jeudi 11 juin 2020 - par QAmonBra

Privatisation des profits et socialisation des pertes au XIX siècle anglais

Vous avez peut-être vu sur nos merdiatiques TV des manifestants, à Bristol en Angleterre, deboulonner et jeter à la rivière la statue d'un esclavagiste philantrope, si si chez les anglais c'est possible, mais connaissez-vous le fond de l'affaire que lesdits merdias se sont bien gardés d'aborder ? Un intéréssant article paru initialement sur un journal local vous le détaille, il a été traduit et diffusé par le non moins intéressant site "Le grand soir" et, tant cette info est édifiante, j'ai jugé utile de le faire connaitre également sur AV :

En 2015, les contribuables de Bristol payaient encore des dettes aux propriétaires d’esclaves de la ville (Bristol Post)

photo : la statue d’un marchand d’esclaves renversée et jetée dans une rivière à Bristol - 7 juin 2020

Le gouvernement a donné aux propriétaires d’esclaves l’équivalent de 308 milliards de livres en 1833 et nous venons tous de le payer

[13 février 2018] Les contribuables de Bristol en 2015 remboursaient encore la dette empruntée par le gouvernement pour payer des millions en "compensation" aux propriétaires d’esclaves, a admis le Trésor.

Les 20 millions de livres sterling que le gouvernement a dépensés en 1833 pour rembourser les riches propriétaires d’esclaves étaient si importants qu’il a fallu 182 ans au contribuable pour les rembourser.

L’information a été révélée par le Trésor dans le cadre d’une demande de liberté d’information - mais lorsque les fonctionnaires ont décidé de tweeter la révélation, la façon dont ils l’ont fait a déclenché une réaction si furieuse qu’ils ont rapidement supprimé le tweet.

Le Trésor a confirmé que lorsque le gouvernement britannique a aboli l’esclavage et interdit aux gens de posséder des esclaves en Grande-Bretagne ou dans les colonies britanniques partout dans le monde, ces propriétaires d’esclaves ont reçu une compensation.

Beaucoup des plus grandes plantations qui gardaient le plus grand nombre d’esclaves appartenaient à certains des hommes d’affaires les plus riches de Bristol, et ils recevaient l’équivalent de millions de livres sterling en argent d’aujourd’hui. Bristol avait la plus forte concentration de personnes en Grande-Bretagne qui possédaient des esclaves en 1833 en dehors de Londres.

Les esclaves eux-mêmes ne recevaient rien et devaient continuer à travailler pour leurs maîtres pendant plusieurs années avant même de pouvoir envisager d’être "libres".

Le montant de la compensation accordée aux propriétaires d’esclaves a déjà été détaillé auparavant, dans un projet en ligne destiné à marquer le 200e anniversaire de la fin de la traite transatlantique des esclaves en 1807.

Les plus riches propriétaires de plantations de Bristol ont soudainement reçu une manne qui a laissé leurs familles multimillionnaires pour les générations à venir, et a déclenché la construction de certaines des maisons et des quartiers les plus prestigieux de la ville, notamment à Clifton.

La somme totale versée par le gouvernement britannique en 1833 était de 20 millions de livres sterling, un chiffre tellement énorme à l’époque qu’il représentait 40 % du budget total du gouvernement cette année-là, et l’équivalent de 308 milliards de livres sterling aujourd’hui.

La dette était si importante qu’elle a été empruntée sur une longue période de remboursement, a été transférée en gilts [abréviation de gilt-edged securities, soit littéralement "valeurs mobilières dorées sur tranche", sont les emprunts d’État émis par le Royaume-Uni. Wikipédia - NdT] et ceux-ci ont finalement été remboursés le 1er février 2015, il y a tout juste trois ans.

Cela signifie que toute personne ayant payé des impôts avant le 1er février 2015 remboursait la dette créée à partir des millions versés aux propriétaires d’esclaves britanniques en 1833.

Le Trésor a tweeté cette information après l’avoir rendue publique. Le tweet disait : "Voici le surprenant fait du jour. Des millions d’entre vous ont aidé à mettre fin à la traite des esclaves grâce à leurs impôts."

Le tweet a ajouté une infographie qui disait : "Le saviez-vous ? En 1833, la Grande-Bretagne a consacré 20 millions de livres, soit 40% de son budget national, à l’achat de la liberté pour tous les esclaves de l’Empire." En ajoutant : "La somme d’argent empruntée pour la loi d’abolition de l’esclavage était si importante qu’elle n’a pas été remboursée avant 2015. Ce qui signifie que des citoyens britanniques vivants ont contribué à payer pour mettre fin à la traite des esclaves".

L’historien David Olusoga, qui a beaucoup écrit sur le rôle de Bristol dans la traite des esclaves et ses relations difficiles avec son histoire, est l’un des nombreux experts qui ont remis en question à la fois l’exactitude et le ton du tweet du Trésor.

