jeudi 18 décembre 2025 - par Yves Guéchi

Punir, exclure, stigmatiser : le projet social de la Droite Républicaine

Sous couvert de fermeté et de bon sens, la Droite Républicaine a consacré une journée entière à des propositions de loi qui dessinent une même ligne politique : punir les plus précaires et faire de l’étranger un problème à gérer plutôt qu’un être humain à protéger. Derrière des textes techniques et des discours sécuritaires se cache une stratégie assumée de stigmatisation, d’exclusion et de durcissement social. Cette offensive législative ne répond ni aux urgences sociales ni aux défis migratoires. Elle organise, méthodiquement, l’aggravation de la précarité au nom de l’ordre.

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Voici une journée parlementaire comme un révélateur. Le jeudi 22 janvier, le groupe Droite Républicaine, héritier direct des Républicains, a déroulé un chapelet de propositions qui, mises bout à bout, dessinent une vision claire de la société. Une société plus dure, plus punitive, plus méfiante. Et surtout une société où les personnes étrangères, immigrées, ou simplement perçues comme telles, deviennent des cibles politiques permanentes.

On pourrait lire cette liste comme une succession technique de textes. Ce serait une erreur. Ce qui se joue ici n’est pas un empilement neutre de lois, mais une stratégie. Une stratégie qui consiste à déplacer les peurs sociales vers les plus précaires, à transformer des difficultés réelles en boucs émissaires commodes, et à faire de l’étranger le responsable idéal de tout ce qui dysfonctionne.

Gouverner par la peur et la stigmatisation

Dès la première proposition, le ton est donné. Inscrire “la mouvance des frères musulmans” sur la liste européenne des organisations terroristes. Derrière l’apparente fermeté sécuritaire, on retrouve un vieux procédé. Une notion floue, volontairement mal définie, qui permet des amalgames sans fin. Qui est visé exactement. Une organisation précise, des réseaux, une idéologie supposée. Ou, plus simplement, une population musulmane déjà sous suspicion permanente.

Ce genre de texte ne lutte pas contre le terrorisme. Il alimente la confusion. Il jette une ombre sur des millions de citoyens et de résidents, dont beaucoup sont immigrés ou enfants d’immigrés, en les enfermant dans une présomption idéologique. Ce n’est pas de la sécurité. C’est de la stigmatisation institutionnelle.

Et cette logique traverse l’ensemble des propositions.

Punir les pauvres au lieu de traiter les causes

La proposition visant à suspendre les droits aux prestations et aides publiques pour les personnes reconnues coupables d’exactions lors de manifestations est un autre exemple frappant. Le principe est simple. Vous avez fauté, donc vous perdez vos droits sociaux. Peu importe votre situation, vos ressources, vos charges familiales.

Ce glissement est dangereux. Les prestations sociales ne sont pas des récompenses morales. Elles existent pour garantir un minimum de dignité. En les transformant en outil de sanction, on bascule vers une société où la pauvreté devient une peine supplémentaire.

Pour les immigrés, souvent surreprésentés dans les emplois précaires, dans les logements instables, dans les dispositifs d’aide, l’impact est immédiat. Une amende, une condamnation, parfois mineure, et c’est l’effondrement. Plus de filet. Plus de protection. Juste la chute.

La proposition permettant la saisie des amendes impayées directement sur les minimas sociaux va dans le même sens. Elle repose sur un discours de responsabilité individuelle, séduisant en apparence. Mais comment parler de responsabilité quand on retire à des personnes déjà en grande difficulté les moyens de subsister. Comment payer une amende quand on vit avec quelques centaines d’euros par mois.

Ce n’est pas de la justice. C’est de l’acharnement social.

Le corps des femmes comme terrain politique

L’interdiction du voilement des mineures dans l’espace public est présentée comme une mesure de protection. En réalité, c’est une nouvelle intrusion dans la vie des familles, et une nouvelle obsession pour le corps des jeunes filles musulmanes.

On prétend les libérer en les contrôlant davantage. On dit vouloir les protéger, mais on les expose à plus de discriminations, plus de contrôles policiers, plus de regards suspicieux. On transforme un choix vestimentaire, souvent complexe et pluriel, en marqueur de déviance.

