vendredi 16 janvier - par politzer

Pourquoi le complexe militaro ricain se déchaîne ?

L'Agressivité Américaine pour la Défense du Dollar

Dans un monde où le capitalisme impérialiste américain vacille, l'agressivité des États-Unis pour défendre le dollar n'est pas un caprice de Donald Trump ou une simple politique étrangère musclée.

C'est une nécessité vitale, une question de survie pour un empire en déclin.

Le dollar n'est pas seulement une monnaie ; c'est l'arme suprême de l'hégémonie américaine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Perdre ce "privilège exorbitant" – comme l'appelait Valéry Giscard d'Estaing – signifierait la fin de partie, un effondrement accéléré que Washington tente d'éviter par tous les moyens, y compris la force brute.

Le Privilège Exorbitant :

Fondement de l'Empire

Le dollar repose sur un système inégal : les États-Unis impriment de la monnaie que le monde entier absorbe, finançant ainsi leurs déficits colossaux sans conséquences immédiates.

Ce privilège permet :

De payer des guerres sans fin (Irak, Afghanistan, Ukraine) et plus de 800 bases militaires à travers le globe.

De maintenir une dette publique monstrueuse (plus de 35 000 milliards de dollars en 2026) sans hyperinflation, car les banques centrales étrangères achètent des Treasuries américains pour stocker leurs réserves.

D'imposer des sanctions unilatérales : via SWIFT et le contrôle des flux financiers, Washington peut "étrangler" n'importe quel pays récalcitrant, comme l'Iran, la Russie ou le Venezuela.

Sans ce mécanisme, les États-Unis devraient équilibrer leur budget comme n'importe quel pays :

austérité interne, réduction des dépenses militaires, et une inflation explosive qui minerait la stabilité sociale. C'est pourquoi l'agressivité actuelle – saisies de tankers, interventions militaires, menaces sur des territoires souverains – est une défense désespérée d'un système qui s'effrite.

Exemples Récents d'Agressivité : Du Venezuela au Groenland

En janvier 2026, l'opération "Absolute Resolve" au Venezuela illustre parfaitement cette logique. La capture de Nicolás Maduro et le contrôle des champs pétrolifères ne visent pas seulement à "libérer" le pays ou à baisser les prix de l'essence aux États-Unis.

C'est une frappe préventive contre la de-dollarisation :

 le Venezuela, allié de la Russie et de la Chine, commerçait son pétrole hors dollar (en yuans ou en or). En reprenant PDVSA, Washington force un retour au pétrodollar, sécurise des approvisionnements bon marché pour Chevron, et envoie un message clair aux BRICS :

 "Ne défiez pas notre monopole monétaire."

De même, les menaces répétées sur le Groenland – Trump déclarant en janvier 2026 qu'il "fera quelque chose, qu'ils le veuillent ou non" – ne sont pas anodines. L'île, riche en minerais rares (lithium, terres rares, uranium), est cruciale pour contrer la Chine dans les technologies vertes et la projection arctique.

Avec la fonte des glaces ouvrant de nouvelles routes maritimes, le Groenland devient un enjeu stratégique pour contrôler les flux commerciaux futurs. Une annexion ou un "achat forcé" via pressions sur le Danemark servirait à défendre le dollar en sécurisant des ressources essentielles, loin des circuits chinois.

Les saisies de tankers, comme celle du "Marinera" (ex-Bella 1, sous pavillon russe) le 7 janvier en Atlantique Nord, complètent le tableau.

Ces actes de "piraterie" – comme les qualifie Moscou – visent à interdire tout commerce pétrolier hors dollar, punissant la "flotte fantôme" russe qui contourne les sanctions.

C'est une agressivité frontale pour maintenir le dollar comme roi du pétrole mondial.

Le Déclin Accéléré Sans Privilège Dollar

Si ce privilège s'effondre – et il s'effrite déjà, avec la part du dollar dans les réserves mondiales tombant à 54-59 % en 2026, et le commerce Russie-Chine à 90 % hors USD – les conséquences seraient cataclysmiques pour Washington :

Plus de financement gratuit : les guerres et les bases deviendraient insoutenables, forçant un retrait mondial.

Inflation et austérité : les États-Unis vivraient ce qu'ils imposent aux autres via sanctions – un effondrement économique interne.

Perte de levier global : sans dollar comme arme, les sanctions perdraient leur mordant, accélérant la multipolarité avec les BRICS et la Chine en tête.

