Le problème étatsunien - considérations morales
Une fois de plus les Etats-Unis d'Amérique, pour tenter de justifier leur dernière guerre d'agression, utilisent un prétexte à connotation morale, qui convaincra surtout leur opinion publique notoirement ignare.
Leur prétendue lutte contre le narcotrafic ne doit pas faire oublier leur rôle de premier plan dans ce trafic. Les Etats-Unis présentent la particularité de multiples centres de pouvoir aux intérêts divergents voire opposés, comme l'illustre la guerre civile en Colombie où l'aide secrète de la CIA à la guérilla communiste (via le Pérou) justifiait l'aide militaire officielle au gouvernement : l'infiltration de l'incendiaire justifiait l'envoi du pompier. Une part inconnue du budget secret de la CIA provient du trafic de drogue, en l'occurrence initialement la cocaïne produite en Amérique du Sud, qui occupait en Amérique du Nord la même niche marketing de drogue dure que l'héroïne en Europe. Au milieu des années 90, après la conquête du Panama par les Etats-Unis et la prise de conscience des dégâts des drogues dures, il fut décidé de retirer la CIA (service de renseignement) de ce marché, afin que la DEA (service antidrogue) puisse lutter sans entrave contre la production de cocaïne dans le nord de l'Amérique du Sud, et son importation en Amérique du Nord. Au tournant du siècle une grande campagne de promotion mit la cocaïne, drogue dure américaine, à la mode des artistes et intellectuels européens auparavant livrés à l'héroïne, drogue dure asiatique. Mais surtout, les Etats-Unis basculèrent du marché mondial de la cocaïne à celui de l'héroïne.
Comme on l'écrivait en 1995 dans un rapport sur les drogues dans le monde, l'héroïne est produite en Afghanistan et en Birmanie et introduite en Europe par la mafia albanaise de la province serbe de Kossovo et Métochie. Et en effet, en 1996 les Etats-Unis allaient installer à Kaboul les Talibans pour développer la production d'opiacés, et en 1999 ils allaient installer à Pristina la mafia albanaise, qui en profiterait pour conquérir aussi le trafic de femmes en Europe. Le Triangle d'Or birman étant imprenable et intenable, les Etats-Unis en ont marginalisé la production en multipliant la production afghane. En 1997 la production de pavot avait déjà doublé par rapport à 1990 (3300 tonnes au lieu de 1570), mais en 1999 l'effondrement des cultures vivrières provoqua une quasi famine, aussi en 2000 le gouvernement taliban interdit la production de pavot, qui fut divisée par vingt (-94%), tombant à 185 tonnes. Les Etats-Unis envahirent donc le pays en 2001, et installèrent un régime qui en un an multiplia la production par dix-huit (3400 tonnes en 2002 soit +1700%). Associant leurs alliés à l'occupation de l'Afghanistan et donc à la protection de sa production principale, les Etats-Unis ont encore plus que doublé la production en six ans (8200 tonnes en 2007), jusqu'à la crise de surproduction face à des marchés européens saturés. Représentant toujours de l'ordre de 90% de la production mondiale d'opiacés illicites, elle a culminé à 9000 tonnes en 2017. Les Etats-Unis se sont retirés d'Afghanistan en 2021 en laissant le pouvoir aux Talibans, ceux-ci interdirent de nouveau la production d'opium, qui s'effondra reléguant l'Afghanistan à la deuxième place, après la Birmanie.
Pour conclure le chapitre narcotrafic, au début du siècle on estimait que plus de la moitié de l'argent sale du monde était "lavé" à New York, mais depuis l'affaire des "Panama Papers" destinée à faire tomber la concurrence offshore c'est certainement bien plus. Et l'héroïne tue chaque année de l'ordre de 130000 personnes en Europe (pour 99% en Russie).
