jeudi 22 novembre 2007 - par Jean-Pierre Lovichi

Procès Colonna ou la récurrence de l’effroi

Peut-être, finalement, les dernières affaires judiciaires qui ont défrayé la chronique telle que l’affaire Outreau n’ont-elles pas d’autre objectif que celui d’effrayer les individus qui vivent sur le sol français ? Peut-être est-ce, finalement, une politique volontariste qui veut faire de la justice un repoussoir suffisamment fort pour non seulement dissuader les délinquants d’avoir à s’y frotter, mais aussi pour faire peser sur l’ensemble de la population une sorte de menace tacite afin de maintenir la société sous contrôle ? Finalement...

Mais vouloir y déceler un fin et donc une sorte de rationalité, n’est-ce pas ce que Kant dénonce comme les illusions de la raison qui tente de nous rassurer sur le monde dans lequel nous évoluons ?

Car enfin, la lecture des chroniques judiciaires relatant le procès d’Yvan Colonna ne peut qu’inciter à la réflexion. Davantage qu’une raison d’Etat, qui serait déjà une raison, c’est bien la déraison de l’Etat qui fait peur...

Or, si ce n’est pas une stratégie qui est mise en place, alors comment expliquer autant d’approximations dans une enquête portant sur l’assassinat du plus haut représentant de l’Etat dans une région ?

L’intérêt de ces grandes affaires criminelles réside dans le fait qu’elles portent à la connaissance du grand public ce qui d’habitude reste au niveau des professionnels, des experts, ou des personnes qui ont eu à connaître les affres d’un procès pénal.

En premier lieu, il convient d’ores et déjà de s’interroger sur la longueur de l’instruction et sur la durée de la détention provisoire d’un prévenu.

Comment peut-on arriver à un procès devant une Cour d’assise spéciale, après dix ans d’instruction, avec autant d’incertitudes alors même que les éléments débattus à l’audience paraissent se trouver dans le dossier depuis le début ?

Ainsi, n’est-il pas troublant que les éléments scientifiques qui auraient pu être déduits des premiers résultats de l’autopsie et de la balistique ne soient réellement discutés et utilisés qu’à l’audience ? La taille du tueur n’est certes pas tout pour accuser une personne, elle peut en revanche effectivement être capitale pour la disculper. Et ce d’autant que l’on possède un suspect. L’instruction doit être faite à charge et à décharge, ne l’oublions pas ! Si les éléments précités avaient été approfondis initialement, nous n’aurions pas eu droit à cette triste polémique sur trois jours autour des déclarations du médecin légiste. Nous n’aurions pas à subir l’absence d’un personnage important en la personne de l’expert balistique.

Par ailleurs, comment l’instruction a-t-elle pu faire l’impasse sur le témoignage, là aussi capital à plus d’un titre, de M. Joseph Colombani, témoin oculaire d’autant plus digne de foi qu’il était un proche de la victime. Or, ce témoignage conforte la thèse du médecin légiste sur la taille du tireur, taille qui semble bien innocenter Yvan Colonna...

Force est donc de constater qu’une fois encore la longueur d’une instruction n’est hélas pas gage de son efficacité.

Dès lors, il convient de s’interroger sur les causes de tels dysfonctionnements, surtout en ces temps de réforme judiciaire.

Il est à redouter que les jours à venir apportent avec eux leur lot de grand déballage entre services de police concurrents. Les doutes annoncés du préfet Bonnet dont l’action n’avait pas en son temps participé à la simplification d’une enquête difficile, ne seront pas de nature à nous rendre une confiance de moins en moins acquise au bon fonctionnement d’institutions judiciaire et policière dont le rôle s’avère pourtant fondamental au sein d’une démocratie digne de ce nom.

Il serait pourtant de bon ton de changer les choses en profondeur afin d’éviter que chaque affaire pénale appelée à faire la une des journaux ne donne des frissons au citoyen qui, au vu des questions de principe soulevées, ne peut que s’interroger sur la plénitude de sa liberté.



13 réactions


  • Julien Julien 22 novembre 2007 16:19

    Enquête bâclée, ce n’est pas la première et ce ne sera certainement pas la dernière.