Cette agressivité n'est pas un signe de force, mais de désespoir. L'empire américain sait que sans dollar dominant, c'est la fin : déclin accéléré, chaos interne, et un monde où d'autres puissances – Chine, Russie, Inde – dictent les règles.

Trump, en poussant plus loin (Venezuela, Groenland, Mexique), tente de colmater les brèches, mais chaque intervention accélère paradoxalement la de-dollarisation chez ceux qui se sentent menacés.

En conclusion, l'agressivité américaine pour défendre le dollar n'est pas une politique passagère ; c'est la logique même d'un impérialisme en phase terminale. Tant que ce privilège tient, l'empire survit. Mais les fissures grandissent, et la fin de partie approche.

 



4 réactions


  • sylvain sylvain 16 janvier 12:02

    Cette vision des choses permet de comprendre la réalité du pouvoir actuel chinois. Même avec ce privilège exorbitant des Etats Unis, elle arrive a devenir plus influente que son concurrent. 

    Si ce privilège tombe, il n’y aura plus de limite à son pouvoir


  • pasglop 16 janvier 12:10

    Il fait sauver le soldat pétrodollar, par n’importe quel moyen.


  • Octave Lebel Octave Lebel 16 janvier 14:50

    Fin dangereuse et tumultueuse (qui peut être longue même si l’histoire s’accélère) de domination du monde par une classe dirigeante ayant des moyens militaires d’une puissance et d’une sophistication jamais vue. Qui nous réserve et nous a réservé des surprises comme l’élimination physique quasi simultanée à distance de responsables militaires de toutes sortes de groupes d’opposants au Moyen-Orient par exemple. Qui ont le bon goût aussi d’écouter les portables des dirigeants alliés aidés à l’époque par les services secrets danois très rendant service et profitant d’une certaine proximité physique et confiance avec la France et l’Allemagne pour cet exemple. D’où l’importance de méthodiquement opposer le droit international avec obstination et sans concession dans notre réflexion et expression de citoyens aux responsables de toutes les classes ou élites dirigeantes du monde. Le droit international étant l’expression de la honte de celles-ci d’avoir contribuer à toutes sortes d’abomination et de malheurs et les remparts et digues qu’elles ont mis en avant pour se restaurer une certaine honorabilité, une bonne conscience,  et tenter de se prémunir des pulsions, comportements et rationalisations vers lesquels les portent si facilement le goût du pouvoir, de la richesse (bien au-delà du confort, de la sécurité, et des plaisirs  auxquels nous aspirons tous), de la domination et du rapport de force immédiat. Et d’y entraîner des peuples gavés de propagande et/ou paralysés par la peur. Pourquoi pour l’espèce humaine et dans son intérêt, des coopérations économiques équitables et le respect de règles établies en commun seraient-elles impossibles ? Je rappelle aussi que nous n’avons tous qu’une seule vie tout en sachant que pour certains c’est une raison de plus pour ne rien changer. Il faudra bien, d’une manière ou d’une autre, que cette domination soir remplacée par des démocraties de citoyens, contagieuses , nous permettant d’arbitrer les dérives dans lesquels nous pouvons tous nous laisser embarquer puis soumettre. Avant qu’elles ne nous submergent.



  • Luniterre Luniterre 18 janvier 02:46

    USA : 1 500 Milliards de dette supplémentaire en 5 mois !

    « Les analystes soulignent que les États Unis ajoutent désormais environ mille milliards de dollars à leur dette tous les cinq mois

    (En réalité, 1 500 Milliards, donc, actuellement !)

    Au 12 août 2025, la dette nationale des États Unis a atteint 37000milliards de dollars, un niveau inédit, selon les données officielles du département du Trésor  : ce record est survenu bien plus tôt que les projections prépandémie prévoyaient, qui le plaçaient au-delà de 2030. »

     

    Aurélien Delacroix - Publié le 13 août 2025

    https://www.journaldeleconomie.fr/la-dette-americaine-franchit-un-nouveau-seuil-alarmant/


    Effectivement, 38 500 Milliards, aujourd’hui :

     

    « U.S. national debt hit $38.5 trillion in early 2026, years ahead of previous forecasts.

    By Jai Hamid - Updated : January 3 / 2026

    Interest payments on the debt are nearing $1 trillion annually, almost triple 2020 levels.

     

    Trump’s $3.4 trillion spending bill and programs like DOGE and tariffs aim to reduce the burden.

