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Les hermaphrodites de Pergame - AgoraVox le média citoyen
lundi 7 décembre 2009 - par Michel Koutouzis

Les hermaphrodites de Pergame

Il y a un malaise, des envies d’une vengeance impossible, face aux béances qui ont remplacé la place du sexe des hermaphrodites souriants à jamais et qui soulèvent élégamment leurs habits pour indiquer ce don des dieux. Détrompez-vous, ce n’est pas les hordes irrégulières des ottomans victorieux qui sont à l’origine de ces mutilations, mais bien le fait d’un empire romain qui vire au christianisme, avec ses fonctionnaires tatillons,  - il est vrai certains, plus royalistes que l’empereur - et qui, aux quatre coins de l’empire ont la charge d’amputer tous les sexes, pourtant bien discrets, des statues que  grecs, romains ou premiers byzantins ont érigé aux divinités multiples. Mais pour les hermaphrodites, il ne suffisait pas de couper d’un coup de marteau. Cette offense parmi les offenses avait droit à un régime spécial, à un travail obsessionnel et dévastateur qui creuse le corps et le transperce de part et d’autre, créant le néant, là où il n’y avait que douceur et humour.

On dit souvent, et c’est vrai, que le Moyen orient a été le lit de toutes les religions de chez-nous, les monothéistes comme toutes celles qui les précédèrent. Traverser la Turquie, la Syrie, Israël, Chypre, les îles égéennes ou le Liban se conjugue aussi à observer tout ce que l’ensemble de ces religions a infligé aux précédentes.

A Troie neuf villes, du néolithique à l’empire romain en passant par l’ère homérique se sont bâties les unes sur le cadavre des autres. Les temples, comme toujours, ont servi de matière première pour bâtir maisons et étables, kiosques vendant des souvenirs et hôtels de fortune - on visitait Troie à l’époque de l’empire romain, et les vendeurs des quatre saisons vendaient « souvenirs » de pacotille et sucreries comme aujourd’hui -.  Mais c’étaient des marchands, leurs destructions étaient pragmatiques, on peut les comprendre.

Par contre, que sont devenues les fresques de sante Sophie, les icônes et les dessins des églises troglodytes en Cappadoce ? Encore aujourd’hui des grossiers panneaux en carton avec des versets coraniques détruisent la symétrie savante de la cathédrale d’Agia Sophia et des minarets monumentaux défigurent une construction qui deviendra pourtant le modèle de tout les Camii ottomans à commencer par la mosquée bleue.  Si la cathédrale de Constantin est désormais un musée, les églises de Cappadoce taillées au marteau vengeur, sont revenues pour la plupart à leur statut de grottes.  

Que sont devenus les temples de Babylone ? d’Alexandrie ? de Rhodes ? de Chypre ?

Romains et Vénitiens, Arabes et Génois, Byzantins et Croisés ont passé leur temps à ériger des bâtiments à leur gloire et à détruire ceux des autres, avec une volonté hargneuse et systématique. 

Humboldt disait que les théories, aussi variables que les opinions qui leur ont donné naissance, sont les météores du monde intellectuel. Certes. Mais, entre temps, ces théories sont suffisamment conquérantes pour, au pire, détruire les bouddhas de Bamiyan ou temple de Salomon, au mieux s’approprier la mezquita de Cordoba ou les frises du Parthénon. Et, je suis désolé, une religion est une théorie comme une autre…

 


7 réactions


  • zelectron zelectron 7 décembre 2009 13:15

    Vous avez omis d’indiquer le mot « sacrilège » est-ce volontaire ?


  • Lorenzo extremeño 7 décembre 2009 16:13

    @ l’auteur,

    « au mieux de s’approprier la mezquita de Cordoba »

    et la Giralda de Seville également.

    Oui, une religion est une théorie comme une autre,

    les implications politiques continueront d’engendrer des désastres et pas

    seulement architecturaux.

    Cordialement.


  • Vilain petit canard Vilain petit canard 8 décembre 2009 09:26

    Pourrait-on rectifier la photo pour la rendre moins énigmatique ?


  • Georges Yang 8 décembre 2009 09:57

    On peut rattacher ses mutilations de statues aux peitres "cullotiers’ de la Chapelle Sixtine>Vous faites cependant une confusion, en employant le terme hermaprodites, qui possedent les deux sexes, ici il s’agirait plutot de castrats de pierre>


  • MICHEL GERMAIN jacques Roux 8 décembre 2009 11:52

    Bonjour,

    Bien sur la destruction, par l’envahisseur ou le nouvel arrivant, de bâtiments édifiés par les vaincus ou les anciens est choquant. Révoltant quand on considère ce que l’acte de démolition contient de brutalité, et de peur.

    De peur ; que le vaincu, et surtout ses descendants, retrouvent un jour une histoire, c’est à dire un fil, une chaine qui le lie au passé d’avant l’arrivée du conquérant. Mais les édifices religieux sont symboliques à deux niveaux également  :

    (1) Démonstration de la peur que puissent ressurgir des croyances aujourd’hui non admises par celle qui s’impose 
    et
    (2) Preuve du pouvoir des religions sur la pensée.

    Le contrôle de la pensée que l’on trouve ici, dans cet article et les commentaires qui vont avec, montrant que l’inquiètude des rédacteurs réside dans le fait destructif des temples religieux. Alors que c’est la destruction brutale ou insidieuse de l’Histoire qui devrait, me semble-t-il les irriter . Cette Histoire, si on peut la consulter, qui nous permet aussi de ne plus en reconduire les erreurs.

    Cette Histoire qui est sabotée par ceux qui veulent la faire disparaître de nos cours en terminale par exemple. Sabotée pareillement par ceux, élus en général, qui subventionnent la réhabilitation d’un château et razent une cave coopérative pour en faire un centre multimédia. 

    C’est une histoire ou la réhabilitation d’une église contre celle de la grange au grains est tout autant destructrice de la liberté de penser qu’elle canalise sur ce qu’il est bon de maintenir et ce qui l’est moins. l’église ou le château grand favoris. Cette pensée qui n’arrive pas à considérer encore, comme par remords d’avoir fait une Révolution, que l’église et la monarchie ne sont pas les seules constitrutrices de l’Histoire de la vie des hommes... 

    A bientôt de vous lire avec plaisir malgré le grain de mon intervention cette fois ci.

    Cordialement.


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