samedi 27 février - par Monolecte

Le mot de la fin

 

 Ma grand-mère avait coutume de commencer les livres par la fin. Elle ne lisait même pas la quatrième de couverture, non, elle l’ouvrait comme le fait aujourd’hui un lecteur de mangas, parcourait les 2-3 dernières pages et décidait alors seulement si le bouquin valait la peine d’être lu. Ce qui m’exaspérait au plus haut point.

À quoi bon lire une histoire dont on connait déjà la fin  ? Le plus marrant, dans l’affaire, c’est que je ne lui ai jamais posé la question, me contentant de désapprouver la méthode d’un reniflement bruyant et indigné.

Ma grand-mère lisait aussi le journal à partir de la fin. Elle commençait par le plus intéressant  : l’éphéméride, la météo, l’horoscope, la recette de cuisine du jour, la citation en patois, puis elle remontait le courant vers son deuxième grand centre d’intérêt quotidien, la rubrique nécrologique. Encore des histoires dont elle prenait connaissance par la fin inéluctable.

Quand j’étais gosse, c’était son Perdu de vue personnel. Elle y retrouvait d’anciens amis de jeunesse qui avaient construit leur vie au bled pendant qu’elle s’exilait laborieusement dans la capitale. Je trouvais ça morbide. C’était son agenda des sorties. Avec le temps, les nécros parlaient moins des gens qu’elle connaissait. Vers la fin, c’était plus comme si Highlander compulsait le Guiness book des records, histoire de vérifier qu’elle était bien la dernière de son espèce.

Le sens de la vie

J’ai donc raté le sens de la vie tel que le voyait ma grand-mère, parce que je n’ai jamais réellement eu la curiosité de comprendre un fonctionnement qui me semblait juste aberrant. Et maintenant que j’ai réussi à me dire qu’il y avait quelque chose à creuser dans l’histoire, elle ne peut plus me répondre. Je me demande à présent ce que son habitude révélait de son rapport au temps et même à la vie, au récit de nos vies.

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Je lis comme on part en exploration  : j’aime ne rien savoir de ce qui m’attend, j’aime me perdre dans les méandres de narrations qui s’entrecroisent et plus le livre est gros, plus je suis contente de savoir que le voyage va durer. J’adore les sagas interminables, les auteurs capables de rester toute leur œuvre dans le même univers, capables de repartir d’un personnage secondaire pour bâtir une nouvelle digression et relancer la machine pour un tour. Quand j’apprécie un auteur, je suis capable de m’enfiler toute son œuvre à la queue leu leu, comme une balade interminable à ces côtés, une randonnée de l’esprit qui peut durer plusieurs mois et dont je ressortirai potentiellement transformée. Et rien n’est plus frustrant pour moi que d’arriver au mot fin. Rien n’est plus triste que d’achever le voyage, de dire adieu à l’auteur et ses personnages. J’ai parfois même besoin d’une pause à lire un essai ou un truc un peu aride pour ne pas perdre tout de suite la saveur de cette rencontre, pouvoir poursuivre encore un peu l’aventure dans mon cinéma intérieur.

En fait, dans la vie comme dans la lecture, je préfère le trajet à la destination. Et même quand je suis arrivée, j’enchaine souvent avec l’exploration des environs, une poursuite du voyage, une sorte de refus inconscient de poser mes valoches ou de m’amarrer au port. Et rien n’est plus terrible pour moi que la sensation d’avoir fait le tour d’un lieu, d’une aventure, d’une personne, d’être arrivée à la fin d’une époque ou d’une histoire. À ce moment-là, je me remets en quête… d’une autre quête, d’un autre mouvement. Je suis une nomade dans ma propre vie.

Alors que ma grand-mère avait bien l’air de savoir que tout cela finissait toujours de la même manière, quels que soient les raccourcis ou sentiers buissonniers que l’on puisse choisir en cours de route. Finalement, ma grand-mère savait que la vie ne chemine que dans un seul sens  : celui qui va du berceau au tombeau et que tout ce qu’il y a au milieu, finalement, n’est que littérature. Elle n’attendait finalement pas grand-chose de la vie, si ce n’est que quelques déceptions de plus et je pense qu’elle avait une secrète jouissance à penser qu’au bout du chemin, c’était la même conclusion pour tout le monde, que le riche qui méprise comme le pauvre qui supplie, les petites haines quotidiennes comme les grandes histoires d’amour éperdu, tout cela se termine assez mal, en général.

