samedi 11 octobre 2008 - par Bernard Dugué

Le « plan Dugué », plan monéthique pour limiter la récession en Europe

Il faut oser, j’ose, d’autant plus que la Bourse continue à paniquer. Crise signifie décision. Ce qui suppose une proposition. Celle que je fais. Et comme l’a souligné un intervenant ici, l’idéogramme chinois signifiant la crise est double, il signifie danger (risque) et opportunité. En 2009, le risque c’est la récession et la pauvreté. L’opportunité, c’est d’utiliser enfin le pouvoir de cette monnaie qu’est l’euro, mise en place grâce aux labeurs de plusieurs peuples. Les Ministres du G7 pourront colmater avec quelques limites les « trous de gruyère » de la finance en fondant les pertes en une fondue étatique, une orgie politicienne, cela ne changera pas le triste sort de nos sociétés vouées à l’amputation sociale. Il faut un plan monéthique !

Pourquoi et comment ce plan ? Le pourquoi est aisé à comprendre. Les pays européens vont sans doute subir une récession dont nul ne peut prédire l’ampleur. Car le comportement des investisseurs et consommateurs est pour une bonne part irrationnel, surtout en période d’incertitude. De plus, cette récession ne va pas être équitable. Elle va toucher les plus fragiles en revenus, qui sont aussi les moins protégés dans leur emploi. D’un point de vue macroéconomique, global, la récession sera due à une crise des solvabilités, liée comme on s’en doute à la crise financière. Une crise répétons-le, ne sera pas équitable. Et pour être complet sur ce sujet, cette crise des solvabilités dure depuis des années (cela vient de l’existence de deux économies, celle dite de l’Empire, avec les financiers, les grands groupes, les riches et classes supérieures ; et la Tierce économie, comme dirait l’abbé Sieyès, à bon entendeur ! Une Tierce économie avec des travailleurs, des TPE, des chômeurs…) Le « comment » de ce plan découle du pourquoi. Il faut rééquilibrer la crise des solvabilités. Ce plan est simple, il tient en une page.

Exposition du plan Dugué, désigné aussi comme plan monéthique. Le principe est de lever quelques centaines de milliards d’euros au niveau européen. Nous verrons comment. Le plus important, c’est d’injecter équitablement ce soutien à la Tierce économie. A vu de calcul mental, chaque ménage recevra par mois un montant que je fixe ainsi. 200 euros pour une personne seule, 300 euros pour un couple, et 20 euros par personne à charge.

Comment réaliser l’opération ? C’est tout simple, c’est le Trésor public qui s’en charge, puisqu’il dispose de toutes les informations sur les contribuables. Il lui suffira de virer sur un compte ou d’envoyer un chèque à chaque contribuable. Un couple avec trois enfants recevra 360 euros chaque mois, un célibataire endurci ou non recevra 200 euros.

Questions collatérales. Un ménage aisé recevra-t-il cette aide ? Bien sûr que oui. Mais le dispositif prévoit que cette somme est imposable. Et comme c’est le Trésor qui la verse, il la mettra sur la fiche d’impôt préremplie. Un individu émargeant dans la tranche de 50% n’aura reçu en fait que 100 euros par mois. Pour un travailleur modeste, il restera après impôt 180, voire 200 euros par mois. Il reste le cas du RMI, actuellement 450 euros par mois. Ce que je propose, c’est de baisser le RMI versé par les Départements à 300 euros ce qui fait une augmentation de 50 euros. Et de réajuster le calcul du RSA. On voit donc que ce plan permettra quelques rentrées fiscales supplémentaires pour l’Etat, tout en soulageant les Départements. Pour l’AAH, je propose qu’elle soit baissée à 600 euros, ce qui avec le plan, fera un revenu de 800 euros par mois. Idem pour le minimum vieillesse. Et chaque pays de la zone euro fera selon ses dispositifs d’aide.

