mardi 26 février - par Laconique

La vérité sur Platon

J’ai aimé les écrits de Platon par-dessus toutes les productions humaines, me dit-il. De Platon, j’ai tout lu, et la plupart des dialogues plusieurs fois. J’ai lu deux fois La République, trois fois le Gorgias, deux fois le Phédon. J’ai même lu Les Lois du début à la fin, le dernier ouvrage de Platon que personne ne lit. S’il y a quelqu’un qui a adhéré de tout son être à l’idéal platonicien, c’est bien moi. Je vivais très isolé alors, au bord de la Méditerranée, au milieu des oliviers, et la pensée platonicienne s’est coulée en moi tout naturellement. C’était ma vision du monde, pour moi c’était la vérité, tout simplement, et selon moi le monde entier se fourvoyait à ne pas le reconnaître.

 Aujourd’hui, quand je lis Platon, j’y trouve une pensée radicalement fausse, erronée, parfois monstrueuse. J’ai vécu parmi les hommes, je me suis frotté au monde, et je ne trouve pas le moindre point de contact entre les théories de Platon et la vie telle que je l’ai connue.

Toutes les constitutions élaborées par Platon dans La République ou dans Les Lois reposent sur un principe unique : la vertu. La vertu assure l’harmonie de la société, et en fin de compte son bonheur. Et il y a chez Platon des images très frappantes de la vertu. Il y a Socrate qui boit la ciguë en recommandant à ses disciples de veiller sur eux-mêmes et de prendre soin de leur âme ; il y a le soleil du Bien absolu au livre VII de la République, qui répand sa lumière inaltérable sur ceux qui se sont dégagés des chaînes et des illusions terrestres. Et moi aussi j’aspirais à participer de cette vertu dont Platon parlait sans cesse. Mais lorsque j’ai côtoyé les hommes, je n’ai trouvé cette vertu nulle part. Il m’est apparu que l’immense majorité des comportements humains était motivée par le pur mécanisme émotionnel et instinctif. Dans quelques cas plus fins, plus évolués, ce n’était nullement la vertu qui me semblait rentrer en jeu, mais plutôt une connaissance plus subtile des ressorts des choses, une vue plus distanciée de la situation. Mais au cours de tout ce temps je n’ai jamais recouru à un concept platonicien, pas une seule fois. La Bible, en revanche, m’a été d’un grand secours, et s’est révélée être d’une efficacité surprenante. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails, mais tous les préceptes de prudence, de réserve et d’activité contenus dans le livre des Proverbes, ou encore le précepte central de la charité qui se situe au cœur du Nouveau Testament, m’ont incontestablement aidé à faire fructifier mes entreprises et à nouer des rapports sains avec les autres.
 
 Tout le monde critique la Bible, mais la Bible a un mérite fondamental, c’est son réalisme. La Bible prend les hommes tels qu’ils sont. Elle s’est édifiée sur des siècles, et tout le substrat de malheur et de ressources de l’humanité s’est déposé dans ses pages. Platon prend le monde tel qu’il le rêve, un monde d’une beauté et d’une cohérence admirables, mais qui demeure en définitive aussi chimérique que l’âge d’or des poètes primitifs.
 
 Et ce qui est significatif, c’est qu’il n’y a jamais eu de transposition de la cité platonicienne dans le réel. Malgré la précision et l’abondance avec lesquelles Platon décrit ses lois, aucune communauté ne s’en est jamais inspiré nulle part pour régler son fonctionnement ou définir son idéal. Quel est le livre que les colons anglais ont emmené dans le Nouveau Monde ? C’est la Bible, et nul autre. Tocqueville en parle très bien : « En Amérique, c’est la religion qui mène aux lumières ; c’est l’observance des lois divines qui conduit l’homme à la liberté. » (De la démocratie en Amérique, t. 1, ch. 2). Aujourd’hui, au Capitole, dans la Chambre des représentants, on trouve les portraits de vingt-sept législateurs, on trouve celui de Lycurgue, celui de Solon, celui de Moïse au centre, face au Président. On ne trouve pas celui de Platon. Les Pères fondateurs des États-Unis, Franklin, Adams, Jefferson, lisaient Machiavel ou Montesquieu, et pas Platon[1]. Et demain, si des colons vont s’établir sur Mars, et plus tard hors du système solaire, tu trouveras une Bible dans leurs bagages, et sûrement pas un exemplaire de La République ou du Gorgias.
 
Les écrits de Platon ne produisent aucun fruit concret. Ils amènent à juger tout et tout le monde selon des critères moraux très stricts, à rejeter résolument les plaisirs des sens et ce qui fait la vie quotidienne de chacun, et à s’enfermer dans un intellectualisme stérile. Ils ne donneraient naissance qu’à des magistrats méprisants, rigides et inhumains, et à une société immobile. La Bible ouvre sur l’avenir, et sur l’espérance.

