jeudi 8 novembre 2018 - par Lucchesi Jacques

Pour Asia Bibi

 

Pakistanaise chrétienne condamnée à mort pour un prétendu blasphème, Asia Bibi a été enfin acquittée et libérée après dix ans d’incarcération. Mais son histoire, loin de s’arrêter là, doit continuer à nous mobiliser contre le fanatisme religieux 

 

 Nous autres, Français du XXIème siècle, avons le sentiment de vivre dans une société moralement imparfaite. La laïcité, cette exception française, n’y est pas toujours scrupuleusement appliquée. Et nos dirigeants sont, les premiers, à y faire de fréquentes entorses. Tout comme pour les Droits de l’Homme dont la France est pourtant la matrice historique. Malgré tout, ce modèle universaliste résiste, décennie après décennie, aux attaques de tous ceux qui, de l’intérieur, essaient de l’abattre, dénonçant régulièrement son caractère arrogant et impérialiste. Il nous garantit au moins une liberté d’expression, certes relative, mais sans commune mesure avec ces pays – et ils sont nombreux sur cette planète - où règne une loi d’airain, qu’elle émane de politiciens autocrates ou d’un pouvoir religieux imbu de sa légitimité. Vis à vis de leurs populations, nous pouvons nous considérer comme des privilégiés ; nous ne connaissons pas – nous ne connaissons plus – notre chance de vivre dans cette partie-ci du monde.

Cette chance-là, beaucoup d’êtres humains, parfaitement semblables à nous, ont de quoi nous l’envier. Car si nous ne connaissons pas notre bonheur, eux ne connaissent que trop leur malheur. Au Pakistan par exemple – ce pays censément des purs -, une majorité musulmane opprime impitoyablement d’autres minorités religieuses, dont la communauté chrétienne. L’époque du califat et des dhimmis est, historiquement, révolue depuis longtemps ; mais dans les faits le même système de ségrégation continue, avec encore moins de droits pour les non-musulmans que par le passé. Et le blasphème – le blasphème contre le Coran – peut vous envoyer à l’échafaud.

Le cas d’Asia Bibi est, de ce point de vue, exemplaire. Cette ouvrière chrétienne a eu, voici dix ans, le malheur de boire un peu d’eau tirée d’un puits appartenant à des musulmans. Si certains croient encore que l’eau appartient à tous sur la terre, ils se trompent. Aussitôt, quelques gardiennes de la foi lui sont tombées dessus pour lui reprocher son audace. Le ton de la discussion est forcément monté ; mais ce qui, chez nous, se serait terminé par un éloignement des deux adversaires, a entraîné là-bas sa condamnation à mort pour blasphème. Pourtant, il n’était pas question d’une attaque verbale contre Dieu dans leur dispute, mais simplement d’une contestation d’un point de la loi coranique. Depuis, cette mère de famille de cinq enfants croupissait en prison, dans l’attente de son exécution. Quand – peut-être par une intervention divine ? -, la Cour Suprême du Pakistan a décidé de la laver de toutes ses accusations et, en conséquence, de prononcer sa libération immédiate.

Mais dans ce beau pays, être acquittée par un tribunal réputé impartial ne signifie pas de l’être aussi par des associations d’intégristes qui ont, hélas, pignon sur rue. Ces amis de la Vérité ne se sont pas contentés de la menacer de mort, mais ont également fait peser le même verdict sur son avocat et ses juges. On pouvait juger de leur détermination haineuse en visionnant certains reportages en marge de ce procès. Et c’est ainsi qu’Asia Bibi est restée en prison, cette fois pour la protéger de justiciers auto-proclamés. Jusqu’à cette semaine où elle a été enfin libérée avec la prudence qui s’imposait. Nous espérons, bien sûr, qu’elle pourra trouver un asile durable, avec toute sa famille, dans des contrées plus tolérantes.

Osons le dire tout haut : cette histoire est monstrueuse, moralement inadmissible pour quiconque, croyant ou non-croyant, qui garde au fond de lui une étincelle d’humanité. Elle montre à quel point l’intégrisme religieux peut vider de toute intelligence et de toute pitié des hommes et des femmes qui appartiennent pourtant à la même espèce que vous et moi. Nous ne pouvons pas rester indifférents devant de tels agissements, même à des milliers de kilomètres de nous. Car l’avenir de notre civilisation est aussi lié à notre capacité de refus et de mobilisation contre ces formes d’obscurantisme. Quand bien même elles revendiquent, elle aussi, leur droit à la différence.

 

Jacques LUCCHESI



13 réactions


  • Étirév 8 novembre 2018 15:33

    Que le mal cesse ou que l’humanité disparaisse...

    En remontant dans le passé pour chercher l’origine de la Religion primitive, nous découvrons qu’elle était basée sur les lois de la Nature, qu’elle était naturelle. Et c’est en cela qu’elle diffère des religions modernes qui, toutes, sont basées sur la violation de la Nature, qui sont surnaturelles. Et comme toutes les erreurs triomphantes sont intolérantes, elles ne se laissent pas discuter, parce que leurs prêtres ont une conscience vague des absurdités qu’ils enseignent. Comme tous les usurpateurs, ils condamnent, avec la dernière rigueur, le régime antérieur au leur, celui qu’ils sont venus renverser.

    L’évolution religieuse a donc eu deux grandes phases bien tranchées :

    - La Religion naturelle.

    - Les Religions surnaturelles.

    L’histoire des religions, c’est l’histoire des luttes de sexes, des luttes de la vérité et de l’erreur, du bien et du mal, de la justice et de l’injustice. C’est parce que c’est l’histoire des luttes de sexes que si peu d’hommes consentent à chercher et à dire toute la vérité dans cette question réputée dangereuse.