 

La fin des haricots

Dans la famille de monsieur Monolecte, il y a eu longtemps une tradition de grandes randonnées familiales. En tant que pièce rapportée j’ai eu le droit d’intégrer ce rituel déambulatoire, généralement commis à flanc de montagne avec au moins un bivouac au milieu pour marquer la pause nocturne. L’idée générale était de reproduire la progression erratique de la tribu primitive, avec, au bout du chemin, la promesse du point de vue unique et insaisissable. Tout comptait  : le choix du trajet, la compagnie, l’effort, la souffrance, la joie et la récompense suprême du sommet. L’errance de la vie, mais avec un but, une destination, et toujours l’aiguillon de la curiosité  :

— C’est encore loin, l’arrivée  ?

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— Non, c’est juste derrière la prochaine moraine.

Depuis, j’ai appris que derrière chaque moraine s’en cache une autre et qu’il n’y a de pause qu’arrivé·e au sommet. Derrière la prochaine moraine est même devenu un gimmick familial pour exprimer le leurre du but proche qui cache une destination inatteignable. C’est le moteur de la vie, ce qui fait qu’on décide de tenir le coup, de serrer les dents et de continuer à avancer malgré la lassitude, malgré nous, malgré l’adversité, le temps qui passe et nous lamine, malgré la vie, malgré tout.

Je ne saurai jamais pour quelle raison ma grand-mère commençait tous ses livres par la fin. Comment — à la lecture de quelques phrases jetées au terme du parcours de personnages qu’elle ne connaissait même pas — pouvait-elle décider que, finalement, cette histoire méritait d’être lue  ? Peut-être qu’elle était comme un archéologue patient qui reconstitue une civilisation à partir de quelques rognures d’os roulées dans la poussière. Peut-être aussi qu’elle voulait se rappeler qu’en cette vie, elle n’entretenait l’illusion d’aucun espoir. Peut-être que c’est de cette manière que se déroule l’existence des croyants  : tendue dans l’attente du point final, qui les délivrera de cette vallée de larmes. Peut-être n’était-elle qu’impatiente et avide de passer à la moraine suivante.

Toujours est-il qu’elle a déroulé le plus longtemps possible son propre récit, pas plus avide de sa conclusion qu’une autre.

 



42 réactions


  • Jean 27 février 10:44

    J’adore ! merci à vous.


  • Francis, agnotologue Francis, agnotologue 27 février 10:52

    Elle aurait pu aimer le film « L’étrange histoire de Benjamen Button ».


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 27 février 11:16

    Merci pour l’article. Le monde étant infini, je pense qu’il n’y a pas de fin. Juste des passages. Petite, quand ma grand-mère me racontait un conte, pas trop dupe, à la dernière page je demande : ET APRES ? Sentant bine que le mot fin signifiait que commençait vraiment début. Un peu comme la boucle d’oreille de la vache qui rit qui représente la même image que celle du couvercle. Perso, je lisais d’abord les faits divers. Comme le dit la phrase : l’important est toujours dans les détails. Exemple : Madame X a retrouvé son chien chez sa voisine Madame Lechat. Un homme retrouve sa bague de mariage égarée depuis 20 ans, au sommet d’une de ses carottes. Comme entrée avant la lecture des couleuvres qu’il fallait ensuite avaler (en survol bien sûr), c’était assez succulent.


  • Fergus Fergus 27 février 11:18

    Bonjour, Monolecte

    Joli texte !

    Je comprends votre grand-mère. Certes, commencer par la fin d’un polar n’a guère de sens dans la mesure où ce genre de livre est en général bourré de fausses pistes.

    Mais il n’en va pas de même dans la littérature classique où, comme vous le soulignez, c’est le chemin qui importe.

    C’est pourquoi il m’est arrivé, avec ce genre d’ouvrage, de lire  outre la première page les derniers paragraphes. C’est à Victor Hugo que je dois d’agir parfois comme votre grand-mère. Et plus particulièrement à l’épitaphe de Jean Valjean qui, plus qu’un long discours, donne une envie irrépressible de lire Les misérables :

    « Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
    Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange ;
    La chose simplement d’elle-même arriva,
    Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va
    . »

     


  • Monolecte Monolecte 27 février 11:44

    Ailleurs, quelqu’un me faisait remarquer que commencer par la fin était la structure narrative récurrente des Colombo.