Ce texte ne donne aucun moyen supplémentaire aux jeunes filles en difficulté réelle. Il ne finance ni l’éducation, ni l’accompagnement social, ni la protection contre les violences. Il se contente d’interdire, de sanctionner, de désigner.

Là encore, les premières concernées sont des familles immigrées, déjà sous pression constante, sommées de se justifier en permanence de leur manière de vivre.

Travailler plus, protéger moins

Certaines propositions semblent éloignées de la question migratoire. Autoriser le travail le 1er mai. Débloquer exceptionnellement la participation et l’intéressement. Encadrer le droit de grève dans les transports.

Mais le lien existe. Car ce sont souvent les travailleurs immigrés qui occupent les postes les plus contraignants, les horaires les plus pénibles, les métiers essentiels mais invisibles. Leur demander de travailler les jours fériés, de voir leurs droits syndicaux restreints, sans garanties solides, revient à accentuer une exploitation déjà bien installée.

Quand on affaiblit le droit du travail, ce sont toujours les plus fragiles qui paient le prix. Ceux qui ont le moins de marges pour dire non.

L’État fort contre les faibles

La présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre s’inscrit dans un climat bien connu. Celui où la parole policière est systématiquement survalorisée, et celle des victimes minorées. Dans les quartiers populaires, où vivent de nombreux immigrés ou descendants d’immigrés, ce type de mesure est perçu comme un feu vert implicite.

Un feu vert à l’impunité. Un feu vert à des pratiques déjà dénoncées par de nombreuses associations et instances internationales. Renforcer la protection juridique des forces de l’ordre sans renforcer en parallèle les mécanismes de contrôle et de transparence, c’est rompre un équilibre déjà fragile.

La conséquence est simple. Moins de confiance. Plus de peur. Plus de distance entre l’État et une partie de la population.

Chasser les plus vulnérables des dispositifs d’urgence

La proposition visant à interdire le maintien dans l’hébergement d’urgence aux immigrés dits illégaux est sans doute l’une des plus brutales. Elle touche au cœur de ce que devrait être une société digne.

L’hébergement d’urgence n’est pas un privilège. C’est une réponse minimale à la détresse humaine. Refuser un toit à quelqu’un en raison de son statut administratif, c’est accepter qu’il dorme dehors, qu’il tombe malade, qu’il disparaisse des radars.

C’est aussi une absurdité pratique. La précarité extrême ne facilite ni les démarches administratives, ni les régularisations, ni même les retours. Elle ne produit que de la souffrance, et souvent des coûts supplémentaires pour la collectivité.

Mais le message politique est clair. Faire de la misère un outil de dissuasion. Espérer que la peur du froid, de la rue, de l’abandon fasse le travail que la politique migratoire est incapable d’assumer autrement.

Une cohérence idéologique assumée

Pris séparément, ces textes peuvent être défendus, nuancés, amendés. Pris ensemble, ils racontent autre chose. Une vision où l’ordre prime sur la solidarité. Où la sanction remplace l’accompagnement. Où l’étranger devient le problème central, même quand il n’est pas directement nommé.

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Elle repose sur un calcul électoral. Parler à l’émotion plutôt qu’à la raison. Désigner des responsables simples à des problèmes complexes. Faire croire qu’en durcissant la vie des plus précaires, on améliorera celle des autres.

C’est faux. Historiquement faux. Socialement faux. Moralement dangereux.

Refuser la résignation

Critiquer ces propositions, ce n’est pas nier les défis réels. La sécurité, la cohésion sociale, la gestion des migrations sont des sujets sérieux. Mais ils ne seront jamais résolus par l’exclusion, la stigmatisation et la précarisation.

Ce dont nous avons besoin, c’est de politiques publiques qui renforcent l’accès aux droits, qui sécurisent les parcours de vie, qui investissent dans l’éducation, le logement, la santé. Pas de lois qui empilent les sanctions et réduisent l’humanité à une variable d’ajustement.

Le débat démocratique mérite mieux que cette fuite en avant. Et surtout, les personnes immigrées, qu’elles soient en situation régulière ou non, méritent mieux que d’être utilisées comme un levier politique.

Il est temps de le dire clairement. Une société qui s’acharne sur les plus fragiles ne devient pas plus forte. Elle devient plus injuste. Et à long terme, plus instable.

