lundi 24 octobre 2011 - par ddacoudre

La guerre des dettes

Dans le midi la saison estivale de chasse sous-marine s’achève avec l’arrivée des premières fraicheurs. Je reprends donc le clavier pour commenter l’actualité avec cet intermède qui dure depuis le mois de mars.

Il est vrai que cette année dans le midi un temps agréable aura duré depuis lors, même si la chaleur torride ne fut pas au rendez-vous et les poissons non plus.

J’ai tout de même suivi l’actualité d’une oreille et d’un œil, visiblement je n’ai rien perdu.

Nous ronronnons dans les schémas habituels, et il ne peut en être autrement, et il n’y a bien qu’en science que les innovations et les découvertes affluent, mais peu d’entre nous s’y consacrent à leurs lectures.

Cela est bien regrettable, car elles préfigurent les possibilités de notre futur, sous réserves que nous ne commettions pas les mêmes erreurs d’analyses qu’au début du vingtième siècle en imaginant qu'elles seraient des vérités absolues nous dispensant du débat d’idées, de la nécessité de s’instruire, d’apprendre, de réfléchir, de secouer le cerveau bloqué que nous construisons par la pensée unique.

Nous vivons cela au travers de la pensée économique depuis la chute de la pensée communiste, qui elle-même, au travers de dirigeants aux esprits bloqués et dictatoriaux, a discrédité l’approche et la lecture holistique du monde au seul bénéfice de l’individualisme débouchant sur l’idéologie « égologique » mettant à mal l’indiscutable complémentarité de chaque individu de la collectivité humaine malgré tous ses drames.

Si la singularité de chacun est indiscutable et constitue un élément à valeur variable de l’édifice sociétal, il ne peut être discuté, que comme pour un puzzle c’est la totalité des pièces uniques qui donne l’image, et la perception de cette image est problématique car elle est fortement dépendante de la raison qui n’est pas la base de ce qui guide nos sens comme nous pouvons le constater dans ce monde devenu par la technologie celui des communicants par l’image et le son visant nos émotions et non notre raison, ou notre raison quand l’on sait qu’elle éveillera une émotion.

Il devient donc important, non de détenir une vérité, mais de disposer d’un juste à propos de toute situation et d’une capacité de discernement qui n’est jamais aboutie.

Pour ce faire nous disposons de langages sémantiques et mathématiques fondateurs avec lesquels nous élaborons des théories que nous pensons irréversibles alors quelles s’effondrent tour à tour mais nous ne pouvons pas vivre avec cette idée, et cela constitue une capacité de superstition que toutes les civilisations développent en élaborant des moyens de divination et de lecture de l’avenir que ce soit les mésopotamiens en interprétant le vol d’un oiseau ou nos économistes contemporains.

C’est ainsi qu’aujourd’hui nous vivons dans leurs suggestions comme hier les mésopotamiens dans celles de leurs devins. Ceci pour dire que l’homme a besoin d’être assuré sur son avenir, et c’est peut être pour cela que tant d’hommes politiques s’y appliquent dans leurs programmes et leurs déclarations.

Comme nous ne pouvons y échapper et que tous nous y participons il devient facile d’imaginer la stratégie qui se construit pour les élections présidentielles de 2012, des hommes politiques nous expliquerons en ayant interprétés le vol des chiffres des économistes qu’il n’y a pas de salut en dehors de leur comptabilisation.

En 1999 j’écrivais ceci : « la richesse ne sert à rien, si elle n‘a pas une utilité communautaire, hormis satisfaire son ego. Cela, d’autant plus, que la communauté a le pouvoir de dessaisir tout particulier de sa richesse, mais ce n’est pas tant cela qui est important. C’est surtout, que l’évolution de notre civilisation s’est construite sur la technologie. Cette technologie se manifeste aujourd’hui par la puissance de cerveaux qui ne sont pas les nôtres, les ordinateurs, et il y a un danger à leur confier nôtre existence, si leur puissance ne peut-être comprise de ceux qui y sont soumis, si le moindre incident les pousse à la panique et à la paranoïa, si les hommes ne peuvent pas comprendre leur destin au moyen de leur Etre sensible. Ceci n’est pas en contradiction avec le fait que toute notre activité sociale ou/et notre univers puissent être traduis en langage mathématique. Il ne faut pas se méprendre entre les mathématiques qui tentent de définir ce que nous sommes, et qui sont d’une utilisation scientifique, et celles qui comptabilisent notre organisation sociale culturelle qui ne sont que le reflet de cette activité, et par-là même sont relatives, comme les valeurs que nous définissons avec.