    On commençait par le crime et donc la révélation du criminel et l’on se débarrassait d’entrée de ce type de suspens. Ainsi, le spectateur pouvait se concentrer sur le match criminel/détective, sans se sentir obligé de faire le flic lui-même.

    Beaucoup d’autres personnes m’ont dit que commencer par la fin les débarrassait de l’angoisse, était une stratégie de gestion du stress.


  • Octave Lebel Octave Lebel 27 février 12:12

    Bonjour, votre grand-mère avait me semble-t-il, beaucoup d’expérience et de bons sens.

    A part peut-être les polars (et encore, avec Colombo, on connaît le coupable au début ce qui est une piste concernant la démarche de votre grand-mère), commencer par la fin est très instructif et stimulant. Cela permet de découvrir la méthode de narration de l’auteur et peut-être de mieux apprécier son art de raconter. Il y a des émissions sur des affaires criminelles qui nous sont racontées. L’histoire se résume au plus en 15 mn. Tout l’art consiste à tenir notre curiosité durant 1h30.

    Un domaine où cela est très intéressant, c’est les articles à visée de propagande. Commencer par la fin et remonter le fil permet de mieux comprendre les objectifs et de peser les arguments et les raisonnements, de gagner du temps et d’être peut-être plus lucide, moins sous l’influence de la rhétorique. Même chose pour les discours. Lus comme cela, certains textes s’effondrent et n’ont plus de substance.

    C’est intéressant aussi avec certains articles scientifiques ou à vocation purement informative qui traînent en longueur. On les comprend mieux à l’envers.

    Bonne journée


  • Passante Passante 27 février 12:32

    beau récit,

    quand on commence par la fin, c’est que le premier mouvement c’est « je ne veux pas lire », donc je peux tuer le livre avant même qu’il ne s’ouvre, parce que j’ai détesté perdre mon temps sur de mauvais livres

    sauf que parfois ça marche pas, du tout, avec aucune trace de « et ils vécurent heureux, et ils eurent beaucoup d’enfants », mais juste une très singulière atmosphère

    et là je suis séduite, et là j’ouvre...


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 février 12:47

      @Passante
      « Longtemps j’ai fini par me coucher a pas d’heure » . Prarcel Moust .


    • Passante Passante 27 février 14:52

      @Aita Pea Pea
      céline disait marcel prout
      mais y’a plus cruel : 
      c’est marcel ouste..
       smiley


    • In Bruges In Bruges 27 février 15:09

      @Aita Pea Pea
      Excellent...
      Seul un« Frani » Chti peut décrypter cette taf...de Proust.

      @ l’auteuse ( ca fait branchouille politiquement correcte, « auteuse »...)
      Il y a longtemps que je le devine confusément, sans avoir mis le mot dessus.
      Mais à présent , Euréka, c’est fait, je vous ai démasquée.
      Sur Agoravox, vous vous payez une psychanalyse gratuite depuis des années.
      Et vous espérez qu’on sera votre divan.
      Tsss... Pas moi.
      Je préfère largement la série (assez fine) « En thérapie », avec le solide mais méconnu Fréderic Pierrot.


    • arthes arthes 27 février 16:06

      @Passante

      En fait, je vois le « commencer par la fin » comme la satisfaction d’ une curiosité qui n’enlève rien au désir de connaitre le cheminement, la progression afin de savoir" comment l’auteur emmène cette fin, dont en définitive on ne connait rien. 
      Dans la vie, ce qui est passionnant (enfin, devrait être), c’est la vie elle même, cette urgence de profiter plus arrive la date de l’échéance
      Au contraire de tuer le livre, cela peut augmenter le désir de le lire.

      PS : Guénon, j’ai commencé par le début, lol


    • Passante Passante 27 février 16:14

      @arthes
      oui mais mervis a explosé guénon hier en soirée, contre la porte... smiley
      quand à l’hypothèse de la grand-mère dévoratrice-glouton, j’ai fait,
      mais elle m’a semblé avoir plus d’un tour dans son sac...
      à moins que cette femme n’ait fait une expérience au résultat tellement inattendu que ce geste serait... de sécurisation en quelque sorte ?


    • Gollum Gollum 27 février 16:19

      @Passante & arthes 

      Mais laissez ce pôvre Guénon tranquille... smiley

      Kek y vous a fait ?  smiley  Snif...