Et maintenant, la source du plan. C’est assez simple, comme un jeu d’écriture. Il suffit d’une entente des membres de l’eurogroupe et une négociation des Ministres des finances pour que chaque Trésor public réalise cette simple opération comptable sous la responsabilité des autorités supérieures ayant compétences à le faire et s’il n’y en a pas, alors, il suffit de le décider par la voie politique. C’est juste une question de volonté. Et d’intelligence du cœur et de la raison. Cela revient à faire fonctionner une planche à billet financière. Pour palier à l’urgence de la situation et préserver un minimum d’équité économique.

Quelles conséquences ? Les marchés financiers, tenus au courant de cette opération, joueront l’euro à la baisse mais pas de quoi s’affoler. Et l’inflation ? Eh bien compte tenu de cette manne injectée dans les revenus, on peut espérer que les travailleurs et les entreprises sauront s’entendre pour limiter les augmentations de salaires. A noter que ces liquidités vont servir à la consommation mais aussi s’inscrire au crédit des banques de déposant. L’intérêt de cette mesure est aussi de faire sauter tout cette bureaucratie qui octroie des primes par ci et par là pour telle catégorie et tel produit. Chaque individu fait ce qu’il veut de son pognon et c’est très libéral !

Au final, le « plan Dugué » se sert qu’à donner un coup de pouce pour limiter la récession et remettre un peu d’équité dans la répartition des revenus. Il ne dispense pas de réfléchir aux questions de société ainsi qu’aux règles du système financier. Au total pour la zone euro, cette mesure reviendrait à créer entre 600 et 700 milliards d’euros. L’équivalent du plan Paulson. Le plan monéthique est prévu pour 2009 et pourrait être reconduit avec un montant ajusté, réduit sans doute, autant d’années que nécessaire (c’est l’amorce d’un changement de système mais cela ne peut être discuté ici) En plus, les chiffres que je viens d’indiquer ne sont pas contraignants. On peut même aller plus haut, passer à 250 euros par mois pour une personne et 350 pour un couple. Ça nous ferait 1000 milliards d’euros. Enfin, ce plan est tout à fait concevable dans d’autres zones et notamment le Japon.

Pour information, je précise que j’ai introduit depuis 7 ans cette idée de monéthique, constatant le cœur du problème économique dans sa dimension sociale. Par ailleurs, cette possibilité ne créer de la monnaie à partir de rien n’est pas une absurdité économique. Loin s’en faut. Elle est envisagée par François Rachline, auteur de nombreux ouvrages d’économie et professeur à Sciences Po.



121 réactions


  • CAMELEON 11 octobre 2008 19:55

    Avez vous entendu parler de l’Amero cette nouvelle monnaie frappée aux E.U qui viennent d’en envoyer 800 milliards en Chine ?
    D’autre part il semblerait d’après certains députés U.S qu’ils aient subi un chantage de guerre civile pour les amener a voter les 850 milliards ( 700 + les amendements ) que réclamaient ces "pauvres " banques et institutions financières.Je pourrai essayer de coller les liens , sur les deux sujets , mais ils sont en américain et connaissant l’anti américanisme de certains j’ai préféré m’abstenir.Ils sont à la disposition de celui ou celle qui le désirerait.


  • Yohan Yohan 11 octobre 2008 19:56

    Vous m’en mettez un bol smiley


  • Le péripate Le péripate 11 octobre 2008 22:28

     MV=PQ.
    Ou le produit de la masse monétaire par sa vitesse de circulation est égale au produit du niveau général des prix par le volume des transactions. Un truc tout con, qui valut un prix Nobel à Milton Friedman. Notons que la critique de Bernard Maris sur cette "équation" consiste à dire qu’elle néglige le temps. Il ne s’est sans doute pas aperçu qu’une vitesse est une fonction dérivée du temps. Passons. 

