lundi 13 septembre - par CN46400

Le socialisme chinois et le mythe de la fin de l’Histoire

 

En Chine, où les institutions étatiques dictent leur loi aux marchés financiers, le PIB a été multiplié par 17 ces 30 dernières années. En 1992, un politologue américain, Francis Fukuyama osait annoncer la « fin de l’Histoire ». Avec l’effondrement de l’URSS, disait-il, l’humanité entra dans une ère nouvelle.

(Bruno Guigue, né en 1962 à Toulouse, est un ancien haut fonctionnaire, chercheur en philosophie politique et analyste politique français.)

 

JPEG

 Elle allait connaître une prospérité sans précédent. Auréolée de sa victoire sur l’empire du mal, la démocratie libérale projetait sa lumière salvatrice sur la planète ébahie. Débarrassée du communisme, l’économie de marché devait répandre ses bienfaits aux quatre coins du globe, réalisant l’unification du monde sous les auspices du modèle américain. La débandade soviétique semblait valider la thèse libérale selon laquelle le capitalisme et non son contraire, le socialisme, se conformait au sens de l’histoire.

Aujourd’hui encore, l’idéologie dominante martèle cette idée simple : si l’économie planifiée des régimes socialistes a rendu l’âme, c’est qu’elle n’était pas viable. Le capitalisme, lui, ne s’est jamais aussi bien porté, et il a fait la conquête du monde. Les tenants de cette thèse en sont d’autant plus convaincus que la disparition du système soviétique n’est pas le seul argument qui semble plaider en leur faveur. Les réformes économiques engagée en Chine populaire à partir de 1979, à leurs yeux, confirment également la supériorité du système capitaliste. De même que la chute du système soviétique démontrait la supériorité du capitalisme libéral sur le socialisme dirigiste, la conversion chinoise aux recettes capitalistes semblait donner le coup de grâce à l’expérience « communiste ». Ce double jugement de l’histoire, au fond, mettait point final à une compétition entre les deux systèmes qui avait traversé le XXe siècle.

 Le problème c’est que cette narration est un conte de fées. On aime répéter en Occident que la Chine s’est développée en devenant « capitaliste » mais cette affirmation simpliste est démentie par les faits. Même la presse libérale occidentale a fini par admettre que la conversion chinoise au capitalisme est illusoire. Enfin, les Chinois eux-mêmes le disent, et ils ont de solides arguments. Comme point de départ de l’analyse, il faut partir de la définition courante du capitalisme : un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de production et d’échange. Ce système a été progressivement éradiqué en Chine populaire au cours de la période maoïste (1950-1980), et il a, effectivement, été réintroduit dans le cadre des réformes économiques de Deng Xiaoping à partir de 1979. Une dose massive de capitalisme a ainsi été injectée dans l’économie, mais, la précision est d’importance, cette injection a eu lieu sous l’impulsion de l’État.

 La libéralisation partielle de l’économie et l’ouverture au commerce international relevaient d’une décision politique délibérée : Faire place à l’économie de marché était un moyen, et non une fin. Pour les dirigeants chinois, il s’agissait de lever des capitaux extérieurs afin de faire croître la production intérieure. Faire place à l’économie de marché était un moyen, et non une fin. En réalité, la signification des réformes se comprend surtout d’un point de vue politique. « La Chine est un Etat unitaire central dans la continuité de l’empire. Pour préserver son contrôle absolu sur le système politique, le parti doit aligner les intérêts des bureaucrates sur le bien politique commun, à savoir la stabilité, et fournir à la population un revenu réel croissant et de meilleures conditions de vie. L’autorité politique doit conduire l’économie de façon à produire plus de richesses, plus efficacement. D’où deux conséquences : l’économie de marché est un instrument, pas une finalité ; l’ouverture est une condition d’efficacité et conduit à cette directive économique opérationnelle : rattraper et dépasser l’Occident » écrivaient Michel Aglietta et Guo Bai dans leur ouvrage “La Voie chinoise, capitalisme et empire”.