    Colonna, Outreau, on aurait aussi pû citer Patrick Dils, Omar Raddad, et bien d’autres. C’est inquiétant, certes. A chaque fois, on constate des instructions menées exclusivement à charge, des expertises médico-légales plus que douteuses, incomplètes ou totalement inexistantes, des témoignages passés sous silence alors que d’autre sont, au contraire, fabriqués.

    Personne, qu’il s’agisse du parquet ou de la police, n’accepte de se remettre en cause. J’en veux pour preuve, puisque vous parliez d’Outreau, l’attitude du juge Burgaud qui refuse de s’excuser et continue d’affirmer, droit dans ses bottes, avoir fait son travail dans les règles de l’art.

    Il y a tout de même un point de satisfaction : le bon travail effectué par les magistrats du siège car, bien souvent, dans les affaires que nous avons cité, les accusés ont finalement été disculpés (même si il a fallu près de 15 ans pour Dils).

    En ce qui concerne Colonna, nous verrons bien, mais sa culpabilité semble en tout cas bien moins évidente que ne le croyait M.Sarkozy lors de son arrestation.


    • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 24 novembre 2007 15:58

      Oui, pour l’heure, la cour d’assise tient son rang. Il n’y a rien à reprocher au président qui semble mener les débats comme il faut. la journée de vendredi l’a confirmé. Il tente d’assoir ce procès sur de bonnes bases qui permettront de décider de la culpabilité ou de l’innocence d’Yvan COlonna sans susciter trop de polémique. le procès semble iquitable là où l’instruction apparaît comme lacunaire et dangeureuse. La phase d’instrucion est un vrai problème en France où les juges d’instruction semblent bien dépassés par la masse de travail qui leur incombe.


  • antonetti 22 novembre 2007 19:55

    Effectivement, d’après les divers comptes rendus d’audience, il semble que le travail des magistrats du siège soit remarquable. A ce propos, le calendrier des audiences n’est pas anodin, fidèle qu’il est à la chronologie des faits tels qu’ils ont été vécus par les enquêteurs. La cour semble reprendre le fil de l’enquête, consciente dès l’étude du dossier que le scénario présenté par l’accusation ne tient pas la route.

    Reste à savoir pour quelles raisons ce scénario est bâclé à un tel point, mais ceci est une autre histoire.


  • moebius 22 novembre 2007 22:52

    ..pas de preuve..ou il y a aveu et vérité ou il y a mensonge avec la complicité de « l’état français » et du « peuple Corse » pour ne pas libérer la violence...deuxieme option plutot... honneur et bouche cousu mais subside de l’état qui ne devrait pas etre marchand mais qui l’est et qui sacrifie un prefet. Tout ça c’est entre parenthése. La famille du prefet ne penchera pas dans cette direction et ce peuple n’a pas le monopole de la famille..et puis merde


  • moebius 22 novembre 2007 22:55

    ..c’est l’état français et les français qui ont tué le prefet Erignac ou c’est le peuple Corse ?


  • moebius 22 novembre 2007 23:01

    ..par qui a été revendiqué cet homicide d’un représentant de l’état


  • Lesage 23 novembre 2007 20:32

    A première vue, lors des gardes à vue on a l’impression que la justice à un train de retard. Il faudrait le TGV c’est-à-dire que Toute Garde à Vue (TGV) devrait être filmé pour éviter l’écueil des longues procédures, afin de recouper comme au poker. Tu bleufs ? tu perds sans contestation une fois la carte de..... la Corse en main. Pour l’affaire Colonna cela n’a pas été le cas. Des dizaines de tomes érigés en 10 commandements. Chacun faisant plusieurs centaines de pages pour des estimations dignes de pseudo détectives amateurs de cluedo. Mauvais jeux si vous suivez le procès..... Si la France à travers son régime d’assurance maladie est à la pointe, en matière de justice sociale, pour les soit disant pointeurs d’Outreau elle est une justice digne des pires dictatures que l’on sait. Expéditive et bornée. Comment peut on dans ce pays léser et laisser des personnes croupirent en prison alors qu’ils n’y sont peut être pour rien ?.... Le mot « peut être », doux prétexte qui trouve tout son sens lorsque la pression populaire exige LE coupable.... Il faut alimenter le flux d’actualité des médias à l’écoute, que cela en coûte,. Leur donner du SON (blé, orge, avoine.... Développement durable ) à moudre..... Et on nous rabat à longueur de journée les oreilles avec la police scientifique, les experts, Julie Lascaux du navet, le droit de connaître (l’émission de la « science du savoir » sur France 5.... TF1 ?).... Et j’en passe.... La télé se vante à longueur d’année du savoir-faire et du droit de savoir des policiers.... Dans la pratique c’est finalement digne de Taxi 4 au niveau de l’instructions.....Post-mortem.... L’homme qui fît les titres de l’actualité parce qu’il était l’ennemi public numéro 1 (un berger) ne trouve plus aujourd’hui sa place dans les éditions de nos grands quotidiens. Passer de mode 3 ans après