    C’est en tout cas un mur pour les constructivistes. Chacun pourra s’amuser à voir comment il est possible de contrôler chaque terme de l’équation. Il s’apercevra vite le politique a une autre alternative, le contrôle des prix autoritaire. Il pourrait donc penser qu’augmenter le masse monétaire et contrôler les prix est la solution. Hélas, le volume des transactions va s’écrouler, ou, mieux, un marché noir va se développer. 
    Bien sûr, on peut, comme Maris, tenter de nier la validité de cette équation. A vos cahiers.


    • Tzecoatl Tzecoatl 11 octobre 2008 22:41

      Et quand on augmente M, c’est P ou Q qui augmente ? Autrement dit, M c’est du pq ou pas ?


    • Tzecoatl Tzecoatl 11 octobre 2008 22:45

      Tu sais MV=PQ date de la renaissance, de l’école de Salamanque.

      C’est comme si j’affirmais que je venais de découvrir un nouveau théorème où dans un triangle rectangle, le carré de l’hypothénuse est égal à la somme des deux côtés et que j’en avais le prix Nobel (mes hommages à Pytagore cependant).



    • Le péripate Le péripate 11 octobre 2008 23:02

       Probablement que si tu savais refaire la démonstration du théorème de Pythagore, tu mériterais au moins des félicitations, alors même que ton stage à l’école du rire semble avoir été un échec.


    • Forest Ent Forest Ent 11 octobre 2008 23:35

      Vous ne trouverez pas l’explication complète de la crise actuelle dans des bouquins d’histoire, et très peu dans des bouquins d’économie. Dans ceux-ci, on parle surtout de monnaie réelle ou proche du réel comme le crédit. L’originalité de cette crise est que l’essentiel de la monnaie existe au deuxième ou troisième degré.

      Par exemple, ce qui a causé la faillite d’AIG est les CDS, c’est à dire une assurance contre les mauvaises périodes économiques. Par bon temps, ça rapporte. L’assureur doit normalement provisionner cela pour le mauvais temps quand ça perdra. Il a souscrit en pratique une dette envers l’avenir. AIG ne s’est pas donné les moyens de l’honorer. Et ça doit être le cas de la plupart des autres banquiers et assureurs.

      En termes plus techniques, ça revient à se poser la question suivante : les volatilités suivent-elles des lois normales indépendantes entre elles ? Il y a eu pas mal de travaux de recherche là-dessus, sur les "queues de distribution". Beaucoup ont conclu que non. Mais ça n’a pas empêché des escrocs comme ce "prix nobel" de Scholes de penser que tant que la soupe entre tout va bien.

      @ Péripate

      Il parait logique que l’on ne peut pas rétablir par une simple décision la valeur de la monnaie et le fonctionnement de l’économie. Pourtant, j’ai le très net pressentiment que c’est ce que Bush va essayer de faire. Ca pourrait démontrer une fois de plus que l’interventionnisme est une conséquence du laissez-faire. Quand on ne surveille pas les enfants, ils font des bêtises et on est obligé d’accourir quand ça hurle. Avec le risque comme ici d’arriver bien trop tard.


    • Le péripate Le péripate 11 octobre 2008 23:45

       Un observateur attentif aurait noté que j’ai écrit équation entre guillemets, ce qui veut bien sur dire qu’elle n’est pas une équation physique. Et, après tout, ce n’est pas pire que d’écrire que d’augmenter les impôts peut, sous certaines conditions n’est-ce pas, stimuler le contribuable à augmenter ses revenus, ou que dire que malgré le fait que la sécu soit à peu près 30% plus chère qu’un système privé comparable, elle se doit d’être moins chère puisqu’elle bénéficie d’économies d’échelle dans le traitement de la paperasse. Quand on est capable de sortir des conneries aussi grosse que ça, on s’abstient de toute critique inconsidérée.
      D’autant que le prix Nobel (d’économie, qui n’est pas le Prix Nobel de Nobel, ça va, on sait), vous et vos copains ne manquez pas de l’accolez à Stiglitz quand ça vous arrange... alors, quand ce que l’on a à dire ne vaut pas mieux que le silence, on se tait, élève Leon....