 C’est pourquoi l’ouverture de la Chine aux flux internationaux fut massive, mais rigoureusement contrôlée. Le meilleur exemple en est fourni par les zones d’exportation spéciales (ZES). « Les réformateurs chinois voulaient que le commerce renforce la croissance de l’économie nationale, et non qu’il la détruise », notent Michel Aglietta et Guo Bai. Dans les ZES, un système contractuel lie les entreprises chinoises et les entreprises étrangères. La Chine y importe les ingrédients de la fabrication de biens de consommation industriels (électronique, textile, chimie), la main d’œuvre chinoise fait l’assemblage, puis les marchandises sont vendues sur les marchés occidentaux. C’est ce partage des tâches qui est à l’origine d’un double phénomène qui n’a cessé de s’accentuer depuis trente ans : la croissance économique de la Chine et la désindustrialisation de l’Occident.

 Cent cinquante ans après les « guerres de l’opium » (1840-1860) qui virent les puissances occidentales dépecer la Chine, l’Empire du Milieu a pris sa revanche. Car les Chinois ont tiré les leçons d’une histoire douloureuse. « Cette fois, la libéralisation du commerce et de l’investissent relevait de la souveraineté de la Chine et elle était contrôlée par l’État. Loin d’être des enclaves, ne profitant qu’à une poignée de "compradors", la nouvelle libéralisation du commerce fut un des principaux mécanismes qui ont permis de libérer l’énorme potentiel de la population » notent Michel Aglietta et Guo Bai. Une autre caractéristique de cette ouverture, souvent méconnue, est qu’elle bénéficia essentiellement à la diaspora chinoise. Entre 1985 et 2005, elle détient 60 % des investissements cumulés, contre 25 % pour les pays occidentaux et 15 % pour Singapour et la Corée du Sud. L’ouverture au capital « étranger » fut d’abord une affaire chinoise.

 Mobilisant les capitaux disponibles, l’ouverture économique a créé les conditions d’une intégration économique asiatique dont la Chine populaire est la locomotive industrielle. Dire que la Chine est devenue « capitaliste » après avoir été « communiste » relève donc d’une vision naïve du processus historique. Qu’il y ait des capitalistes en Chine ne fait pas de ce pays un « pays capitaliste », si l’on entend par cette expression un pays où détenteurs privés de capitaux contrôlent l’économie et la politique nationales. En Chine, c’est un parti communiste de 90 millions d’adhérents, irrigant l’ensemble de la société, qui détient le pouvoir politique. Faut-il parler de système mixte, de capitalisme d’Etat ? C’est davantage conforme à la réalité, mais encore insuffisant.

 Dès qu’il s’agit de qualifier le système chinois, l’embarras des observateurs occidentaux est patent. Les libéraux se répartissent entre deux catégories : ceux qui reprochent à la Chine d’être toujours communiste, et ceux qui se réjouissent qu’elle soit devenue capitaliste. Les uns n’y voient qu’un « régime communiste et léniniste » bon teint, même s’il a fait des concessions au capitalisme ambiant. Pour les autres, la Chine est devenue « capitaliste » par la force des choses et cette transformation est irréversible. Certains observateurs occidentaux, toutefois, essaient de saisir le réel avec davantage de subtilité. C’est ainsi que Jean Louis Beffa, dans un mensuel économique libéral, affirme carrément que la Chine représente « la seule alternative crédible au capitalisme occidental ». « Après plus de trente ans d’un développement inédit, n’est-il pas temps de conclure que la Chine a trouvé la recette d’un contre-modèle efficace au capitalisme à l’occidentale ? Jusque-là, aucune solution de rechange n’était parvenue à s’imposer l’effondrement du système communiste autour de la Russie en 1989 avait consacré la réussite du modèle capitaliste. Or la Chine d’aujourd’hui n’y a pas souscrit. Son modèle économique, hybride, combine deux dimensions qui puisent à des sources opposées. La première emprunte au marxisme-léninisme ; elle est marquée par un puissant contrôle du parti et un système de planification vigoureusement appliqué. La seconde se réfère davantage aux pratiques occidentales qui donne la part belle à l’initiative individuelle et à l’esprit d’entreprendre. Cohabitent ainsi la mainmise du PCC sur les affaires et un secteur privé foisonnant » écrit Jean-Louis Beffa. Dirigé par un puissant parti communiste, l'Etat chinois maîtrise la monnaie nationale. Il contrôle la quasi-totalité du système bancaire.