    • arthes arthes 27 février 16:23

      @Aita Pea Pea
      Du moment que c’était de bonheur... (bon, je fais dans le même, fastoche) smiley


    • arthes arthes 27 février 16:28

      @Gollum

       smiley

      Il a contrarié mes pitits démons  smiley

      Vous aussi , parfois, je vous signale  smiley

      J’y peux rien, quand je ne les tiens pas en laisse, c’est eux qui me font sentir leur loi , et je leur obéis smiley


    • arthes arthes 27 février 16:36

      @Passante

      oui mais mervis a explosé guénon hier en soirée, contre la porte... 
      ...................................................................... ...............................................

      Ah quand même !!! smiley

      Pour la grand mère...P’t’être, aussi, en plus d’autres choses, va savoir, tout simplement l’habitude de commencer le journal par la fin, répercutée sur les livres.

      J’ai remarqué que on lit souvent les pages de journaux, magazines de gauche à droite, c’est la page de gauche qui interpelle le plus le regard


    • Gollum Gollum 27 février 16:36

      @arthes

      C’est bien ce que je disais.. z’êtes possédée... smiley

      Me réciterez 3 pack de bière et un p’tit Jésus (cochonou bien de chez nous)..


    • Passante Passante 27 février 16:37

      @arthes
      c’est parce que t’es en France
      dans un pays arabe c’est l’inverse...


    • arthes arthes 27 février 16:54

      @Gollum

      Arrrrgh, monstre Hérétique, je ne veux pas être exorcisée (ou alors avec un Bordeaux, Graves, de préférence)


    • arthes arthes 27 février 19:13

      @Passante

      Bah oui, comme la grand mère, elle est en France....Et pas en Arabie.

      Maintenant, p’têtre que les arabes ils commencent leur journaux par la page de gauche, vu qu’ils zécrivent à l’inverse,( je sens que ça va être intéressant), ils tuent le livre en le commençant dans un sens inverse de l’aiguille d’une montre française qu’aurait pas de boussole, , mais comme des mangas quoi .

      Ahhhh, c’qu’on s’instructionne et qu’on s’élève vers les zotres civilisations sur avox.


    • Passante Passante 27 février 19:33

      @arthes
      t’a vu ça... smiley


    • eau-pression eau-pression 27 février 19:53

      @In Bruges

      Proust était tellement inverti qu’il avait commencé par écrire la fin de son « Temps perdu », au cas où sa santé n’aurait pas permis de remplir le reste.

      Je sais plus où je voulais en venir ... Ah, si : une vache aveugle, ça meugle ?


    • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 27 février 20:18

      @In Bruges

      Bon , le côté biographie échappe...sniff .


  • Clocel Clocel 27 février 14:01

    Votre grand-mère était sage, tout le monde connaît la fin...

    "Tout ce que nous avons à décider, c’est ce que nous devons faire du temps qui nous est imparti. "

    Gandalf


  • popov 27 février 16:32

    Joli texte.


  • @l’auteuse .

    J’espère que vous avez pensé à lui offrir « l’histoire sans fin » à votre grand-mère ..

     vous l’auriez bien feintée ! hé hé !!

    Mais peut-être avait-elle la faculté de lire à l’envers en retournant le bouquin ...y’a des mémés qui sont marioles ! smiley

     


  • nono le simplet nono le simplet 28 février 10:02

    je lis surtout des livres d’Histoire et je connais toujours la fin ... mais ça ne m’empêche pas de croire, d’espérer, au fil des pages, que ça ne va pas se passer comme ça ... comme la débâcle de 40, « Market Garden » ... Waterloo ... et bien d’autres ... 

    et dans la vie c’est pareil, je pense toujours que les choses vont s’arranger ... et j’ai raison ... enfin, j’espère ... et c’est l’espoir qui donne un sens à la vie ... même si on connait la fin ...


  • Aristide Aristide 28 février 12:43

    Ma grand-mère lisait aussi le journal à partir de la fin. Elle commençait par le plus intéressant  : l’éphéméride, la météo, l’horoscope, la recette de cuisine du jour, la citation en patois, puis elle remontait le courant vers son deuxième grand centre d’intérêt quotidien, la rubrique nécrologique. Encore des histoires dont elle prenait connaissance par la fin inéluctable.