    Elle contient un grand danger, en effet, pour les prêtres de tous les cultes qui s’appuient sur le mensonge, puisqu’elle lève entièrement le voile qui cachait la Vérité.

    Leur sécurité relative vient de ce qu’ils s’appuient sur l’ignorance universelle.

    […]

    Nous qui venons à la fin des temps, nous avons sous les yeux la multitude innombrable de débris dont l’histoire est jonchée : débris de livres, débris de monuments, de traditions, de langues, de rites et d’institutions. Notre tâche est d’en comprendre la signification morale et d’en extraire la Science des Religions qui n’a pas été faite jusqu’ici.

    Et c’est cela qui remettra la paix dans le monde, et supprimera du monde pour toujours le fanatisme, car c’est autour du mot Religion que toutes les passions humaines se sont déchaînées. Les discussions, les luttes, les persécutions, les guerres ont, presque toutes, été provoquées par un mot dont, aujourd’hui, on ne comprend plus la signification.

    Cordialement.


  • leypanou 8 novembre 2018 15:36

    Elle montre à quel point l’intégrisme religieux peut vider de toute intelligence et de toute pitié 

     : vous croyez que l’intégrisme non religieux est plus tolérant ?

    On parle de cette femme car c’est actuel et c’est tant mieux pour elle, mais ce que disait l’ancienne Secrétaire d’état Madeleine Albright concernant les 500 000 enfants irakiens à cause de l’embargo est-il plus supportable ?

    On peut en citer des cas comme çà scandaleux.


  • Matlemat Matlemat 8 novembre 2018 15:46

    Défendre les droits de la femme dans ces pays arriérés est absolument essentiel pour éviter la multiplication incontrôlée de tous ces fanatiques dangereux.


  • OMAR 8 novembre 2018 19:23

    Omar9

     ;

    @J. Lucchesi "...dans les faits le même système de ségrégation continue, avec encore moins de droits pour les non-musulmans que par le passé.

    ".

    Asia Bibi est libre, et c’est la victoire de la Lumiere, de la Sagesse et de la Raison.

    Car elle fut injustement emprisonnée et risquait la peine de mort.

    .

    Mais celui qui l’a défendu et qui encourt le même risque est un musulman.

    Tout comme les membres de ce tribunal qui ont prononcé son acquittement et sa libération.

    .

    Enfin, j’espère le même empressement de votre part pour un article similaire au profit de Merouane Berghouti qui croupit dans les geôles sionistes depuis 2002, juste parce qu’il résiste à l’injustice et à la spoliation de sa patrie et sa terre, la Palestine.

    https://www.lepoint.fr/monde/marwan-barghouti-le-nouveau-mandela-10-12-2013-1767316_24.php


    • aimable 9 novembre 2018 01:00

      @OMAR
      il est rare que ceux qui ont quelque chose entre les oreilles s’ils sont croyants, qu’en religion ils soient des fanatiques , il ont une religion mesurée en fonction de leurs aspirations .
      comme me disait un jour un Mr , la religion appliquée strictement c’est pour le petit peuple et les idiots instruits fanatiques, eux font partis du sous peuple .


  • robert robert 8 novembre 2018 21:21

    sur quels textes les juges pakistanais se sont-ils appuyés pour condamner Asia Bibi ? personne n’en parle, pourtant l’accusation a bien été formulée mais chut !! n’en parlons pas

    Mohammed Iqbal considéré comme le père du Pakistan, voulait réformer l’Islam ? quel travail !!


  • seken 9 novembre 2018 13:38

    D’un autre coté,

    Ces manifestations aurons permis au pouvoir de mettre bien a jour les fichiers des mouvement islamistes radicaux, leaders et marcheurs, afin de les contrôler et de les utiliser pour la gloire de la République et de l’Empire. 

    A pardon, j’ai oublié que ce n’est pas évident pour tout le monde.

    Voici un centre commercial, une gare et un train, une ligne a haute tentions, (arf)

    Un vendeur de pneu et un concessionnaire automobile, (arf)

    Une 4*4 voies. Un barrage hydro-éléctrique.(arf)

    Un parlement démo-artito-démago avec des micros-spermato

    Une police en arme et armures traditionelles du 20 éme siécle

    Une pluralisme politique remarquable. 

    L’Empire est immense, le Monde uni, et le Pakistan une province exemplaire.

    ++


  • spearit 9 novembre 2018 14:25

    Encore un narticle pour hypocrites et faux culs qui cherchent à tout prix un nettoyage de la conscience...

    C’est sûr, il vaut mieux se faire buter parce qu’on est noir ou se faire égorger parce qu’on porte pas MBS dans son coeur...

    Les hémiplégiques de la morale ne font toujours rire....


    • spearit 9 novembre 2018 14:28

      @spearit
      Ha ben non, l’auteur nous le dit :

      « La laïcité, cette exception française... »

      « notre chance de vivre dans cette partie-ci du monde... »

      « les Droits de l’Homme dont la France est pourtant la matrice historique... »

      Est ce que l’auteur sort la tête du bocal parfois ???
      Sans compter tous les dégénérés qui applaudissent !!!


  • Eric F Eric F 11 novembre 2018 19:06

    La laïcité est davantage formalisée en France que dans la plupart des autres pays, néanmoins la quasi totalité des pays européens ont également une société « sécularisée », c’est à dire où la religion n’a pas -ou très peu- d’emprise sur les pouvoirs publics, et est peu « visible » dans l’espace publique et la communication en général.


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