mercredi 15 avril - par politzer

Le philosophe et le taliban

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Le philosophe et le taliban
« Im Anfang war die Tat. »

Au commencement était l’acte

Au commencement était l’acte. C’est ainsi que Goethe, dans Faust, fait conclure son héros après une longue hésitation devant le premier verset de l’Évangile selon saint Jean. Faust rejette successivement le Verbe, le Sens et la Force pour placer au fondement de toute chose l’acte, l’action concrète, décisive, irréversible.

Cette formule célèbre prend aujourd’hui une résonance inattendue et cruelle dans la France du XXIe siècle.

La France s’est voulue, depuis deux siècles, le pays du philosophe matérialiste. Voltaire, Diderot, Marx, Sartre :

ici, on a chassé Dieu de l’espace public, réduit la religion à une affaire privée, et proclamé que la matière, l’économie et la raison suffisaient à expliquer le monde.

La religion ? « L’opium du peuple », une illusion consolatrice destinée à faire supporter l’exploitation capitaliste. Le curé traditionnel, avec sa soutane et son paradis, était accusé de détourner les prolétaires de la lutte des classes en leur promettant une récompense dans l’au-delà.Ce matérialisme athée a triomphé. Les églises se vident, la pratique catholique s’effondre, la mort devient un tabou gênant, et la société se veut entièrement sécularisée. Plus de transcendance, plus de sens métaphysique offert aux souffrances de l’existence. Seul reste le consumérisme, l’angoisse individuelle et le vide.

C’est dans ce vide que surgit inopinément une nouvelle figure  :

le taliban.

Non pas nécessairement l’Afghan armé, mais la figure symbolique de l’islam rigoriste qui s’implante dans les banlieues et certains quartiers français.

Contrairement au vieux curé affaibli, celui-ci ne se contente pas de consoler. Il offre une béquille métaphysique puissante : un sens total à la vie et à la mort, une communauté solidaire, des règles claires, une identité forte, et surtout une promesse d’au-delà qui rend supportable la précarité, l’échec scolaire ou l’exploitation salariale.

Il propose un nouvel obscurantisme structuré, plus conquérant et plus exigeant que l’ancien.

Et voici la contradiction spectaculaire : une partie de la gauche matérialiste, celle qui se réclame (l'imposteuse !) encore de Marx et de la laïcité, est devenue l’évangélisateur de ce nouvel opium du peuple.

Jean-Luc Mélenchon en est l’incarnation la plus visible. Athée revendiqué, fils de la tradition anticléricale, il aurait dû, selon la logique marxiste ( qui lui est étrangère), combattre cette nouvelle religion comme une aliénation supplémentaire. Au lieu de cela, il la protège, la défend contre toute critique, minimise les dérives islamistes, et transforme les « quartiers » en base électorale en opposant « les dominés » (musulmans) aux « dominants » (la France laïque et blanche).

Pourquoi ce retournement ?

Parce que, comme Faust l’avait pressenti, au commencement est l’acte. L’acte politique prime désormais sur la cohérence idéologique. Face au rapport de forces démographique, au poids électoral grandissant et à la vitalité démographique des populations issues de l’immigration musulmane, le soi-disant matérialiste choisit l’alliance pragmatique plutôt que le combat principiel. Il préfère accompagner le remplacement culturel plutôt que de défendre la laïcité qu’il prétendait incarner.

Ainsi, le matérialisme athée français, après avoir tué son propre Dieu chrétien, offre maintenant le terrain idéal à une religion plus forte, plus structurante et plus totalisante.

Le taliban devient le nouveau curé  :

il fournit l’opium moderne qui permet aux exploités de supporter le capitalisme sans se révolter contre lui de manière matérialiste. Mieux : il offre une identité et une consolation que le matérialisme consumériste est incapable de procurer.

Le philosophe reste enfermé dans ses textes, ses nuances et ses hésitations. Le taliban, lui, passe directement à l’acte : imposer sa vision, occuper l’espace public, structurer les esprits et les corps. Et une partie de la gauche, reniant son propre héritage, lui tend la main.

Au commencement était l’acte.
Pas le Verbe laïque, pas la Raison, pas la lutte des classes.
L’acte du remplacement, l’acte de la réislamisation, l’acte de la nouvelle alliance entre l’ancien matérialiste et le nouveau croyant.La France athée a cru pouvoir se passer de Dieu. Elle découvre aujourd’hui qu’elle a simplement changé de religion… et que le nouveau prêtre est bien plus exigeant que l’ancien.

 



7 réactions


  • Octave Lebel Octave Lebel 15 avril 19:01

     Un aveu d’impuissance et de bien d’autres choses.