    • Le péripate Le péripate 11 octobre 2008 23:52

       A Forest, oui, c’est ce que Bush va tenter de faire, ou, plutôt, c’est ce qu’il n’a jamais cessé de faire. C’est sur ce point très important que nous divergeons. Il n’y a pas eu laissez-faire, mais au contraire une intervention lourde. Et une intervention succède à une intervention. Une erreur à erreur. De la démagogie électorale qui entraîne une lourde punition. J’ai commencé a lire des papiers sur la manière dont les anglais traitent la question, et il semble qu’il s’y prenne mieux, plus moralement en tout cas.


  • Atlantis Atlantis 12 octobre 2008 00:26

    Là je dois avouer que je suis sur le cul (on me dira, c’est normal, je suis sur une chaise).

    Quelle conclusion mes ailleux !
    Par ailleurs, cette possibilité ne créer de la monnaie à partir de rien n’est pas une absurdité économique.
    Ce n’est ni plus ni moins ce qui se passe depuis qu’on a laché la bride aux banques il y a de celà des siècles. Un superbe système pyramidal. C’est pourtant pas dur de trouver l’information adéquate sur le net. Mais pour ça il faut passer du temps à lire et non à écrire pour abrutir les autres ...


    • Syrius Syrius 12 octobre 2008 00:48

      Vous êtes dur Atlantis.
      Moi je suis émerveillé par le texte de Dugué. Le fait qu’il ait pu commettre ce texte sans s’être préalablement fait enlever les côtes relève de l’exploit.


  • ddacoudre ddacoudre 12 octobre 2008 01:58

     Bonjour Dugué

     

    Tu as levé une fronde contre ton idée. J’ai lu les critiques elles m’ont fait penser au système pavlovien, elles répétent qu’il ne peut être fait autre chose que ce qu’ils ont apris ou entendu répétitivement.

    l’apprentissage consiste bien en cela apprendre ce qu’il faut faire, et si l’on ne "désapprent pas" l’on devient des êtres bloqués. ce qui ne veut pas dire que l’on est con mais seulement que l’on utilise pas toutes ses capacités pour écouter ou découvrir l’ailleurs.

    Y aurait’il un absolu qui imposerai de manière irréductible que l’on ne puisse émettre de la monnaie en dehors du système bancaire dans une organisation néolibérale capitalistique ?

     

    Répéter qu’il ne peut pas être fait autrement et la conséquence d’une pensée unique qui n’est que la traduction de la répétition de ce que l’on apprend. Naturellement tout enseignement dure pour assurer une certaine stabilité dans le cadre d’organisations sociétales, politique, religieuse ou économique, et cela exige que la plus grande majorité y croit

    La croyance en la valeur de l’argent et un élément moteur grégaire de l’humain aux comportements plus instinctifs que cérébraux, nous sommes plus guidés par nos émotions que par notre réflexion. D’ailleurs cette société consumériste et communicante y fait grandement appel en jouant à outrance sur nos moteurs que sont le désir et la peur.

    Cette attitude représente plus une « régression » par rapport à notre capacité d’apprendre et de brasser les milliards d’informations que nous pouvons traiter par nos lobes cérébraux sans que cela soit une condition indispensable à notre existence car  c’est le cerveau reptilien qui veille à notre survie.

     

    Ainsi notre croyance en la valeur de l’argent n’est pas raisonnée mais un facteur émotionnel pour nous contraindre aux efforts. S’il est rare et ne bénéficie qu’à quelque uns, les autres organiseront leur existence en dehors d’eux, s’il est abondant il ne sera plus désiré et un autre étalon verra le jour pour nous contraindre aux efforts.