    Quoi de plus habituel que de voir les grands-mères d’antan consulter la rubrique nécrologique du journal livré dans la boite à lettres. C’était une habitude de les voir parcourir la liste des disparus et de décortiquer les faireparts, « A celle là, elle a un culot de parler de son immense chagrin », à l’autre « Il ne manque personne sur le faire-part, surement comme devant le notaire  », ... des remarques les plus acerbes que d’autres : « Ah ben ça alors, je l’ai vu la semaine dernière, il avait pas l’air ... », « C’est pas juste, aussi jeune. ».

    Ces grands-mères parlaient des morts comme des vivants, elle ne manquaient jamais de le faire au retour du cimetière en échangeant sur le banc près de l’église en ne rechignant pas au plaisir de dire « Tu ne l’a pas su ... ? »

    C’était un peu leur « breaking news » ...


    • Fergus Fergus 28 février 15:10

      Bonjour, Aristide

      Consulter, comme le font les personnes âgées, la rubrique nécrologique d’un journal régional répond à une quête d’informations locales, mais aussi fréquemment à un besoin quelque peu morbide de mesurer sa propre longévité à celle des « classards ».


  • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 28 février 15:08

    Moi, je commence toujours à lire les articles par la fin.

    Ça fait souvent gagner beaucoup de temps.

    Si ça m’intrigue, je commence à lire le teste en diagonale et si ça m’intéresse, je lis tout.

    Des fois, ça en vaut la peine.


  • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 28 février 19:17

    Bonsoir Monolecte,

     J’ai apprécié votre billet comme d’autres, je suppose car je ne lis les commentaires que j’ai écrit le mien.

     Je vais vous dire mon opinion. En fait tout dépend du type de livre que vous désirez lire ; Lire un roman par la fin, me semble étrange comme vous.

     Mais je ne lis pas uniquement ce genre de lecture.

     Je lis du livre scientifique, du livre politique, du livre économique...

     Je peux vous dire que de ce côté vous en avez aussi des masses qui se ressemblent d’ailleurs que je parcoure, que je survole..

     Là, c’est tout autre chose qu’une lecture du début à la fin.

     Je lis dans ces cas-là, la postface pour avoir un aperçu de ce que veut prouver l’auteur. En suite, je passe de la préface à la conclusion.

     Ce n’est qu’ensuite que je commence à survoler pour comprendre ce qui lui permet d’arriver à sa conclusion.

     Quand j’ai fini ce processus, si je n’apprends rien de nouveau, je passe au suivant.. et cela va très vite....


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 28 février 19:19

      En fait, il faut savoir que j’achète mes livres au poids, au nombre de pages importants.
      Bien en dessous de 200 pages, je consomme sur place. smiley


    • velosolex velosolex 1er mars 14:17

      @Réflexions du Miroir
      On peut envisager vraiment de lire un livre à l’envers. Pourquoi pas ? Ou alors de marcher en arrière, en espérant remonter le temps. Opération bien plus possible avec un livre. Rimbaud aurait remonté le cours des fleuves impassibles, et les flèches des indiens multicolores, sur les rives, seraient revenus des victimes aux carquois. 
      La présentation des temps et des situations dans une histoire, une fois qu’on veut raconter celle ci, appartient à la liberté de l’auteur, de sa volonté d’aménager un suspense, ou de vouloir donner au lecteur, dans ses allés et venus, des réflexions sur la dissymétrie des temps qui agitent notre vie, le temps des calendrier en fait n’étant qu’un mythe, tant nous sommes agités d’histoires personnelles, et parallèles. Ce qui fait que des histoires passées il y a 50 ans sont plus importantes et même actuelles que celles de la veille, parfois. C’est un peu le propos de Proust dans la recherche. Le livre reste bien un objet totalement moderne et innovant. Le traitement de texte est en nous !


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 1er mars 20:53

      @velosolex
       Bien d’accord avec vous.
       Tout dépend de genre de lecture comme je le précisais en début.
       Quand la progression du temps intervient, d’après moi, il ne faut pas gâcher le suspense qui en découle, en sautant son progrès.
       Remonter le temps est possible, mais cela pourrait devenir de la science fiction smiley  