    L’auteur semble happé dans une machinerie dont il a perdu le contrôle. L’empilement obsessionnel dans une forme de frénésie de caricatures visant le mouvement LFI à travers les personnes de JLM et de bien d’autres nous montre les dégâts que produisent encore de nos jours sur des esprits faibles une vieille idéologie remise en selle par les oligarchies occidentales n’arrivant plus à justifier leurs pouvoirs et possessions démesurées accumulées en raison de toutes sortes de privilèges fiscaux et d’aides sans contreparties prises sur le travail du plus grand nombre d’entre nous. L’accumulation d’outrances dans une forme de délire devenant de plus en plus envahissant mettant mal à l’aise tout le monde de voir ainsi abaissé le débat et la réflexion politique par des auteurs semblant hallucinés. La complicité des modérateurs et l’étrange silence des soutiens de la famille politique en question nous faisant penser que cette situation est bien représentative d’un certain état d’esprit et du cynisme qui prévalent chez ceux qui pensent que la fin justiifie les moyens alors que tout citoyen un peu censé sait que la fin est déjà dans les moyens comme nous en avertit l’histoire de la famille en question.

     

     

     

     

     

     

     

     


  • Octave Lebel Octave Lebel 15 avril 19:14

    Positivons, ces vomissures et ce qu’elles révèlent est donc l’occasion d’un rappel nécessaire me semble-t-il.

    → L’extrême-droite, le RN et la droite vont gagner.

    https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-extreme-droite-le-rn-et-la-267998

    Extraits :

    « Regrets ou devoir accompli.

    Ces gens vont gagner si nous ne mesurons pas toutes les dimensions de ce qui se prépare et arrive. Nous savons tous au fond de nous qu’ au point où nous en sommes rendus, des campagnes de disqualification et d’intimidation reviendront et que certainement, à un moment ou un autre, le pouvoir exécutif et la sphère médiatique tenteront un ultime coup de force juridique probablement dans un calendrier de campagne qui rendra l’établissement de la vérité impossible avant les élections en laissant toute la place à la calomnie et la désinformation avec l’espoir de désordres et violences. L’affaire de Lyon étant de ce point de vue un galop d’essai dont ces gens ont tiré sans attendre expérience et leçons pour mieux faire la prochaine fois. Et nous ? Le seul arbitre de ces manœuvres, c’est nous en tant que citoyens si nous sommes en nombre suffisant et suffisamment lucides et conscients des enjeux. Nous, disant que cela suffit. Que la justice s’il le faut doit arbitrer sans attendre, pas les médias qui crient plus fort que tout le monde. Sans plus rien laisser passer sur la sécurité et le respect des élus. Il n’est pas difficile de voir à l’oeuvre ici toute une classe politique dont la parole est dominante dans les médias et les sondages qu’ils commandent mais minoritaire dans la société quand nous n’oublions pas de voter et de voter méthodiquement utile dès les premiers tours dans toutes les élections dorénavant. Seul un vote massif peut nous préserver de ce recul démocratique en marche qui serait difficile à inverser ».


  • La Bête du Gévaudan 16 avril 00:51

    Allons camarade ! La charia c’est le progrès ! 

    Lapider les femmes adultères (toutes des salopes !), égorger les homosexuels (allah akbar les bougres !), brûler les hérétiques et les libres-penseurs, les apostats et les athées (ces cochons de mécréants koufars !), détruire les instruments de musique (sataniques !) et les œuvres d’art figuratives (idolâtres !), etc... c’est-y pas beau le socialisme du XXIème siècle ? 

    Ce qui est drôle, c’est qu’avant de s’anéantir définitivement, le socialisme aura achevé de se déshonorer... les mecs finissent par lécher les sandales de la pire de toutes les religions ! ah ah ah ! Quelle bande de tocards ! 


    • Octave Lebel Octave Lebel 16 avril 10:35

      @La Bête du Gévaudan

      Seriez-vous une victime des politzer qui sévissent dans les réseaux sociaux et de ceux qui les inspirent ? Personnellement je ne crois pas que ces gens soient contagieux et donc oui, nous sommes responsables de notre propre bêtise dès lors que nous nous y accrochons avec le besoin irrépressible il me semble et je suppose la jouissance de la répandre et l’étaler.


    • Octave Lebel Octave Lebel 16 avril 10:47

      @La Bête du Gévaudan

      Votre bêtise offre souvent l’avantage de nous donner l’envie de mieux connaître pour pouvoir nous faire notre propre idée.

      La nouvelle France.

