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La solution fasciste (le parti et… l’armée) en attendant de découvrir la solution prônée par le lieutenant-colonel de Gaulle (13) - AgoraVox le média citoyen
mercredi 23 juillet 2025 - par Michel J. Cuny

La solution fasciste (le parti et… l’armée) en attendant de découvrir la solution prônée par le lieutenant-colonel de Gaulle (13)

Dans le numéro du 5 octobre 1923 de L’Écho de Paris, André Pironneau, futur promoteur avoué et dévoué (1934-1940) d’un De Gaulle prêt au pire, vit l’un des plus grands moments de sa vie de journaliste : le voici en présence de Benito Mussolini… pour le premier anniversaire de la prise de pouvoir musclée du Duce.

Serait-ce le modèle pour la France républicaine tout juste sortie vainqueur de la Grande Guerre, tandis que la révolution d’Octobre (1917) a fait naître l’espoir de temps meilleurs pour toute une partie des classes travailleuses, en Europe tout spécialement ?

À sa façon, Pironneau ne s’en remet pas :
« Je suis assis en face de lui, dans son cabinet de travail, une des salles aux dimensions imposantes de ce palais Chigi, construit par les Aldobrandini, siège, aujourd’hui, du ministère des affaires étrangères. »

Il faut en convenir, ici l’armée n’aura pas tenu le premier rôle. C’est Mussolini lui-même qui tient à le dire à son visiteur :
« L’État seul doit avoir la force armée, et l’armée ne doit pas faire de politique. »

Cependant, il ne faudrait pas se tromper sur le sens de son propos. Dans le régime fasciste, tel qu’il s’est mis en devoir d’en dessiner les grandes lignes, Mussolini est lui-même l’État. Il n’a pas eu à s’appuyer sur l’armée, mais, aussitôt, il s’est, en quelque sorte, saisi d’elle…
« L’armée n’a pas à approuver ou à désapprouver ; elle n’a qu’un devoir : obéir. J’ai fait une révolution politique et non militaire en faveur de l’armée, mais sans elle ; il ne fallait pas qu’elle y prît part ! »

En tant qu’en France, L’Écho de Paris est généralement perçu comme exprimant la pensée du Haut-Etat-major, il y a ici un petit écueil : même s’il est un ancien combattant de la Grande Guerre, Benito Mussolini n’est pas lui-même un militaire… Ces forces d’intervention, il les a trouvées ailleurs, et s’il sait tout ce qu’il leur doit, il ne néglige pas, pour autant, de réserver une place de choix à ceux pour qui, en France, André Pironneau a les yeux de Chimène…


« Mais je ne pouvais dissoudre mes chemises noires ; elles avaient fait, avec moi, la révolution. Je les ai transformées en milices, avec des cadres constitués par des officiers venant de l’armée. »

Parlons chiffres, pour éclairer le paysage fasciste dans ce qu’il aura su mobiliser, à lui tout seul, et sans faire aucun usage de la discipline tout simplement militaire…
« Cette milice est forte, aujourd’hui, de 300.000 volontaires ; elle peut être immédiatement portée à 800.000 par la mobilisation des membres du parti, qui sont tous, en fait, militarisés. »

« Militarisés », commandés, parfois, par des militaires, mais issus de la société civile… Voilà pour la force de manœuvre… Comment trouver l’équivalent dans la France des années vingt et trente… Encore n’est-ce pas là tout, du point de vue de l’effort produit par la seule société civile italienne…
« Le parti contrôle 2 millions d’individus : ses 800.000 membres, 100.000 « Babilla » (jeunes gens de 15 ans), 1 million d’ouvriers syndiqués, dont beaucoup travaillent en France. »
… qui pourraient, peut-être, y diffuser le bon message… À moins que la direction militaire locale ne s’en offusque…

À peine revenu de son éblouissement et rendu à sa solitude, André Pironneau se laisse aller à ses pensées… qu’il nous livre en toute innocence… Et nous consentons à recevoir tout cela en vrac :
« Le soleil étend sur la Ville Éternelle son manteau de pourpre et d’or ; le Janicule, Monte Mario, baignent dans la lumière. Vais-je me laisser prendre à l’attrait du passé ? Non, c’est au présent, à l’avenir, que je songe. Avec sa population de 40 millions d’âmes, ses 8 millions d’émigrés qui ne cessent d’envoyer régulièrement à la mère-patrie le fruit de leurs économies, les 200.000 naissances qui, chaque année, viennent en excédent sur le chiffre des morts, ses territoires dévastés en partie restaurés, ses cheminées qui fument, quelle volonté de vivre anime ce beau pays, fier, sobre et laborieux ! On a pu croire un instant qu’il perdait la tête, mais un homme est venu qui l’a remis dans le droit chemin. Cet homme sort du peuple, et, de ses mains puissantes, dans l’atelier de son père, il a battu l’enclume. Ce sont les destinées de l’Italie qu’il forge à présent. Il a l’intelligence, le bon sens et la mesure ; il a mis sa volonté de fer au service de la Patrie. Que pour sa grandeur, il lui soit conservé ! »

Prolongeons cet émoi dans la direction qui nous intéresse… Et qu’en France surgisse le même prodige !