     

    Emettre de la monnaie ce fut le plan Marshall d’après guerre, aussi ta proposition à déjà été utilisé mais ce n’est pas pour autant une raison de ne pas y faire appel s’il devient nécessaire de sauver les meubles et les ménages.

     

    La monnaie c’est ce qu’il y a de plus facile à créer il suffit de faire une reconnaissance de dette, toute notre monnaie repose dessus, ensuite il faut la faire circuler. Ta proposition est une relance de l’économie par la consommation, des classes moyennes et en difficultés, au travers d’un budget de régulation social ou de redistribution suivant si les fonds sont créé par la dette ou pris sur le marché financier.

     

    Je crois comprendre que dans une société où le futur verra la récession du système de croissance essentiellement basé sur la surconsommation, il s’en suivra de fait une réduction des masses monétaires disponibles pour la redistribution, d’où la nécessité de comprendre qu’il nous faudra trouver d’autres activités pour nous contraindre aux efforts qu’ils exigeront pour recevoir en échange de la monnaie que l’on créera. parce que celle reposant sur la consommation se sera réduite en même temps que les matières premières qui la sous-tendent s’épuiseront les unes après les autres, et dans le même temps il nous faudra accepter que ce ne soit pas seulement le travail au sens marxiste qui permet de se procurer de la monnaie et que sa distribution réponde à une éthique de distribution ou une philosophie. (le libéralisme comporte un volet philosophique que les adeptes de la loi du marché ont oublié)

     

    Nous entrerons donc dans une société « monéthique », mais il faudra que la philosophie remplace la star ac, ce n’est pas que les autres soient incapables d’une réflexion ils sont seulement soumis depuis 1983 au système pavlovien de la pensée unique instillé médiatiquement, la loi du marché. Dans un monde ou tout est soumis à des règles sociétales comment a t’on pu vendre une pareille baudruche comme la solution idyllique.

     

    La loi du marché n’est que la masse des comportements humains régulés par leurs codifications, il n’y aurait rien de dramatique de mettre en place l’idée que tu développes et de codifier la distribution et sa circulation de monnaie comme le capitalisme codifie la ventilation de la monnaie au travers de plans comptables qui ne sont d’aucune valeur scientifique mais qui régulent nos comportements, pour ne pas vivre dans un cloaque et subvenir à nos besoins. Mais bien sur tout système perdure tant qu’il n’entre pas en crise en ayant consommé les ingrédients ou les agrégats sur lesquels ils reposent et heureusement.

     

    Cordialement.

     

     


  • La Taverne des Poètes 12 octobre 2008 11:03

    Qui veut de l’or ?

    Remisez votre plan, Bernard Dugué. On veut pas de votre papier monnaie inflationniste qui descendrait vite à la valeur du papier Q.

    Distribuez-nous de l’or plutôt !

    Francis Berthelin, gérant du fonds AAZ Prestige Or chez AAZ Finances, estime que le cours du métal jaune va continuer de monter du fait de la crise actuelle.



    • armand armand 12 octobre 2008 19:22

      Ah ! cet or que Keynes traitait de ’relique barbare’. Ce même Keynes qui disait aussi qu’à terme on était tous morts ! Belle profession de foi pour fonder une économie qui aurait pour ambition d’excéder notre humble durée de vie et assurer à notre progéniture une existence stable !

      Quand je pense que le gourgou Greenspan disait des hedge funds fourbissant leurs ’produits innovants’ qu’ils étaient des ’abeilles qui butinent’ qu’on ne devait pas entraver ... alors qu’il s’agissait plutôt de rats qui propageaient la peste !


  • La Taverne des Poètes 12 octobre 2008 11:24

    Ces projecteurs en permanence sur les valeurs boursières pour nous faire oublier de défendre les vraies valeurs...Le réveil sera difficile.