  • Roger Rabbit 25 novembre 2007 13:39

    Responsabilisation des intervenants : Encore une fois, on arrive à voir de telles dérives car les personnels de la chaîne judiciaire ne sont pas responsables de leurs erreurs ou pire de leur malveillance... Ma proposition => Peines de prison pour les personnels de la chaine judiciaire égales au jours de détention préventive erronnées et doublement de celle-ci en cas de malveillance... A mon avis ça calmerait les « Pieds de Nickelés » de la preuve... ...


  • Proudhon Proudhon 26 novembre 2007 20:29

    Très bon article !

    POur la taille du tueur, j’ai un Scoop.

    Yvan Collonna portait des échasses, d’où la mise en examen du responsable de la branche basque française de ETA.


    • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 27 novembre 2007 09:42

      Ce qui me choque le plus, c’est vraiment le traitement médiatique de l’affaire qui ne permet pas de se faire une idée précise des débats... Or, il me semble essentiel que les citoyens puissent se faire cette idée ! Ce matin, j’écoutais France Culture qui pour une fois en parlait (ce doit être la seconde ou la troisième fois maximum !!) et c’est en trois secondes...


  • Lesage 5 décembre 2007 12:08

    Le procès se termine et au regard de ce qu’écrit la presse, on a l’impression que le bénéfice du doute ne profitera pas à l’accusé.
    Pourtant depuis 15 jours le comportement de celui ci aurait du en faire tilter plus d’un. Il faudrait être particulièrement machiavélique pour dire à la famille de la victime, droit dans les yeux :
    "Je sais que vous avez droit à la vérité et la vérité, je le dis depuis le début : ce n’est pas moi qui ai tué votre mari, votre père, votre frère. Je sais que c’est difficile pour vous de m’écouter, car cela fait huit ans et demi qu’on dit que je suis l’assassin....Croyez bien que je compatis à votre douleur et que je respecte votre deuil"...
    Peu d’assassins auraient eu cet aplomb verbal. Si Colonna est coupable alors il est le diable en personne.
    Aujourd’hui beaucoup de zones d’hombres demeurent, notamment sur la déposition  des témoins de l’assassinat. Aucun n’a reconnu Colonna et la majorité d’entre eux ont dit qu’ils n’étaient pas 3 mais 2.
    Le témoignage de Joseph Colombani, directeur de cabinet du président du Conseil exécutif de Corse et ami personnel de Claude Erignac est étonnant. Devant la cour d’assise et la famille de la victime il soutient :

    -  « Je ne peux pas mettre de nom sur les deux personnes que j’ai vues ce soir-là. » ou bien