 Cette analyse est intéressante, mais elle renvoie dos-à-dos les deux dimensions publique et privée, du régime chinois. Or c’est la sphère publique, manifestement, qui est aux commandes. Dirigé par un puissant parti communiste, l’Etat chinois est un Etat fort. Il maîtrise monnaie nationale, quitte à la laisser filer pour stimuler les exportations, ce que Washington lui reproche de façon récurrente. Il contrôle la quasi-totalité du système bancaire. En Chine, les marchés financiers ne jouent pas le rôle exorbitant qu’ils s’arrogent en Occident. Leur ouverture aux capitaux étrangers est d’ailleurs soumise à des conditions draconiennes fixées par le gouvernement. Bref, le pilotage de l’économie chinoise est confié à la main de fer d’un Etat souverain, et non à la « main invisible du marché » chère aux libéraux. Certains s’en affligent. Libéral bon teint, un banquier international qui enseigne à Paris I, Dominique de Rambures relève que « l’économie chinoise n’est ni une économie de marché, ni une économie capitaliste. Pas même un capitalisme d’État, car en Chine c’est le marché lui-même qui est contrôlé par l’Etat » ; c'est ce qu'il écrit dans son livre : “La Chine, une transition à haut risque”. Mais si le régime chinois n’est même pas un capitalisme d’État, est-ce à dire qu’il est « socialiste », c’est-à-dire que l’État y détient la propriété des moyens de production, ou y exerce du moins le contrôle de l’économie ? La réponse à cette question est clairement positive. *

 La difficulté de la pensée dominante à nommer le régime chinois, on l’a vu, vient d’une illusion longtemps entretenue : abandonnant le dogme communiste, la Chine serait enfin entrée dans le monde merveilleux du capital. On aimerait tant pouvoir dire que la Chine n’est plus communiste ! Convertie au libéralisme, cette nation réintégrerait le droit commun. Retour à l’ordre des choses, une telle capitulation validerait la téléologie de l’homo occidentalis. Or, on a sans doute mal interprété la célèbre formule du réformateur Deng Xiaopin :« peu importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape les souris ». Cela ne signifie pas que le capitalisme et le socialisme sont indifférents, mais que chacun sera jugé sur ses résultats. La Chine demeure un Etat fort qui dicte sa loi aux marchés financiers, et non l’inverse. Son élite dirigeante est patriote. Une forte dose de capitalisme a été injectée dans l’économie chinoise, sous contrôle de l’État, parce qu’il fallait stimuler le développement des forces productives.

 Pourtant la Chine demeure un Etat fort qui dicte sa loi aux marchés financiers, et non l’inverse. Son élite dirigeante est patriote. Même si elle concède une partie du pouvoir économique aux capitalistes « nationaux », elle n’appartient pas à l’oligarchie financière mondialisée. Adepte du « socialisme à la chinoise », formée à l’éthique confucéenne, elle dirige un Etat qui n’est légitime que parce qu’il garantit le bien-être d’un milliard quatre cents millions de Chinois. Tout l’attachement que les Chinois affichent encore aujourd’hui pour Mao Zedong tient à ce qu’ils l’identifient à la dignité nationale retrouvée. Il ne faut pas oublier, en outre, que l’orientation économique adoptée en 1979 été rendue possible par les efforts réalisés au cours de la période antérieure. Contrairement aux Occidentaux, les communistes chinois soulignent la continuité, en dépit des changements intervenus, entre le maoïsme et le post-maoïsme. « Beaucoup ont eu à pâtir de l’exercice du pouvoir communiste. Mais ils adhèrent pour la plupart à l’appréciation émise par Deng Xiaopin, lequel avait quelque raison d’en vouloir à Mao Zedong : 70 % de positif, 30 % de négatif. Une phrase est aujourd’hui très répandue parmi les Chinois, révélatrice de leur jugement sur Mao Zedong : Mao nous a fait tenir debout, Deng nous a enrichis. Et ces Chinois estiment tout à fait normal que le portrait de Mao Zedong figure sur les billets de banque.

