernal, Alan Greenspan, le patron de la Réserve Fédérale, le Secrétaire au Trésor, Robert Rubin et Larry Summers en titrant : « Le comité qui sauvait le monde ». (Politico)
Quelques mois plus tard, ce fut Larry Summers qui prit les rênes du Département du Trésor, jusqu’à la fin du mandat du président Bill Clinton en 2001, et quel mandat, en tout cas pour le monde merveilleux de la finance, dont la pièce maîtresse fut sans doute l’abrogation de la loi Glass-Steagall de 1933, une loi en réponse à la crise boursière d’octobre 1919, crise qui marqua le début de la Grande Dépression, prélude à la Seconde Guerre mondiale (Glass-Steagall Act), loi remplacée, sous la pression de Wall Street, par la loi Gramm-Leach-Bliley (Gramm-Leach-Bliley Act) qui autorisait dorénavant les banques commerciales à exercer des activités de banques d’investissement et d’autres activités, liée aux valeurs mobilières, ce qui avait permis la création de larges conglomérats financières complexes, combinant banque commercial et banque d’affaires, une législation que certains économistes, hétérodoxes bien entendu, rendaient responsables de la crise des « subprimes » en 2008.
Pour compléter le tableau, il convient de mentionner au passage l’autre chef d’œuvre néolibéral de l’administration Clinton, l’abrogation du « Telecommunications Act » signée par le président Franklin D. Roosevelt en 1934, et le remplacement de celui-ci par une version plus favorable aux entreprises privées grâce à l’introduction d’une bonne dose de « marché libre et non faussé » dans un secteur (trop) fortement régulé (voir ci-dessus), ce qui a conduit à une concentration sans précédent dans le secteur des médias américains, qui sont dorénavant dominés par quatre conglomérats : Comcast NBC Universal, The Walt Disney Company, Warner Brothers Discovery, et Paramount Skydance.
A sa sortie, temporaire, de la politique en 2001 Summers fut nommé Président de l’université de Harvard, où il acquit la réputation douteuse d’un « éléphant dans un magasin de porcelaines », pour son style et son comportement cassant et arrogant. (Politico)
Entre 2009 et 2010 le sémillant économiste occupait le poste de Président du Conseil économique national, comme son mentor Martin Feldstein en 1981, dans l’administration du Républicain Ronald Reagan, étincelle, néanmoins comparse, du courant du néolibéralisme (8), au service du démocrate Barack Obama (9) (10) cette fois ci, juste à temps pour s’occuper de la crise des « Subprimes ». (11)
Il faut bien dire que l’économiste n’avait pas toujours été dans les bonnes grâces du Parti Démocrate, surtout après avoir âprement critiqué le projet de loi de relance économique de 1'900 milliards USD de l’administration Biden en 2021, pour « sortir de la crise du Covid », en le considérant comme inflationnaire, ce qui n’est pas faux, pas pour les bonnes raisons toutefois, (11) (12) (13) mais que le média politique américain « Politico », racheté, pour la petite histoire, par le groupe allemand de presse Axel Springer en 2021, (14) considère comme justifié pour les mêmes mauvaises raisons que Larry Summers bien sûr. Dogmatisme quand tu nous tiens.
Toujours est-il, après 45 ans de néolibéralisme, la question se pose. Capitalisme, Quo vadis ? Au début du mandat présidentiel de feu Ronald Reagan, la dette publique des Etats-Unis s’élevait à 738 milliards USD, à la sortie de son mandat en 1989, celle-ci avait triplé, pour atteindre la somme de 2’100 milliards USD. En 2008, avant la crise des « Subprimes », celle-ci s’élevait à 10'000 milliards USD, en 2019, avant la crise du Covid, on était à 22'700 milliards USD et aujourd’hui, à peine six ans plus tard, nous sommes à 38'000 milliards USD ou 125 % du produit intérieur brut PIB.
« Que faire ? » demanderait Lénine. Le cheval de Troie du néolibéralisme, le Partenariat Public Privé PPP, est passé par là, et sur son passage, il a sucé la moëlle de l’état providence, du vol légalisé d’argent public que la banquière d’affaires et ancienne Secrétaire adjointe au logement dans le gouvernement de feu George H.W. Bush entre 1989 et 1990, Catherine Austin Fizz, estime à 20'000 milliards USD, partis dans les poches d’intérêts privés. Rien que les 20 ans d’occupation d’Afghanistan par l’armée américaine ont couté le trésor public la somme de 2'000 milliards USD, sans compter les dégâts collatéraux.
Les modèles prédictifs théoriques sortis des meilleures universités et autres écoles d’élites ont failli à leur devoir, que ce soit en matière de sciences économiques, ou toutes autres sciences d’ailleurs, comme on a pu le constater ces derniers 5 ans. Nous sommes arrivés à un point de non-retour, la fin d’un système socio-économique vieux d’à peine quelques siècles, le capitalisme. Ce qui suivra dépend de nous.
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/tintamarre-253533
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/harvard-orwellienne-jusqu-au-bout-197310
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-maison-al-saoud-bienfaitrice-de-209073
- https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/le-libre-marche-236214
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-libre-education-superieure-208265
- Martin Feldstein, économiste américain, President du Conseil des conseillers économiques (Council of Economic Advisers) et Conseiller économique en chef du président Ronald Reagan.
- https://youtu.be/T2zLt-tdf1M
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-fable-de-la-liberte-224838
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/un-president-ne-devrait-pas-faire-224495
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/qui-a-peur-de-timothy-geithner-206508
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/shadow-banking-217959
- https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/monetarisme-231734
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/inflation-232941
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/new-deal-232785
- https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pouvoir-mediatique-220922