Nous en avons l’exemple quand il suffit de dire aux hommes qu’ils manquent de l’argent, pour voir aussitôt tout le monde stocker, se jeter dans des valeurs refuges, alors qu’ils ont tout à leur disposition, la matière première, la technologie, leur capacité de travail, et qu’ils ne risquent rien, qu’ils ne manquent ni de nourriture, ni de quoi se vêtir, ni de quoi s’abriter, ni de la capacité d’émettre de la monnaie.

Pourtant, au seul cri de « il manque de l’argent » tous croient que ce qu’ils ont n’existe plus. C’est cela la paranoïa ; se croire menacé par un danger imaginaire, ce qui est le cas avec la monnaie qui n’est qu’un système fictif, système fictif sur lequel la communauté a tout pouvoir. Tout pouvoir parce que nous disposons des moyens de suivre efficacement notre activité micro économique grâce à notre technologie.

Aussi, je ne vois vraiment pas pourquoi les hommes s’affoleraient parce que quelques rentiers vont être ruinés, d’autant plus que ces rentiers ne perdent rien, puisqu’ils leur restent leur force de travail, ce qui n’est pas le cas de tous les handicapés ».

Ainsi dans ce débat qui se poursuit autour de l’euro et de la dette des états nous vivons les conséquences d’idéologues qui se sont prévalu du libéralisme pour nier le rôle du pouvoir populaire et assoir le libéralisme capitalistique dans le monde et entrer ainsi en « religion ».

C’est en cela qu’un euro vendu politiquement salvateur pour les membres de la communauté européenne devient, au tournant d’une crise des subprimes, l’abime qui s’ouvre sous nos pieds, et soudainement des agences de notation créées pour garantir la fiabilité des emprunteurs dans le privé font la Une et menace les états de leurs notations, comme si les emprunteurs avaient fuit les états fortement endettés comme le Japon 229% ou les Etats unis avec 100% (estimation 2011).

Pourtant s’il y a bien une structure qui perdure par rapport à une entreprise privé ce sont bien les états, mais voilà les idéologues « néolibéraux » n’ont eu de cesse de plaider pour une gestion entrepreneuriale des états, une ineptie car la comparaison ne se soutient pas.

Si nous pouvons évaluer l’actif d’une entreprise, pas en totalité celui d’un état, l’état contraint par la loi et lève l’impôt et taxes, pas l’entreprise, pourtant certains pouvoirs régaliens comme la police et l’armé se déplacent vers l’initiative privé, et certains grands groupes étatsuniens se financent une police et soldatesque privé, se constituant ainsi des seigneuries modernes.

A la base il y a toujours le même discours, entretenir les pouvoirs régaliens et autres initiatives d’un état exige un financement (impôts taxes) que les « néolibéraux » jugent toujours trop élevé quand il s’agit des services de celui-ci et toujours insuffisant quand ils doivent concerner les investissements entrepreneuriaux privés. Qui se souvient encore des discours de Fillion et du président concernant les relances économiques, avec au bout l’échec que nous constatons aujourd’hui.

Cet aujourd’hui dans lequel les commentateurs et la presse, à l’exception de quelques uns, ressassent sans aucun recul ou analyse les certitudes des « néo libéraux » en plein paradoxe continuant de vendre leur idéologie comme vérité irréductible et recourant à l’interventionnisme de l’état, qu’ils n’ont eu de cesse de dénoncer, pour régler les difficultés créées par les initiatives privés.

Dans cette fausse crise de la dette des états qui repose seulement sur des critères suggestifs arbitraires (critères de Maastricht) et une éventualité hypothétique de la faillite d’un états, chacun cherche le bouc émissaire pour refuser l’évidence qui c’est dévoilés ces dernières années, que reléguer l’état au rang d’emprunteur privé sur le marché financier fut à long terme une erreur, car en définitive il apparait clairement que si nous voulons conserver l’Euro comme monnaie commune, il faudra en arriver à ce que la BCE devienne « cofinanceur » voire seul financeur des emprunts d’ état, ce qu’elle fait en rachetant des dettes.

Mais voila contre vent et marée les « néolibéraux » agiteront les spectres du passé, comme s’il était possible de le ressusciter, et n’accepteront un autre type de financement des états que contraint et forcé par les événements ou le peuple.

Pour juguler cet endettement dans des pays où la croissance traditionnelle n’est plus au rendez vous c’est à la régression qu’il est fait appel, et nous avons suivi combien il était difficile de la faire vivre et partager par les nanties.