 Les écrits de Platon ont leur valeur, éminente, dans leur domaine. Ils peuvent constituer un aliment de premier choix pour les rêveries de tous les promeneurs solitaires du monde. Mais ils n’ont rien à voir avec la réalité, ou avec la vérité. Ils sont une expression à peu près pure de l’erreur.

 


[1] « I am very glad you have seriously read Plato, and still more rejoiced to find that your reflections upon him so perfectly harmonize with mine. Some thirty years ago I took upon me the severe task of going through all his works. (…) My disappointment was very great, my astonishment was greater and my disgust was shocking. (…) Some parts of some of his dialogues are entertaining, like the writings of Rousseau ; but his Laws and his Republick from which I expected most, disappointed me most. » Lettre de John Adams à Thomas Jefferson, 16 juillet 1814.



7 réactions


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 février 10:13

    Philon lui est bien supérieur. 


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 26 février 11:05

      @Erwan Prigent

      Oui , mais c’est un sémite, pythagoricien et marié (aimant beaucoup sa femme). Contrairement à PLATON qui représentait un patriarcat autoritaire et homosexualisant (les nazis ne se sont pas par hasard inspirés de la Grèce, surtout pour la beaut virile des corps). Mais le Banque et le Caverne restent comme les plus grand textes. De toutes façons mon maître à penser est hermès Trismégiste. Lui au moins intégré le féminin et le masculin. D’où l’appellation d’HERM APHRODISME (Aphrodite-déesse de l’amour). 


    • Le Gaïagénaire 26 février 19:26

      @Mélusine ou la Robe de Saphir 26 février 11:05

      Quelqu’un peut-il nous parler de la mère de ces philosophes ?


  • Étirév 26 février 10:50

    Platon étant l’élève de Socrate, commençons par dire deux mots sur Socrate.

    Ce nom est pour les hommes un objet de vénération.

    En effet, il a droit à la reconnaissance de ceux qui affectionnent la forme religieuse qui règne depuis 2000 ans, car il en a été le premier auteur. C’est lui qui inventa le Dieu mâle, unique et surnaturel, qui devait jouir d’une si grande faveur pendant tant de siècles.

    Le Dictionnaire de Descubes définit ainsi ce personnage : « Socrate, déclaré le plus sage des hommes par l’oracle d’Apollon, aimait Alcibiade et Archélaüs ; il avait 2 femmes et vivait avec toutes les courtisanes. ».

    C’est donc par ironie qu’on l’appela le sage Socrate. De plus, il était envieux. Tous les hommes de talent de son temps furent l’objet de ses critiques jalouses ; il leur reproche leur manque de foi, lui qui ne croyait à rien.

    Ambitieux politicien, il voulut faire de toute la Grèce un seul royaume et en prendre la domination.

    Socrate ne monta pas une seule fois à la tribune pour discuter les affaires publiques. Il n’est pas connu pour sa vie, mais pour sa mort. Il eut la gloire d’avoir une mort retentissante qui divisa le pays en deux partis.

    Ses leçons, écoutées avec avidité par les hommes, les flattaient dans leurs mauvais instincts. Chacun d’eux, après l’avoir entendu, se croyait dieu lui-même. Sa parole les ennivrait de cet orgueil masculin qui perd l’homme.

    Socrate fut bien le premier fondateur de la fausse morale qui devait se perpétuer par les religions masculinistes ; c’est lui qui, le premier, prêcha la licence de l’homme, en même temps que la révolte contre la Divinité de la Femme. Il fut traité de blasphémateur contre les Déesses, qu’il appelait des dieux secondaires. (Blasphème est un mot grec qui se trouve dans Démosthène ; il signifie atteinte à la réputation).

    Les mœurs homosexuelles qu’il affichait, sans aucune pudeur, étaient un scandale public (Voir son discours au Banquet de Platon).

    La lutte commencée par Socrate va continuer avec Platon.

    Il s’agit de renverser la Divinité féminine et de lui substituer toutes sortes d’entités chimériques. C’est de cela que Platon va s’occuper.

    Dans son Cratyle, il donne une étymologie de Zeus, cherchant à lui donner les deux sexes.

    L’étymologie sanscrite de Zeus est Dyaus (de div, briller, d’où dêvâ ; diva) qui veut dire ciel. Dyaus est devenu, en grec, Zeus.

    Quand on a masculinisé la Divinité, on y a ajouté « père » et on a fait Dyaus-pitar (ciel-père), devenu en latin Ju-piter.

    Primitivement, Zeus signifiait « la Mère », ou « celle par qui la vie est donnée aux êtres ». On a écarté cette signification pour ne plus accepter que celle de Ciel qui semble en éloigner « la Femme », alors que cela l’en rapproche, puisque partout l’homme jeune avait comparé la femme aux astres du ciel qui illuminent et rayonnent.