Mais, puisque L’Écho de Paris nous a déjà si bien servi pour cette remontée dans le temps aux côtés d’André Pironneau, ne pourrions-nous pas poursuivre dans la même direction pour atteindre les comptes rendus qui ont accompagné, en son temps et dans ce même organe de presse, l’accession au pouvoir du… Duce.

Nous y voici. Il s’agit du numéro du 3 juin 1922. Nous y trouvons une note signée : C.
https://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k810723v/f1.image.zoom

(De notre correspondant particulier)
« Rome, 2 juin. - La situation peut être envisagée de la façon suivante : d’un côté, les forces fascistes déployées dans le formidable camp retranché de Bologne et qui, difficilement, adopteront l’invalidation d’une dizaine de députés fascistes ; d’un autre côté, les populaires, les socialistes et les nittiens, alliés dans de communes intentions antifascistes.
Au fond de tout cela, il est presque uniquement question du retour de M. Nitti au pouvoir. Les obstacles à ce retour semblent disparaître l’un après l’autre. D’Annunzio n’était pas un des moindres : le voici devenu socialisant. Deux hommes ou deux obstacles restent encore : le duc d’Aoste à la tête de l’armée et M. Mussolini à la tête des fascistes. M. Nitti sera-t-il de taille à les abattre ou à les capturer ? C’est ce que les événements nous diront bientôt. – C. »

Nous le voyons : l’armée se place en parallèle des fascistes… Que sera la suite ?...

Michel J. Cuny

 



8 réactions


  • Eric F Eric F 23 juillet 2025 17:14

    Le fascisme et le nazisme recourent au militarisme pour conquérir et garder le pouvoir, de Gaulle avait préconisé avant la seconde guerre mondiale des moyens pour que l’armée puisse défendre le pays, puis après la défaite a organisé et fédéré des forces combattantes pour libérer le pays envahi. 

    C’est donc l’inverse.


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 23 juillet 2025 17:36

      @Eric F
      Vous n’avez décidément toujours pas lu Vers l’armée de métier.
      Vous avez bien raison : c’est du De Gaulle tout pur... Et c’est donc une lecture extrêmement dangereuse pour les naïfs !... dont Hitler ne faisait surtout pas partie !!!...


    • Eric F Eric F 23 juillet 2025 20:00

      @Michel J. Cuny
      Vous l’avez lu avec des préjugés préalables, les mêmes que les politiciens de l’époque, qui considéraient qu’une armée de métier mènerait au césarisme. Or l’armée en France est devenue depuis trente ans une armée de métier sans prise de pouvoir militaire.
      Les considérations gaullienne sur le chef visionnaire et le rôle de la force militaire pour la puissance d’un pays ont été illustrées peu d’années après la publication, et restent d’actualité quand on voit la déconfiture de l’Europe actuelle sans visionnaire et sans autonomie de défense.


    • Michel J. Cuny Michel J. Cuny 23 juillet 2025 20:30

      @Eric F
      « Vous l’avez lu avec des préjugés préalables »... Et vous, comment l’avez-vous lu ? Qu’y avez-vous lu ? À quelles pages, précisément ?...

      Je crains que vous ne soyez qu’un parfait bonimenteur... qui ne fait que hurler avec les loups... sans du tout savoir de quoi il parle, lui, et qui ils sont, eux...


    • Eric F Eric F 24 juillet 2025 09:02

      @Michel J. Cuny
      Vous inversez la charge de la preuve, quelles citations alimentent vos accusations de vouloir utiliser l’armée pour prendre et exercer le pouvoir ? 
      Vous procédez par extrapolations, supputations, allégations et procès d’intention. Il en était de même pour l’extrait de presse sur lequel vous aviez consacré un article précédent.


    • mmbbb 24 juillet 2025 09:42

      @Eric F il est vain de converser avec cet auteur, 

      Quant à l armée de métier , Leon Blum s opposa a la théorie de Gaulle , il voyait en lui un « Mac Mahon »  ; Il le paya tres cher , il fut déporté .