 Tout l’attachement que les chinois affichent encore aujourd’hui pour Mao Zedong tient à ce qu’ils l’identifient à la dignité nationale retrouvée. » écrit Philippe Barret dans son livre : “N’ayez pas peur de la Chine !” Le maoïsme a mis fin à cent cinquante ans de décadence, de chaos et de misère. La Chine était morcelée, dévastée par l’invasion japonaise et la guerre civile. Mao l’a unifiée. En 1949, elle est le pays le plus pauvre du monde. Son PIB par tête atteint la moitié environ de celui de l’Afrique et moins des trois quarts de celui de l’Inde. Toutefois, de 1950 à 1980, durant la période maoïste, le PIB s’accroît de façon régulière (2,8 % par an), le pays s’industrialise, et la population passe de 552 millions à 1 017 millions d’habitants. Indicateur qui résume tout. Les progrès en matière de santé sont spectaculaires, les principales épidémies sont éradiquées. Indicateur qui résume tout, l’espérance de vie passe de 44 ans en 1950 à 68 ans en 1980. C’est un fait indéniable : malgré l’échec du « Grand Bond en avant", et malgré l’embargo occidental, ce qu’on oublie généralement de préciser, la population chinoise a gagné 24 ans d’espérance de vie sous Mao. Les progrès en matière d’éducation ont été massifs, notamment dans le primaire : la part de la population analphabète passe de 80% en 1950 à16% en 1980.

 Enfin, la femme chinoise, qui « porte la moitié du ciel », disait Mao, a été éduquée et affranchie d’un patriarcat ancestral. En 1950, la Chine était en ruines. Trente ans plus tard, elle est encore un pays pauvre du point de vue du PIB par habitant mais c’est un Etat souverain, unifié, équipé, doté d’une industrie naissante. L’atmosphère est frugale, mais la population est nourrie, soignée et éduquée comme elle ne l’a jamais été au XXe siècle. Cette réévaluation de la période maoïste est nécessaire pour comprendre la Chine actuelle. C’est entre 1950 et 1980 que le socialisme a jeté les bases du développement à venir.

 Dès les années 70, par exemple, la Chine perçoit le fruit de ses efforts en matière de développement agricole. Une silencieuse révolution verte a fait son chemin, bénéficiant des travaux d’une académie chinoise des sciences agricoles créée par le régime communiste. A partir de 1964, les scientifiques chinois obtiennent leurs premiers succès dans la reproduction de variétés de riz à haut rendement. La restauration progressive du système d’irrigation, les progrès réalisés dans la reproduction des semences et la production d’engrais azotés ont transformé l’agriculture. Comme les progrès sanitaires et éducatifs, ces avancées agricoles ont rendu possible les réformes de Deng, elles ont constitué le socle du développement ultérieur.

 Et cet effort de développement colossal n’a été possible que sous l’impulsion d’un Etat planificateur, la reproduction des semences, par exemple nécessitant des investissements dans la recherche impossibles dans le cadre des exploitations individuelles. En réalité, la Chine actuelle est fille de Mao et de Deng, de l’économie dirigée qui l'a unifiée, et de l’économie mixte qui l’a enrichie. Pourtant le capitalisme libéral à l’occidentale, en Chine, est aux abonnés absents. Il arrive que la presse bourgeoise rende compte avec lucidité de cette indifférence des Chinois à nos propres lubies. On lit dans Les Echos, par exemple, que les Occidentaux ont « commis l’erreur d’avoir pu penser qu’en Chine, le capitalisme d’Etat pourrait céder le pas au capitalisme de marché ». Que reproche-t-on aux Chinois, en définitive ? La réponse ne manque pas de surprendre dans les colonnes d’un hebdomadaire libéral : « La Chine n’a pas la même notion du temps que les Européens et les Américains. Un exemple ? Jamais une entreprise occidentale ne financerait un projet qui ne serait pas rentable. Pas la Chine qui pense à très long terme. Avec sa puissance financière publique accumulée depuis des décennies, elle ne se préoccupe pas en priorité d’une rentabilité à court terme si ses intérêts stratégiques le lui commandent ». L’analyste des Echos conclut : « Cela lui est d’autant plus facile que l’Etat garde la mainmise sur l’économie. Ce qui est impensable dans le système capitaliste tel que l’Occident le pratique, cela ne l’est pas en Chine » selon Richard Hiaut, dans son article « Comment la Chine a dupé Américains et Européens à l’OMC » paru dans Les Echos, le 6 juillet 2018. On ne saurait mieux dire ! Difficile d’admettre, sans doute, qu’un pays dirigé par un parti communiste a réussi en trente ans à multiplier par 17 son PIB par habitant. Aucun pays capitaliste ne l’a jamais fait. Evidemment, cet éclair de lucidité est inhabituel. Il change des litanies coutumières selon lesquelles la dictature communiste est abominable, Xi Jinping est déifié, la Chine croule sous la corruption, son économie est chancelante, son endettement abyssal et son taux de croissance en berne. Enfilade de lieux communs et fausses évidences à l’appui, la vision que donnent de la Chine les médias dominants brille le plus souvent par un simplisme narquois. On prétend comprendre la Chine en la soumettant au lit de Procuste des catégories préétablies chères au petit monde médiatique. Communiste, capitaliste, un peu des deux, ou autre chose encore ? Dans les sphères médiatiques, on y perd son chinois.

