La morale en pilule
Je ne sais plus quand a commencé ce qu'il est convenu d'appeler la "Morale". Certainement le jour où modifiant les comportements instinctifs pour les adapter aux diverses situations auxquelles l'homme en migration a dû faire face, il a dû définir un apprentissage adapté aux régions dans desquelles il a retiré son nécessaire pour survivre. Aujourd'hui rappeler que l'humain a pu passer de l'Afrique à "l'EuroAsie", de celle-ci dans les Amériques et l’Australie d’aujourd’hui, nous parait donner des informations dont l'on a que faire, et qui de surplus n’intéressent que les scientifiques contemporains ou ceux qui veulent suivre des filières d'anthropologie, d'archéologie et toute la suite des "Ologis" qui décortiquent notre monde.
Il est juste de dire que pour vivre il n'est pas utile de savoir que l'on pouvait aller d'EuroAsie en Amérique et en Australie à pied, pas plus que connaitre l'histoire de la colonisation de toutes les peuplades qui se sont organisées en sociétés structurées ne nous fera gagner à la loterie.
Or c'est dans le mixage de tous ces hommes qui ont circulé lentement durant des siècles, dans ce que sont nos continents d'aujourd’hui, que s'est forgée la morale, c'est à dire les meilleurs comportements pour vivre en bonne harmonie et intelligence avec les autres. Nous devinons donc que condamner autrui à la peine de mort peut être aussi moral que de faire traverser un passage clouté à un aveugle. C’est donc par elle que les hommes ont établi des us et coutumes et légiférés au nom d'Un tout puissant ou d'un collectif. Nos morcellements territoriaux en sont la résultante et nos" identités" justifient de l’histoire de nos enfermements. L'histoire qui raconte l'épopée humaine est une suite de massacres incessants toujours fondés moralement.
Aujourd'hui où les hommes s'essayaient à la mondialisation, nous observons que les massacres se font toujours au nom d'une morale qu'invoquent les protagonistes pour se placer dans la posture d'acteurs, "d’agressés", justifiant ainsi son droit de guerroyer, en appliquant ou pas les règles déontologiques qu'ont établie, par accord ceux de Genève ou les déclarations de l'ONU, des gens qui se connaissent pour envoyer s'entre tuer des gens qui ne se connaissent pas.
Face à ces situations la MORALE se perd dans un imbroglio de déclarations de faux culs assis sur leurs préjugés historicistes « civilisationnels », sur leurs identités "ethnicites" du fond des âges qu'ils trainent depuis la nuit des temps pour ne pas perdre leurs racines, mais qui débouchent sur de vrais morts, comme toujours.
Ainsi l'Homme dispose d'une morale générée par un comportement instinctif afin de réagir aux sollicitations de son environnement dans lequel il doit assurer sa survie, se nourrir, se protéger, s'accoupler et renouveler son espèce face à la mortalité.
En ce XXIe siècle se pose des problématiques éthiques urgentes sur la capacité de notre espèce de concourir à sa propre disparition, réchauffement climatique, armes nucléaires et bactériologiques, sans oublier la pollution chimique, tout cela, afin en toute bonne morale d’assurer sa survie. Tel est le paradoxe dans lequel se déploie la Morale aujourd'hui, car hier si elle n'était pas meilleure, elle ne comportait pas les risques majeurs que nous traversons.
Tout l'arsenal destructeur connu de tous sera effectivement statistiquement utilisé un jour, par accident ou en finalité d'un cheminement psychologique émotionnel basé sur le pouvoir supposé du libre arbitre.
C’est la première fois que les hommes se trouvent face à ce dilemme qui est la résultante de l'évolution cérébrale de l'homo sapiens devenu l'homme moderne d'aujourd'hui, pour lequel comme pour celui d'hier, son passé n'est qu'une donnée culturelle qui n'est pas nécessaire à son existence en tant qu'espèce biologique.