  • Bonjour, j’ai souvent remarqué qu’un mot survolait l’ensemble des articles d’un jour sur Agora. Hier, c’était le mot : FIN. Au tarot, le 21 (comme Covid 19 était lié à l’année 2019), c’est la carte du monde. La 21ème signale la fin d’un cycle. Personnellement, si j’observe ce qui s’est pas durant ces 21 dernières années, j’y vois à la fois le triomphe du néo-libéralisme, de l’individualisme (au sens EGOiste) et son déclin. Pour reprendre l’image de la Caverne de PLATON : La FIN de nos illusions. Tout ce en quoi, les un ou les autres avaient tendance à croire intangible, vacille comme le Titanic : l’économie (aussi crédible que Madame IRMA), la juste (quelle justice), la politique (juste des arrivistes un peu fêlés du bulbe), l’enseignement (pas besoin de développer), la médecine toute puissante (encore une illusion), l’amour (les vidéos sur les pervers-narcissiques viennent de partout sur you-tube, même le fantasme de mondialisation serait paradoxe fondamentalement narcissique), les régimes amaigrissants font grossir, la liberté-l’égalité la fraternité (Késako ??). La psychanalyse n’est pas faite pour rendre les gens plus heureux, mais leur faire perdre toutes leurs illusions (Freud avait pourtant averti, après Newton, Darwin, la psychanalyse sera la FIN de nos illusions). On croit aimer : non, c’est un transfert, d’un amour ancien non-résolu (OEDIPE). Bernays, lui avait vu le filon tout en ne comprenant strictement rien à la psychanalyse (ah, les femmes et les hommes ont des envies, un petit détour par ADAM SMITH et le tour est joué, excitons les appétits, les envies, et l’argent ruissellera : ILLUSION) Les religions : une illusion bien sûr et qui dans le pire des cas, infantilise l’individu). Style, la vierge Marie veillera sur toi (il te suffit d’aller à la messe tous les dimanches)....Très différent du judaïsme qui est plus ésotériste (dieu est en soi, suffit d’aller le chercher, aucun miracle). La fin des illusions est le le seul critère qui permet de dire que nous sommes guéris. Et le bonheur alors, ????? Un instant d’éternité : une mésange qui se pose sur le rebord de votre fenêtre. Le bonheur de se dire que le mal ne peut plus nous atteindre. C’est pas beaucoup, mais c’est déjà cela. Exotérisme : le bonheur vient de l’extérieur, ésotérisme : nous le possédons en nous....


  • Samson Samson 1er mars 12:05

    Merci pour ce beau texte !

    "Je lis comme on part en exploration  : j’aime ne rien savoir de ce qui m’attend, j’aime me perdre dans les méandres de narrations qui s’entrecroisent et plus le livre est gros, plus je suis contente de savoir que le voyage va durer.« 


    En première lecture, je lis comme vous et apprécie découvrir une nouvelle histoire.

    Mais si l’œuvre m’a vraiment plu (et au plus elle est vaste et complexe, riche et foisonnante, au plus j’y trouve généralement de plaisir !), je n’hésite pas à y revenir, du début à la fin et aussi souvent que le désir m’en prends (il est certaines œuvres que je relis ainsi quasi chaque année, réjoui à chaque lecture d’y découvrir quelque détail qui m’avait échappé jusque là et permet de l’éclairer d’un jour nouveau, ou encore d’y retrouver quelque formulation particulièrement juste ou intriguante), pour en approfondir les subtilités tant lexicales et stylistiques que narratives, le caractère et le destin de tel ou tel personnage, retrouver un frisson, une déception ou un étonnement pourtant déjà ressentis, ...


     »Peut-être que c’est de cette manière que se déroule l’existence des croyants  : tendue dans l’attente du point final, qui les délivrera de cette vallée de larmes."


    Sûrement de certains déjà morts mais toujours ici bas ! -, mais çà n’a rien d’une généralité !

    Si le point final de cette vallée de larmes relève certes du sort commun, j’envisage personnellement ma vie comme un conte de fées aux parfois cruels mais toujours surprenants chapitres s’écrivant et s’égrenant au fil des jours, des saisons et des années, comme l’incarnation si même son sens m’échappe d’un destin déjà écrit mais toujours en voie d’accomplissement, et comme la source toujours étonnante de nouvelles découvertes et de la rencontre d’êtres suscitant à chaque fois mon inlassable curiosité, ...

    Sans pour autant nier frustrations, tristesse et désespoirs qui en sont corollaires, autant dire que je reste profondément reconnaissant à l’existence qui m’est accordée et apprécie tout comme dans les livres flâner et m’émerveiller en ce bas monde durant le temps qui m’y est imparti !

    Faute de quoi, je me serais de longue date déjà résolu à lui tirer ma révérence !

