Le XXIe siècle n’existe pas... (encore) !
L’Histoire découpe les périodes en siècle. Est-ce légitime ou bien une facilité numérique qui permet d’évoquer des mouvements. Le quattrocento et sa Renaissance, le XVIIIe siècle et les Lumières, le XIXe siècle et l’âge industriel, le XXe siècle et... zut, ça se complique. Ce qui s’est produit dans les années 1930 et 1940 n’a rien de commun avec les événements postérieurs à 1960. Comment pointer des ruptures historiques, des phases ? Foucault s’y est essayé non sans quelques réussites, notamment en identifiant la rupture épistémique dans les textes de médecine entre 1770 et 1820. La Révolution de 1789 marque indéniablement une rupture. Mais les périodes ne suivent pas forcément les chiffres, au point qu’un Eric Hobsbawn ait suggéré de tracer un XXe entre 1918 et 1989, dates symboliques mais pas forcément signe d’un intervalle homogène. C’est aussi le cas du XIXe siècle. On note de « belles différences » entre la Restauration, le Second Empire et la IIIe République. Tracer les ruptures et les avènements est un jeu savant auquel se livrent les historiens. Avec actuellement une grande énigme. Quand a commencé le XXIe siècle. A quelle date pouvons-nous déceler l’entrée dans un âge nouveau. C’est à ce jeu que s’est livré l’historien Fabrice d’Almeida, auteur d’un livre au titre ironique, Brève histoire du XXIe siècle (Perrin), paru en septembre 2007.
L’auteur livre quelques pistes, signalant notamment une appréciation divergente sur les événements marquants tels qu’ils sont perçus localement. Un Africain, un Palestinien, un Chinois, un Japonais, un Argentin, n’auront pas forcément en tête les mêmes faits. Intifada pour les uns, Rwanda, Tian’anmen, Mort d’Hirohito, pour les autres, sans oublier la chute du mur de Berlin en 1989 pour les Européens. De plus, nous, Occidentaux, avons cet événement éminemment hyper médiatisé, survenue dans une hyper puissance, un acte d’hyper terrorisme, dans un contexte d’hyper modernité (cf. Le Livre de Lipovetski), et maintenant, la France est gouvernée par un hyper président. Certains sont hyper contents, mais nous sommes loin d’être hyper renseignés sur un véritable tournant, un changement d’époque. C’est d’ailleurs l’avis de l’auteur dont le titre d’ouvrage doit être pris au second degré et qui tente de nous convaincre de l’inanité de découper l’Histoire en tranche. Je serais plutôt d’un avis critique. Le monde se transforme. Il se produit des ruptures, un peu comme les spéciations dans le monde animal. Encore faut-il cerner les bonnes dates. Histoire de pimenter l’affaire, je propose une découpe originale. Celle des septantenaires, autrement dit, des séquences historiques durant environ 70 ans. Cette hypothèse doit être confirmée. Mais quelques dates importantes s’alignent. 1800, 1870, 1940. Voir en annexe quelques succinctes précisions *** ; ainsi, selon cette hypothèse, un changement devrait se préciser pour 2010, tout en ayant débuté ces toutes dernières années.
Pour l’instant, nous sommes en attente. Sarkozy nous a lanciné avec sa rupture, mais pour l’instant, il n’y a guère de nouveauté. La politique française n’a pas changé de fond (amentaux), mais de style. Les attentats du 11-Septembre sont dans la continuité du terrorisme des années 1970 et après, septembre noir, gare de Bologne, métro parisien, Liban, etc. Les arts n’ont pas vraiment changé depuis trente ans. Le style est plus professionnel, plus efficace, percutant, et c’est sans doute dans la logique du perfectionnement et de l’utilisation de moyens techniques plus puissants. La globalisation de l’économie date des années 1980. Tout comme les prises de conscience écologique, de Seveso à Tchernobyl. Internet ne fait qu’augmenter les moyens d’interaction médiatique précédents, mais ne crée rien de nouveau. Bref, rien n’a vraiment changé sur le fond hormis des lignes politiques qui ont sensiblement bougé, mais n’augurent pas forcément une nouvelle donne. Le marché, l’individualisme, l’hédonisme, le consumérisme, le divertissement, l’esbroufe médiatique, les inégalités sociales, les mécontentements, tout cela a été mis en place depuis 1970. Tout comme les paradigmes matérialistes, mécanistes, la médecine allopathique qu’on connaît, la sociologie en place, les plans spirituels, new age, religion ou autres. Bref, il n’y a rien de nouveau, sauf ce qu’on veut bien nous présenter de neuf tant l’esprit de la mode a envahi les espaces culturels et politiques.
Le XXIe siècle n’a pas commencé. Les faits et événements se raccordent aux quarante dernières années, mais il y a eu pas mal d’évolutions stylistiques, ainsi qu’idéologique. Rien n’a été inventé de radical. C’est tout simplement les anciens qui s’en sont allés alors que les jeunes générations ont épousés les tendances actuelles, suivant les modes et les idées. C’est peut-être cela la nouveauté. Une clé résidant dans la jeunesse et qui nous est encore non révélée. Mais rien n’est sûr. Il se peut bien que le XXIe siècle soit complètement avachi, convenu, fade.
*** La thèse des septantenaires (B. Dugué)
1590-1660 Frondes et Etats
1660-1730 Classique puis moderne
1730-1800 Les Lumières
1800-1870 Epoque romantique
1870-1940 Temps modernes
1940-2010 Âge cybernétique et médiologique
Au milieu de chaque période, on voit apparaître des formes artistiques et intellectuelles marquantes, ainsi que des oppositions. Exemples :
1695 : Leibniz, Fontenelle, baroque, Anciens contre Modernes
1750-60 : les chefs-d’œuvres des Lumières, Diderot, Rousseau, Voltaire, jésuites virés ! 1830-40 : Baudelaire, positivisme, romantisme, carbonarisme
1890-1900 : Bergson, Debussy, Art nouveau, Zola, Jaurès contre Boulanger, Eglise contre Etat.
1960-70 : l’Art psychédélique reprend le style de l’Art nouveau en le transfigurant, tandis que le krautrock allemand découpe le cosmos avec des lames de synthétiseur, rééditant et amplifiant le naturalisme polyphonique d’un Debussy. En philosophie, Foucault, Derrida, Deleuze, la post-modernité et la gnose de Princeton !