Des philosophes, comme Théodore Monod ou Edgard Morin caricaturaient l’homme en disant qu'il disposait d'une incroyable capacité créatrice technologique avec un cerveau encore "débile".
Le psychologue Joshua Greene à la suite de son étude de personnes, soumises à des choix moraux sous contrôle d'IRM fonctionnel, distingue un mode instinctif (automatique) agissant par des réglages automatiques qui conviennent aux situations pour lesquelles ils ont été programmés, (inné "culturalisé" par l'apprentissage). Ce qui les rend efficaces, mais pas très souple, (disons à la nouveauté). Puis il distingue un mode manuel (nous pouvons dire le libre arbitre en réorganisant le mode instinctif face aux incertitudes en innovant). C'est un mode souple mais pas très efficace, car les réglages prennent du temps. Ce sont les évolutions culturelles sur des millénaires, ex l'IVG.
Il conclut en disant le mode instinctif est efficace pour résoudre les problèmes de la vie quotidienne, mais n'est pas adapté pour résoudre des problématiques éthiques planétaires comme ceux évoqués.
De tous les temps des "scientifiques" ont existé (des gens qui détenaient à tort ou à raison des savoirs empiriques) influençant la morale de leur époque. Ceux d'aujourd'hui, mieux définis font de même avec de meilleurs moyens. Alors qu'ils soient philosophes, psychologues, religieux ou "neuroscientifiques" etc. ils ont avancé dans la compréhension des mécanismes qui sous tendent notre pensée et notre comportement éthique, par la Morale pour déterminer ce qui est bien et ce qui est mal.
Dans le même temps ils révèlent les limites du processus par lequel nous avons contribué à déterminer ce qui est bien ou mal, puisque subsiste l'usage possible d'un armement et une évolution climatique que chacun reconnait être le mal suprême de notre temps.
Comment le résultat du cumul d'actions individuelles capables d’entrainer une destruction collective se conjugue-t-il avec l’accès à la recherche d'un monde hédoniste.
1/ Se demander ce que nous devons faire, qui repose sur un mode instinctif que nous savons inefficace puisqu’il repose sur un mécanisme individuel instinctif inadapté pour répondre aux questions planétaires, qui impose de développer une pensée collective adaptative.
2/ Comment améliorer la morale de populations entières en utilisant des techniques biomédicales agissant sur les neurotransmetteurs, en ajoutant des médicaments dans l'eau d’approvisionnement. En quelque sorte la Morale en pilules, c'est l'axe de recherche qu'explorent certains scientifiques. S'il ne fait aucun doute que la psychiatrie dispose d'un arsenal médicamenteux pour réguler les humeurs des comportements individuels, il y a des limites à ne pas franchir pour rester dans le domaine médical.
Reste un problème majeur, comment diriger l’intérêt individuel vers une pensée collective adaptative par la Morale, alors que comme je l’ai rappelé (et nous le vivons par l’actualité dramatique) elle fluctue au rythme des cultures et de leurs mœurs.
Chacun peut comprendre les limites de ce genre d'usage médicamenteux, mais il existe. Or nous ignorons quels sont les critères de l'auto régulation dynamique de notre espèce. Des études dynamiques d'auto régulation de population animale réalisées par robert May débouchent sur des relations entre la complexité et la stabilité dans leurs espaces environnementaux. Ses travaux jouent un rôle clé dans le développement de l'écologie théorique entre 1970 et 1980. Notre espace disponible étant la planète et l'univers, nous pouvons convenir que le nôtre dépend de l'usage des moyens d'une pensée collective, complétée et non dirigée par l'usage de machine intelligente qui calculent plus vite que nous pour aller dans un univers où ne sommes que des tortues.
Pourtant ce n'est pas cet univers qui décidera si nous aurons un jour le courage de faire dire à la Morale que la guerre est un crime contre l'humanité, ou espérerons-nous que ce soit une pilule qui nous y pousse.