Il a fait remarquer que la loi sur l’abolition de l’esclavage n’a pas mis fin à la traite des esclaves : la traite triangulaire qui reliait Bristol à l’Afrique de l’Ouest et aux plantations des Caraïbes et des États-Unis avait été abolie des décennies plus tôt, en 1807, et pourtant le tweet du Trésor contenait une image de la traite des esclaves.

Le tweet a déclenché une réaction féroce sur les médias sociaux, et beaucoup ont attaqué son ton. Ils ont déclaré que le fait de payer des millions aux propriétaires d’esclaves en compensation ne devrait pas être "célébré".

Le Trésor a rapidement supprimé le tweet, et a ensuite fourni une explication au Bristol Post. "En réponse à une demande de liberté d’information, nous avons récemment publié des informations sur les dépenses gouvernementales liées à l’abolition de l’esclavage en 1833", a déclaré un porte-parole du Trésor. "Un tweet d’accompagnement a également été publié, mais il a été supprimé par la suite en réaction aux questions soulevées par le caractère sensible du sujet", a-t-il ajouté.

M. Olusoga, qui a écrit plusieurs livres sur la traite des esclaves et le rôle de la Grande-Bretagne dans ce domaine, et qui a présenté des programmes télévisés de la BBC sur le sujet, a déclaré que le tweet était inapproprié. "La vraie question est de savoir pourquoi quelqu’un a pensé que c’était correct", a-t-il dit. "Je pense vraiment que nous nous améliorons en acceptant le rôle du Royaume-Uni dans l’esclavage et la traite des esclaves, mais des choses comme ça me font douter. De plus, pour aggraver le niveau général d’ignorance, lorsque le Trésor britannique réduit l’histoire complexe de l’abolition de l’esclavage à l’un de ses "faits du jour", il utilise une image non pertinente de la traite des esclaves - qui a été abolie trois décennies plus tôt.

"Nous avons passé un an à réaliser une série de la BBC sur les compensations versées aux propriétaires d’esclaves, par le biais d’une taxation régressive qui touchait le plus les pauvres. Une partie du prix payé par les esclaves eux-mêmes. Le Trésor trouve que c’est un "fait du jour" amusant", a-t-il ajouté. M. Olusoga a déclaré qu’il travaillait actuellement sur une série de reportages sur l’esclavage moderne. "L’existence de l’esclavage moderne ne signifie pas que nous devons oublier l’esclavage historique. Lorsque les gens parlent d’esclavage, l’esclavage moderne est utilisé pour les réduire au silence", a-t-il déclaré.

Daniel Hannan, député européen de droite et leader du groupe Brexiteer, a interrogé M. Olusoga sur Twitter à propos de ses objections. "Il est facile d’être contre l’esclavage dans l’abstrait", a-t-il déclaré." Ce n’est pas la même chose que de contribuer personnellement à l’abolition de ce fléau ". (Je) n’ai jamais compris pourquoi les gens trouvent cela choquant", a-t-il ajouté.

L’historienne locale Kirsten Elliott a souligné qu’outre le fait que les esclaves libérés eux-mêmes ne recevaient aucune compensation, la dette signifiait que leurs descendants remboursaient l’argent qui revenait aux propriétaires de leurs ancêtres pour le privilège d’être libérés pendant des années. "Ai-je raison de penser que cela signifie que les descendants d’esclaves - qui n’ont jamais reçu aucune compensation - ont payé pour les compensations versées aux propriétaires d’esclaves ?", a-t-elle demandé.

Et Cleo Lake, conseillère municipale de Bristol, a déclaré qu’elle était indignée. "Je veux que mon argent soit remboursé", a-t-elle tweeté. "Je suis indignée. Ce message est tellement lourd de sens."

Tristan Cork

Traduction "vous ne pensiez tout de même pas qu’ils l’ont fait par bonté de coeur ?" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.



9 réactions


  • Opposition contrôlée Opposition contrôlée 11 juin 2020 09:30

    La fortune des riches est garantie par l’Etat. Par voie de conséquence, la misère des pauvres aussi...


  • Docteur Faustroll Séraphin Lampion 11 juin 2020 09:46

    « la statue d’un esclavagiste philantrope, si si chez les anglais c’est possible, »

    En France aussi : lien.

    tout l’article est d’ailleurs transférable à la république laïque française qui n’a rien à envier à la monarchie parlementaire britannique pour ce qui est (toujours) de faire financer les pertes des privés par les contribuables qui ne sont jamais associés aux profits. Cest même la règle de base du système capitaliste moderne et la raison pour laquelle même les « libertariens » ne veulent pas détruire totalement l’état mais « seulement » le réduire à ses fonctions régaliennes : police, armée et (surtout) fiscalité.


    • QAmonBra QAmonBra 11 juin 2020 10:18

      @Séraphin Lampion

      (. . .) « En France aussi » (. . .) 