      Cet auteur oublie l Espagne , Franco prit le pouvoir avec des mercenaires « etrangers » notamment les marocains .

      Espagne Italie , des pays en guerre civile comme en Allemagne .

      Un terreau propice à l avènement de pouvoir autoritaire . Une relation de cause à effet . Ce ne sont pas les militaires qui ont instaure un régime fasciste mais une crise sociale aigue .

      Le pouvoir autoritaire en France , ce fut Petain , après la défaite de l armée française .

      Cet auteur , que dire ! inutile de discuter ! 


    • Dudule 24 juillet 2025 16:00

      @mmbbb

      Dés les années 30, De Gaulle et Blum se connaissaient assez bien. Ils se sont opposés sur pas mal de questions, étaient en accord sur d’autres, et s’estimaient mutuellement.

      Je n’ai jamais lu cette citation de Blum sur De Gaulle à propos de Mac Mahon. Elle m’étonne, d’autant que Mac Mahon n’ayant pas été un dictateur, je ne comprends pas ce qu’elle veut dire. A part peut-être que De Gaulle avait des ambitions politiques, ce qui n’est pas forcément blâmable.

      Votre affirmation est bizarre aussi parce qu’elle laisse à penser que De Gaulle aurait déporté Blum...


    • LeMerou 25 juillet 2025 05:47

      @mmbbb

      Je ne suis pas pour la réécriture de l’histoire, par contre que des éléments nouveaux avérés et précis soient portés à notre connaissance, ne sont pas inutiles, ces derniers devant être d’une impartialité sans faille, permettant ainsi au lecteur ou ceux qui le souhaitent d’avoir une autre vision d’un déroulé historique, qui disons le ont toujours été relativement édulcoré pour la cause.

      Bref et c’est sûrement pour ça que je ne suis pas « historien », malgré que l’histoire me passionne un peu, notre « futur » étant largement composé du passé. Est le fait que j’éprouve d’immenses difficultés à me projeter dans une époque en faisant une abstraction totale de mon présent qui pourrait influencer mon jugement. 

      Décrire ce qui fut, sans l’avoir vécu est loin d’être aisé ? Comment arrive t-on à s’immerger complètement dans la vie quotidienne d’une société, d’une catégorie sociale, d’un citoyen, dans la pensé d’un autre, etc... Les « connaissances », le « savoir » d’aujourd’hui teintés de l’évolution, influent nécessairement, mais je peux me tromper.

      A partir des preuves ! Peut on rétorquer, mais il n’y a jamais toutes les preuves hélas, des bribes seulement, sinon il n’y aurait pas de réécriture, d’interprétation. Ainsi il est assez fréquent à propos d’un fait précis s’étant déroulé, de lire en fonction de « l’historien » non pas une vérité différente, mais une lecture, une interprétation différente à partir des éléments disponibles.

      Cela est d’autant plus vrai, que les faits sont anciens, ou l’usage du conditionnel, ne fait ressortir qu’une chose, c’est que l’on ne sait pas vraiment donc dans le meilleur des cas on suppute, on avance et quelque fois ont affirme en fonction du « statut » ou de la position sociale du narrateur.

      « Ce ne sont pas les militaires qui ont instaure un régime fasciste mais une crise sociale aigue »

      Je suis assez d’accord, car dans l’histoire ou du moins assez souvent après des périodes « guerrières » surtout, le peuple est exsangue, désemparé, ce dernier ayant quant même la faculté de raisonner malgré tout à le choix.
      Entre la vision de ce qui le gouverne « la politique » qui l’a plongé dans l’état ou il se trouve pour d’obscures raisons.
      Et
      Le « militaire » qui par sa constance, à l’inverse du monde « politique », par sa vision binaire certes, mais faites de valeurs indéfectibles, à représenté pour le peuple, une certaine stabilité, un avenir lisible pour la majorité ayant plus à perdre qu’à gagner dans un conflit. Le terreau lié à l’inconstance politique était formé.

      Bon, après les « dérives » autoritaristes« arrivent à grands pas, car un »militaire« et ce n’est pas une critique, ne tolère pas le »désordre« , obéit quasi aveuglément à des règles, ne tolérant pas que ces dernières soient bafouées ou sans cesse remise en cause, pour l’intérêt de quelque uns au détriment de l’ensemble.

      Ils sont »tous« enfin majoritairement frappés ensuite du mal du »Pouvoir« , ce dernier montant rapidement à la tête, ne compte plus qu’une chose après, le conserver ou pour les séditieux d’y accéder coûte que coûte, y compris par les mensonges et la fourberie, nous pouvons aisément constater qu’il en est de même en »politique". 

       


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