Autre argument des suppôts des Etats-Unis, l'ingérence au Venezuela, bien que contraire au droit international, a pour but de restaurer la démocratie. Cependant le président Donald Trump a lui-même répondu clairement plusieurs fois que ce n'est pas l'électorat vénézuélien qui désignera ses gouvernants mais les Etats-Unis. Autre argument encore, vu de l'extérieur Nicolas Maduro aurait été mal élu et serait donc un dictateur ce qui pour certains philosophes justifierait une ingérence par voie de guerre. Or si la dictature se définit comme un mandat exceptionnel de pleins pouvoirs pour la durée d'une crise grave, depuis qu'il a annulé les élections et auto-prolongé son mandat Vladimir Zelenski soutenu par toutes les bonnes consciences est l'illustration même d'un dictateur, ce qui n'en fait certes ni un tyran ni un criminel, contrairement à son prédécesseur Petro Porochenko pourtant mieux élu. Et s'il est vrai que l'impéritie du régime socialiste, au Venezuela comme ailleurs, a provoqué la misère et la fuite de 30% de la population, le blocus illicitement imposé par les Etats-Unis y a probablement autant de responsabilité que la dictature du prolétariat, que le monde prétendu libre, Etats-Unis en tête, a d'ailleurs toléré sur la moitié de l'Europe pendant un demi-siècle.
Les agences monopolistiques de presse des alliés des Etats-Unis, mais aussi certains politiciens (ce qui est plus grave), tentent d'inventer un couvert judiciaire à l'agression contre le Venezuela et à l'enlèvement de son président. Depuis quelques années on a même inventé le terme d'extraterritorialité pour décrire la propension des Etats-Unis à tenter d'appliquer dans le reste du monde ce qui leur tient lieu de droit. Il convient d'abord de rappeler que le pays des cow-boys n'est pas un Etat de droit, puisqu'il refuse déjà de reconnaître la hiérarchie universelle des sources de droit, à savoir la prévalence d'un traité international signé et ratifié sur une loi nationale. La médiatisation impudique de la condamnation des Maduro sera un nouvel étalage d'abus, à faire s'esclaffer les étudiants de première année de droit dans les pays civilisés. Le "tribunal" de New York a immédiatement donné le ton en omettant d'étudier sa compétence juridictionnelle et territoriale pour de prétendus délits commis dans un autre pays, et en évitant de se demander si les circonstances de la présentation des "prévenus" ne constituaient pas un vice de procédure susceptible d'emporter nullité relative ou absolue, comme on dit dans les juridictions sérieuses. Et évidemment les doctes magistrats n'ont jamais entendu parler de l'immunité personnelle absolue des chefs d'Etat, qui relève d'un droit international auquel les Etats-Unis se prétendent supérieurs.
Les politiciens uniopéens et autres qui accordent aux Etats-Unis le privilège d'appliquer à toute personne, en tout lieu sur Terre, les textes votés (ou pas) par leurs citoyens pour usage local, devraient se rappeler les circonstances de la condamnation de la BNP Paribas à une amende record pour avoir utilisé, dans des opérations commerciales légales hors des Etats-Unis mais interdites aux personnes physiques ou morales étatsuniennes en vertu d'embargos étatsuniens (envers l'Iran, le Soudan et Cuba) contraires au droit international, une monnaie (le dollar, officiellement monnaie du commerce international depuis 1944) dont les compensations mutuelles de créances et de dettes entre grandes banques s'effectue sur le territoire des Etats-Unis. Plutôt que de tenter de se défendre selon le droit, qui était de son côté, la BNP préféra payer un forfait préjudiciaire de 8,9 milliards de dollars conforme à la doctrine étatsunienne capitaliste selon laquelle il existe toujours un montant pour lequel un tribunal acceptera d'abandonner les poursuites quelle que soit la gravité du délit ou du crime reproché, un concept choquant dans les pays où, même si le plaignant retire sa plainte, la gravité du crime invoqué peut obliger le ministère public à poursuivre l'accusé.
A la présidente de la Commssion Européenne Ursula von der Leyen qui salue la "transition pacifique et démocratique" opérée militairement et illicitement par les Etats-Unis, et qui ne bénéficie d'ailleurs pas de l'immunité personnelle absolue accordée aux chefs d'Etat par les pays civilisés, on pourrait rappeler qu'il suffit qu'elle achète en toute légalité un jouet sur Alibaba, et que son paiement en euros soit converti en yuan renmimbi via le dollar par une "banque intermédiaire" dont elle ignore même le nom, pour qu'elle puisse comme la BNP être inculpée aux Etats-Unis, si du moins on accepte cette idée d'applicabilité du "droit" arbitraire étatsunien dans le reste du monde.
De là à souhaiter une "transition pacifique et démocratique" à Bruxelles, il n'y a qu'un pas.
Delenda Carthago

