Pour une Europe de l’intelligence et du cœur
Je n’ai pas regardé Nicolas Sarkozy à la télé, n’ayant pas vraiment d’affinité pour les séries mélodramatiques ou comiques. Un Sarkozy pédagogique pour les uns, démagogique pour d’autres, superman pour la droite, fossoyeur pour la gauche, convaincant chez les militants de l’UMP, menteur chez les socialistes et au final, carrément emmerdant pour ceux qui n’ont pas regardé. Pourquoi fallait-il ignorer ce moment d’explication ? Tout simplement parce que l’important n’est pas de comprendre les mesures décidées par les gouvernants européens pour gérer cette crise de la dette mais de savoir pourquoi on en est arrivé là. Ceux qui réagissent à la crise sont les mêmes qui ont produit cette crise. C’est comme si un médecin vous administre un traitement qui vous rend malade à crever puis vient à vôtre chevet pour vous soigner et se faire admirer. Le monde occidental marche sur la tête. Surtout l’Europe, empire riche de son passé, de ses hommes, de sa culture, de ses innovations et qui pourtant fait figure de grand corps malade. C’est vraiment à rien n’y comprendre.
L’Europe est un ensemble d’Etats très riches, pleins de ressources. Pourtant, malgré plus de soixante ans de croissance pratiquement ininterrompue, on en arrive à ce qu’on peut qualifier d’absurdité. Des dizaines de millions d’européens vivent dans la pauvreté. D’un autre côté, quelques millions d’individus vivent dans un luxe « insolent », roulant dans des berlines à 50 000 euros et déjeunant avec une addition de 100 euros par tête de pipe. Quel étrange paradoxe que cet empire, se voulant la première économie de la connaissance, fonctionne à l’échelle sociale comme s’il était géré par des gens ignorants et stupides. Le candide que je suis ne croira pas un seul instant que ces gens puissent être idiots. Ils servent en fait les intérêts des plus puissants tout en menant une politique modérée et régulée pour garantir un certain niveau auprès des classes moyennes et des prolétaires pas trop mal rémunérés. Car les gouvernants sont élus et il faut bien satisfaire l’électeur qui au final, est devenu un consommateur de politique. Un consommateur déçu se détourne du fabricant et va voir la concurrence. En supposant que la politique soit pour partie stupide, c’est à cause d’une idiotie collective et aussi parce que l’homme n’est pas cet individu vertueux qu’on trouve dans les traités de philosophie morale mais un être intéressé, égocentrique, envieux, narcissique, optant pour les penchants faciles et fuyant l’effort intellectuel. Je conviens que cet avis est très personnel, c’est mon opinion mais telle est mon opinion et je la livre comme une tribune pour qu’elle figure aux côtés d’autres opinions. Les uns s’en prennent aux marchés, les autres à l’euro, ou à la droite, ou à la gauche ou encore aux banques. Chacun voit les explications là où il pense que c’est clair. Ce qui est évident pour moi, globalement, c’est qu’un système mené par un esprit vertueux et intelligent serait assez différent, moins injuste, moins pathogène, plus serein, plus paisible à vivre, plus passionnant à parcourir. Au lieu d’une économie de la connaissance, je préfèrerai une Europe de l’intelligence et du cœur.
Ce qui se conçoit clairement s’énonce facilement mais ce qui s’énonce simplement n’est pas forcément facile à concevoir. C’est une belle idée que cette Europe de l’intelligence et du cœur mais les uns ne la voient pas et les autres n’en veulent pas car elle entamerait leurs avantages. C’est vraiment et incroyablement simple. Bien plus qu’un exposé du professeur Sarkozy à la télé ! Je n’en dis pas plus, c’est le pont de la Toussaint et ce samedi 30 octobre, une courte tribune est bien plus appréciable qu’une longue analyse. Rendez-vous le jour des morts et tâchez de rester vivants.


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