    Mais nous sommes arrivés à une époque de réaction masculine contre l’amour primitif et les idées qu’il avait fait naître ; la femme, maintenant, est regardée par l’homme orgueilleux de haut en bas, c’est-à-dire avec une vue qui descend, puisque c’est le rôle de la sexualité de faire descendre, chez l’homme, l’influx nerveux du pôle cérébral vers le pôle générateur. Vue de cette manière, la femme n’est plus, pour l’homme, qu’un sexe, il ne la considère plus que dans la partie inférieure du corps, cette partie que l’on avait symbolisée par un animal (le lion dans le sphinx).

    Il compare la Mère à la terre, elle devient tellurique ou chtonique ; il ne comprend plus son esprit, et ne pouvant plus s’élever jusqu’à lui, ou le croyant si haut qu’il le met maintenant dans un Ciel imaginaire.

    Cette forme nouvelle que l’on cherchait à donner à la religion causait partout des troubles profonds.

    La Femme est donc de moins en moins divines. « Les Déesses et les hommes sont un même sang », dit Pindare, s’acheminant vers la négation de la Divinité.

    Mais les noms des Déesses avaient été remplacés partout par le mot « immortelles » ou « éternelles », et ce qualificatif, dont on ne comprenait plus l’origine, achevait de compliquer la question.

    Cependant, si Platon rejette la Divinité féminine, il se déclare dieu lui-même et se fait appeler le « divin Platon ». Il se dit fils d’Apollon, et nourri par les abeilles du mont Hymette.

    Donc, il a une naissance miraculeuse, comme tous, les orgueilleux prétendus divins. Pour compléter sa divinité, il déclare qu’il vécut vierge.

    La Grèce antique


  • Six Rennes Rouges Six Rennes Rouges 26 février 11:03

    Il me semble que les philosophes, comme les pronostiqueurs des journaux hippiques, s’ils savaient de quoi ils parlent seraient en train de savourer la vie plutôt que de l’expliquer...


  • Gollum Gollum 26 février 12:45

    Bon j’aurai du mal à défendre Platon j’avoue n’avoir lu que le Timée et le Critias.

    Pour autant je m’étonne de cette dévalorisation de Platon il avait anticipé cette absence d’éthique dont vous parlez. 

    Platon classe les hommes en trois types : les pneumatiques, les psychiques et les hyliques (Du grec : hylé qui veut dire matière). Ces derniers sont mus par leurs désirs et la concupiscence.

    Et bien évidemment ce sont les plus nombreux. Nos sociétés modernes sont composées en grande majorité par des hyliques. Et surtout, les élites politiques, financières sont des hyliques.

    Les psychiques sont ceux tiraillés entre matière et esprit.

    Vous parlez de la Bible. Pourtant rien de commun entre AT et NT.

    Le christianisme a vu d’un œil beaucoup plus clément tout l’apport de Platon.

    Amusant votre virage à 180°. J’ai fait quasi le même virage à l’égard du christianisme.

    Vous écrivez : Les écrits de Platon ne produisent aucun fruit concret. Ils amènent à juger tout et tout le monde selon des critères moraux très stricts, à rejeter résolument les plaisirs des sens et ce qui fait la vie quotidienne de chacun, et à s’enfermer dans un intellectualisme stérile.


    On peut en dire autant du christianisme tel qu’il a été pendant des siècles. Le moralisme chrétien a empoisonné le psychisme européen pendant des siècles. Lire Jean Delumeau là dessus. Quant aux plaisirs des sens je n’en parle même pas.

    On peut, à juste titre, et comme l’avait bien vu Nietzsche, de névrose chrétienne. De culte de la faute, de la culpabilité, de la douleur. D’une charité obligatoire sous peine d’être ostracisé, montré du doigt.


    Je ne suis plus charitable de façon automatique. Il m’arrive d’être très souple en fait.


    Je passe sur l’aspect : interdiction de lire et penser ce qu’on veut en terre chrétienne pendant un bon bout de temps.. 

    Sans compter la pédophilie quasi institutionnalisée, l’homosexualité sous-jacente (un bouquin vient de sortir : Sodoma sur le Vatican) liée selon moi à la nature même de la foi (refus de la raison d’essence masculine), la valorisation de la soumission (soumission aux pasteurs, aux dogmes, etc..), toutes ces exigences vont à rebours de l’esprit masculin qui veut savoir, raison, conquête, domination, victoire...

    Tourt cela est exclu du christianisme de masse. Il ne faut pas s’étonner dès lors des mœurs délétères de nos prélats.


  • baldis30 26 février 16:49

    Bonsoir

     Il n’y a pas de vertu chez les hommes ... pas du tout ?

    Pourtant tout commence doucement .... puisqu’ avant la vertu, la grande vertu les hommes et les femmes sur un pied d’égalité s’emploient dans la petite vertu !

    Développons la petite vertu afin qu’adulte elle devint grande !


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