La communication autour de la « Présidence normale » commence à frôler le point de saturation. Le principal intéressé, qui n’est pas réputé pour être un champion de la communication politique, ne donne pas l’impression de s’en rendre compte. Toutes les conditions sont donc réunies pour que ce beau slogan devienne progressivement la caricature de l’ambition initiale et alimente les railleries sur le quinquennat de François Hollande. A force de trop en faire. Car, tout est dans la mesure. Le Président Hollande devrait d’ailleurs s’inspirer des déconvenues de son prédécesseur dont la posture et les engagements se sont fatalement retournés contre lui.
En effet, Nicolas Sarkozy avait, lui, annoncé sa posture d’homme politique d’une droite décomplexée, aussi bien par rapport aux « sujets tabous » que par rapport « à l’argent ». Il était sûrement loin d’imaginer les surprises qui l’attendaient au tournant. Ainsi est-il parti la tête baissée à la soirée du Fouquet’s et sur le yacht de « son ami » Bolloré. Le bling-bling, le Rolex, le « sarko one »,… n’ont été que l’étalage de cette absence de complexe vis-à-vis de l’argent. Jusqu’à l’indécence dont il s’est tardivement rendu compte, dans un pays où l’étalage des signes de richesse passe encore mal. Et lorsqu’éclatent les affaires Woerth-Bettencourt, l’opinion ne se fait pas prier pour croire à la vraisemblance des accusations. Le décor était déjà planté.
Sur les sujets de société considérés comme tabous et face auxquels, là encore, l’ancien Président se disait « décomplexé », il a fini par franchir toutes les lignes jaunes. Jusqu’à cette hallucinante fin de campagne où le candidat Président s’est, sans état d’âme, transformé en porte-voix d’extrême-droite. La défaite lui a sûrement fait prendre conscience qu’il était allé trop loin, ce qui a justifié son obsession à soigner sa sortie de l’Elysée, malgré l’affaire des courriers passés à la broyeuse.
En tout cas, François Hollande dispose de l’une des meilleures références pour comprendre à quel point une posture, même empreinte de modestie, affichée de façon ostensible, peut rapidement tourner au désavantage du politique. D’ailleurs, quelques fissures commencent déjà à lézarder le mur de la « Présidence normale ».
Une première polémique, de portée limitée certes, avait été soulevée par rapport aux mesures de sécurité que nécessitent les déplacements du Chef de l’Etat par voies terrestres. Le parcourt doit être rigoureusement sécurisé, tous les ponts déminés ; ce qui mobilise d’importants moyens en hommes, matériel et, naturellement, financiers. Au point que la question du coût de la « Présidence normale », « en apparence », s’est posée à l’évidence.
Bien entendu, ça coutera toujours moins cher que les extravagances de l’ancien Président qui mobilisait jusqu’à deux avions pour se rendre juste à côté, à Bruxelles. Ses « collaborateurs », suivant l’exemple du chef, se laissaient aller à des gaspillages dignes d’une monarchie. Le tintamarre des cortèges ministériels et le goût prononcé pour les avions ! Le Premier ministre prenait carrément l’avion pour son week-end en Sarthe, coût : 27.000 euros. Pour aller serrer quelques mains et se faire filmer avec les Sarthois, qu’il n’a pas hésité à abandonner pour se faire investir à Paris.
Cette page de faste et d’arrogance du pouvoir est maintenant derrière nous. Heureusement. Mais cela ne suffit pas à garantir la crédibilité à la « Présidence normale ».
Puisque, pour revenir aux moyens qu’il faut mobiliser pour assurer l’exercice de la « Présidence normale », on ne peut pas ne pas souligner la question des nuisances pour les « gens ordinaires ».
L’idée de voyager dans le même train que le Président de la République laisse encore méditatif. On peut raisonnablement éprouver de la réticence à voyager avec un hôte pareil. Surtout, si au fil de son mandat, il devient la cible d’un nombre crossant des mécontents décidés à le lui faire savoir. Une animosité qui risque d’arriver beaucoup plus tôt qu’on ne l’imagine compte tenu de la crise et des engagements militaires français dans la lutte contre le terrorisme.
Avant même que ce scénario ne se présente, quelques mécontentements ont fuité autour de l’appartement que loue le Chef de l’Etat dans le 15ème arrondissement de Paris, avec sa compagne. Un environnement sécuritaire dont les riverains auraient préféré se passer, le Président disposant déjà d’un logement confortable, à l’Elysée, fourni par la nation et qui ne demande qu’à être occupé. Même le plus vertueux de nos Chefs d’Etat, le Général de Gaulle, y a vécu.
Par ailleurs, la fonction même de Président de la République offre rarement les conditions idéales à un « exercice normal » du pouvoir. C’est ainsi qu’une autre polémique est née des excès de vitesse auxquels le cortège présidentiel s’est laissé aller alors qu'il se rendait en Normandie mercredi 06 juin pour célébrer le 68ème anniversaire du débarquement des alliés. Selon un journaliste de RMC/BFM, la vitesse a atteint des pointes de 170 km/h sur une voie limitée à 130 km/h. Bien évidemment, on ne s’attend pas à ce que des PV pleuvent sur le Palais de l’Elysée, les radars ayant normalement fonctionné. On est pleinement dans les contraintes inhérentes à l’exercice du pouvoir.
Finalement, s’il est tout à fait raisonnable de considérer que le Président Hollande exercera un pouvoir nettement plus sobre, en comparaison avec les excès de son prédécesseur, il convient tout aussi d’admettre qu’il va rapidement s’accommoder d’un certain « train de vie de l’Etat ». Les apparences de normalité qu’il s’efforce d’arborer vont vite laisser la place à des priorités beaucoup plus pressantes et en lien avec les préoccupations majeures des Français.
La communication politique ne devrait donc pas durer, Monsieur le Président. On vous a compris. Maintenant, passons à autre chose.
Boniface MUSAVULI