Refuser ces textes, les contester, les déconstruire, ce n’est pas de l’angélisme. C’est un acte de lucidité. Et un choix politique assumé.

source : : Réunion du mardi 16 décembre 2025 - Assemblée nationale

 



13 réactions


  • sylvain sylvain 19 décembre 2025 09:20

    C’est exactement ce qu’ils font oui, et ils n’ont jamais arretes de le faire. 
    L’oligarchie n’ a jamais travaille qu’avec des esclaves pour ce qui est de la production. Ceux qui n’en sont pas sont ses supletifs ou quelques droles de metiers. 
    Elle les avait juste delocalises pendant un temps. Faisant de nous des consommateurs. Position plus confortable mais non moins meprisable. La Chine, la Russie... tous organisent leur societe de la meme maniere.

    Alors on a le choix entre une internationale populaire ou se faire baiser profond, c’est pas plus complique que ca


  • jakem jakem 19 décembre 2025 11:37

    Assurer la sécurité en se donnant les moyens matériels et juridiques, éliminer les intrus, supprimer d’innombrables contraintes administratives, permettre aux gens de travailler au lieu de les assister pendant toute leur vie, rétablir l’autorité selon le on sens, ..... constitue un véritable programme social.

    Contrairement aux mensonges et aux élucubrations de Pourris Socialeux et des islamo-gauchistes.

    Tiens ! le Parlement eurokraturiste vient de reconnaître que seules les femmes peuvent être enceintes ; sacrée nouvelle !  On le savait depuis Cromagnon.

    Mais des connards islamo-gauchistes ( Aubry, Glucksmann et Cie ) ont voté contre cette évidence.

    Je me demande, et rigole à l’avance, quelle sera la réaction des gentils hamassiens et autres barbus à kalachnikov et poignard quand les connards leur expliqueront qu’un barbu tatoué arc-en-ciel et travesti en pute de bas étage peut tomber enceinte.

    Et il parait, selon les gauchistes, que la condamnation de l’excision serait une trsè mauvaise opinion colonialiste ......Je suppose que les féminhystériks sont d’accord.


  • Mustik 19 décembre 2025 15:10

    Je me demande comment il existe encore des gens pour aligner, en 2025, un tel chapelet de lieux communs ?

    Même Yoyo, (Monsieur 85% de réussite au Bac) se cache à l’île de Ré, avec la pudeur de ne pas la ramener...

    En 2023, il fait partie des anciens Premiers ministres dont le coût liés aux avantages en nature auxquels il peut bénéficier est le plus élevé, avec 162 012 euros pour cette année



  • L'apostilleur L’apostilleur 19 décembre 2025 19:18

    @ l’auteur 

    « ..le ton est donné. Inscrire “la mouvance des frères musulmans” sur la liste européenne des organisations terroristes.. »

    Savez-vous que l’organisation islamique a été créé en Egypte où les frères sont interdits, l’organisation illégale a été dissoute ?

    Que l’état égyptien a utilisé l’armée contre l’organisation ?

    Que des miliiers de frères ont été jugés et emprisonnés ?

    Que L’Égypte a jugé l’organisation "menace contre l’état ?

    ...

    Dites-nous plutôt si vous considérez qu’elle devrait être accueillie en France  !!


    • Julien30 Julien30 19 décembre 2025 20:05

      @L’apostilleur
      Et après ces gens vont continuer à nier tout lien entre leur idéologie et l’islamisme et à donner des leçons de morale et de bonne conduite à la droite, quelle engeance...


    • berry 19 décembre 2025 22:54

      @L’apostilleur
      L’organisation des frères musulmans a été créée sous sa forme actuelle par les britanniques et les américains en 1951, pour constituer une armée de mercenaires à leur service et déstabiliser les régimes arabes laïcs.
      Elle a servi de vivier à tous les groupes terroristes sunnites de ces dernières années.
      https://www.voltairenet.org/article206724.html


    • L'apostilleur L’apostilleur 19 décembre 2025 23:23

      @berry
      « ..L’organisation des frères musulmans a été créée sous sa forme actuelle par les britanniques et les américains.. »
      En un siècle l’organisation a vécu sous plusieurs régimes. La longévité du mouvement trouve une explication dans l’intransigeance de ses dirigeants musulmans.
      Quelqu’ait été le rôle des britanniques, les fondamentaux sont ceux d’extrémistes islamiques qui se ressourcent dans la violence depuis Mahomet qui leur a montré l’exemple. 


