mercredi 11 août - par LATOUILLE

Monsieur le président de la République,

 Je n’utilise que très peu les réseaux sociaux aussi n’est-ce que par la relation qu’en ont fait les médias que j’ai pris connaissance de vos pérégrinations sur les réseaux plutôt prisés par les jeunes. Je comprends votre envie de vous adresser à cette tranche de population à propos de laquelle le journal £e Monde titrait récemment : « Comment le Rassemblement national est devenu le premier parti de la génération des 25-34 ans ». En outre cette « population » vote peu, aussi est-il dans une certaine logique de porter vers elle un message, disons, civique. Pour autant est-ce à vous de le faire et plus particulièrement de la façon, souvent grandguignolesque, dont vous le faites ? Les commentaires à la suite de votre dernière prestation, rapportés par Politico, sont intéressants à relever : « Dans les nombreux commentaires, interrogations et les blagues allaient notamment bon train sur le logo inconnu sur son T-shirt – était-ce un hibou, une chouette, un symbole conspi, ou le logo d’un nouveau parti politique ? » ; que dire de la diminution rapide et importante des commentaires sur les réseaux à la suite de vos interventions. Vous me rappelez cette vague et ces postures de jeunisme qui se firent jour au lendemain de Mai 1968 et qui ont coûté si cher à l’autorité des institutions, notamment à celle des enseignants et des éducateurs. Monsieur le Président vous n’êtes pas un jeune, si d’ailleurs vous ne l’avez jamais été autrement qu’en âge calendaire. Le pays, les citoyens quel que soit leur âge attendent autre chose du président de la République qu’une théâtralisation de la fonction. Nous n’attendons pas, ni les jeunes ni les vieux, même à l’approche de la prochaine échéance électorale, que vous procédiez à un quelconque racolage électoral. Nous attendons de vous que vous gouverniez avec raison, cohérence et sans doute sagesse. Plutôt que des gesticulations sur les réseaux sociaux dans, visiblement, le seul but d’accaparer un électorat que vous n’avez jamais eu la moindre compassion, le moindre mot de consolation ; nous aurions voulu pendant cette pandémie que vous montriez, comme l’écrivait René Char, « la sagesse aux yeux plein de larmes ».

 Mais au lieu de ces larmes il n’y eut que discours longs et pontifiants où vous jouiez les professeurs disant une science de laquelle vous ne possédez rien, or comme l’écrit Jean Viard « On n’a pas à nous expliquer un certain nombre de choses comme si on n’allait pas comprendre. On n’a pas à nous déresponsabiliser. » Il en va de même pour les jeunes qui ne sont ni stupides ni ignorants, d’ailleurs certains possèdent des connaissances scientifiques dont vous ne disposez pas. Ainsi vous avez géré cette crise sanitaire, plus pour masquer la déliquescence du système sanitaire et hospitalier que pour sauver des vies, d’ailleurs combien sont morts faute d’avoir trouvé de lit dans un hôpital ou parce que leur opération avait été « repoussée ». Comment qualifier votre gestion lorsqu’un jour vous nous disiez ou le faisant dire par un de vos affidés que nous n’avions pas besoin de masques « puisque nous ne savons pas les utiliser », que maintenant -les jeunes surtout- nous pouvions tomber le masque et sortir faire la fête et vous en avez donné l’exemple le 21 juin 2021. Vous avez retardé au maximum l’accès à la vaccination des jeunes dont la cohorte des Diaphorus médiatiques nous racontait qu’ils ne risquaient que peu voire rien, et si mal organisé celle des autres citoyens (faut-il, entres autres, rappeler combien votre ministre de la Santé a été opposé aux vaccinodromes), et aujourd’hui vous criez au feu : vous n’êtes pas cohérent, ni rationnel.

 Si certains se sont soumis à vos errements c’est sans doute, comme l’écrit Jean Viard, parce que « le principe d’obéissance a dominé celui de responsabilité ». Votre stratégie est une stratégie de la domination, de la peur, de la division en tartinant vos discours d’une philosophie de café du commerce comme à propos de ceux qui, malheureusement, refusent la vaccination : « Ce n’est pas ça la liberté, ça s’appelle l’irresponsabilité, l’égoïsme », mais ces gens n’en sont pas moins respectables. Méditez cet adage chinois : « à trop parler on finit par se tromper » ! Vous parlez beaucoup, beaucoup trop et vous n’êtes pas crédible. Comment le seriez-vous quand vous affirmez devant les jeunes sur les réseaux que les vaccins sont fiables puisque certifiés par des instances indépendantes quand vous avez suspendu brutalement la vaccination avec le vaccin Astra Zeneca pourtant certifié par toutes ces instances ? Comment le seriez-vous quand vous annoncez que vous avez ouvert des lits dans les hôpitaux alors que ces lits ne sont que la transformation de lits désertés par des malades qu’on a priés d’aller se faire soigner à la grâce de Dieu !

 Nous ne devons qu’à votre impéritie et à votre orgueil l’aggravation actuelle de la pandémie : à coup sûr le variant Delta comme jadis le nuage de Tchernobyl, ne franchirait pas les frontières, alors ouvrons et tombons les masques sans retenue. Contre l’avis des scientifiques et de l’OMS vous avez reproduit la même erreur qu’en mai 2020. Alors oui les gens sont désormais « indisciplinés » lassés par vos atermoiements, les incohérences de votre politique et des mesures exagérément coercitives : que de policiers là où nous attendions des soignants ! Les gens qui aujourd’hui sont dans la rue n’y sont que parce que votre politique les y a précipité. Comme écrivait Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes. »



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