 Mais là aussi quand l’on appartient au 10 pays les plus riches du monde il faut avoir un culot monstre pour proposer la régression sociale, même si les études de HSBC pour 2050 nous place au 9è rang en PIB au lieu du 6è actuel.

La bagarre des chiffres et donnés économiques au jour le jour devient grotesque, elle sert à masquer l’absence de projet à long terme sur l’orientation que doit prendre notre pays et bien d’autres pour se trouver de nouvelles sources de croissances et d’énergies.

Or l’approche capitalistique d’aujourd’hui est un frein car les investisseurs ne s’engagent qu’en l’assurance d’un retour sur investissement juteux et là où il serait nécessaire d’engager des sommes énormes pour diversifier la production d’énergie renouvelable propre ou moins énergivore par exemple, l’on bégaie, l’on tergiverse, l’on évalue leur rentabilité financière, bref nous sommes incapables d’avoir un engagement financier colossal, car il faut aller chercher la monnaie sur le marcher financier.

Nous savons que la consommation des pays qui vont nous reléguer aux 9è rangs va épuiser nos ressources actuelles, et si nous ne voulons pas guerroyer pour ne pas nous appauvrir, il va bien falloir nous décider à investir massivement par une création de monnaie, que ne peut-nous fournir le marché financier, pour accélérer les innovations, les découvertes scientifiques et la recherche qui nous permettra de sortir du catastrophisme actuel.

Sauf que nous sommes là dans une démarche politique, dans l’interventionnisme régulateur du politique au service de la collectivité (même mondiale) par rapport au seul intérêt privé et « égologiste ».

L’exemple de l’Ukraine, futur grenier du monde, en est la démonstration type, ce sont des investisseurs privés qui ayant flairé le filon créé par le développement et les besoins nutritifs de la population mondiale croissante y développent l’agriculture, et la paysannerie locale va s’en trouver exclu faute d’une vision de l’état Ukrainien autre que néo libérale.

Par cela je ne veux pas éluder de la nécessité de vivre la réalité présente et les forces en présence qui s’y affrontent, je ne veux pas éluder le besoin de répondre aux attentes des moins nantis, mais il ne faut pas oublier que ce sont aussi eux qui dans tous les pays de la communauté votent pour les représentant du néolibéralisme, alors il est parfois trop facile d’attribuer la responsabilité de l’évolution des affaires économiques aux seuls décideurs, qu’ils soient politiques technocrates parce que l’on ne voient pas que nous construisons par nos actes quotidiens les lendemains dont l’on se plaint.

Ce n’est pas là un reproche, mais la conséquence d’une monopolisation de la circulation de l’information au service de la pensé unique et de la non pensé canalisé par la "starisation", la « peoplelisation », le « storystelling », le voyeurisme, la canalisation d’une forte symbolisation comme moyen d’expression et l’infantilisation comme refuge face aux difficultés de lecture d’un monde complexe.

Inverser cela en faisant appel à la raison si peu présente en nous me parait un défi inabordable, l’on n’évacue pas trente ans de lobotomisation « néolibérale » en une élection fût-elle présidentielle, d’autant que les néolibéraux ont structuré leur puissance, disqualifié les oppositions rendant les changements hasardeux pour des hommes qui recherchent des assurances.

Mais pourtant je pense que toute cette fiction autour de l’euro qui n’est qu’élucubration d’une caste dirigeante risque d’être fédératrice d’un rejet du « néolibéralisme » qu’il conviendra de guider vers un projet sociétal novateur.



7 réactions


  • Robert GIL ROBERT GIL 24 octobre 2011 11:18

    Il est malhonnête de parler de dette sans examiner les avoirs. On n’est pas en faillite simplement parce qu’on est endetté, mais seulement quand on a plus de dettes que d’avoirs. Mais si l’on brade ses biens, et que l’on continue à rembourser sa dette on se met soi-même dans une situation difficile.
    Voir ce PPS qui explique le probleme :
    http://2ccr.unblog.fr/2011/09/18/pps-comprendre-la-dette/


    • ddacoudre ddacoudre 24 octobre 2011 18:29

      bonjour Gil

      merci pour le lien.
      nous sommes dans un débat idéologique, la seule réalité tangible demeure ce que nous sommes capables de produire et de créer comme biens et services. nous ne sommes habitués a compter ce que nous ne pouvons pas faire faute de monnaie disponible.
      avec une population qui croit et réclame une aisance de vie, la circulation monétaire ne suffira plus, et les emprunts contre intérêts deviendrons un frein dangereux. il est temps d’envisager un autre mode de croissance qui soit civilisé car nous sommes toujours sous nos impulsions grégaires que revendique le « néobéralisme » .

      cordialement.