    • berry 20 décembre 2025 08:05

      @L’apostilleur
      Oui, en effet. Les anglo-saxons ont exploité à leur profit un extrémisme musulman et une violence qui ne demandait qu’à s’exprimer d’une manière ou d’une autre.


  • L'apostilleur L’apostilleur 20 décembre 2025 09:59

    @ l’auteur 

    Vous êtes irresponsable. 

    Vos arguments sont de plus en plus inaudibles, considérez que votre représentation est tellement minoritaire que les français n’entrent plus dans le détail. Les événements tragiques des attentats sont d’origine musulmane et défendre le mode de vie que ces terroristes veulent imposer est inacceptable, cela conduirait à une guerre civile sur fond d’opposition civilisationnelle.

    Voyez la Bosnie Herzegovine qui va exploser après que les populations ont été contraintes de vivre ensemble, Chypre est une probabilité pour de nombreux territoires. 

    ...

    Les musulmans seront acceptés lorsqu’ils s’exprimeront discrètement dans leurs mosquées. L’Occident defend des valeurs opposées romaines, chrétiennes et grecques, les débordements islamiques lui ont rappelé ses origines. 

     

    Ifop-Fiducial octobre 2024 : 73% des Français considèrent que le pays compte déjà trop d’étrangers (comprendre... musulmans)

     


  • Fanny 21 décembre 2025 10:09

    Il est temps de le dire clairement. Une société qui s’acharne sur les plus fragiles ne devient pas plus forte. Elle devient plus injuste. Et à long terme, plus instable.

     

    On peut être d’accord, mais ce n’est pas le sujet. Quand une société ne contrôle plus sa démographie, ses frontières, elle ne sait plus qui sont les plus « fragiles » et ne peut donc plus les protéger.

     

    C’est un acte de lucidité. Et un choix politique assumé.

     

    Quand l’Etat ne contrôle plus grand-chose, ses finances, sa démographie, la sécurité … parler de choix politique assumé et de lucidité, c’est se moquer du monde.

     

    Ce que fait cet article concernant la société la plus généreuse et endettée du monde : se moquer du monde, avec le projet de détruire ce qui tient encore debout.


    • Yves Guéchi Yves Guéchi 21 décembre 2025 10:38

      @Fanny

      Vous dites que ce n’est « pas le sujet », mais c’en est précisément un : la manière dont une société définit, traite et protège ses publics les plus fragiles est un indicateur central de sa cohésion et de sa stabilité.

      Le contrôle des frontières, de la démographie ou des finances publiques relève bien sûr de choix politiques légitimes. Mais les invoquer comme préalable absolu ne répond pas à la question posée par l’article : quels effets concrets ces politiques produisent-elles sur les personnes concernées, ici et maintenant.

      Affirmer que l’État « ne contrôle plus grand-chose » tout en justifiant un durcissement au nom de la lucidité pose une contradiction : si l’État est impuissant, alors ces mesures relèvent moins d’une maîtrise retrouvée que d’un déplacement du problème vers les plus vulnérables.

      L’article ne prétend pas que la société française soit parfaite ni que ses finances soient illimitées. Il interroge un point précis : le risque de confondre fermeté politique et fragilisation sociale. Discuter cela n’est pas « se moquer du monde », c’est exercer un débat démocratique sur les conséquences réelles des choix publics.


  • Fanny 21 décembre 2025 11:12

    Discuter cela n’est pas « se moquer du monde », c’est exercer un débat démocratique sur les conséquences réelles des choix publics.

    Il y a un préalable à tout : l’Etat doit retrouver le contrôle.

    Tant qu’on peut mettre une baffe à un flic sans risque immédiatement la prison, ou croire que le passage en prison est une initiation qui vaut une médaille.

    Tant que le rétablissement de l’Etat de droit reste un objectif lointain, tout le reste sont des paroles en l’air, des rêves de gauchiste bisounours, du vent.


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