 Restructuré dans les années 1990, le secteur public demeure la colonne vertébrale de l’économie chinoise. Comme d’habitude, les faits sont têtus. Le parti communiste chinois n’a nullement renoncé à son rôle dirigeant dans la société, et il fournit son ossature à un Etat fort. Hérité du maoïsme, cet Etat conserve la maîtrise de la politique monétaire et contrôle le système bancaire. Restructuré dans les années 1990, le secteur public demeure la colonne vertébrale de l’économie chinoise : représentant 40% des actifs et 50% des profits générés par l’industrie, il prédomine à 90 % dans les secteurs stratégiques : la sidérurgie, le pétrole, le gaz, l’électricité, le nucléaire, les infrastructures, les transports, l’armement. En Chine, tout ce qui est important pour le développement du pays et pour son rayonnement international est étroitement contrôlé par un Etat souverain. Ce n’est pas en Chine qu’un président de la République braderait au capitalisme américain un joyau industriel comparable à Alstom, offert par Macron à General Electric dans un paquet-cadeau. En Occident, la vision de la Chine est obscurcie par les idées reçues.

 En lisant la résolution finale du dix-neuvième congrès du Parti communiste chinois (octobre 2017), on mesure l’ampleur des défis. Lorsque cette résolution affirme que « le Parti doit s’unir pour remporter la victoire décisive de l’édification intégrale de la société de moyenne aisance, faire triompher le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère, et lutter sans relâche pour réaliser le rêve chinois du grand renouveau de la nation », il faut peut-être prendre ces déclarations au sérieux. En Occident, la vision de la Chine est obscurcie par les idées reçues. On s’imagine que l’ouverture aux échanges internationaux et la privatisation de nombreuses entreprises ont sonné le glas du “socialisme à la chinoise”. Or, rien n’est plus faux. Les réformes économiques ont permis de sortir 700 millions de personnes de la pauvreté, soit 10% de la population mondiale. Pour les Chinois, cette ouverture est la condition du développement des forces productives, et non le prélude à un changement systémique. Les réformes économiques ont permis de sortir 700 millions de personnes de la pauvreté, soit 10% de la population mondiale. Elles s’inscrivent dans une planification à long terme dont l’Etat chinois conserve la maîtrise. Aujourd’hui, de nouveaux défis attendent le pays : la consolidation du marché intérieur, la réduction des inégalités, le développement des énergies vertes et la conquête des hautes technologies.

 En devenant la première puissance économique de la planète, la Chine populaire sonne le glas de la prétendue « fin de l’Histoire ». Elle renvoie à la deuxième place une Amérique finissante, minée par la désindustrialisation, le surendettement, le délabrement social et le fiasco de ses aventures militaires. Contrairement aux USA, la Chine est un empire sans impérialisme. Placé au centre du monde, l’Empire du Milieu n’a pas besoin d’étendre ses frontières. Respectueuse du droit international, la Chine se contente de défendre sa sphère d’influence naturelle. Elle ne pratique pas le « regime change » à l’étranger. Vous n’avez pas envie de vivre comme les Chinois ? Aucune importance, ils n’ont pas l’intention de vous convertir. Au cours des trente dernières années, la Chine n’a mené aucune guerre et a multiplié son PIB par 17. Autocentrée, la Chine n’est ni conquérante ni prosélyte. Les Occidentaux font la guerre pour enrayer déclin, quand les Chinois font des affaires pour développer leur pays. Au cours des trente dernières années, la Chine n’a mené aucune guerre et a multiplié son PIB par 17. Dans la même période, USA ont mené une dizaine de guerres et ont précipité leur décadence. Les Chinois ont éradiqué la pauvreté, quand les USA déstabilisaient l’économie mondiale en vivant à crédit. En Chine la misère recule, tandis qu’aux USA elle progresse. Que cela plaise ou non, le « socialisme à la chinoise » est une fessée au capitalisme à l’occidentale. Décidément, la « fin de l’Histoire » peut en cacher une autre.