     

    America’s national debt crossed $38.5 trillion in the opening month of 2026, pushing past a level the Committee for a Responsible Federal Budget once expected around 2030. »

    https://www.cryptopolitan.com/u-s-national-debt-hits-38-5-trillion-2026/


    Alors comment l’auteur peut-il encore parler de « capitalisme impérialiste » dans ces conditions ?

    Que les USA soient encore « agressifs » avec leur volonté de suprématie militaire et monétaire sur le monde, c’est un fait, mais qualifier de « capitaliste impérialiste » un pays qui perd désormais 300 Milliards par mois, et surtout d’un point de vue marxiste auquel prétend l’auteur, cela ne fait en réalité aucun sens sauf à se gargariser de formules dogmatiques ronflantes, mais qui n’aident précisément en rien à comprendre l’évolution de la situation.

     

    La définition marxiste du capitalisme, c’est l’extraction de la plus-value sur le travail humain productif, ce qui permet l’élargissement du capital investi.

    Selon la définition léniniste de l’impérialisme, normalement agréée par la plupart des auteurs marxistes, c’est l’exportation des capitaux vers les colonies, semi-colonies et pays compradores qui permet ensuite d’augmenter l’extraction de plus-value sur davantage de travail humain productif, dans des conditions encore plus avantageuses pour le capital investi.

    Que l’exportation de leur dette publique couplée avec la menace militaire massive permette aux USA de continuer à dominer le monde, c’est un fait, mais persister à vouloir appeler ça « capitalisme impérialiste » ne fait donc aucun sens, et surtout pas d’un point de vue analytique marxiste et/ou marxiste-léniniste.

     

    A noter que même l’économie chinoise, qui reste bien davantage productive que celle des USA, commence elle-même à reposer sur la dette, et aussi bien la sienne que celle qu’elle « exporte » vers ses « amis » de la « route de la soie ». Et sans oublier que les « réserves » monétaires chinoises sont elles-mêmes encore majoritairement tributaires de la dette US.

     

    Actuellement la Russie, quoi que l’on puisse en penser par ailleurs, est la seule puissance d’envergure mondiale dont l’économie n’est pas principalement tributaire de sa propre dette ni de la dette US.

    Par ailleurs, même en termes de capitaux exportés sa balance était déficitaire avant le conflit actuel en Ukraine et elle ne peut donc pas être qualifiée d’impérialiste sous ce rapport essentiel.

     

    Dans un monde où la domination éventuelle repose sur l’exportation de la dette bien plus que sur l’exportation de capitaux, parler de « capitalisme impérialiste » ne fait donc tout simplement plus sens.

     

    La lutte pour la « dédollarisation » montre que le rôle des zones d’influences monétaires est devenu prépondérant sur l’exportation des capitaux « productifs de plus-value » et d’autant plus que cette exportation elle-même est quasiment remplacée par l’exportation de la dette.

    La valeur des monnaies, c’est aujourd’hui la valeur des dettes dont elles sont l’expression et de leurs capacités à circuler encore, en fonction des politiques monétaires des Banques Centrales, qui ne peuvent pas prendre le risque d’un déséquilibre réel entre les principaux acteurs tant que perdure notamment l’interdépendance USA-Chine.

     

    Et elle ne semble pas près de se terminer malgré les rodomontades des uns et des autres, dont celles de Trump. C’est ce qui limite encore pour l’instant les risques de guerre à très grande échelle, qui mènerait à la ruine très rapide des principaux intervenants.

     

    Ce sont donc les banquiers centraux des principales puissances économiques qui sont réellement les maîtres du jeu entre les zones monétaires et donc les réels maîtres du monde, et non plus les « capitalistes » dont même les plus gros en apparences sont indirectement les débiteurs, car leur simple existence ne tient qu’à l’équilibre fragile entre les différentes dettes publiques, équilibre dont dépend la « valeur » en réalité complètement illusoire du dollar et de la plupart des autres monnaies.

     

    Le capitalisme est en train de finir d’agoniser, déjà pour l’essentiel remplacé par le banco-centralisme, mais le monde n’en sort pas davantage apaisé, bien au contraire.

     

    Pour autant, il n’y a pas de billet de retour qui vaille vers le capitalisme « classique » lui-même générateur de guerres et déjà totalement dépassé par l’évolution des rapports modernes de production.

     

    Luniterre


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