      Tout à fait et merci pour le lien, quand j’ai lu sans m’étouffer (avec mon café chaud) cet article, j’ai immédiatement pensé aux esclavagistes français avec Haïti. . .


    • Docteur Faustroll Séraphin Lampion 11 juin 2020 10:28

      @QAmonBra

      « Et ça continue encore et encore

      C’est que le début d’accord, d’accord..

      …/…

      C’est toujours le même film qui passe

      Le même film qui passe »

      Cabrel – Encore et encore


  • dimitrius 11 juin 2020 13:28

    En gros tu nous dis que les esclaves blancs ont payé pour les esclaves noirs. Ton racisme anti blanc t’aveugle et te fait tromper d’ennemis . Mais que penser d’un manoeuvre du BTP ayant la cervelle d’un moineau , si ce n’est que tu es un tocard de première , adepte d’un métis qui joue sur tout les tableaux pour faire du pognon.


    • QAmonBra QAmonBra 11 juin 2020 16:46

      @dimitrius

      Je te connais si bien à présent cher collègue, (du BTP) que j’aurais été franchement déçu que tu ne viennes pas marquer de tes quelques gouttes habituelles ce nouvel espace de discussion !

      (. . .) « En gros tu nous dis que les esclaves blancs ont payé pour les esclaves noirs. » (. . .)

      Personnellement je ne dis pas grand chose, je partage seulement une révoltante information, mais, à mon goût et aussi en gros, tu l’as intelligemment illustré !

      Aussi je te soupçonne de plus en plus de faire l’âne pour avoir du çon. . .


  • caillou14 rita 12 juin 2020 07:09

    C’est le petit monde des « Fachos » qui revient ?

    Les humains n’ont aucune mémoire !


  • JPCiron JPCiron 14 juin 2020 21:49

    < Cela signifie que toute personne ayant payé des impôts avant le 1er février 2015 remboursait la dette créée à partir des millions versés aux propriétaires d’esclaves britanniques en 1833.>

    Et je découvre aujourd’hui que j’ai contribué à engraisser ces esclavagistes pendant 10 ans de ma vie !! Je n’en savais rien. 

    Si encore ces sous étaient allés aux familles des anciens esclaves !!!

    .

    « Ai-je raison de penser que cela signifie que les descendants d’esclaves - qui n’ont jamais reçu aucune compensation - ont payé pour les compensations versées aux propriétaires d’esclaves ? »>

    Et ça, c’est encore plus dégueulasse !!

    .

    Ces gens qui sont aux manettes de nos gouvernements d’hier et d’aujourd’hui vivent dans un autre monde.

    Et on s’étonne que le bon peuple, de temps en temps relève la tête... 



    • QAmonBra QAmonBra 15 juin 2020 12:06

      @JPCiron

      Bonjour !

      Face aux mafieux le dirigeant depuis des siècles, le Peuple français doit faire beaucoup plus que relever la tête, il doit reprendre une souveraineté lui appartenant exclusivement et la garder jalousement, à mains armées si nécessaire.

      Cela implique impérativement la combativité et l’esprit de sacrifice dont nos ancêtres ont su faire preuve, sinon, nous serions indignes de leur héritage et un nouvel âge féodal aussi religieux mais bien plus redoutable que le précédent, aux fondations déjà en place, nous transformera tous en serfs et esclaves du XXI siècle et ce ne sera pas faute d’avoir été clairement averti, dès l’origine de leur prétendue démocratie :

      "La source de tous nos maux, c’est l’indépendance absolue où les représentants se sont mis eux-mêmes à l’écart de la nation sans l’avoir consultée.

      Ils ont reconnu la souveraineté de la nation, et ils l’ont anéantie.

      Ils n’étaient de leur aveu même que les mandataires du peuple, et ils se sont faits souverains, c’est-à-dire despotes, car le despotisme n’est autre chose que l’usurpation du pouvoir souverain.

      Quels que soient les noms des fonctionnaires publics et les formes extérieures du gouvernement, dans tout État où le souverain ne conserve aucun moyen de réprimer l’abus que ses délégués font de sa puissance et d’arrêter leurs attentats contre la constitution de l’État, la nation est esclave, puisqu’elle est abandonnée absolument à la merci de ceux qui exercent l’autorité.

      Et comme il est dans la nature des choses que les hommes préfèrent leur intérêt personnel à l’intérêt public lorsqu’ils peuvent le faire impunément, il s’ensuit que le peuple est opprimé toutes les fois que ses mandataires sont absolument indépendants de lui.


      Si la nation n’a point encore recueilli les fruits de la révolution, si des intrigants ont remplacé d’autres intrigants, si une tyrannie légale semble avoir succédé à l’ancien despotisme, n’en cherchez point ailleurs la cause que dans le privilège que se sont arrogés les mandataires du peuple de se jouer impunément des droits de ceux qu’ils ont caressés bassement pendant les élections."

       

      Maximilien Marie-Isidore Derobespierre, le 29 juillet 1792.


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