41 réactions


    • sylvain sylvain 13 septembre 17:11

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Ca ferait pas l’équivalent du nombre de morts par covid dans l’ensemble du monde ça par hasard ?? 
      Qui aurait dit que c’est le point commun entre une terrible pandémie et un miracle économique !


  • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 13 septembre 15:11

    Et le fin du mythe de l’éradication de la faim...


    • CN46400 CN46400 13 septembre 16:36

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      La faim n’est pas un mythe, elle a concerné la Chine quand les chinois étaient 500 millions, mais maintenant, ils sont 1400 millions et cela ne les concerne plus.....


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 13 septembre 16:48

      @CN46400 Oui ma mère a aussi connu la famine pendant la guerre... Mais ils étaient dignes et n’ont pas ceder aux sirènes du socialisme. HElas, moi si, en Belgique. Et de me rendre compte que le système était totalement mafieux. Ta pas ton pass : dixit : carte du parti : pas de boulot. Mais si ta ton pass : aucune initiative personnelle, ni créativité. Si on te mets à la photocopieuse, ce sont les directives. Même avec un diplôme universitaire ???? On ne peut avoir le pain, le beurre et le sourire de la crémière....cas vécu.. Lire Jacques Sternberg. Extrait : le temps qu’il mettait pour tailler sont crayon,...jusqu’au salaire de fin de mois pour ne pas crever de faim... A un moment, il a tout largué et s’est et si au lieu de tailler des crayons à longueur de journée, j’écrivais. J’ai fait exactement la même chose. Salut la pointeuse... Une vie à ce prix, non merci... T’as du courage toi. C’est de famille...


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 13 septembre 16:49

      N’ont pas cédé aux sirènes...


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 13 septembre 16:56

      citations du grand, Jacques, le S, pas l’autre : Rien mal acquis ne profite jamais. Une autre : il serait intéressant de calculer le poids exact d’un homme, compte tenu du fait qu’il a le bras long, les idées larges, la vue courte ou les oreilles basses. Et pour finir : Les conseils qui valent de l’or, rapportent rarement de l’argent. Excellente soirée. 


    • CN46400 CN46400 13 septembre 17:23

      @Mélusine ou la Robe de Saphir.
      Le socialisme en Belgique, encore une histoire belge...


    • Mélusine ou la Robe de Saphir. Mélusine ou la Robe de Saphir. 14 septembre 08:22

      @CN46400 voilà qui ressemble bien à une histoire belge. De manière exponentielle, quand ils seront 5 millions, certes, ils ne crèveront plus de faim....Voilà un raisonnement digne d’un raisonnement d’un enfant de trois ans...


  • troletbuse troletbuse 13 septembre 15:14

    La dictature chinoise se répand sur la planète sous prétexte de pandémie.

    Les 6 premières minutes de la vidéo qui suit !

    https://ntdtv.fr/le-modele-du-controle-chinois-copie-en-occident-technologie-quantique-source-de-convoitise/


  • Spartacus Lequidam Spartacus Lequidam 13 septembre 15:18

    Un beau texte solipsiste limité a ce que le coco a envie de percevoir en ignorant systématiquement ce qu’il ne veut pas voir au profit du prosélytisme de ce qu’il voudrait faire percevoir.

    Les belles planification chinoises, l’auteur a "oublié et refusera de dire que ce furent entre 50 et 80 millions de morts.

    Effectivement il peut pavoiser.

    La leçon de l’histoire, c’est que le communisme se transforme toujours en capitalisme de connivence ou capitalisme de favoritisme quand la part de l’état reste forte.

    La Chine est passé à l’économie de marché et la route capitaliste en 1979, presque démocratique avec le renouvellement de chaque dirigeant. Hélas Xi Jingping est passé pour le futur malheur des Chinois. Depuis 2014-2015, le retournement a eu lieu mais on le verra bientot avec les prochaines faillites d’entreprises publiques qui seront moins cachées.

    L’arrivée de l’oligarque Xi Jingping est passé au capitalisme de favoritisme comme la Russie est passée du communisme à la dictature de capitalisme de favoritisme.

    L’état est utilisé pour sa gueule, Xi Jingping ne peut redonner le pouvoir (comme Poutine en Russie) car cela ouvrirait des enquêtes sur leur enrichissement personnel. 

    En juin 2012, Bloomberg a publie un article sur sa fortune de XIJingping et celle de sa famille, ce qui entraîné la censure.

    Les investissements à hauteur de 300 millions d’euros ne sont pas attribués directement à Xi Jinping, à son épouse Peng Liyuan ou à sa fille Xi Mingze.