  • philbrasov 12 octobre 2008 13:26

    Ce n’est pas une crise, c’est une guerre contre la Chine et l’Euro !
    11.10.2008

    La crise financière n’en finit pas de surprendre les économistes, elle défie les règles comptables, il y a une bonne raison à cela : ce n’est pas une crise due à une mauvaise gestion des banques, des erreurs ou un disfonctionnement du libéralisme, la fin d’un système, mais une guerre menée par Washington contre l’ensemble de ses adversaires et concurrents. Et comme toutes les guerres, la victoire appartient à celui qui gagne du terrain.

    La crise a commencé avec les annonces de déficit voire d’une possible faillite de Freddie Mac et Fannie Mae, deux organismes américains de financement d’hypothèques qui fonctionnent grâce aux emprunts d’Etat ou obligations (bonds) qui sont des placements financiers très sûrs. La Chine a été en première ligne des victimes potentielles après ces annonces car elle possède 397 milliards de dollars d’obligations de ces deux institutions. Suite aux annonces, le 7 septembre, le gouvernement américain a pris l’engagement d’injecter 200 milliards de dollars dans les deux organismes pour combler leur déficit, et les a placés sous sa tutelle [1]. Un interventionnisme bien généreux, cousin germain du plan Paulson.

    Les Chinois ont félicité Washington pour avoir sauvé leurs investissements, mais dans le même temps, les obligations qu’ils détiennent n’ont désormais plus leur valeur initiale et ils ne peuvent plus les revendre. Les banques qui détenaient ces obligations ont donc également perdu de leur valeur : leurs actions ont baissé. Dans l’opération, l’Amérique n’est pas devenue plus riche (bien que la valeur de sa dette soit diminuée), mais ses créanciers sont devenus nettement moins riches car ils sont en possession de titres en chute libre et doivent puiser dans leurs trésoreries (leurs réserves en devises) pour combler leurs pertes ainsi que garantir les avoirs des clients des institutions financières touchées.

    Il n’y avait pas que les chinois : tous les pays ainsi que toutes les banques privées ont été touchés à diverses hauteurs selon le niveau de leurs investissements sur ces titres de créances américains qui ne valent plus rien dans l’immédiat. Cependant ce ne sont pas les banques chinoises ou japonaises ou encore britanniques très touchées par la chute des obligations américaines qui ont fait état de pertes et de faillite, mais trois autres importantes institutions financières américaines, Lehman Brothers, Merrill Lynch et AIG. Leurs annonces publiques de faillite suivies des plusieurs appels au calme ou d’annonces de plans successifs de sauvetage ont servi de facteurs déclencheurs. La panique a gagné tous les pays et les bourses ont chuté.

    Avant ces annonces anxiogènes, véritables bombes, la plus grande discrétion régnait et règne encore dans tous les pays concernés. Les principaux intéressés n’ébruitent pas leurs pertes plus particulièrement les Russes et les Chinois. On peut établir une estimation de leurs pertes sur la base de l’onde de choc chez les Européens où les règles démocratiques imposent plus de transparence.

    Le pays indicatif pourrait être l’Allemagne qui avec 41 milliards de dollars d’investissements est le 14e dans le palmarès des Etats détenant des obligations américaines. Pour renflouer Hypo Real Estate, la 4e banque du pays, Merkel a dû dépenser 50 milliards d’euros, soit 68 milliards de dollars, c’est-à-dire une somme bien supérieure aux investissements allemands sur la dette américaine.

    On n’ose imaginer les dégâts provoqués chez les champions de placement sur les titres de créances américaines. A quelques exceptions près, tous avaient augmenté leurs investissements au cours de l’été dernier en raison d’une baisse anormale des cours de l’ensemble des obligations américaines à partir du mois d’avril 2008, qui est également la date du début des spéculations boursières américaines qui ont fait exploser le prix du baril.