    En vous présentant mes cordiales salutations ! smiley


  • velosolex velosolex 1er mars 14:00

    Article bien écrit et agréable, que j’ai commencé comme d’hab par la fin, avant de revenir au début. J’ai vérifié ainsi qu’il n’y avait pas de mort, la bagnole dans le platane, avant d’accepter finalement de revenir sur la ligne de départ et de monter dedans, en accrochant quand même ma ceinture. Ma mère n’acceptait pas non plus les bouquins qui finissaient mal. « La vie n’est déjà pas drôle ! Qu’elle disait. » 

    Je viens de finir un bouquin de Philip Roth, un auteur que j’aime bien. « Quand elle était gentille » Valentine Le Goff, qui l’a acheté en 2005 a laissé son nom dessus. Trouvé à la ressourcerie.

    C’est là que je me ravitaille. Je laisse le hasard et la restriction gouverner ma vie, et limiter mes choix. Les grandes librairies m’angoissent, comme les menus trop long, les maisons trop grandes. « Quand elle était gentille ! » N’est pas un bouquin que ma mère aurait apprécié. Ca l’aurait rendu malade, le destin de cette fille douée pour le malheur. Au moins Philipp Roth lève le lièvre rapidement, dans ce roman qui est un suite d’allers et retours. Il nous dit dés le début que cette fille va mal finir. C’est un bon procédé romanesque. Roth renonce à entretenir un quelconque suspense, sur ce sujet secondaire, préférant justement désamorcer ce procédé classique employé par trop de mauvais écrivains pour tenir leur lecteur en haleine, pour justement diriger l’attention vers la complexité psychologique, sur un récit portant une fatalité redoutable. Peut être bien que votre grand mère n’avait pas tort, et ma mère non plus. On est plus libre, curieusement quand on sait comment va finir. Rapport à la passion qui vous enchaine !

    Et Valentine Le Goff, qu’est elle devenue ? J’aime assez moi aussi les grandes fresques et les trajets insensés. Je n’ai pris l’avion qu’une fois dans ma vie, et je pense que cela restera la dernière. Il faut préférer le chemin à Compostelle. 


  • velosolex velosolex 1er mars 14:41

    Je détestais et aimais tout autant le mot « A suivre », dans le journal Tintin, puis Pilote, qui bercèrent mon enfance. Le mot « A suivre » a pendant 50 ans structuré les gosses dans l’attente du numéro d’après. On a pas fait mieux dans la construction du désir et de l’entretien raisonné de la ferveur.

    « La ferveur », voilà le grand mot. Qui se conjugue justement avec le « A suivre ». Le talent du dessinateur et du scénariste, devait se conjuguer et jouer de cette obligation, comme dans un exercice de l’olipo, cher à Perec, et qui lui fit composer un roman sans la lettre E....

    La dernière case de la page, qu’Hergé ou uderzo devait affronter, comme fenêtre qui se ferme sur un spectacle dont on n’entend qu’une note prometteuse, n’avait rien à voir avec le mot fin, et cet baisse de lumière apaisée, sur lequel descend le rideau du cinéma, à la fin du film. Charlot et Paulette Godart s’éloignaient bras dessus, bras dessous à la fin des « temps modernes », de l’autre coté du mot Fin, nous laissant orphelins et complices de leur amour, nous promettant que nous continueront nous aussi cette route plus tard. 

    La fin, on l’a voyait arriver. Les actions s’expliquaient. Hercule Poirot avait donné son verdict. Le « A suivre », au contraire, était un effet d’éblouissement, de « flash », une frustration que l’on devait assumer pendant une semaine. Qu’allait il se passer ? Qu’est ce que le héros avait vu pour que ses cheveux se dressent ainsi ? 


    Rendez nous les « A suivre », à la fin. Mince. 


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 1er mars 20:58

      @velosolex,
       Cette technique est aussi devenue très utilisée à la télé sous forme de séries sans fin.
       Les longs films coûtent chers. Alors les étaler dans le temps pour les amortir plus longtemps.
         


  • eau-du-robinet eau-du-robinet 3 mars 13:00

    Bonjour Monolecte,

    .

    « Je ne saurai jamais pour quelle raison ma grand-mère commençait tous ses livres par la fin. »

    .

    A la fin on trouve généralement la conclusion d’une histoire, voire d’un sujet, etc. et je suppose que votre Grand mère ne voulait pas perdre son temps avec des conclusions qui divergent de sa vision du monde ...


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