  • barbapapa barbapapa 24 octobre 2011 15:45

    La guerre qui commence est plutôt la guerre des taxophiles contre les corporatisophiles


    Les taxophiles ont gagné la bataille des taxes sur les mutuelles, ont gagné une embuscade sur les sodas, les corporatisophiles ont gagnés la bataille des parcs d’attraction.

    Une guerre féroce qui va laisser que des morts dans la société civile.

  • ddacoudre ddacoudre 24 octobre 2011 18:37

    bonjour barbapapa

    oui j’ai écouté cela, tout ces gens qui sont par ailleurs intelligents ont le cerveau tellement bloqué
    par leur idéologie qui est devenu dogmatique qu’ils ne peuvent que s’enfoncer un peu plus.

    cordialement.


  • velosolex velosolex 25 octobre 2011 12:25

    La dette n’est pas un accident, mais correspond à une volonté délibérée de mettre les états sous tutelle.
    Tout est parti de cette loi, datant de 73, dite Rostchild-Pompidou, obligeant les états à ne plus se financer auprès de leur banque centrale, mais de s’endetter auprès de banques privés.

    Seconde étape : Baisser l’approvisionnement, c’est à dire diminuer si considérablement l’imposition des plus riches ( sous un prétexte fallacieux, en prétendant que cette argent leur servirait à investir, et donc que tout ce bon argent retomberait sur tous comme une pluie d’hosties..) que cela revenait pour les états à se tirer une balle dans la tête, ou du moins dans le pied.

    Gros Jean comme devant, faisant semblant de se désoler qu’il n’avait maintenant plus rien en poche,( alors qu’il venait de provoquer cet état de paupérisation ) le gouvernement, si l’on peut appeler ainsi la mafia en place, mandatait une bande d’experts, prodigieusement payés, qui concluaient que le pays vivait maintenant au dessus de ses moyens.

    Il y avait le feu dans la baraque, mais l’on décidait curieusement de supprimer la caserne des pompiers, ces fonctionnaires qui coutaient bien trop chers à la collectivité.
    D’ailleurs, on avait déjà fermé à demi le robinet. Car la gestion de l’eau coutait trop cher à l’état, ( un nom maintenant un peu obscène) et il n’y avait donc plus d’eau dans les tuyaux pour éteindre le feu.

    Devant les décombres en ruine, il fallait bien reconstruire, et qui donc était mieux placé maintenant que les banquiers pour prêter ce bon et bel argent qu’on leur avait filé.
    Hé ! Mais comment faire pour les rembourser ensuite.....

    Pour la suite, lisez les affaires en correctionnelle traitant de ces pauvres idiots s’étant laissé allés au crédit revolving, et se retrouvant à poils, pour ne pas dire avec une corde autour du cou.....

    Il est dans les mille et une nuits des contes à dormir debout,
    mais celui de cette fameuse dette les surpasse en tout : Celle de pays riches et puissants, ordonnés, défendus, dont les villes étaient entourés de solides remparts.
    Hors, un matin, les prélats ont remis les clés de la ville à une bande de hors la loi, sans aucune explication ni raison, en nous priant d’avancer le cou, quand ils voudront nous couper la gorge.


  • ddacoudre ddacoudre 25 octobre 2011 13:32

    bonjour vélosolex

    caricatural pour faire court, mais comme tu l’écris nous sommes dans un conte, et cela est notre capacité humaine a catir des mythe fondateurs qui nous affecte et donc il est bien difficile de s’extraire.ddacoudre.over-blog.com ..

    cordialement.


    • velosolex velosolex 25 octobre 2011 16:18

      Bravo pour cet article. j’ai dernièrement écrit un article, au sujet de la dette qui malheureusement n’a pas dépassé semble t’il les modérateurs. Je faisais le parallèle entre cette crise, et celle de 40, ou un historien, Marc Bloch, fusillé en 44 pour résistance, écrivait en 40 un livre publié après guerre.
      Ce livre, c’est « L’étrange défaite »

      Face à la débâcle, il se questionne. Comment en est on arrivé là : Il met en cause les politiques, les militaires, la morgue et l’incapacité de tout ce beau monde, une acceptation de la défaite avant qu’elle n’arrive.
      Il y a sans doute bien des Marc Bloch. Mais on ne les laisse guère s’exprimer, et encore moins agir.


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