    Les deux manipulations sont sans doute liées : A partir d’avril 2008 et la baisse des cours des obligations, chacun voulait attraper le pus possible de ces titres qui devenaient de plus en plus rentables. La hausse artificielle du baril a servi de locomotive pour relancer les achats des obligations bon marché : La hausse artificielle du baril a boosté les revenus des Arabes de l’OPEP et leurs investissements ont augmenté au rythme incroyable de 15% par mois à partir du mois d’avril 2008.

    Au dernier pointage en juillet 2008, le Japon détenait 593 milliards de dollars (G$) d’obligations aujourd’hui sans valeur, la Chine détenait 519 G$, La Grande-Bretagne : 291 G$, les Arabes du Golfe : 174 G$, le Brésil : 148 G$, les banques off-shore où repose l’argent blanchi des mollahs et des mafieux : 133,5 G$, le Luxembourg : 75 G$, la Russie :74 G$ ; Hong Kong :61 G$, la Suisse :45 G$...

    Les banques off-shore sont dans une situation grave. Les boursicoteurs particuliers sont rétamés. Et les Etats doivent injecter de colossales quantités de devises prises dans leurs réserves pour sauver les banques touchées afin de garantir les avoirs de leurs citoyens et leurs industriels. Ces derniers sont touchés : leurs actions se cassent la gueule.

    Chaque Etat intervient pour sauver ses secteurs financier et industriel afin qu’ils ne soient rachetés par des investisseurs étrangers parmi lesquels certaines banques américaines qui ont fait de juteuses affaires dans les premiers jours de la crise et les américains qui peuvent compter sur l’apport de nouveaux investissements sur les obligations américaines, investissements nécessaires pour renflouer les Freddie Mac, Fannie Mae et consoeurs si chacun veut récupérer ses billes à la fin.

    Parmi les Etats concernés, la Chine est particulièrement touchée car au cours de cette année de grandes dépenses dues à l’organisation des JO (les plus chers de l’histoire) [2], elle a dû puiser dans ses réserves pour payer ce baril cher et pourrait se retrouver à court de devises pour financer l’ensemble de ses pertes.

    En somme, par une stratégie très avisée, les Américains ont financé leurs dettes et crédits avec les moyens de leurs concurrents chinois, arabes et européens, avant de trouver un moyen subtil de semer la panique en simulant des déficits successifs de 5 (2+3) des plus importantes d’entre elles. Ainsi les Américains ne sont pas devenus plus riches, mais leurs adversaires sont devenus moins riches. Dans une guerre, quand les pertes de l’ennemi sont supérieures aux vôtres, c’est la victoire. Mais ce n’est qu’un début !

    Les Etats qui sont ces jours-ci obligés d’intervenir pour sauver leurs industries en puisant dans leurs réserves en devises ne sont qu’au début de leurs peines. Ils doivent restructurer les industries et les banques touchées : leur taux de chômage augmente ainsi que leurs charges. Ils ont injecté des capitaux : leur inflation augmentera et la valeur de leur monnaie baissera. L’euro est déjà en recul face au dollar : c’est une autre conséquence de cette guerre économique. Finalement, pour compenser ces hausses ou pertes sèches, ils doivent décréter des plans de rigueur et augmenter leurs impôts ce qui va influer sur la rentabilité de leurs industries. C’est une victoire par KO pour les Américains qui n’auront pas ces problèmes car rappelons-le, ils ne sont pas devenus plus riches, c’est nous qui sommes devenus moins riches.

    Enjeux géopolitiques | Cette guerre qui relance le dollar (et fait baisser le pétrole) a été en fait une guerre géopolitique contre d’une part l’Euro et d’autre part la Chine et les économies asiatiques (l’OPEP y a perdu aussi des plumes, Dubaï est ruiné).