    Selon Bloomberg, cette fortune est gérée par sa sœur aînée Qi Qiaoqiao, son beau-frère Deng Jiaqui et leur fille Zhang Yannan.


    La caractéristique des dictatures. Les olligarques s’en mettent plein les poches.

    L’autre caractéristique, les cocos Français ont toujours admiré les autocrates communistes qui s’en mettent plein les poches.

    Hier les Russes, les Cubains, aujourd’hui les Chinois.


    Les Chinois ont réussit une chose extraordinaire, mettre un corrompu par les chinois a la tête des états unis. Biden a croqué un max.


  • CN46400 CN46400 13 septembre 15:23

    Spartacus, engagez-vous, rengagez-vous, il reste encore quelques places dans les régiments anti-chinois en formation depuis l’évacuation de Kaboul....


  • sylvain sylvain 13 septembre 17:20

    le fond me semble très discutable. L’idée serait que la Chine a en quelque sorte fait semblant d’être capitaliste pour mieux porter le communisme.

    L’argument disant que cela peut être montré par le fait que l’état garde la main est fallacieux. Etat et capitalisme n’ont jamais été opposés que dans le néolibéralisme, qui n’est qu’une phase capitaliste d’expansion de l’empire dominant ( l’europe pour la première phase néolibérale, les EU pour la seconde).

    Et puis certains signes ne trompent pas. Les inégalités sont abyssales en chine et progressent comme chez nous. La part des ouvriers s’est effondré dans les effectifs du PCC, alors que celles des cadres et chefs d’entreprises est passée a plus de 60%. La Chine est en phase d’expansion impérialiste et un état tout puissant n’est pas favorable a ce processus ( le néolibéralisme n’est pas la pour rien) .

    Je soupçonne l’occident d’avoir déclarée la guerre a la Chine le jour ou ils ont été persuadés qu’elle ne pouvait être autre chose que capitaliste


    • CN46400 CN46400 13 septembre 18:02

      @sylvain
      "Je soupçonne l’occident d’avoir déclarée la guerre a la Chine le jour ou ils ont été persuadés qu’elle ne pouvait être autre chose que capitaliste« 
       Moi, le pense le contraire. Quand les bourgeois occidentaux ont constaté que le »capitaliste d’état« , inventé par Lénine et repris par Deng n’allait pas muter en capitalisme classique, ils ont vu »rouge« , dépités d’avoir bradé leurs savoirs et autre technologies, trompés par leurs addictions aux profits faciles.
       Maintenant, c’est un peu tard, quand le vin est tiré, il faut le boire....

       »le fond me semble très discutable. L’idée serait que la Chine a en quelque sorte fait semblant d’être capitaliste pour mieux porter le communisme.« 
      C’est plus simple que çà. Deng, comme Lénine, a lu Marx qui a expliqué (Chapitre1 du Manifeste) que le capitalisme est un passage obligé, et positif, de l’évolution des sociétés humaines. C’est lui qui rationalise un max le travail humain et donc, rend infini le développement des »forces productives« de la société qui peuvent alors produire bien plus de richesses, nécessaires à une vie harmonieuse pour tous les individus.
       A la tête de pays arriérés, l’URSS et la Chine, Lénine et Deng ont donc utilisé le »capitalisme d’état", contrôlé par le parti communiste. Si Deng a mieux réussi que Lénine, c’est parce qu’il a vécu plus longtemps.... et que ses successeurs ne s’appelaient pas : Staline !


    • sylvain sylvain 13 septembre 20:23

      @CN46400
      Disons que je ne vois pas d’ou vient l’opposition capitalisme d’état/capitalisme classique. Dans les sociétés occidentales, le capitalisme a été majoritairement d’état il me semble.
      Les phases libérales sont plus rares et correspondent a un certain état des forces en présence : ce sont toujours des phases impérialistes, pour des raisons évidentes.
      Il est possible que la Chine suive un grand plan visant a dépasser le capitalisme, c’est possible, j’espère même. Mais je n’en suis pas convaincu, notamment parce qu’une société ne fait jamais un grand bond soudain. La bourgeoisie de commerce gérait déja bien plus la nation que la noblesse guerrière au moment de la révolution française par exemple . Or le fait par exemple qu’il n’y ai quasimment plus que des notables au PCC, ou que les inégalités grandissent tous les jours (elles sont quasi aussi importantes qu’aux EU) me fait dire que la Chine a aujourd’hui un fonctionnement tout sauf communiste