      Tant pis pour ceux qui pensent qu’il n’y a rien de mieux qu’une série de caricatures à répétition (créolisation, wokisme ...) pour laver le cerveau de leurs concitoyens.

      Un texte essentiel, simple et clair et chargé de sens afin que chacun sache de quoi nous parlons.

      Aucun autre mouvement politique n’explique si régulièrement et si clairement les fondements de la réflexion qu’il mène à ses concitoyens. À méditer

      https://melenchon.fr/2026/03/30/quest-ce-que-la-nouvelle-france

       1 – La nouvelle condition humaine féminine 2 – La France brassée par la créolisation 3 – La jeunesse comme nouvelle condition sociale  4 – Une nouvelle classe ouvrière 5 – Le mode de vie urbain comme expérience commune. Conclusion.

       


  • Octave Lebel Octave Lebel 16 avril 10:47

    1/2 « Si l’on prend comme référence l’année de naissance de notre régime politique, la Ve République,, la France a connu d’importantes mutations sociologiques, économiques et même anthropologiques. C’est d’abord ce simple constat que recouvre le concept de « nouvelle France ». Il s’agit aussi d’un ensemble de groupes sociaux émergents, en pleine dynamique et particulièrement visés par le système économique et politique. Cette position fait d’eux la base possible pour la constitution d’un bloc de rupture capable de répondre aux aspirations de la « nouvelle France » dans son ensemble.

    1 – La nouvelle condition humaine féminine

    a – Une révolution des droits civiques

    En 1958, les femmes n’ont arraché le droit de vote que depuis 13 ans. Depuis 1958, le nombre de nouveautés qui se sont accumulées, à force de luttes, concernant les droits des femmes est comparable à une révolution de libération nationale qui aurait eu lieu à l’intérieur de notre pays et pour la moitié de la population.

    • Le droit d’ouvrir un compte bancaire sans autorisation pour les femmes est gagné en 1965
    • La contraception est autorisée en 1967
    • L’autorité parentale conjointe est reconnue en 1970
    • Le principe de l’égalité salariale est voté en 1972
    • L’avortement est légalisé en 1975
    • Le divorce par consentement mutuel est reconnu en 1975
    • Le viol conjugal est reconnu comme un crime en 1990

    b – Une condition toujours subalterne pour le capital

    Cette révolution civique s’est accompagnée d’une plus grande présence visible des femmes dans de nombreuses sphères de la vie sociale (vie professionnelle, vie politique, vie culturelle), d’un changement des mentalités mais pas d’une égalité sociale.

    => Dans le monde du travail, les femmes gagnent en moyenne 23 % de moins que leurs collègues masculins. 80% des salariés à temps partiel sont des femmes. Les ⅔ des salariés au SMIC sont des femmes. La précarisation et la smicardisation du monde du travail, deux caractéristiques du néolibéralisme ne se sont pas appliquées d’une manière neutre selon le genre.

    => Les femmes sont en première ligne de la crise de la reproduction sociale (cf argumentaire du 9 mars 2026), autre caractéristique essentielle du capitalisme contemporain. Celui-ci tente de rétablir ou de maintenir le travail gratuit de reproduction assuré traditionnellement par les femmes malgré leur entrée massive dans le monde du travail, au moyen du sous-investissement des secteurs du soin, des doubles journées de travail féminines, etc.

    2 – La France brassée par la créolisation

    a – Une nouvelle France fille des migrations

    => Les plus grosses vagues de migrations sont des migrations internes. 56 % des jeunes quittent aujourd’hui leur département de naissance. Seul 1 sur 3 revient y vivre dans sa vie.

    => En 1958, 1 français sur 10 avait un grand parent étranger au moins. Aujourd’hui, c’est 1 français sur 4. En fait, 1 français sur 3 est soit un immigré soit un descendant d’immigré.

    => Ce fait démographique a une conséquence culturelle : la créolisation. De nombreux domaines culturels comme la langue, les arts, la cuisine et la mode adoptent, transforment, ethybrident des influences d’origine étrangères. Le progrès du bilinguisme constitue un fait marquant.. En 1958, le fait de savoir parler une langue en plus du français concernait 5 à 10 % des français. Cette proportion se monte aujourd’hui à 25 à 30 %.

    b – Un racisme pour maintenir des hiérarchies malgré la créolisation

    Le racisme est un système de domination : il transforme une société multiculturelle en occasion de justifier des hiérarchies sociales, d’imposer une discipline et de faire accepter des formes d’exploitation redoublées. 

    => 9400 crimes et délits racistes ont été recensés en 2024, en hausse de 11 %. Mais on estime que 4 % des victimes portent plainte : le vrai chiffre serait donc de 235 000 crimes et délits racistes par an. 