    Pendant longtemps, l’Amérique a essayé de prendre le contrôle de l’ensemble du marché pétrolier par la guerre, dont plus particulièrement celle de l’Afghanistan qui devait lui donner un couloir d’accès à l’Asie Centrale, région actuellement enclavée qui pour cette raison est devenue un réservoir en hydrocarbures exclusivement contrôlé par la Chine et la Russie. Cette dernière achète du gaz en Asie Centrale au prix de 170 dollars les milles mètres cuves et les revend 400 dollars aux Européens, alors que la Chine achète une partie de ses besoins gaziers à 170 dollars directement aux producteurs nationaux d’Asie Centrale, ce qui la rend plus compétitive face aux Américains et aux Européens.

    Si l’accès vers cette région est rétabli (par des gazoducs sécurisés), les majors pétroliers américains (qui financent les candidats présidentiels américains) pourront contrôler les prix et donc la croissance de la Chine et en même temps priver la Russie de la moitié de ses revenus gaziers !

    La guerre en Afghanistan n’a pas permis de réaliser cet objectif majeur pour assurer l’hégémonie mondiale des Etats-Unis sur leurs concurrents directs. L’Amérique s’est alors tournée vers les mollahs en menant une petite guerre économique (sanctions) pour les forcer à composer avec elle pour lui donner un couloir d’accès à l’Asie Centrale. Cette autre guerre avait pour objectif de priver l’Iran d’investissements étrangers et ne ciblait que les partenaires commerciaux non-américains de l’Iran. C’est le même modèle de raisonnement : l’appauvrissement des concurrents des entreprises américaines. Ceci a également échoué (jusqu’à aujourd’hui). Le parti républicain au pouvoir a dû opter pour un plan plus radical qui va priver les adversaires de l’Amérique de leurs avoirs (obligations invendables) et aussi qui va les lancer dans des dépenses incontournables, à la fois pour sauver leurs propres industries, mais aussi pour sauver leurs obligations américaines de la faillite (efforts collectifs demandés par Paulson).

    Tout le monde attendait une guerre contre l’Iran, l’Amérique surprend le monde par cette incroyable guerre d’un genre nouveau, sans bombe ni victime par balle, une crise qui rétame tous ses adversaires et provoque un nivellement.

    Ce nivellement et aussi l’embrigadement de force (efforts collectifs) dans le plan du financement des dettes américaines (passées et présentes) lui permettent aussi de maintenir et même renforcer le processus de sanctions contre l’Iran (qui épuisera aussi bien les mollahs que les Européens).

    In fine, les Américains pourraient atteindre leur objectif d’une entente avec les mollahs, grâce et au détriment des actuels partenaires de l’Iran ! Cette entente (ou sa variante avec les Talibans) permettra alors aux Etats-Unis d’accéder à l’Asie Centrale pour contrôler beaucoup de réservoirs et les prix avec un dollar qui aura entre temps retrouvé sa santé. Ce sera le jackpot permanent !

    En attendant, nous paierons la facture.


    • glouglou 12 octobre 2008 15:02

      Alors comment expliquer les créances pourris depuis quelques années ? elles auraient été introduites dans ce but là ? donc un autre complot ? c’est un peu tiré par les cheveux mais plausible ! il faut le démontrer avec des arguments plus convainquants,comme est démontré le 911 qui ne fait plus aucun doute .


    • foufouille foufouille 12 octobre 2008 17:14

      pour faire le NWO, il faut controler les societes
      en controler quelques unes est plus facile que beaucoup


    • ddacoudre ddacoudre 12 octobre 2008 21:39

      bonjour philbrasov

      interessante l’analyse géopolitique et comme le dit glouglou fort plausible, mais quel serait donc le cercle de décideurs puissant ou dans quelle administration a pu s’élaboré cette stratégie, qui ne mettra pas sur la paille les chinois puisque tous les états stransfuseront les banques en difficultées et je ne voit pas comment les US et UE refuserai au chinois de pratique ce qu’ils appliquent afin d’avoir un ascendant sur eux. mais le gain effectivement se situe au niveau des avoirs qui se volatilisent.

      cordialement.


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