    • CN46400 CN46400 13 septembre 21:54

      @sylvain
      La capitalisme d’état dont je parle découle de la proposition de Lénine, suite à la polémique déclenchée par Kaustky (SD allemand) jugeant impossible la révolution d’Octobre 17 compte tenu de l’arriération de la Russie. En mars 1918, six mois après, Lénine écrit que la révolution a éclaté en Russie « où la situation était révolutionnaire, pas là où les professeurs l’avaient annoncée (Occident) ». Pour combler les retards russes il préconise de négocier avec les capitalistes, notamment américains et allemands (brimés par le Traité de Versailles), la constitution d’entreprises mixtes état russe-capitalistes occidentaux qui ne domineront pas, comme le capitalisme classique, l’état russe (voir Marx), mais qui seront dépendante de lui, et de ses lois, donc du PC(bolchevique). C’est cela le capitalisme d’état de Lénine repris par Deng Xiao Ping soixante années plus tard (1978) en Chine.
       Tant que des rapport sociaux capitalistes existent, des inégalités perdurent, mais concernent de moins en moins de personnes au fur et à mesure que le secteur collectif se développe au dépend du secteur capitaliste. C’est ce qu’on observe en Chine, conjointement à une progression rapide du niveau de vie des prolétaires chinois. Mais, pour obtenir les transferts de technologie et de savoirs, il a fallu concéder des profits conséquents aux capitalistes privés, ce qui génère, évidemment, des inégalités...


    • sylvain sylvain 14 septembre 16:26

      @CN46400
      j’espère que votre vision de l’avenir est la bonne, ce sera toujours mieux que le règne des dieux de la finance


    • CN46400 CN46400 15 septembre 10:51

      @sylvain
      « Or le fait par exemple qu’il n’y ai quasimment plus que des notables au PCC »
      Il y aurait donc 1 notable pour 6 chinois (Enfants et vieillards compris), Beaucoup non ?...


  • sylvain sylvain 13 septembre 17:20

    La fin de l’histoire, c’est quand il n’y aura plus d’humains pour la faire. C’est effectivement peut être pour bientot


  • Gerald 13 septembre 17:45

    Capitalisme d’Etat, mais toujours capitalisme ! C’est ce qu’avez compris le vieux Deng... comment faire pousser une salade sans capital ? Impossible !


    • CN46400 CN46400 13 septembre 18:41

      @Gerald
      Le capitalisme est, comme le féodalisme et le communisme primitif, un système qui correspond à un certain moment de l’évolution de la société des hommes. Marx a montré ce qu’il apporte, et aussi ce qu’il entrave et qui doit, pour cela, être dépassé. Lénine parlait de la NEP pour plusieurs générations, Deng, lui, en 80, s’est donné un demi siècle, soit 2030, il reste donc une dizaine d’années...


  • magatst 13 septembre 18:21

    Excellent article qui sort vraiment du lot de tout ce que j’ai pu voir ici sur le sujet tellement la propagande anti-chinois et forte ici.
    Merci


  • zygzornifle zygzornifle 14 septembre 08:43
    Le socialisme chinois

    Si c’est du socialisme a la Hollande on va bien rigoler ....


  • eddofr eddofr 14 septembre 15:03

    En 2100, la chine commencera à racheter les pays africains.

    En 2200, elle rachètera la France pour en faire un parc d’attraction.


    • CN46400 CN46400 14 septembre 16:19

      @eddofr
      Vous êtes optimiste, en général la Chine n’achète que des produits qui ont une valeur potentielle non négligeable, et qui, évidemment, sont à vendre. Avant on n’achetait pas, on envoyait la Légion, on accaparait avec des canonnières et on exploitait. Ex : magrebh, AOF, AEF, Antilles, Indochine, etc !....


  • titi 15 septembre 15:31

    @L’auteur

    La Chine ne doit sa prospérité actuelle qu’au fait qu’elle a justement mis entre parenthèses l’idéologie communiste au profit du capitaliste.

    Maintenant que sont oubliés tous les errements du « grand bond en avant », de la « révolution culturelle », le naturel communiste revient au galop.

    Emprisonnement des géants de la tech... contrôle social... stigmatisation des riches...

    Dans 20 ans ils seront revenus en 1950.


Réagir