     - « J’ai vu Yvan Colonna une fois, sachant que c’était lui, au journal de TF1, le soir où il a pris la fuite. Je vous avoue qu’il n’y a pas eu ce tilt qui se passe dans votre esprit quand vous reconnaissez quelqu’un", a-t-il souligné. "Aujourd’hui, je regarde M. Colonna", a-t-il ajouté en se tournant vers le box. "Il n’y a pas ce déclic. Je ne peux pas être affirmatif, ni dans un sens, ni dans l’autre".
    Concernant ce "tireur final", qui dans son esprit a tiré tous les coups de feu, le témoin se souvient plus d’une "carrure" que d’un visage. Il a évoqué un homme "massif" de "taille normale" ayant précisé dans plusieurs dépositions qu’il l’estimait à 1,80m.
    Cela corrobore le témoignage du docteur Paul Marcaggi, qui a examiné le corps du préfet dans les heures qui ont suivi son assassinat à Ajaccio, le 6 février 1998. Selon lui, l’assassin devait être "au moins aussi grand" que la victime, soit 1,83 mètre, alors que le berger corse accusé du meurtre mesure 1,72 mètre. Le médecin se base sur le fait que la première balle dans la nuque qui a atteint le préfet montre "un angle de tir assez faible", quasi horizontal.
    Autre témoignage troublant, celui du principal témoin Marie-Ange Contart qui se trouvait à 2 mètres de l’action :
    -  « J’ai vu deux hommes, un brun aux cheveux courts plutôt grand en bas de la rue, et un blond d’1,70 mètre dont le bras qui tient une arme tire en direction du sol »...
    Marie-Ange Contard confirme la blondeur du tireur en disant que ses cheveux sont blonds mais qu’il porte également une barbe de trois jours blonde également.
    -  « Je dois dire que, quand la photographie d’Yvan Colonna a commencé à être publiée partout, je me suis dit que ce n’était pas l’homme que j’avais vu » dit elle.
    Lorsqu’elle est invité à un tapissage pour reconnaître le meurtrier on remarquera que la méthode employée est pour le moins orientée :

    Face à la glace sans tain on aligne Colonna avec les dix autres. En survêtement Adidas, on l’a installé au centre de la file ; il tient des deux mains la pancarte n°4 tandis qu’Alessandri est le n°6 et Ferrandi le n°8. Ils sont les seuls à porter des baskets et des survêtements, les autres, des policiers servant de « leurres », sont habillés de façon bourgeoise, chemises repassées et chaussures en cuir plutôt classiques...
    Jusqu’à aujourd’hui personne n’a désigné Colonna comme étant impliqué dans cette assassinat. La majorité des protagonistes de cette affaire ont par contre à l’unisson souligné les méthodes intimidantes des interrogatoires et garde à vue comme le soulignait également Marie-Ange Contard.....


    • Jean-Pierre Lovichi Jean-Pierre Lovichi 7 décembre 2007 09:35

      La situation n’est pas claire et l’on oublie en effet aujourd’hui dans la presse et les médias les premières semaines du procès que vous avez tout à fait raison de rappeler. D’ailleurs, le traitement médiatique sera intéressant à analyser tant il semble être plus important aujourd’hui qu’hier alors que les éléments « à charge » apparaissent par riccochet et non directement d’ailleurs puisque les personnes qui l’avaient accusé ont maintenu leur rétractation même si l’on aurait pu espérer plus de clarté dans un sens ou dans un autre. Manifestement sous pression, les derniers témpoignages à la barre... Mais sous pression de qui ? Là est la question et sans doute le sens de mon prochain article... Merci de votre commentaire !


  • Lesage 7 décembre 2007 14:22

    Après les temoignages des membres de la famille si ceux ci disent la vérité, Yvan Colonna ne peux pas être l assassin. Tour à tour, son père Jean-Hugues et sa tante Josette ont assuré que le soir du drame, ils l’avaient vu revenir de sa bergerie vers 19H30, discuter un moment avec eux à Cargèse et se doucher. « Yvan était en tenue de travail, les chaussures crottées. Il a parlé avec ma mère pendant que ma soeur préparait le repas », s’est rappelé son père, certifiant qu’il a ensuite quitté le domaine familial vers 20H00. Si cela est vrai, pensez vous qu’un membre du commando chargé d’assassiner quelqu’un serait en train de discuter tranquillement avec ses parents à une heure de route du lieu de l’action ? Vraiment relaxe Colonna, en plus il a même le temps de prendre une petite douche ce soir là !!! Logiquement pour la mise en place d’une action de cette envergure (assassinat du plus haut magistrat de l’état)on disparait au moins pour la journée si ce n’est toute l’après-midi et on trouve un alibi. Colonna n’en a jamais eu !!!


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