    => Récemment, une étude a montré qu’une agence immobilière sur deux acceptait de sélectionner les candidats à la location sur la base de la couleur de peau. 53 % des descendants d’immigrés en France disent subir des discriminations au travail. 26 % disent subir des discriminations dans leur rapport aux services publics. 20 % disent subir des discriminations dans les transports.


  • Octave Lebel Octave Lebel 16 avril 10:48

    2/2 Suite

    3 – La jeunesse comme nouvelle condition sociale

    Bien sûr, la jeunesse demeure une classe d’âge traversée par des inégalités. Mais le néolibéralisme en a aussi fait une expérience commune en se servant des jeunes comme chair à précarisation. L’expérience des premières années adultes en a été profondément transformée. Un chiffre résume la situation : près d’1 pauvre sur 2 en France a moins de 30 ans !

    => La destruction de la stabilité de l’emploi a particulièrement touché les jeunes. Ainsi 1 jeune sur 2 qui travaille est dans un statut précaire, contre seulement 1 sur 4 au début des années 1980. L’âge moyen du premier emploi stable est passé de 20 ans en 1960 à 27 ans aujourd’hui.

    => Les jeunes sont aussi particulièrement touchés par l’accroissement du poids de la rente immobilière. Ils sont plus souvent locataires et plus souvent habitant dans les grandes villes. Les jeunes locataires dépensent ainsi en moyenne 50% de leur revenu pour payer leur loyer.

    => Ces deux crises combinées des conditions de vie de la jeunesse retarde l’autonomie vis-à-vis du foyer parental. 50% des majeurs de moins de 30 ans vivent encore chez leurs parents.

    suite (3/3)

    4 – Une nouvelle classe ouvrière

    Le monde du travail aussi a changé de visage depuis 1958. La « classe ouvrière » des Trente Glorieuses n’est plus la même. Au sens strict, les ouvriers sont passés de 39 % de la population active à 18 %. Mais en même temps la « condition ouvrière » s’est élargie à d’autres secteurs : les employés, les travailleurs ubérisés, etc. Globalement le monde du travail a subi une précarisation sans précédent depuis les années 1970.

    => Jusque dans les années 1980 1 ouvrier sur 2 travaillait dans l’industrie. C’est moins d’1 sur 3 aujourd’hui. Ils se sont déplacés dans d’autres secteurs : 1 ouvrier sur 2 travaille dans une entreprise de services et 1 ouvrier sur 4 travaille dans le secteur de la logistique et des transports. Et. On les appelle parfois les « ouvriers du flux  ».

    => À côté de ces « ouvriers du flux », ce sont aussi les secteurs du soin, du travail reproductif marchand qui sont en dynamique. Entre 1989 et 2010, le nombre d’assistantes maternelles a été multiplié par 2 ; celui des aides à domicile par 3. 

    => Globalement la précarisation du travail est une nouvelle donnée générale de notre époque : la part de CDD a été multiplié par 3 depuis les années 1980, les temps partiel ont plus que doublé, l’intérim a explosé (il existait 7 boîtes d’intérim dans le pays en 1956, contre 11 700 aujourd’hui !) 

    => La localisation ou la taille des établissements ouvriers a aussi changé. Avec 1 ouvrier sur 2 dans un établissement de moins de 50 salariés, c’est la fin des grandes concentrations ouvrières.

    5 – Le mode de vie urbain comme expérience commune

    => La France s’est urbanisée : l’exode rural a continué dans notre pays jusqu’aux années 1970. En 1958, 55 % de la population française était urbaine. Aujourd’hui, c’est plus de 80 %.

    => La ville est aussi un mode de vie matériel  : celui de la dépendance aux réseaux comme condition de la satisfaction des besoins essentiels. L’expérience commune urbaine est donc aussi celle d’une lutte de classe entre le peuple et l’oligarchie (cf argumentaire du 2 février 2026).

    Conclusion :

    S’il y a une « nouvelle France en soi », avec des caractéristiques, des positions sociales objectives communes, il y a aussi une « nouvelle France pour soi », c’est-à-dire comme sujet politique. C’est ainsi qu’il est possible d’interpréter l’importance prise, depuis une dizaine d’années, par les luttes féministes, antiracistes ou de certains – parfois nouveaux – secteurs du monde du travail. Fédérer les différents éléments de la nouvelle France, pour qu’ils sortent la France de l’ornière dans laquelle un capitalisme oligarchique et une Vème république sclérosée l’ont mise :  c’est l’objectif de la stratégie de la Constituante. »

     

     

     

     

     


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